ARRIVÉE DES FRÈRES DE ST. JOSEPH
Les instituteurs de l’ordre de St. Joseph arrivèrent en Canada en Mai 1847, et s’établirent à St. Laurent, île de Montréal, dans une maison qu’ils ont laissée depuis pour prendre possession du bel établissement qui est dû prin-
(1) M. Frs. Bonin, ancien curé de Ste.- Scholastique où il réside encore, a établi, à ses frais, cette académie^qui sert aussi de Presbytère au missionnaire de l’endroit.
cipalement à la générosité de Messire St. Germain, curé de la paroisse, lequel a fait venir ces Frères de France à ses propres frais, ainsi que des Soeurs de Ste. Croix.
Les Frères de l’ordre St. Joseph enseignent toutes les sciences usuelles, et apprennent à leurs élèves l’agriculture pratique et les métiers dont ils s’occupent eux-mêmes, comme moyen d’existence. Leur mode d’enseignement est très apprécié ; aussi, ont-ils déjà plusieurs établissements en Canada, et la demande que l’on fait de leurs services, les met à même de les multiplier davantage, à mesure qu’ils se multiplieront eux-mêmes.
Comme les Clercs de St. Viateur, l’ordre de St. Joseph se compose de Frères et de Prêtres qui en dirigent les établissements, et en rendent compte à leur supérieur général, qui réside en France.
Les Frères ont été primitivement fondés par M. l’abbé Jacques-François Dujarié, curé de Ruillé-Sur-Loir, au diocèse du M < ns, en France.
Ruillé-Sur-Loir fut le berceau de cette fondation qui prit naissance le 1 5 juillet 1820.
Le vénérable curé étant devenu, à cause de l’âge et des infirmités, incapable de diriger cette oeuvre, Mgr. Bouvier, évêque du Mans, le remplaça par M. l’abbé Basile Moreau qui, le 31 Août 1835, fut établi Supérieur des Frères de St. Joseph.
Cette fondation, dans les maius du nouveau Supérieur, subit de profondes modifications. De Ruillé, les Frères furent tranférés au Mans, ville épiscopale et chef-lieu du département de la Sarthe.
M. l’abbé Moreau s’adjoignit des prêtres dans 1 t de former une société distincte de celle des Frères, de
comprenait deux lois qui avaient chacune un butdifiérent à atteindre, bien qu’elles ne formaient qu’une seule et même loi dans son fonctionnement local pour l’objet de l’éducation. Cette complication fortifia les préjugés des habitants qui, au lieu d’accepter la loi et d’essayer à la faire fonctionner, la reiettèrent comme arbitraire, inintelligible et impraticable.
Le conseil municipal était de fait le bureau d’éducation pour son district, et son pouvoir ne se bornait pas à la direction des écoles y établies. Ce corps coatif était chargé de prélever toutes les taxes nécessaires, soit pour les fins municipales soit pour la subvention des écoles. Le conseil municipal était encore chargé de faire rapport de ces écoles, et de réclamer, pour les soutenir, la part de l’allocation afférente à son district pour l’objet de l’éducation.
Tous les officiers du conseil municipal étaient nommés par le gouvernement, et étant tout en même temps les officiers de la loi d’éducation sur les lieux, il s’ensuivait que ces mêmes hommes, comprenant ces deux classes d’officiers publics, étaient également nommés par le gouvernement et lui étaient également responsables d’une manière directe et indépendante de la coopération des habitants. Leur nomination relevant immédiatement du patronage du gouvernement, ils étaient sujets à la même responsabilité, et à être les instruments obligés de la même volonté suprême et absolue. Or, cette sujétion, comparée à l’objet de l’éducation de notre jeunesse, paraissait incompatible et d’une tendance dangereuse, même attentatoire dans la pratique, à nos droits et priyiléges, comme peuple, à la liberté d’enseignement
ns
réclamé par les pères de famille et le clergé de toute origine et de toute croyance religieuse.
C’est là la principale cause de l’opposition inopinée qui a été offerte à la loi de 1841, opposition à laquelle beaucoup de gens de bien ont applaudi, et qu’ils n’ont cessé d’approuver, et même d’offrir eux-mêmes, jusqu’à ce que j’aie pu les persuader que ces dispositions de la loi seraient abrogées pour faire place à celles qu’ils reclamaient avec tant de raisons légitimes et justes.
La crainte de la taxe imposée généralement, et à un degré exorbitant pour toutes espèces de choses, n’était alors que la cause secondaire de l’opposition faite à la loi d’éducation de 1841, mais elle devint la principale et la plus excitante à l’égard de la loi de 1846, bien que* en vertu de cette dernière loi, les contribuables aient le* droit de nommer eux-mêmes, par voie d’élection, tous les officiers locaux pour les fins municipales et pour l’objet de l’éducation, et que ceux-ci soient responsables de leur administration directement aux contribuables, surtout sous le rapport moral et monétaire.
L’opposition a nonobstant continué sous la loi d’éducation de 1846, loi libérale et bienfaisante si jamais il en fut une, tant il est vrai que lorsque les masses ont été mises en mouvement, il est bien difficile de les arrêter.
La loi de 1846 met la nomination de tous les officierslocaux à la disposition des contribuables, et pourvoit aux moyens d’instruction primaire d’une manière aussi certaine et libérale pour les enfants de parents pauvres que pour les enfants de parents fortunés j aussi, les gens de bien et ceux qui n’avaient pas d’intérêt personnel à §er-
vir, en prenant part à cette dernière opposition, ayant compris ces belles dispositions de la loi de 1846, nonseulement ne comptaient pas parmi les agitateurs, mais s’opposaient bien généralement à leurs menées contre cette loi.
Au reste, on avait déjà vu tant d’abus se pratiquer sous la loi municipale de 1841, dont les officiers, comme on vient de le voir, étaient en même temps ceux de la loi d’éducation, qu’on craignait toujours devoir ces abus se perpétuer à l’infini. Les officiers locaux de ces deux lois étaient payés, et l’étaient au moyen d’une taxe directe prélevée spécialement sur les habitans. Dès préfets de district ( warden ) s’étaient fait allouer de cette manière, chacun une somme considérable et dont l’une avait été portée à .£300, comme salaire annuel. Cette conduite abusive fut habilement représentée par les agitateurs, comme étant une preuve évidente de la vérité de leur assertion. Les agitateurs représentaient partout avec assurance que les officiers de la loi d’éducation de 1846 seraient payés de la même manière, et pendant longtemps les habitants ont été tenus sous l’influence de cette fausse assertion.
Les agitateurs représentaient encore aux habitans qu’il n’y avait que le commencement qui coûtait, et que s’ils souffraient l’introduction delà taxe pour une chose, on ne manquerait pas d’en étendre l’imposition et le prélèvement pour toute autre chose, et ce, à un montant indéfini, soit d’une manière directe ou indirecte j que déjà ils étaient mis à contribution pour payer le Surintendant et tous ses frais de visite et de bureau, en retranchant pour cette fin, le montant nécessaire de la part de l’allo-
cation afférente au Bas-Canada pour écoles, et que les habitans se trouvaient ainsi taxés proportionnellement plus, pour les subventionner convenablement.
Pendant longtemps les habitans ne furent que trop généralement sous cette fausse impression, malgré tout ce que purent dire les amis de l’éducation à ce contraire, et si, pour les dissuader de cette erreur, je mêlais ma voix à celles des amis de la bonne cause, les agitateurs étaient là pour répondre que c’était la crainte de perdre ma place qui me faisait les visiter et leur parler ainsi, et souvent mes visites et mes exhortations n'avaient aucun résultat favorable à la loi, même à celle de 1846.
Les dispositions spéculatives et alarmantes communes aux deux lois de 1841, savoir: la loi des municipalités et la loi des écoles, qui étaient d’ailleurs toutes deux coërcitives et arbitraires, les rendaient si odieuses et impopulaires, qu’il fut impossible de les faire fonctionner soit ensemble, soit séparément. Force fut donc à la législature de les abroger toutes deux, après bien des efforts et des sacrifices pour les faire agréer.
Cependant, si la loi d’éducation de 1841, bien que coërcitive et obligatoire, avait été offerte indépendante des municipalités rurales, et de manière à donner aux contribuables le pouvoir de nommer leurs propres officiers, elle aurait été agréée de suite et aurait fonctionné de même, sans difficulté sérieuse, sans obstacle insurmontable, et ce, quelfesque pussent être les efforts des charlatans politiques pour empêcher ce bon résultat. Ou bien, si l’on m’avait accordé une loi d’éducation telle que je demandais dans mon rapport du 31 Décembre 1842, bien qu’également coërcitive et obligatoire,
les difficultés auraient été en petit nombre, n’auraient probablement pas été sérieuses, et n’auraient eu lieu tout au plus que pendant le temps nécessaire pour faire connaître et apprécier cette loi. Jamais l’opposition, qui avait commencé ses menées sous la loi de 1841, n’aurait pu prendre, plus tard, le funeste ascendant qu’elle a exercé si impunément sur le peuple ; jamais elle n’aurait pu l’égarer autant qu’elle a fait, au point de le jeter presque dans la révolte, en vue de la loi des municipalités rurales dont il ne connaissait véritablement ni les dispositions ni la portée.
L’opposition représentait l’institution des municipalités comme une machine à taxer dont on ne pouvait prévoir ni la nature de l’opération, ni l’étendue, ni l’énormité de l’impôt que le pouvoir fixerait par ce moyen sur les propriétés imposables, et qu’à l’exemple de l’Irlande, le Canada pourrait être bientôt taxé pour toutes espèces de choses, même pour celles qui répugneraient à notre conscience comme catholiques. Ce raisonnement acquerrait une grande force et avait un effet que rien ne pouvait détruire, lorsque les agitateurs parlaient aux Irlandais, et lorsqu’ils représentaient aux Canadiens les efforts qu’on avait déjà faits, surtout pendant les premières années qui suivirent la cession du Canada, pour nous anglifier et nous protestantiser.
Si, dès 1843, on m’avait accordé une loi d’éducation comme j’en demandais une, entièrement indépendante de la loi des municipalités, et si on l’avait maintenue avec énergie et constance, sauf à l’amender plus tard, suivant que l’expérience et l’observation en auraient indiqué le besoin, comme on a fait de. la loi de 1846, qui est
encoreda loi actuelle, l’éducation primaire aurait été plus populaire, et aurait fait, pendant les trois ou quatre premières années, des progrès universels qui n’ont eu lieu que généralement pendant les huit ou dix premières années de mon administration. „ L’on peut dire que, à l’aide des inspecteurs, les dernières années ont été couronnées d’un plein succès. Je n’en cherche pas d’autre preuve ailleurs que dans l’aveu impartial qu’en fait mon successeur dans son intéressant rapport du 25 Février 1856, page 1ère et 2nde.
J’ai eu à combattre cette agitation, et à en subir, personnellement et relativement, les conséquences pénibles qu’on aurait pu prévenir, qu’on n’a pu empêcher entièrement, et qui ont été cause d’un grand retardement dans le progrès de l’éducation dont la souffrance a eu des suites encore plus fâcheuses et plus regrettables que la mienne, parce qu’elles se rapportaient aux enfants de tout un peuple, et que les suites de ma souffrance, trèssensibles, sans doute, je pourrais dire cruelles, n’ont atteint que mes enfants. Ils n’en souffrent pas moins, cependant, puisque, m’étant livré entièrement à la pratique des moyens propres à opérer l’avancement de l’éducation dans le pays, je n’ai pu m’occuper de ceux qui pouvaient faire l’avancement de ma famille dans le monde.
Cependant, je connaissais mon sujet, et je connaissais les dispositions et les besoins du pays à l’égard de la loi d’éducation, et je parlais des unes et des autres et aurais pu agir avec cette connaissance de cause que personne ne pouvait, même alors, se flatter d’avoir au même degré que moi.
Sous une loi temporaire et d’essai, passée en 1829.
plusieurs fois amendée, et expirée au premier de Mai 1836, j’avais toujours visité les écoles du comté de l’Assomption, soit en qualité de visiteur ou de membre du parlement, et j’avais toujours été un des syndics de celles qui avaient été établies, en la paroisse de l’Assomption.
Il n’y avait sous cette loi ni surintendant, ni direction générale de l’instruction publique. Le fonctionnement de la loi était confié partiellement aux mains des parents qui élisaient, pour le diriger, des syndics d’école qui n’avaient guère autre pouvoir que celui d’engager des instituteurs, de visiter et de pourvoir les écoles tenues sous les auspices de la loi, et d’en signer les rapports semi-annuels, afin de permettre aux instituteurs de retirer directement eux-mêmes, sur le trésor public, leurs parts respectives de l’allocation législative. Or, cette part était déterminée par la loi, et se montait, dans tous les cas, à la somme de .£20 par an pour chaque instituteur dont l’école avait été tenue pendant 90 jours, et fréquentée, chaque jour, par au moins 20 enfants. Le rapport, signé par le représentant du comté, faisait foi de l’accomplissement de ces conditions, certifié au préalable par les syndics de chaque arrondissement d’école, Sans cette double approbation, l’octroi de cette somme ne pouvait avoir lieu, mais muni de cette approbation, l’instituteur pouvait, soit par lui-même ou par son agent, retirer directement du receveur-général, sa part de l’allocation législative pour écoles.
D’un autre côté, le représentant avait en sus le pouvoir de donner aux instituteurs des certificats d’aptitude, de déterminer le nombre d’arrondissements d’école dans cha-
que paroisse ou township, de fixer le site pour la maison d’école, et de réclamer la somme de JÊ50 pour chaque arrondissement pour aider les habitants à y construire une maison d’école dont la valeur devait être au moins le double de cette somme, à dire d’arbitres.
Il est évident que, d’après ces dispositions de la loi, le représentant du comté avait un grand patronage ; qu’il pouvait l’exploiter à loisir ; et l’on sait que, dans tous les cas, les syndics d’école avaient généralement bien soin de n’engager comme instituteurs, ou comme entrepreneurs de la bâtisse de maisons d’école, que des personnes contre lesquelles le représentant ne pût faire valoir aucune raison ni prétexte pour se refuser d’apposer sa signature au bas des rapports d’écoles ou au bas de demandes d’aides pour bâtisse de maisons d’école, et empêcher ainsi les instituteurs ou les entrepreneurs de bâtisses d’obtenir leur part respective de l’allocation législative appropriée pour l’objet de l’éducation élémentaire, car le représentant exerçait, de cette manière, un contrôle absolu sur les écoles et sur l’octroi de cette allocation.
Il résultait encore de ces dispositions de la loi que les pères de famille, les syndics d’école et les visiteurs d’école étaient généralement disposés, intéressés qu’ils étaient, à être partisans politiques dans l’occasion, à faire servir la loi et leur ministère à maintenir le représentant du comté dans sa position, celle d’être virtuellement le surintendant d’éducation pour le comté qu’il représentait en parlement.
L’on sait, d’ailleurs, que certains représentants étaient bien disposés à tirer parti de cette position et du patro-
nage qu’elle leur donnait. Ils avaient ainsi, non-seule = ment le patronage, mais encore le contrôle de l’instruction publique, et la preuve s’en déduit du fait qu’ils étaient responsables à la législature des octrois qui étaient faits pour l’objet de l’éducation dans leurs comtés respectifs.
L’on sait aussi que, de tout temps, un certain nombre de membres du parlement ont été fort désireux de faire rétablir ce patronage et de s’en saisir, à l’exclusion du gouvernement dont ils ont souvent contrarié les vues, entravé les plans, et gêné, même empêché de passer des mesures relatives à l’éducation, lorsqu’elles étaient contraires à celles qu’ils proposaient eux-mêmes, afin d’atteindre leur but et servir mieux leurs intérêts personnels.
Or, ce patronage si envié, et dont on s’est montré de part et d’autre si jaloux, était l’objet de la convoitise qui a été la pierre d’achoppement contre laquelle toutes les mesures que j’ai proposées sont venues se heurter ensemble ou tour-à-tour, contre laquelle la plupart se sont brisées, et dont seulement quelques fragments réunis ont pu être rais à contribution pour faire le projet qui est devenu loi d’éducation en 1846. Encore, a-t-il été mutilé et dénaturé en plusieurs endroits, soit par la double traduction qu’on lui a fait subir dans les bureaux de l’assemblée législative, soit par des erreurs de bureau arrivées autrement, soit enfin par les amendements qu’on a faits à plusieurs de ses clauses, car ce projet a souffert considérablement de toutes ces causes.
Cependant, la 50e clause de ce projet, relativement aux bureaux d’examinateurs et à la qualification des instituteurs, a fait exception et traversé tous les pro-
cédés parlementaires sans subir aucune altération. Quelques autres clauses en ont subi peu, mais toujours assez pour en affecter le sens primitif et le rendre souvent obscure.
Il n’y a pas à se dissimuler que nombre des changements qu’on a fait subir au projet de loi d’éducation de 1846, et bien d’autres encore qu’on a voulu lui faire subir, ont eu lieu en vue du patronage dont de part et d’autre on voulait s’assurer, afin de pouvoir l’exploiter au besoin .
En 1789, sous l’administration de lord Dorchester, gouverneur-général du Canada, le gouvernement fit un effort pour s’emparer du patronage de l’instruction primaire et universitaire ; mais Mgr. Hubert, Evêque de Québec, fit échouer ce plan qui avait pour but évident l’anglification des Canadiens-Français.
En 1801, la législature du Bas-Canada, plus libérale que clairvoyante, passa la loi des écoles royales en vertu de laquelle le gouvernement avait à sa disposition tout le patronage de la loi et des écoles établies sous ses auspices ; mais l’exercice de ce patronage eut pour principal effet de susciter la crainte et la défiance des habitants, surtout des catholiques, et de les porter à tenir leurs enfants éloignés de ces écoles qui, d’ailleurs, étaient généralement protestantes et régies par l’Eglise Anglicane. On essayait d’effectuer ce qu’on avait eu en vue par le plan de 1789.
En 1829, les membres du parlement, voyant que l’exercice de ce patronage, par le gouvernement, portait ombrage au gros de la population, passèrent la loi d’éducation de 1829, amendée en 1832, en vertu de laquelle ils s’étaient, donné ce patronage 5 mais le ministère res-
ponsable le reprit en 1841, en vertu de la loi des municipalités passée après l’union des provinces du Canada.
Les membres du parlement avaient obtenu du ministère, en 1850, la promesse du rétablissement de la loi de 1829-1832 ; mais le ministère, ayant pris en considération l’opinion exprimée généralement en opposition à ce rétablissement, retira sa promesse.
En cette même année, et pendant la même session de 1850, le ministère, croyant qu’il fallait, bon gré mal gré, une nouvelle loi d’éducation, proposa, pour obtempérer à la demande pressante qu’un certain parti des membres lui en faisait, un projet de loi d’éducation en vertu duquel, à l’instar de la loi dès écoles royales, tout le patronage était réservé au gouvernement, ce que voyant, les représentants, qui avaient voulu se le faire donner, signifièrent leur intention de s’opposer à ce projet, et le ministère crut devoir le retirer de la discussion. En effet, l’opinion publique s’était encore plus fortement opposée à ce projet qu’à celui de rétablir la loi de 1832. Celle de 1846 resta donc en force.
C’est encore pour satisfaire aux exigences de partisans politiques que, pour comble d’embarras, on détourna, en 1854, une partie considérable du fonds des écoles primaires, pour l’employer à une autre fin, et ce, sans m’en prévenir ni même amender la loi d’éducation à cet effet.
Le détournement de cette partie du fonds des écoles, et que j’avais réclamée en vertu de la loi, en faveur de ceux qui en avaient rempli de bonne foi les conditions pour l’obtenir, me mit dans un embarras aussi grand qu’inouï, car les instituteurs, dans un extrême besoin de
leur part respective de l’allocation, pressaient les commissaires d’école de la leur payer, et ceux-ci me pressaient à leur tour afin de l’obtenir, pendant que, de mon côté, j’avais à lutter contre un fait accompli qui ne pouvait entièrement disparaître qu’au moyen d’une législation nouvelle à l’effet de remplacer le fonds des écoles primaires. Je proposai, en attendant, que le gouvernement empruntât sur l’allocation qui deviendrait due l’année suivante.
C’est ainsi que l’on démolissait le système actuel des écoles primaires, en l’attaquant par sa base, pour faire place à un nouveau système et à un autre Surintendant, car l’embarras qu’on faisait par le fait, à mon administration occasionnait, dans la distribution de l’allocation, un délai dont la cause inconnue ou incomprise et mal interprétée, pouvait devenir un sujet de plainte générale. Voir, à ce sujet, le budjet de 1854 et 1855. On y parle de la balance inappropriée du fonds des écoles pour le Bas-Canada. Or, il n’y avait pas de telle balance, puisque les conditions voulues par la loi d’éducation pour obtenir l’allocation pour écoles ayant été remplies, la partie de ce fonds qui demeurait au crédit du bureau de Tinstruction publique était dûe, et par moi réclamée, suivant la loi. Preuve, c’est qu’elle m’a été payée dans la suite et qu’elle a été par moi distribuée aux parties y ayant droit.
Suivant les dispositions de la 27e clause de la loi d’éducation, l’acte 9 Vict. ch. 27, les commissaires d’école de chaque municipalité scolaire, pour avoir droit à leur part respective de l’allocation des écoles, doivent remplir, au préalable, toutes les conditions statuées dans
cette clause, et le Surintendant s’étant assuré de l’accomplissement de ces conditions, en fait rapport au gouverneur en conseil. En ce faisant, je transmettais en même temps une liste des municipalités scolaires dont les commissaires d’école avaient rempli les conditions de la loi, et je demandais le montant de l’allocation auquel je déclarais les commissaires d’école avoir droit pour le semestre écoulé, suivant la 47e clause de la même loi.
Or, d’après cette dernière clause, le Surintendant ne pouvait demander l’allocation pour écoles qu’au fur et à mesure qu’il recevait des commissaires d’école des rapports satisfaisants. De même, il n’obtenait pour eux l’allocation qu’au fur et à mesure qu’il pouvait en faire légalement la demande, et il la leur distribuait de la même manière, au moyen de traites tirables sur l’une des banques où le gouvernement l’autorisait à tirer le montant par lui demandé pour écoles tenues suivant la loi. De sorte que, contraire à ce qui se pratiquait dans le Haut-Canada pour le dernier semestre de l’année scolaire, le Surintendant d éducation pour le Bas-Canada ne réclamait et ne recevait jamais un denier pour écoles avant que la période d’instruction pendant laquelle les conditions de la loi devaient être accomplies ne fût entièrement écoulée.
D’un autre côté, la 47e clause de la loi d’éducation limitant le droit de réclamer l’allocation pour écoles à une seule fois par six mois, et les commissaires étant rarement prêts à transmettre leurs rapports d’écoles bientôt après la fin du semestre, il s’en suivait que, généralement, je ne pouvais faire la demande de l’allocation que
tard après l’expiration du semestre, afin de donner aux commissaires d’école le temps de transmettre leurs rapports et de pouvoir inclure dans ma demande de l’allocation, sinon toutes les municipalités scolaires y ayant droit, au moins le plus grand nombre possible*
Les commissaires d’école ayant généralement beaucoup de difficultés à compléter la somme de contribution voulue par la loi, laquelle doit au moins égaler leur part respective de l’allocation pour écoles, il en résultait qu’ils étaient très souvent retardataires dans la transmission de leurs rapports. Le délai d’un seul contribuable apporté au paiement de sa part de cette somme exigible retardait sa complétion, et suffisait pour empêcher les commissaires d’école de transmettre leurs rapports au bureau de l’instruction publique, et pourtant, sans leurs rapports satisfaisants à tous égards, le Surintendant n’a pas le droit de demander pour eux leur part de l’allocation pour écoles. La difficulté de former sur les lieux et de compléter la somme voulue par la loi, était grande pendant les premières années, et pendant les mauvaises années, mais surtout et en tout temps dans les municipalités où la loi rencontrait quelqu’opposition.
En 1855, on a prétendu que cette condition sine quâ non de l’octroi, et plusieurs autres encore n’avaient pas été généralement remplies ; mais le pays ayant été mis à même de répondre à cette accusation gratuite, s’en est amplement et honorablement justifié. Tout ceci explique clairement ce pourquoi l’obtention et la distribution de l’allocation pour écoles ont souvent eu lieu avec un certain délai.
Cependant, en vue de diminuer, autant que possible,
ce délai regrettable, mes traites, dont chacune pour la part de l’allocation afférente à chaque municipalité scolaire, étaient généralement toutes faites d’avance atz bureau de l’éducation. On n’y laissait en blanc que la date, mais qu’on y écrivait le jour même où j’étais informé qu’il avait plu à Son Excellence, le gouverneur général en conseil, de m’accorder l’autorisation d’en tirer le montant sur l’une de nos banques. Ce montant était tiré et distribué au moyen de traites particulières transmises immédiatement au secrétaire-trésorier de chaque municipalité scolaire, et, faites d’une manière négociable. Elles étaient souvent négociées, sitôt après leur réception, avec les capitaliste de l’endroit pour de l’argent courant. Ainsi, après avoir reçu cette autorisation, il n’y avait aucun délai dans la distribution de l’allocation législative pour écoles.
De son côté, le gouvernement, toujours bien disposé à l’égard de l’éducation, n’offrit jamais aucune difficulté à ma demande de l’allocation pour écoles, et ne contribua jamais au délai éprouvé, quelquefois dans ses bureaux, autrement que par défaut de quorum dans le conseil ou par défaut de fonds disponibles pour cet objet, comme la chose est arrivée en 1849 et en 1855.
En 1849, les troubles qui eurent malheureusement lieu à Montréal, ayant mis le gouvernement en désarroi, ma demande de l’allocation pour les écoles qui avaient été tenues pendant le dernier semestre de 1848, éprouva plusieurs mois de délai, ce qui occasionna au-dehors des plaintes que les intéressés ne se gênaient pas de proférer tout haut. Le gouvernement en étant par moi informé, et ne voulant pas laisser peser le blâme sur moi,
montrer de la bonne volonté à rendre justice à toutes les parties initiées, je reçus, le 14 Avril, une lettre de M. le secrétaire provincial, m’informant que le 5 Juin alors suivant, je recevrais le montant de l’allocation que j’avais demandé pour les écoles tenues en 1848. Le même jour, ayant exhibé cette lettre à MM. les caissiers de deux des banques de notre ville ; savoir : celle dite de Montréal, et celle dite de la Cité, ils m’avancèrent, sans délai ni condition onéreuse aucune, tout ce montant, près de £15,000. Le même jour encore, des traites particulières furent expédiées aux secrétaires-trésoriers des municipalités scolaires au montant de cette somme devenue, par la libéralité de ces banques, tirable sans délai sur leur propre fonds dans l’intérêt de l’instruction publique. J’aime à raconter ce beau trait de libéralité, de la part de deux de nos florissantes banques, parce qu’il est honorable sous tous les rapports. 11 va sans dire que je fis en sorte qu’elles n’eurent pas à regretter de m’avoir mis en état de venir ainsi au secours des pauvres instituteurs un mois et demi plus tôt que je n’aurais pu le faire sans cet acte louable de générosité et de bienfaisance.
En 1855, je demandai une somme à peu de chose près, semblable, en faveur des écoles qui avaient été tenues pendant le dernier semestre de 1854, mais après plusieurs semaines d’attente, ayant écrit au gouvernement afin d’en bâter l’octroi, le député de M. l’inspecteur des finances m’informa tout simplement que le fonds des écoles étant épuisé, on ne pouvait m’acccorder la somme que je demandais.
Côûirftireraent à ce qui s’était constamment pratiqué
depuis plus de douze ans, on avait considère comme balance inappropriée la partie du fonds des écoles qui restait au crédit du bureau de l’instruction publique, ordinairement pendant au moins un semestre après le dernier écoulé, et on l’avait employé à solder les inspecteurs d'école et à faire des allocations spéciales aux divers collèges, académies, etc., institutions d’éducation qui, n’étant pas soumises au contrôle de la loi des écoles primaires, n’avaient aucun droit à des allocations faites à même ce fonds, spécialement consacré pour aider à subventionner les instituteurs des écoles primaires.
Cependant, après quelques mois d’attente et bien des difficultés, suscitées par celui qui avait été en partie la cause ou l’instrument intéressé de ce détournement de deniers, consacrés par une loi permanente comme la fin qu’elle se propose, (l’éducation primaire), on m’en paya en deux fois le montant que je réclamais en faveur des instituteurs de 1854. La plupart d’entr’eux ayant déjà traversé le premier semestre de 1855, avaient gagné deux fois la chétive pitance qu’ils attendaient avec une impatience qu’une extrême souffrance rendait tous les jours plus grande et plus menaçante.
C’est à la suite de ces faits et de ce dernier et pénible embarras que j’offris au gouvernement ma résignation, toutefois en demandant d’être pourvu ailleurs. Son Excellence, le gouverneur général, en acceptant ma résignation, eut la complaisance de me témoigner, par l’entremise de M. le secrétaire provincial, sa reconnaissance pour les services que j’avais rendus à l’éducation.
Je puis donc dire, en toute vérité, que le retard mis quelquefois à la distribution de l’allocation législative
pour écoles, n'a jamais dépendu de moi, et que, à l’exception de ce dernier semestre, il n’a jamais dépendu non plus, du gouvernement qui, jusqu’à cette époque, regardait toujours ce qu’il y avait à faire, à l’égard de mes demandes de l’allocation pour écoles, comme une affaire de forme dont on me laissait volontiers la responsabilité.
Jusqu’à cette époque, le gouvernement me laissait choisir le temps où l’on pouvait considérer comme inappropriée la somme non reclamée qui restait au crédit du Bureau de l’Instruction Publique pour la subvention des instituteurs, et ce n’était que sur ma recommandation spéciale que le gouvernement se décidait à faire passer une loi autorisant l’emploi de cette balance à la construction de maisons d’école. C’est ainsi que, en vertu de la 49me clause de l’acte 9 V., ch. 27, la somme de .£17,000 a été employée pour cet objet de première importance. Cette somme, provenant de la balance des années 1842, 1843, 1844 et 1845, a servi surtout à ériger les belles maisons d’éducation supérieure que nous voyons si marquantes et si florissantes dans les principales parties rurales du pays.
La balance subséquente a été employée à aider à établir des bibliothèques publiques dans les municipalités scolaires.
En septembre de 1851, je proposai au gouvernement une liste d’hommes recommandables pour être nommés inspecteurs d’école ; mais les exigences politiques l’ayant circonvenu, il ne put faire cette nomination que près de trois mois après ma recommandation. Le ministère des inspecteurs était regardé comme nécessaire au succès de la loi d’éducation ; mais les exigence» politi-
ques étant pressantes, un certain délai fut inévitablement apporté à leur nomination.
Un jour, lorsque le gouvernement s’occupait définitivement de la nomination des inspecteurs d’école, on ne voyait pas moins de trois représentants dans le bureau du secrétaire-provincial se contestant le privilège d’imposer chacun son protégé au gouvernement, à l’exclusion de tout autre. Chaque représentant avait son protégé à placer à la tête du district d’inspection dont il s’agissait, lequel comprend plusieurs comtés. Je ne sais lequel de ces trois représentants eut la victoire, mais je puis dire qu’elle fut la conséquence de la plus grande somme d’influence exercée par lui en faveur de son protégé. Toutefois, l’homme qui fut nommé inspecteur eut, par le fait, part aux avantages de cette victoire remportée sur ses concurrents.
Il est facile de concevoir que, par suite de l’embarras dans lequel les prétentions de certains hommes politiques plaçaient le gouvernement à l’égard de la nomination des inspecteurs d’école, ceux-ci ne furent pas tous pris dans ma liste qui avait été faite uniquement dans l’intérêt de la chose, sans égard aux parents, aux amis ou aux protégés des hommes politiques. Bien que, afin de laisser du choix au gouvernement, j’eusse fait et transmis une liste de noms presque double, en contenant généralement deux pour chaque district d’inspection, environ un tiers des inspecteurs fut pris en dehors de cette liste.
C’est encore pour satisfaire à des exigences politiques ou à des ambitious d’agrandissement personnel, qu’en 1854, des partisans du gouvernement et des opposants
proposaient de part et d’autre un nouveau plan d’éducation primaire, différent et opposé, que personne n’eut cependant le courage de confectionner systématiquement et de soumettre régulièrement à la considération de la législature.
Des hommes intéressés aux changements proposés par leur parti respectif, faisaient chacun tout en son pouvoir pour s’emparer de la surintendance et s’en faire, à l’exclusion l’un de l’autre, une place de £1,000 d’appointement par an.
Mais, comme en 1850, je m’opposai à l’un et à l’autre plans d’éducation ainsi proposés en 1854, que je ne connaissais, d’ailleurs, que d’une manière vague et incertaine quant aux véritables principes. Les motifs de l’innovation me paraissait seuls évidents, mais ne voyant aucun système bien arrêté, écrit au moins, je me hâtai de soumettre ma proposition, déjà connue alors très-généralement, et consignée dans mon Rapport du 25 mars 1851.
Or, la proposition que j’avais laite, dans ce Rapport, était de fondre les lois d’éducation pour n’en former qu’une seule et même loi, comprenant tons leurs principes fondamentaux avec les ajoutés dont l’observaticm et l’expérience avaient indiqué le besoin. On comprend facilement que, toutes autres choses étant égales, une loi unique devait être plus commode et plus facile à consulter et à comprendre qu’une loi amendée par plusieurs autres, dont l’ensemble est compliqué et souvent peu saisissable.
Mais, de part et d’autre, on criait qu’il fallait un nouveau système, chaque parti politique voulant imposer le
sien suivant ses prédilections ou son intérêt particulier, sans toutefois rien exhiber de tangible. De mon côté, je transmettais en opposition, mes derniers rapports et un projet de loi qui résumait la loi de 1846 avec les amendements qu’elle avait déjà subis, et les ajoutés que je me proposais d’y faire, afin de pourvoir à toutes choses nécessaires au succès, en vertu d’une seule et unique loi d’éducation, rédigée de manière à être à la portée de tous.
Les partis contendants étant presque d’égale force, mes rapports et mon projet, non plus que leurs plans, ne furent utilisés, au moins ostensiblement à cette époque. Rien ne fut fait à cet égard pendant la session du parlement.
Cependant, ma proposition de conserver la loi de 1846, telle qu’amendée, et d’y faire certains ajoutés, a triomphé, puisque cette loi est encore aujourd’hui en force, et que, à très peu d’exceptions près, les ajoutés qui y ont été faits, sont ceux-là mêmes que j’avais recommandés. Il en est, pourtant que je répudie consciencieusement.
La loi de 1846, telle qu’amendée alors, est restée à peu de choses près la même, et si les écoles ne sont pas subventionnées au degré que je proposais, elles sont au moins tenues et dirigées d’après les mêmes principes. Le clergé, le peuple et le gouvernement continuent d’avoir chacun sa part légitime dans le fonctionnement de la loi qui est toujours censée n’être ni à la disposition exclusive de l’un ni à celle de l’autre, et la liberté d’enseignement est laissée pleine et entière aux contribuables et à leur clergé. Toutefois, cette loi contient bien des
imperfections qu’il eût été désirable de faire disparaître ; aussi, je n’avais pas manqué de les élaguer dans mon projet.
Le projet de la loi de 1846 avait été fait en français ; mais, comme en cette année la constitution politique qui unit les deux anciennes provinces du Canada en une seule, ne permettait pas l’iniative d’une mesure législative dans la langue française, il fallut le traduire en anglais avant de le soumettre à la considération de la législature. De sorte que l’anglais dans lequel on a traduit ce projet à la hâte, en est devenu la langue du texte qu’on a traduit ensuite en français, non d’après l’original, mais d’après ce texte souvent incorrect et défectueux. De sorte que le français de la loi de 1846 est la traduction de la traduction avec tous ses défauts.
C’est ainsi que, dans la clause 39e, l’anglais dit: “ The municipal authority,” et que le français dit tout simplement : tc La municipalité.” Or, quelle est la municipalité dont on veut parler ici ? Est-ce la municipalité rurale ou la municipalité scolaire 1 Car, en quelque part dans cette loi, il s’agit de l’une et de l’autre.
Puis, qu’est-ce qu’on entend ici par municipalité ? Estce la circonscription prescrite à l’autorité, ou est-ce l’autorité elle-même ? Et encore, si c’est l’autorité dont il s’agit, quelle autorité est-ce 1 Est-ce l’autorité municipale ou l’autorité scolaire ?
Dans l’original du projet, il y avait: Le conseil mu nicipal , et quelle que fût l’interprétation de ces mots, elle ne pouvait conduire à aucune erreur, pas même à un doute. Mais la substitution des expressions précédentes (dont P une ne pouvait guère s’expliquer par l’autre) à
ces trois mots : Le conseil municipal , a été la cause féconde d’un grand nombre de procès et d’un grand embarras dans le fonctionnement de la loi, surtout dans les paroisses et townships où la mauvaise disposition et le parti de l’opposition portaient les habitants à spéculer sur l’obscurité et la subtilité de la loi.
Dans la loi d’amendements passée le 30 Mai 1849, il y a une contradiction littérale causée par le retranchement de deux clauses subséquentes qui avaient trait à la même chose, et par l’introduction, en leur lieu et place, d’une clause nouvelle, la 6me qui a été la cause d’une discordance entre cette clause et la 2Sme, et que des gens plus critiques que perspicaces n’ont pas découverte, lorsque je l’ai signalée dans un rapport annuel, pour faire voir l’embarras que me causaient les défauts de la loi d’éducation. Elle est là, pourtant, cette discordance, cette contradiction évidente, établie, non par interprétation, non par induction, mais par le seul rapprochement des clauses, par la simple comparaison des mots du texte.
Les deux clauses qui ont été retranchées sont citées dans mon rapport du 11 Mars 1848. Elles avaient déjà été proposées, et, dans le projet de la loi de 1849, elles étaient accompagnées d’une autre disposition, déclarant que toutes qualifications requises, à l’avenir, pour être commissaires d’école, étaient de résider dans la municipalité scolaire, et de savoir lire et écrire.
C’est ainsi que je voulais, comme de tout temps auparavant, n’exiger que les qualifications nécessaires pour être commissaire d’école, et que je voulais faire disparaître celle qui consiste en la possession de propriétés fon-
cières de la valeur de £250, exigible en vertu de la 51e clause de la loi de 1846, qualification toute matérielle, qui est souvent un empêchement absolu à l’élection d’hommes instruits et bien disposés qui ne possèdent pas cette valeur.
. Au contraire, la loi d’éducation passée en 1843* pour le Haut-Canada, étant exempte au moins des défauts provenant d’une double et imparfaite traduction, fournissait bien moins de prise à la malveillance. Ce fait donne en partie la raison du peu d’effet qu’a eu l’opposition faite à la loi d’éducation dans le Haut-Canada, combattue, d’ailleurs, par l’action des conseils municipaux ; tandis que, dans le Bas-Canada, les défauts seuls provenant de cette malencontreuse traduction, ont été l’occasion de contestations et de litispendances continuelles qui donnaient de l’importance et de l’éclat à l’opposition dont l’impunité et la continuation semblaient se targuer du consentement tacite des autres autorités constituées.
Pendant les premières années, on ne fit absolument rien, et pendant les années subséquentes, très peu de chose pour réprimer l’opposition qui, perdant toutefois peu à peu de ses moyens et de son influence, laissa enfin la victoire aux amis de la bonne cause.
En 1850, la loi d’éducation, telle qu’amendée déjà par la loi de 1849, était agréée, appréciée et maintenue très généralement, et, lorsqu’en 1855 je laissai le département de l'instruction publique, on pouvait dire, en toute vérité, que cette loi était la loi du pays, non-seulement parce que ses députés au parlement l’en avait doté, mais encore parce que ses habitants l’avaient agréée et la mettaient volontiers en pratique.
Mais les lois primitives d'éducation ne sont pas les seules, dont les défectuosités aient donné lieu à des procédés litigieux qui en ont entravé et retardé le bon fonctionnement. Les lois d’amendements nécessitées, en grande partie, par les imperfections des lois primitives,
ont aussi leurs défauts, Mais en moindre nombre.
L’acte 9 George IV, chapitre 46, est la loi d’éducation temporaire passée en 1829, qu’on appelle ordinairement la loi de 1832, parce que cet acte a été amendé en cette dernière année pour la dernière fois avant son expiration au premier mai 1836.
Cependant, deux projets de loi d’éducation furent soumis à la Législature du Bas-Canada, en 1834. L’un était un projet d’amendements comprenant cinq clauses qui devaient être ajoutées à la loi de 1832, et l’autre un projet de loi nouvelle qui, comprenant en 19 clauses tout un système, était destiné à remplacer la loi de 1832, depuis le 15 Mai 1834 jusqu’au 15 Mai 1838.
Ce dernier projet comprenait toutes les dispositions fondamentales de la loi de 1832, avec quelques additions importantes qui, devenues loi, auraient contribuer plus facilement à répandre l’instruction dans le pays. Mais les dépêches reçues de lord Stanley, ministres des colonies britanniques, et les difficultés qui existaient entre le gouvernement impérial et le parlement provincial, auxquelles elles avaient trait, ayant absorbé toute l’attention de l’Assemblée Législative où ces projets avaient pris leur origine, la Législature ne put s’en occuper assez pour les faire adopter. La loi de 1829, telle qu’amendée en 1832, demeura donc en force. Les mêmes difficultés s’étant compliquées davantage, au lieu de s’ap-
planir, les mesures relatives à l’éducation n’eurent guère plus de succès pendant la session alors suivante du Parlement Provincial, et force nous fut de continuer d’utiliser la loi de 1829-32 jusqu’au premier de Mai 1836.
Par opposition à la loi des écoles royales, la loi de 1829 s’appelait, dans le temps, la loi des écoles élémentaires, ou de syndics, bien qu’elles fussent toutes tenues, à peu d’exceptions près, sur le même pied.
La loi de 1829-32, toute défectueuse et insuffisante qu’elle était, avait néanmoins fait prendre l’initiative et donné une heureuse impulsion à l’éducation populaire dans le Bas-Canada, et si elle eût continué de fonctionner jusqu’à l’époque où elle a été remplacée, en 1842, par la loi de 184*1, elle aurait fait faire à l'éducation un progrès dont nous aurions eu grandement à nous louer plus tard.
Des 1,530 écoles qui avaient été établies et fréquentées par 36,000 enfants, sous les auspices delà loi de 1829-32, guère plus de 50 étaient en opération en dehors des villes, lors de ma visite en 1842. Encore y avait-il de ces écoles qui n’en méritaient pas le nom, tant elles étaient inférieures et peu surveillées. Les meilleures écoles alors en opération, étaient, jmur les catholiques, celles tenues sous le contrôle des fabriques, et pour les protestants, celles tenues sous le contrôle de la société d’éducation nommée Neio-Foundland , établies et soutenues par les membres de l’église anglicane.
Il faut ajouter à ces dernières écoles, dont une à Sherbrooke et une à Bury, les académies établies principalement dans les townships de l’Est, et aux écoles catholiques les couvents enseignants et les écoles qui étaient
tenues dans nos villes, et dont je fais abstraction en ce moment.
En 1831, les écoles tenues sous les auspices de Mgr. Lartigue, dans la belle maison par lui bâtie pour cette fin en ligne parallèle au palais épiscopal, comptaient 250 enfants.
Les maisons d’éducation dites académies étaient en petit nombre, et il n’y en avait qu’une dans les seigneuries, c’est celle qui est sise au beau village de Berthier, dans le comté de ce nom. Elle était dirigée par feu le Dr. Barbier, et subventionnée comme les autres au moyen d’une somme de £100 par an, accordée comme encouragement. Le Dr. Barbier remit aux commissaires d’école de Berthier cet établissement en 1847, et ce, d’autant plus volontiers que, outre l’allocation annuelle de £100 reçue pendant treize ans, il avait obtenu, pour aider à la construction de la bâtisse, la somme de £343, ou environ.
Cependant, les écoles tenues sous les auspices de la loi de 1832 n’auraient pas été aussi généralement abandonnées qu’elles l’ont été en 1836, si le clergé et le peuple n’avaient été tout préoccupés, comme ils l’étaient alors, des causes qui amenèrent les troubles de 1837 et 1838. Ces causes, qui étaient nombreuses et diverses, concoururent toutes, plus ou moins, à nous amener les déplorables événements de ces années de néfaste mémoire, comme ces tristes événements concoururent aussi tous à nous priver de la constitution politique de 1791, et à nous imposer celle de 1840 qui nous assujetit à l’union des deux provinces.
Lord Durham, dans l’examen qu’il fait des causes et
des effets de ces événements, admet la justice des sujets de plainte des Canadiens, et les justifie jusqu’à un certain point des effets que ces causes ont dû produire, | mais il finit, nonobstant, par recommander, comme remède curatif et préventif, la pratique d’un remède propre à nous effacer, à nous annihiler comme peuple, en nous unissant au Haut-Canada.
Il n’entre pas dans mes vues de m’occuper en ce moment de ce pénible sujet qui a trait plutôt à la politique qu’à l’éducation, mais il doit paraître clair et évident à tout esprit juste et impartial, connaissant ce trait de notre histoire, qu’à cette époque, étant sous le poids de semblables événements, et sous l’influence, je devrais dire sous le contrôle des administrations qui les ont vu naître, et qui ont causé tant de mal et de douleurs aux ; Canadiens, le clergé et le peuple ne pouvaient guère concentrer assez leur attention et leurs moyens pour maintenir en opération les 1530 écoles que, depuis huit ans, la législature du Bas-Canada avait subventionnées en vertu de la loi de 1829 et 1832 expirée au premier de Mai 1836.
Il doit paraître également clair et évident que le clergé et le peuple, tout bien disposés qu’ils fussent dès lors à l’égard de l’éducation, ne pouvaient pas, au moyen de la loi des écoles de fabrique qui restait seule en force, réunir assez de ressources pour maintenir sur un bon pied ce nombre d’écoles sans une aide de la législature.
Or, on peut dire que tous les pouvoirs de notre législature en ces années d’agitation et de troubles se réduisaient à l’exercice du droit de pétition, de protestation et de réclamation contre tout ce qu’elle voyait d’abusif et
d’inconstitutionnel se pratiquer à notre égard de la part
de nombre des envoyés du bureau colonial pour nous gouverner.
Le peuple, partout dans la consternation et dans la crainte, dérouté et détourné des affaires ordinaires, et, en grande partie ruiné et découragé ; et le clergé, tout occupé des moyens de ramener le peuple à l’ordre, à la paix, au foyer domestique et à ses occupations ordinaires, tout occupé à réparer autant que possible le mal fait par tant de causes réunies, et à consoler et à encourager les affligés, ne pouvaient guère trouver le temps d’utiliser la loi des écoles de fabrique. D’ailleurs, si le clergé eût pu trouver le temps nécessaire pour s’occuper de ce sujet important, cette loi ne lui donnait pas les moyens suffisants de le faire avec avantage, dans un temps où le peuple ne pouvait être mis à contribution, ni pour les écoles, ni pour aucune autre œuvre publique. D’un autre côté, si dans ces occurences si extraordinaires et affligeantes, des écoles avaient été établies généralement, il est plus que probable qu’elles n’auraient pas été, pour la plupart, fréquentées pour la peine.
L’acte des écoles de fabrique autorise les fabriques à employer annuellement un quart de leurs revenus respectifs et à posséder un arpent de terre pour le soutien d’une ou plusieurs écoles, mais il est notoire que les revenus des fabriques sont pour la plupart très limités, et que, très généralement, le quart n’aurait pas suffi pour encourager une seule bonne école. Or, il valait autant ne pas avoir d’école que de ne pas en avoir une seule bonne par paroisse, et c’est la conclusion à laquelle tout naturellement on en vint de part et d’autre. De sorte que
les paroisses pauvres furent privées d’école jusqu’au temps où il en fut établi en 1842, en vertu de la loi de 1841 ; mais, avant cette époque, il y avait une bonne école en opération dans chaque paroisse qui était en moyen de la soutenir sur un bon pied, et ce, outre l’école et le pensionnat des Dames religieuses de la Congrégation de Notre-Dame. St. Martin, Varennes, St. Augustin et Longueuil étaient du nombre de ces paroisses.
Une loi d’éducation, l’acte 6 Guill.IV, ch. 12, fut passée en 1835, pour l’établissement d’écoles normales dont l’une pour les garçons à Québec, et l’autre à Montréal, mais ces écoles, bien qu’établies aux frais du gouvernement d’alors, pour le Bas-Canada, n’eurent aucun succès. Le principal instituteur de celle qui était établie à Montréal, disait publiquement, en 1857, à l’assemblée qui assistait à l’inauguration des écoles normales actuelles, que l’insuccès de son école était dû aux troubles de 1837-38.
Dans plusieurs comtés, et notamment dans celui de Champlain, de Nicolet, de Berthier et de Terrebonne, des chefs agitateurs essayèrent, à la veille, ou pendant les élections générales, de se faire élire sur un principe de restauration de la loi de 1832, ou au moins, d’opposition à la loi de 1846 ; mais, ou ils ne furent pas élus, ou ils furent obligés, afin de pouvoir l’être, d’abandonner ces principes.
Au comté de Terrebonne, l’honorable L. H. Lafontaine dit emphatiquement aux électeurs assemblés le jour de la nomination, que s’ils l’élisaient, il se ferait un devoir de les taxer pour l'éducation de leurs enfants, et il fut élu à une très grande majorité, pour ne pas dire à l’unanimité. *
Dans le comté de Berthier, le candidat qui était oppose à la loi d’éducation, bien qu’ancien, et d’ailleurs populaire, fut obligé de renoncer bien formellement à cette opposition, et de promettre, au contraire, d’en soutenir les principes en parlement, afin de pouvoir être élu, et, cependant, il ne put l’être qu’à une très faible majorité sur son concurrent, jeune homme, et à peine connu dans les rangs politiques, mais qui était ouvertement en faveur de cette loi.
Ces faits, incontestables et de notoriété publique, prouvent évidemment à la fois que l’opposition faite à la loi d’éducation de 1846 venait bien moins du peuple proprement dit que de certains hommes politiques, et que le peuple canadien, aimant l’éducation, voulait bien se soumettre, malgré l’agitation faite par ces hommes, à la contribution exigible par cette loi pour en procurer le bienfait à ses enfants.
A dire vrai, ce n’est pas en dehors du parlement seulement que la loi d’éducation de 1846 a rencontré de l’opposition, afin de pouvoir la remplacer par la loi de 1832, ou par quelqu’autre loi à peu de choses près semblable qui aurait rétabli le système de contribution volontaire, et, en quelque part, le patronage, sinon le contrôle exclusif de l’éducation. Des membres de l’assemblée législative, même de ceux qui avaient été élus sur la promesse tacite ou formelle d’y soutenir la loi de 1846, s’y sont opposés, et c’est en 1850 surtout que nombre de membres de l’assemblée législative se coalisèrent à cet effet, mais sans succès. Le ministère, comme nous l’avons déjà vu plus haut, ayant entendu les raisons contraires, résolut de laisser substiirffër la loi de 1846, telle quV
vy
mendée par la loi de 1849, alors et encore actuellement en force, après avoir reçu certains ajoutés.
Ce sont ces deux lois que désormais j’appellerai tout simplement la loi d’éducation pour le Bas-Canada. Or, cette loi qui comprend, en grande partie, les principes fondamentaux de la loi de 1841, est calquée sur la loi d’éducation de l’Etat de New-York qui nous avoisine ; sur les principes émis par l’hon. Juge Mondelet dans ses lettres sur l’éducation, comme aussi sur les principes émis dans celles que j’avais écrites sur le même sujet deux ans avant lui.
Le fait est que la Ire, 2e et 3e sections et partie de 21e de l’acte 4 et 5 Vict., ch 18, passé en 1841, sont encore en force, en vertu de la 57e section de l’acte 9 Vict., ch. 27, passé en 1846, qui est la loi actuelle, et qu’à l’exception du patronage qui était accordé au gouvernement en vertu de la loi de 1841, et du concours du conseil municipal qui en était la créature et l’instrument, la loi de 1846 est à peu de choses près semblable à celle de 1841.
En vertu des dispositions contenues dans ces clauses, la somme de .£50,000 par an est appropriée, d’une manière permanente, pour l’éducation primaire dans la Province-Unie, et est divisible entre les deux sections -de la province en proportion de leur population respective, d’après le dernier recensement général. Jusqu’en 1848, le Bas-Canada a eu £30,000 par an pour sa part de cette somme; mais la population du Haut-Canada, ayant augmenté plus rapidement, (en conséquence de l’émigration des Irlandais, des Ecossais et des Allemands qui s’y est portée davantage,) que celle du Bas-Canada, la part de cette dernière section de la Province a subi plusieurs
diminutions depuis cette date ; de sorte que, maintenant, elle est réduite à moins de d£25,000 par an.
Par extension, le même principe s’applique au partage de la part afférente de l’allocation au Bas-Canada, entre les divisions territoriales appelées municipalités, puis arrondissements d’école.
Mes lettres sur l’éducation furent écrites en 1838, à la demande spontanée de Lord Durham, par l’entremise de l’Hon. Arthur Buller qui était attaché à l’administration de sa Seigneurie, et celles de l’Hon. Juge Mondelet en 1840, à la suggestion de Poulet Thompson, successeur de Lord Durham, en qualité de Gouverneur général du Canada.
Plongé dans une profonde tristesse, et en proie à un grand découragement à la vue des désastres qui affligeaient encore le pays en 1838, je n’étais guère en état de me livrer à un travail suivi, lorsque je fus ainsi prié de faire part au gouvernement de mes observations et de mes vues sur le sujet important de l’éducation primaire. Dans tous les cas, je puis dire que mes lettres ont été écrites avec le plus grand désintéressement personnel possible. Il n’était pas alors question de la place de surintendant ni d’aucune autre place lucrative devant être donnée par le gouvernement en vertu d’une loi d’éducation quelconque, et je n’ai jamais vu ni Lord Durham ni l’Hon. Buller.
Nous nous sommes échangé, l’Hon. Arthur Buller et moi, sept lettres sur le sujet de l’éducation, les miennes proposant les principes que je désirais faire passer en loi, et les siennes quelques petits commentaires, sans pourtant faire aucune proposition contraire aux miennes. Je
faisais en même temps publier mes lettres sous le pseudonyme C. D.t dans un journal périodique de Québec, afin de permettre a l’cpinion publique de se prononcer sur le sujet sans [réjugé ni prévention, sans autre intérêt que celui de la chose, et je priais l’Hon. Buller de recueillir l'expression de cette opinion, et d’en faire le profit de la cause. J’étais d’autant plus porté à en agir ainsi, que dts propositions contraires aux miennes se publiaient simultanément sur le même sujet dans les journaux de Montréal.
Il s’agissait surtout dans mes lettres et dans les écrits qui leur étaient opposés, du système de contribution local, dont tout le monde convenait de la nécessité, de la base, de son principe et de son modus operandi. Or, en faisant la part des circonstances difficiles et alarmantes où se trouvait alors le pays', on concevra facilement que, comme canadien, comme catholique, et j’ose dire comme patriote, je devais redouter l'intervention et l’arbitraire du gouvernement dans une affaire aussi délicate et aussi importante que l'est l’éducation de nos enfants. Notre or gine, notre foi, notre langue et notre nationalité sont trop intéressées à cet égard, pour nous permettre d’être un instant indifferents a ce qui peut y avoir trait.
Des correspondants, dont un datait ses écrits de la Rivière Chambly, et qui écrivait sur ce sujet avec talent et vigueur, proposaient, entre autres ehuses également inadmissibles, la concentration du pouvoir, c’est-à-dire le patronage de la loi entre les mains du gouvernement et le système de contribution coërcitif et obligatoire, basé sur la superficie des propriétés immobilières, et insistaient sur l’adoption de leurs propositions avec une
persistance et une opiniâtreté telles qn’on les prenait pour des raisons convaincantes et irrésistibles.
On a depuis fait et réitéré cette proposition de concentrer ainsi le pouvoir et le patronage de la loi d’éducation entre les mains du gouvernement, surtout entre les années 1848, 1850 et 1854. Mais cette proposition qui ne pourrait convenir tout au plus qu’à un pays dont les habitants, le clergé, la légisture et le gouvernement seraient homogènes, n’a rencontré l’appui que des gens aveugles ou personnellement intéressés.
En effet, si le peuple, le clergé et les autres institutions du Canada étaient de même origine, de mèn e foi religieuse, parlaient la même langue ; si leurs sentiments étaient uniques et leurs besoins identiques; si l’intéiêt des individus était toujours bien compris dans l’intérêt collectif, et constituait un intérêt commun assuré et indivisible, où chaque corps et chaque membre de la société trouverait une garantie du libre exercice de ses droits et privilèges au point de vue moral et religieux, politique et matériel, à la bonne heure ; mais, comme nous ne sommes pas dans ces conditions, que la législature et le gouvernement représentant nécessairement des intérêts divers et répulsifs, des intérêts d’Eglises opposées, et des intérêts de partis politiques mobi es, qui se combattent et se déplacent mutuellement, et que, partant, nous n'avons pas cette garantie d’inviolabilité et dj permanence nécessaire à la sécurité et à la tranquillité de conscience, la concentration du patronage et du j ouvoir exclusive* ment entre les mains du gouvernement, pour le fonctionnement d un système général d’instruction publique, ne serait rien moins que dangereuse et alarmante-
Cependant, les propositions de mes adversaires gagnaient du terrain, et l’on peut voir par les dispositions de la loi 1841, en vertu desquelles tous les officiers du conseil municipal étaient nommés par le gouvernement, que ces propositions avaient en partie été admises par la législature, puisque ce conseil qui était, par la même autorité, constitué le bureau d’éducation pour le district qu’il était censé représenter, était virtuellement l’agent obligé du gouvernement sur les lieux ; mais le peuple comprenant bien la chose, a répudié cette partie de la loi qui a été abrogée depuis. Il aurait pu le faire sans ma demande, mais il a pu le faire appuyé sur ma demande, puisque je l’ai faite même avant d’avoir été nommé surintendant, puis dans mon premier rapport sur l’éducation.
D’un autre côté, le système de contribution que je proposais, basé sur la valeur , et non sur la superficie des propriétés imposables, bien qu’également coercitif et obligatoire, a triomphé de toute opposition. Je pourrais en dire autant de ma proposition de confier le fonctionnement local de la loi autant que possible aux mains du clergé, des parents et des contribuables.
Ce n’est pas moi qui ai jamais demandé ou suggéré de créer la place de surintendant de l’éducation, et si, sans la moindre participation de ma part à la création de cette place, j’ai été le premier à l’occuper, je puis dire que, en en remplissant les devoirs, une de mes plus grandes occupations a été de ne pas abuser des pouvoirs qu’elle me donnait, et de ne pas les faire augmenter, à moins que l’intérêt de l’éducation ne parût le demander impérieusement.
Ennemi de l’arbitraire et des procédés violents, je n’ai demandé du pouvoir que lorsque, de la part des parents, la résistance à la loi d’éducation, l’indifférence ou l’incapacité à prendre utilement part à son fonctionnement local indiquait le besoin de la contrainte, parce qu’en aucun cas, les enfants ne doivent être sacrifiés au caprice, à l’apathie, à l’avarice ou à l’inhabilité des parents. Ainsi, à mon sens, les parents doivent être appelés, comme étant les plus intéressés, à prendre leur part légitime dans le fonctionnement de la loi d’éducation pour l’instruction et pour le bien de leurs enfants ; mais s’ils sont indifférents ou incapables de le faire utilement, et surtout, s’ils sont opposés à la loi qui leur offre l’exercice bien réglé de ce privilège et sont récalcitrants, il doit y avoir, dans cette même loi, un pouvoir suffisant et péremptoire, pour les forcer de concourir, suivant leur capacité et moyens, à la faire fonctionner utilement. C’est ainsi que, la loi d’éducation étant libérale et sage dans ses principes, j’ai toujours envisagé le droit et les obligations des parents à l’égard de l’instruction de leurs enfants, et le pouvoir et le devoir de la législature à ce même égard.
Ce n’est pas moi, non plus, qui ai pu tirer de la place de surintendant de l’éducation aucun avantage réel pendant que je l’occupais, soit pour moi-même soit pour ma famille, puisque j’ai eu à soutenir un combat continuel contre l’opposition qu’on a faite à cette loi, que je n’ai pu jouir d’un moment de repos, et que j’en suis sorti plus pauvre que je n’étais avant de l’avoir occupée. Le seul avantage que j’ai obtenu par suite de ces combats, c’est le succès qui l’a heureusement couronné.
Au préalable, j’avais eu l’avantage d’une mention honorable que Lord Durham fait de mes lettres sur l’éducation dans le rapport qu’il fit à la hâte avant son départ pour l’Angleterre, et je puis dire que mes propositions générales ont obtenu un triomphe signalé sur mes adversaires. Ce triple avantage est sans doute une bien grande compensation, et que je sais apprécier à un haut degré ; mais comme cette compensation n’a rien de personnel, rien de substantiel pour moi, je sens le besoin de faire observer qu’elle est plus du genre de la victoire que de la récompense.
La loi de 1841 était une loi générale pour la province unie, et ne proposait qu’un seul surintendant pour le Bas et le Haut-Canada, conjointement, avec un salaire annuel fixé à £750. Mais Sir Charles Bagot, d’heureuse mémoire, qui avait succédé à Lord Sydenham en qualité de gouverneur général de la province, ayant vu qu’un seul homme ne pouvait remplir convenablement, comme surintendant, les devoirs qui lui étaient dévolus, en se chargeant d’une semblable administration, résolut de nommer un surintendant en trois personnes, à l’instar des greffiers, des protonotaires et des shérifs de Montréal, et dont un serait, dans la commission, pour la lettre de la loi, et les deux autres pour la besogne ou le service actif.
L’hon. Robert Jamieson, président du conseil législatif sous l’acte d’union, et vice-chancelier du Haut-Canada, fut nommé surintendant pour la province avec parfaite entente qu’il ne toucherait, ès-qualité, aucun salaire et n’aurait aucun devoir à remplir, excepté celui de répondre, en parlement, aux questions qui auraient pu y
être faites au gouvernement au sujet de l’éducation, et le ftévd. Robert Murray (1) et moi fûmes nommés surintendants du Haut et du Bas-Canada, respectivement, avec entente que nous nous partagerions également la somme de £750, en attendant des actes d’éducation séparés et indépendants l’un de l’autre. Les projets devaient être faits dans l’intérim, et soumis au parlement en sa session alors prochaine, car la loi de 1841 n’était guère plus populaire dans le Haut que dans le Bas-Canada (2).
C’est en vertu de cette commission d’un surintendant en trois personnes, en date du 11 Mai 1842, que nous fûmes autorisés à prendre le nom de commission d’éducation “ Board op éducation.” Or, cette commission ne fut convoquée qu’une seule fois, pour convenir de quelques règles générales pour sa gouverne. Il y en avait peu qui étaient convenables aux deux sections de la province.
L’Hon. Jamieson n’a jamais agi ultérieurement ni pris la moindre part dans le fonctionnement de la loi de 1841 pour le Bas-Canada, et je ne lui ai jamais écrit une seule lettre au sujet de l’éducation.
L’Hon. F. Hincks, inspecteur-général, se chargea de
(1) Ces personnages sont tous trois défunts. Sir Charles Bagot, né le 23 Septembre 1781, mourut à Kingston (Canada) le 18 Mai 1843; Thon. Robert Jamieson mourut en 1855 ; etleRév. Robert Murray, qui avait été nommé professeur de philosophie à l’Université de Toronto en Octobre 1844, mourut en 1853.
(2) Le ministère d’alors était celui qui avait été nommé par Lord Sydenham, mais, n’ayant pas obtenu l’appui du parlement, il résigna lors de la convocation des chambres eu l’automne de 1842, et le ministère Lafontaine-Baldwin, ayant été formé, le parlement fut prorogé et ne s’assembla qu’une année après, en 1843.-
faire le projet de la nouvelle loi d’éducation pour le Haut- Canada, et le fit passer en la session du parlement de 1843, environ un an et demi après notre nomination à la charge de Surintendant.
L’Hon. A. N. Morin, commissaire du bureau de terres, se chargea de faire le projet de la nouvelle loi d’éducation pour le Bas-Canada, et ce projet, comme tout ce qui sort de la plume de M. Morin, était méthodique et clair, et présentait un ensemble extrêmement élaboré, mais très compliqué, et peut-être beaucoup trop pour le temps d’alors. Ce travail comprenait, à peu d’exceptions près, mes vues et recommandations que je donnais de temps en temps à M. Morin verbalement, suivant sa demande. Mais, malheureusement, ce projet ne devint pas loi.. Il était arrivé à sa troisième lecture dans l’Assemblée Législative, lorsque le ministère Lafontaine-Baldwin ayant résigné, le parlement fut prorogé sans avoir terminé toutes les affaires qui lui avaient été soumises.
Cependant, M. Hincks ayant pressé la passation de son projet après la résignation du ministère, dont il faisait partie, ce travail devint loi avant la prorogation du parlement, et le Haut-Canada se trouva ainsi pourvu de suite d’une loi d éducation convenable qui fut, néanmoins, abrogée plus tard, pour faire place à la loi actuelle pour cette partie de la province, tandis que le Bas-Canada resta avec la loi imparfaite de 1841 que je fis fonctionner d’une manière irrégulière et exceptionnelle jusqu’au 29 Mai 1845.
Or, cette loi de 1845 était plus défectueuse encore que la loi de 1841 ;de sorte que nous n’avons eu une loi généralement convenable pour le Bas-Canada, que le 9 Juin
1846, encore a-t-il fallu l’amender plusieurs fois depuis, pour les raisons déjà données plus haut.
La différence de l’époque à laquelle la loi de 1841 fut abrogée quant au Haut-Canada, donne la différence du résultat de l’opposition qu’elle a rencontrée dans les deux sections de la province simultanément. Mais le résultat du fonctionnement de la loi d’éducation dans le Haut- Canada provient aussi de la coopération simultanée des conseils municipaux et des surintendants locaux.
La loi de 1841 dépendant, en grande partie, pour son fonctionnement local, de la coopération du conseil municipal, et ce conseil ne pouvant, à cause de son impopularité, agir ni pour l’objet de l’éducation ni pour des fins municipales, je conseillai aux commissaires d’école, les seuls auxiliaires qui me restaient aux termes de cette loi, d’assumer tous les pouvoirs et de remplir tous les devoirs dévolus au conseil municipal pour l’objet de l’éducation, de bien remplir, surtout, leurs propres devoirs, et de me faire rapport des écoles tenues sous leur contrôle. Je leur promis, en même temps, de faire mes efforts pour obtenir leurs parts respectives de l’allocation pour les aider à subventionner les maîtres de ces écoles. Les commissaires firent, dans nombre de paroisses, ce que je leur avais conseillé ; je fis de mon côté ce que je leur avais promis, et j’obtins la somme de £20 pour chaque école mentionnée dans les rapports que j’avais reçus, quelquefois même dans de simples lettres de la part d’hommes instruits et amis de l’éducation. La première somme totale que je demandai ainsi et que j’obtins était de £9290 7s. 6d.,
et le gouvernement, très satisfait de mon rapport à cet effet, m’accorda en sus et en même temps la somme de
£500 pour me mettre en état d’encourager les gens dont je recevrais des rapports dans la suite pour l’année scolaire 1842-43. Total £9790 7s. 6d.
Ce procédé, de la part du gouvernement, était très louable et très encourageant. Aussi, je ne manquai pas de le faire connaître et de le faire apprécier dans l’occa sion, pour porter les amis de l’éducation à faire de nouveaux efforts pour établir autant de bonnes écoles que possible, et la libéralité du gouvernement et mes exhortations n’eurent pas lieu sans effet. L’année suivante, le nombre d’écoles augmenta beaucoup et la qualité en était généralement bien améliorée.
Tout se faisait ainsi, non suivant les formalités prescrites par la loi d’éducation, mais suivant l’esprit de cette lofdont je faisais ainsi atteindre le but aussi bien et aussi généralement que possible.
Il y avait des gens qui étaient fort scandalisés de ces procédés, et m’accusaient de prêcher et d’encourager l’infraction de la loi, au lieu de la faire exécuter, tandis qu’il y en avait d’autres, et dont le nombre se grossissait tous les jours, .moins scrupuleux et plus amis de l’éducation, qui admiraient mon courage et la libéralité du gouvernement, et nous louaient et nous soutenaient simultanément dans l’occasion. C’est ainsi que je pus obtenir du parlement trois fois de suite une loi qui légalise toutes ces irrégularités et déviations des formalités qui étaient prescrites par la loi de 1841 et 1845, ainsi que les octrois d’argent faits sur mes demandes et la manière dont cet argent a été employé pour l’objet de 1 éducation primaire dans le Bas-Canada, pendant moitié de 1842, pendant les années de 1843, 1844, 1845 et moitié de 1846. Voir
à ce sujet la 48e clause de l'acte 9 Vict. ch. 27, passé le 9 Juin 1846, actuellement en force.
Un des défauts de la loi de 1841 était de n’avoir pourvu, ni d'une manière ni d’une autre, aux frais d’établissement et d’entretien d’un bureau d’éducation, ni à ceux d’aides de bureau nécessaires pour le succès de l’œuvre. Je fus, en conséquence, pendant près de deux ans, sans bureau fixe, et pendant plus d’un an et demi, c’est-àdire, depuis le 11 Mai 1842, jusqu’au mois de Février 1844, sans commis ni copiste permanent. Ma fille aînée a souvent rempli, pendant ce temps, le devoir de copiste.
Depuis Février 1844 jusqu’en Juillet 1846, je n’eus qu’un commis régulièrement attaché à mon bureau. Ce ne fut qu’à cette dernière époque qu’il me fut permis d'adjoindre un second commis au premier, en vertu de la 34e clause de la loi du 9 Juin 1846, le premier, à raison de £115, et le second de .£60 — seulement de salaire par an. Le premier, ainsi que son successeur, avait le titre de secrétaire, et bien qu’ils eussent l’un et l’autre toutes les qualités requises pour en remplir convenablement les devoirs, les circonstances voulurent que leur principale occupation fut de tenir les comptes et les livres, d’analyser les divers documents, de les coter et de les porter à l’index, pour pouvoir y recourir facilement au besoin.
L’autre commis, dont le salaire fut augmenté à <£175, lorsque celui du secrétaire le fut à £225, en vertu de la 30e clause de l’acte d’amendement passé le 30 Mai 1849, était littéralement le copiste du bureau de 1 'éducation. Je n’ai jamais eu plus que ces deux employés
comme auxiliaires permanents au bureau de l’éducation, et, en 1849, un messager que le gouvernement y laissa attaché, lors de son départ de Montréal pour Toronto, par suite des troubles qui eurent lieu à Montréal en cette année-là.
Je fus pareillement près de deux ans sans être pourvu d’une place de bureau fixe et d’un accès facile. Ce ne fut que le premier Mai 1844 que je fus pourvu, pour cette fin, de deux petites pièces au second étage d’une maison sise près de celle du gouvernement, à Montréal, auxquelles on parvenait par un escalier détourné qui donnait sur la petite rue St. Claude. Je changeai par la suite plusieurs fois de place et d’appartement, sans avoir jamais été pourvu à l’instar des autres départements du service public.
Cependant, mon collègue du Haut-Canada fut pourvu immédiatement après l’émanation de la commission d’éducation en Mai 1842, d’un commis avec un salaire de .£175 par an, et d’un bureau consistant en trois belles pièces au premier étage, et garni de tapis et de meubles convenables. Je ne sais si cette différence marquée était calcul, ou tout simplement un des fruits naturels de l’union des deux Canada ; mais l’effet m’était également incommode, et était encore plus injurieux à la partie de la province unie que je représentais dans le département de l’instruction publique. Je me permis de réclamer plusieurs fois contre cette injustice ; mais en vain. La réponse était que la loi n’ayant pas pourvu à cette dépense, le gouvernement ne pouvait s’en charger pour deux bureaux. Il me fallut attendre la loi de 1845 pour être pourvu ' régulièrement de ces cho-
ses nécessaires pour la facilité et la dignité du service.
En vertu de la loi de 1846, le gardien des bâtisses me procura, en 1849, un bureau compose de trois pièces, et garni d’un ameublement dont le prix montait à soixante et quelques louis, et, lorsque cette somme parut dans les comptes, des membres du comité des comptes publics la trouvèrent très élevée ! Les choses ont bien changé depuis cette époque d’économie extrême.
Cependant, une commission spéciale qui avait été nommée, pour examiner le bureau d’enrégistrement du comté de Montréal, ayant eu besoin d’un de mes appartements, je fus obligé de le lui céder. De sorte qu’après tout, cet ameublement n’eut pas lieu pour le bureau d’éducation seul.
Ces explications m’ont paru utiles, non pour accuser qui que ce soit, non pour servir aucun ressentiment, mais seulement pour donner une idée des difficultés que j’ai eu à surmonter, et des misères que j’ai eu à souffrir, vu surtout que, à part les secrétaires-trésoriers, les commissaires d’école, pendant les dix premières années de mon administration, étaient les seuls sur l’aide desquels j’avais droit de compter au-dehors, pour faire fonctionner la loi, et qu’ils étaient généralement très peu capables d’être utiles pour cette fin, faute d’instruction et d’expérience.
Ces faits seuls étaient cause d’un grand accroissement de travail au bureau, et d’entrevues continuelles avec les intéressés qui y venaient en grand nombre de toutes les parties du pays, surtout en été, pour m’exposer les difficultés et les embarras qu’ils éprouvaient eux-mêmes, pour avoir les explications, les instructions, et j’ôse dire les consolations dont ils avaient besoin, pour diriger et
utiliser leurs efforts et relever un peu leur courage, souvent très abattu.
La loi de 1841 fut remplacée par la loi passée le 29 Mars 1845, laquelle comprenait le système de contribution volontaire associé aux principes généraux qui caractérisaient la loi de 1841 ; seulement, ils étaient libérés de la coopération al^olue du conseil municipal, et confiés, pour leur opération, aux commissaires d’école et ail surintendant de l’éducation.
Le système volontaire fut introduit contre mon gré, dans la loi de 1845, et, cependant, avec beaucoup de déférence pour mon opinion, au point qu’on me promit de le faire disparaître, l’année suivante, si l’essai qu’on voulait en fi ire et le résultat que j’anticipais de son opération justifiaient mon opinion.
Malheureusement pour l'éducation, je devrais dire pour les enfants du pays, le résultat du système volontaire fut en effet tel que je l’avais prédit, et les écoles, au lieu d’augmenter en nombre et en qualité, tombèrent en partie, faute de subvention certaine et convenable. Le système volontaire étant toujours très incertain quant au montant requis et à la date de son entrée en caisse, la conséquence fut désastreuse pour les écoles, et plusieurs, après bien des souffrances, furent suspendues faute de moyen. Des instituteurs en besoin extrême poursuivirent, en plusieurs endroits, les commissaires d’école pour le montant de leur salaire dû, ou pour la balance, et les commissaires d’école, n’ayant pas, par la loi de 1845, le pouvoir de poursuivre les contribuables, se virent contraints ou de payer ce salaire ou celte balance avec leur propre argent, ou de laisser saisir et vendre, pour ne pas y être obligés,
tes maisons d’école qui étaient sous leur contrôle. Ce fait déplorable s’est renouvelé, même sous la loi subséquente, passée le 9 Juin 1846, dans certaines municipalités scolaires où on avait continué le système volontaire, bien qu’il ne fût plus autorisé par cette dern ère loi.
Ces faits ayant été connus et pris en considération, le parlement se hâta d’abroger la loi de 184ô pour la remplacer parla loi passée le 9 Juin 1846, qui rétablit le système de contribution coercitif et obligatoire. C’est la loi actuelle, amendée de manière à rétablir le système volontaire, pour être mis en pratique par voie d’exception, là où les préjugés des habitants contre la taxe étaient invincibles ; mais cette fois, avec des restrictions et des conditions qui en empêchent l’abus et rendent la contribution nonobstant obligatoire, en vertu do la 4e clause de Pacte d’amendement passé le 30 Mai 1849. C’est-à-dire, que cette dernière loi n’accorde aux contribuables qu’un certain temps pour former, par contribution volontaire, la somme voulue par la loi, après quoi, si la somme n’est pas formée de cette manière, la coercition est exercée contre les contribuables.
Toutes ces dispositions, dans nos lois d’éducation, montrent combien le parlement et le gouvernement étaient désireux de mettre en pratique des moyens propres à répandre l’instruction, sans heurter les préjugés du peuple dont la contribution a toujours été regardée comme nécessaire pour cet objet, et je puis dire que c’était bien là ma propre opinion et recommandation ; pourvu toujours qu’on prît le moyen de s’assurer de cette contribution à un degré'et en un temps convenables.
Cependant, il est peu d© municipalités scolaire au-
jourd’hui, où le système volontaire soit en pratique. L’expérience a appris aux contribuables que le système coërcitif et régulier, exigeant péremptoirement des contributions déterminées par la loi, suivant leurs moyens respectifs, est à la fois le plus juste, le plus facile, leplus économique et le plus certain dans sou opération et dans ses effets que le système volontaire. Sous son contrôle bien réglé, tout se passe d’une manière plus paisible, plus uniforme et plus satisfaisante. Mais il était bien difficile de faire comprendre celà aux hommes préjugés, et encore plus aux hommes intéressés à tout opposer. Cependant, il fallait les réunir, sinon les convaincre, et les obliger tous à contribuer au bon fonctionnement de la loi, chacun suivant ses moyens.
C’était en partie pour obtempérer un peu à la demande d’un parti, et en même temps pour s’assurer toujours du bon fonctionnement du système le plus convenable que des amendements à la loi étaient sans cesse proposés, et étaient souvent trop tôt adoptés. C’est ainsi que des systèmes d’éducation se succédaient et étaient tour à tour amendés et modifiés de manière à en faire des lois temporaires et contradictoires.
En Juillet 1847, M. le Procureur-Général pour le Bas- Canada soumit à la considération de la législature un projet de loi pour amender l’acte d’éducation passé en 1846. A bien peu de choses près, ce projet consacrait, dans 19 clauses, tous les principes fondamentaux de cette loi, et proposait d’y ajouter quelques dispositions importantes qu’on y avait délibéremment omises en 1846, te1]© entre autres, la qualification littéraire des commis^ ires d’école, pourtant si utile, si nécessaire au
bon fonctionnement d’une loi d’éducation. Cette qualification eût été exigible à l’avenir, mais ce projet n’étant pas devenu loi, l’acte d’éducation ne fut amendé qu’en 1849, toutefois sans contenir cette qualification dont l’exemption, qui est un contre-bon-sens, a permis à des gens illettrés de faire choix d’hommes comme eux pour diriger, sur les lieux, l’instruction primaire et les écoles tenues sous le contrôle de la loi.
Plusieurs des dispositions contenues dans le projet de 1847, sont comprises dans la loi d’amendements passée le 30 Mai 1849, moins la qualification littéraire exigible des commissaires d’école.
Quoiqu’il en soit, la loi de 1846, surtout avant d’avoir été amendée par la loi de 1849, est celle qui a le plus excité le parti de l’opposition, qui en a le plus animé l’esprit, et a porté plus les gens qui la composaient à se mettre à l’œuvre pour en empêcher le fonctionnement et le bon effet.
A la vue de la libéralité des dispositions de cette loi et du succès que son fonctionnement devait tôt ou tard obtenir, lorsqu’elle serait comprise et appréciée, le parti de l’opposition, agissant de désespoir, a renouvelé ses efforts et multiplié ses menées qui n’ont eu, malheureusement que trop de conséquences pénibles et humiliantes. En effet, le mal que ce parti a fait est incalculable et irréparable ; car il n’y a pas que peine et temps perdus pour une grande partie de la jeunesse qui, par le fait, a été privée du degré d’instruction dont elle avait besoin ; il n’y a pas que peine et temps perdus pour l’avancement moral et matériel du peuple ; il y a encore tout ce qu’a souffert la morale publique et la réputation
du pays. L’opposition qu’on a faite à ta loi d’édncatioii a été non-seulement cause de désordres, de difficultés, de scandales bien regrettables, mais encore eile adonné occasion à des assertions aussi injustes qu’injurieuses à la réputation du pays.
Des gens mal informés ou mal disposés ont dit et publié, nombre de fois, que le clergé catholique et le peuple canadien-français sont également opposés à l’éducation. Ce sont là des assertions qui ont été souvent fuites et réitérées, toutes fausses et calomnieuses qu’elles soient ! Et qui en est la cause, si ce n’est le parti qui, pour des raisons à lui seules connues, a tant opposé la loi d éducation, en a tant entravé le fonctionnement.
Cependant, le clergé et le peuple veulent également et sincèrement de l’éducation. Preuve, tous les ordres religieux enseignants qui ont été établis dans le pays pour aider à la répandre ; preuve, tous les établissements d’éducation qui ont été faits, et toutes les maisons d’école qui ont été érigées pour cette fiu par tout le pays, depuis 1843 jusqu’à ce jour ; preuve, le nombre d’écoles primaires en opération qui couvrent tonte la surface du pays, et le nombre d’enfants qui les fréquentent annuellement ; preuve encore, le nombre de nos collèges classiques et industriels qui, pour la plupart, doivent leur existence et leur opération à l’initiative du clergé et leur alimentation aux nfantsdu peuple ; preuve encore, les pensions fondées ou payées annuellement par le clergé, dans nos collèges et aux universités, pour aider à donner la haute éducation à ceux de nos jeunes gens dont les talents, l’application et les bonnes dispositions connues font naître l’espoir de leur utilité et de leur eon-
cours à promouvoir, dans la suite, le bien de la religion et de la patrie ; preuve encore, le montant des contributions locales qui s’est toujours élevé à une somme bien plus considérable que celle qui a été fuite chaque année par la législature pour l’objet de l’éducation, comme on peut s’en convaincre par les rapports qui ont été faits sur l’éducation depuis 1842 jusqu'à ce jour.
J1 est de plus à remarquer que tous nos collèges industriels et deux autres encore, ont pris naissance sons les auspices de la loi d’éducation actuelle ; qu’ils sont fréqueutés chacun par un grand nombre d’é èves, et que nos anciens collèges ont vu leur nombre d’élèves se doubler ou à peu près, depuis Je fonctionnement de la loi d’éducation, et depuis l’établissement de nos collèges industriels. Or, tous ces faits, si honorables et si satisfaisants, prouvent que, non-seulement le clergé et le peuple désirent l’éducation, mais que, malgré l’opposition offerte à la loi et toutes les difficultés qu’elle a suscitées à son fonctionnement, l’éducation a pris sous les auspices delà loi, un essor qui met le pays en état de se comparer avantageusement sous ce rapport avec aucun autre pays du monde civilisé.
D’ailleurs, il doit paraître clair et évident que si le clergé et le peuple étaient opposés à l’éducation, réunis, leurs moyens et leur influence auraient été une barrière infranchissable, un obstacle invincible à tous les efforts, à tous les sacrifices qu’on aurait pu faire pour la répandre.
Le clergé et le peuple canadien aiment donc l’éducation j mais le clergé ne veut pas d’une éducation toute profane, vulgaire et impie ; le peuple ne veut pas d’une
éducation trop dispendieuse ni trop superflue, ni d’une éducation trop superficielle et insuffisante ; il ne veut pas être forcé de payer pour cet objet plus que ses moyens ne lui permettent, et il vent recevoir, sous forme d’instruction donnée à ses enfants, une valeur équivalente au montant de l’argent par lui payé pour cette fin ; il veut que cette instruction soit solide et utile, et, à un degré suffisant pour pouvoir répondre aux besoins variés, mais légitimes de son état ; et moi, connaissant les dispositions et les intentions favorables du clergé, connaissant les besoins réels et évidents du peuple, et son désir à cet égard, je ne voulais pas, pour la masse des enfants du peuple, d’une éducation savante et classique, dune haute éducation enfin, parce que cette espèce d’éducation serait superflue et inutile pour elle, et que la société pourrait plutôt en souffrir qu’en profiter sous le rapport moral et matériel. Cette espèce d’éducation étant de luxe, et généralement du ressort des parents aisés, ne doit être donnée qu’à leurs enfants, à ceux de l’élite de la société, et autant que jwssible, à tous autres ayant une aptitude spéciale, afin de former les uns et les autres pour les professions libérales et savantes, pour les charges publiques et pour les hautes positions de la société.
Tout ce que le clergé veut donc, c’est cette espèce d’éducation qu’il considère comme étant la seule convenable à nos véritables besoins, à notre intérêt bien entendu sous le rapport moral, religieux et matériel ; c’est cette éducation chrétienne et solide qui n’a aucune tendance dangereuse soit pour la foi, soit pour les mœurs ; tout ce que veut le peuple, c’est une éducation de facile acqui-
sition et d’utilité pratique, qui soit pour ses enfants un moyen sûr de succès et de prospérité dans la vie active ; tout ce que le clergé et le peuple réunis veulent donc, c’est cette éducation chrétienne et éminemment sociale qui forme les enfants de manière à les rendre capables de remplir utilement les devoirs qui leur seront dévolus dans les différentes conditions de la société, propres à en faire des sujets industrieux et prospères dans les affaires, et à en faire surtout de bons chrétiens et de bons citoyens, consciencieux, honnêtes et pacifiques ; tout ce que le clergé et le peuple réunis veulent donc, ce sont les moyens surs, économiques et prompts de répandre cette espèce d’éducation généralement dans le pays, et c’est celle aussi que je me suis efforcé de répandre, suivant les moyens disponibles mis à ma disposition par le gouvernement pour cette fin, et suivant les besoins connus.
Je me suis consciencieusement acquitté de ce devoir en vue des besoins connus et sentis par toutes les classes de la société. Je n’ai pas hésité à dire, comme mon opinion fondée sur l’histoire et l’observation des faits, que, pour la généralité des enfants du peuple, toute autre espèce d’éducation tendant à déplacer les sujets, à dérouter les agents de la société et à tout confondre, en les changeant trop facilement de sphères, serait plus à craindre dans la pratique et dans ses effets, si elle devenait générale, que désirable.
Cependant, des enfants de Baptiste et de Joseph te, ceux de la dernière classe, bien entendu, comme il y en a dans tous les pays, ne voulant déjà plus servir, et la société souffrant d’être privée de leur bon service, l’on a dit : “ C’est la faute du Dr. Meilleur, avec sa loi d’éducation " et l’éducation généralement répandue
Eu effet, Instruction, et les sentiments quelquefois désordonnés qu elle fait naître, ajoutés à l’esprit d’indépendance qui caractérise les Canadiens, les portent à se refuser au service pénible et servile. Que serait-ce donc s’ils avaient tous ou généralement reçu une haute éducation ?
Le goût de l’indépendance est sans doute naturel à l’homme, parce qu’elle est la plénitude de l’être, et l’indépendance relative, en accord avec la dignité de l’homme vivant en société et les devoirs de son état, est bien permise, parce qu’elle tend à balancer, dans un juste équilibre, les pouvoirs et les privilèges, à mettre un frein à l’abus, et à faire consister l’usage de la liberté individuelle dans l’accomplissement fidèle des devoirs et des obligations réciproques ; mais l’indépendance absolue, à laquelle un peuple de philosophes besogneux aspirerait, ne pouvant mener ni à la vertu ni au bien, ne serait ni utile ni tolérable.
En poussant trop loin l’éducation, toutefois à un degré indéfini, on détruirait donc infailliblement un élément de cette dépendance réciproque et de cette prévenance mutuelle dont le concours est nécessaire au bonheur domestique et au bien-être général. Les rangs et les conditions coordonnées de la société sont aussi divers et multipliés que ses besoins, et si une classe considérable de personnes refusait d’occuper sa place naturelle et d’en remplir les devoirs, il s’en suivrait qu’il n’y aurait plus d’harmonie ni d’état distinct possible dans la société : le vide qui, en ce cas, aurait lieu quelque part, se ferait sentir plus ou moins au sein du foyer domestique, et contribuerait à donner un malaise qui, se répandant de fa-
mille en famille, causerait infailliblement une souffrance générale très préjudiciable à la prospérité et au bonheur de la société toute entière. L’éducation doit donc être graduée suivant les besoins particuliers et relatifs, et proportionnée à la nature des circonstances, et aux exigences de la position.
J’ai déterminé, par les dispositions contenues dans la
150e clause de l’acte 9 Vie., ch. 27, les moindres branches d’instruction qui doivent constituer notre système général d’instruction publique, et je suis convaincu que, bien dirigée, l’intelligence pratique de ces branches d’instruction sera très généralement suffisante pour répondre convenablement à tous les besoins de la vie laborieuse. C’est cette espèce d’éducation qui convient et qui est la seule nécessaire à la masse des enfants du peuple, et que nous devons nous efforcer de répandre, complète et solide aussitôt que possible ; après quoi nous devons nous hâter de les renvoyer à leur parents, afin qu’ils prennent, sans délai ni hésitation, la part qu’ils sont appelés à prendre, respectivement, dans les différents genres d’occupations de la vie laborieuse (1).
A cet effet, j’ai non-seulement mis en pratique tous les moyens mis à ma disposition par la loi, mais encore j’ai signalé, au fur et à mesure, tous ceux dont l’obsarvation et l’expérience semblaient iudiquer l’emploi, afin de mieux atteindre le but de la loi. C’est ainsi que, lors de mon entrée en charge, et lors de la promulgation de chacune des lois principales, telles que celles de 1841, de 1845 et de 1846, et encore des lois d’amendements,
(1) Voir à ce sujet ma recommandation du livre d’école intitulé : Guide de V Instituteur .
telles que celles de 1849 et 1851, j’ai adressé une circulaire aux commissaires d’école touchant chacune d’elles, leur expliquant le but qu’elle avait en vue, les moyens qu’elle donnait et la coopération qu’elle exigeait pour l’atteindre.
Je n’ai pas manqué d’attirer toujours l’attention particulière des parents et des commissaires d’école sur l’importance de se procurer les services d’instituteurs qualifiés sous touif les rapports, et sur celle de les rémunérer convenablement, paree que, sans une rémunération convenable, point d’instituteurs capables et dévoués, comme ; ils doivent l’être ; et sans les services et le dévouement ! de semblables instituteurs, point ou peu de succès dans l’enseignement primaire.
Dès mon rapport du mois de Décembre 1842, j’ai signalé assez au long tous les défauts de la loi de 1841 ; j’ai indiqué ceux de ses principes que nous devions conserver, et les dispositions nouvelles et différentes que nous devions y ajouter, pour en rendre l’opération facile et utile, et, dans mon rapport du 15 Avril 1846, page 17 et 18, j’ai spécialement proposé de publier un journal d’éducation, et demandé les moyens d établir, dans chaque comté, une maison d’éducation supérieure dite académie, et une école normale divisée en deux branches distinctes et séparées, dont l’une pour les protestants et l’autre pour les catholiques, et placées chacune centralement. Dans ce rapport, on voit aussi combien j’insiste sur l’importance de mettre de la méthode et de l’uniformité dans l’enseignement, et partant dans l’usage des livres d’école.
Dans ces rapports et dans mes rapports précédents, et
dans plusieurs de mes rapports suivants, j ‘ai renouvelé ces demandes, et la demande que les instituteurs des écoles-modèles fussent autorisés et encouragés à former de leurs élèves des maîtres pour l’enseignement, de manière à pouvoir subir un examen satisfaisant devant l’un des bureaux d’examinateurs. Voir à ces sujets, et spécialei ment, mon rapport du 11 Mars 1848, depuis page 89 à page 96.
C’est surtout dans ce même rapport et dans les précédents que j’ai recommandé de fixer le taux mensuel pour les enfants de 7 à 14 ans, au lieu de 5 à 16 ans, comme il était dans la loi, ce qui, ajouté à la contribution suivant la valeur des propriétés imposables, rendait le montant total des deux contributions locales trop onéreux pour la plupart des contribuables, et les portait à se plaindre de la loi.
J’ai donné, dans ce même rapport du 11 Mars 1848, une ample explication des principes de la loi de 1846 en opposition aux attaques incessantes que, de tout côté, les malveillants, les opposants, et surtout les charlatans politiques dirigeaient contre elle, à l’envie les uns des autres. On voit aussi, dans ce rapport, une réfutation de plusieurs systèmes d’éducation proposés par les spéculateurs en ce genre, et un appel fait aux visiteurs pour les porter à m’aider à soutenir la lutte engagée, dans laquelle je ne me sentais pas assez soutenu, et ce, d’autant moins que les chefs agitateurs semblaient circonvenir à la fois le peuple et le gouvernement. Je m’abstiens de les désigner plus spécialement ici, par considération pour les hommes respectables et bien intentionnés dont ils avaient abusé de la bonne foi et presque fait des complices, dans
une agitation aussi déloyale et préjudiciable à l’éducation que coupable et scandaleuse
Mes rapports du 11 Mars 1S48 et ceux du 25 Mars 1851 sont ceux auxquels on peut référer spécialement comme preuve de l’attention constante et de l’empressement avec lesquels j’ai recommandé les amendements et ajoutés qu’on devait faire à la loi de 1846, et l’on peut voir par les lois de 1849 et 1851, que ces rapports ont été suivis chacun d’une loi d’amendements, comme aussi que les choses que, dans l’intérêt de l’éducation, j’ai demandées avec tant do sollicitude et d’instance, ne m’ont été accordées que petit à petit, pièce à pièce, et comme pour se débarrasser de mes importunités, et apparemment pour ne pas trop déplaire au parti de l’opposition qui avait dans le parlement des hommes intéressés à l'y représenter à cet égard, et l’on sait que quelques-uns l’ont fait assez ostensiblement, surtout en 1848, 1850 et 1854.
Désespérant, souvent, d’obtenir tout ce que je demandais, j’insistais davantage sur l’octroi des parties principales, et, craignant que le philosophisme qu’on voulait introduire dans les écoles n’y fit un jour son entrée et ses ravages, je recommandais instamment aussi la pratique de l’enseignement moral et religieux dans nos écoles primaires, et je voulais pourvoir à ce que nos instituteurs fussent formés pour cette tâche, à des institutions convenables, suivant les besoins connus et sentis et les exigences relatives, en leur donnant des bureaux d’examinateurs, et des écoles-normales séparées. Car, ce n’est pas assez d’avoir la liberté d’enseignement, et le droit d’en faire usage suivant le$ préceptes de l’Eglise et la dictée de la
conscience ; il faut encore que les instituteurs qui sont destinés à remplacer, dans les écoles, les parents et l’Eglise, soient formés de manière à ne rien laisser à désirer, encore moins à craindre à l’égard de la foi, autrement les enfants ne devraient pas leur être confiés.
Or, dans un pays comme le nôtre, où les habitants sont hétérogènes, où il existe plusieurs croyances religieuses distinctes et séparées, chaque Eglise peut tenir le même langage relativement à l’éducation de ses enfants ; et dans ce cas, l’Etat doit respecter sa réclamation, — c’est-à-dire, qu’il doit lui laisser la liberté d’enseignement et les moyens d’en faire usage sans distraction ni restriction aucune.
C’est ainsi que j’ai fait la 50e clause de la loi de 1846, et qu’au 10e défaut de cette loi, signalé dans mon rapport de 1846, j’ai demandé qu’une école normale fût établie en deux branches séparées, dont l’une pour les protestants et l’autre pour les catholiques. La chose fut accordée d’une manière tacite, au moins, par la loi de 1851, dites des inspecteurs, parce qu’ils ont été nommés en vertu de cette loi ; mais on s’opposa, nonobstant, à l’établissement d’écoles-normales séparées, au moins établies suivant les principes que je proposais pour leur gouverne.
Il est cependant à remarquer que, malgré l’opposition que l’on fit alors à l’établissement d’écoles-normales séparées, elles existent aujourd’hui et opèrent séparément. Ce fait est un triomphe obtenu sur l’objection faite à cette pratique ; c’est le triomphe éclatant d’un principe sur la théorie, d’un droit sur l’empiètement.
En effet, îa liberté de conscience comprend néoessai-
rement la liberté de l’enseignement moral et religieux sans gêne ni entrave aucune, et, à moins d’avoir des écoles-normales séparées pour y former les instituteurs, les parents de croyances religieuses différentes et opposées ne pourraient exercer ce droit indéniable, sans être généralement exposés à des inconvénients bien graves et bien préjudiciables à la morale individuelle et publique. En effet, comment peut-on, sans morale ni religion, faire le bien et éviter le mal, et comment peut-on espérer de pouvoir pratiquer l’un et éviter l’autre, sans avoir eu les principes salutaires de l’Evangile inculqués avec soin dans l’esprit, dès le bas âge ?
Mais ce n’est pas avec le peuple que j’ai eu à combattre à ce sujet, et il va sans dire que ce n’est pas non plus avec le clergé, puisque son devoir, qu’il n’a jamais méconnu ni négligé de remplir, est d’invoquer la liberté d’enseignement et d’en exercer le droit, dans toute sa plénitude, en faveur de ses ouailles.
C’est ainsi que, dans le Haut-Canada, le clergé ayant réclamé l’exercice de ce droit, et le surintendant de l’éducation s’y étant opposé, il en est résulté des difficultés qui vont toujours en croissant, et qui menacent de troubler davantage l’ordre et la paix publique. Notre loi d’éducation autorisant l’établissement et le maintien d’écoles dissidentes ou séparées, est infiniment préférable, sous ce rapport, à la loi d’éducation du Haut-Canada qui n’a reconnu que tard, et d’une manière imparfaite, ce droit juste, et dont la jouissance est nécessaire pour le maintien de l’ordre public et de la tranquillité de conscience.
L’oppogition que la loi d’éducation a rencontrée
n’est pas venue du clergé ni du peuple proprement dit, puisque l’un et l’autre veulent l’éducation de la jeunesse, et que l’un et l’autre ont, par la loi, le droit de lui en procurer le bienfait, en toute liberté de conscience, sous le rapport moral et religieux, suivant le besoin spécial qu’elle en a, en accord avec sa foi, son âge, son aptitude et son degré d’avancement. Cette opposition est venue d’autre part, et la partie du peuple qui y a contribué n’a généralement été que l’instrument aveugle d’hommes ambitieux et intéressés à empêcher le fonctionnement de la loi.
Mais la plus grande preuve du bon vouloir et de la coopération active et zélée du clergé et du peuple pour répandre l’éducation, sont les sommes énormes qu’en nombre de paroisses les curés et les habitants ont formées simultanément pour l’établissement, au milieu d’eux, d’écoles modèles, de couvents enseignants, de maisons d’éducation dites académies, et de collèges industriels, ainsi que de bibliothèques publiques. Tout cela est fait sous les auspices de la loi des écoles primaires qui, par l’influence et les sacrifices des amis de l’éducation sur les lieux, a donné par tout le pays le goût de l’éducation et l’impulsion pour faire ces établissements auxquels, sur ma demande et par mon entremise, le gouvernement a contribué libéralement. Je me suis toujours fait un devoir d’encourager les amis de l’éducation à faire ces grands établissements, parce que je les considère comme étant les plus propres à donner à la jeunesse le complément de l’espèce d’éducation dont elle a le plus de besoin.
D’après le plan que j’avais proposé à cet effet, on ré-
unissait l’influence et les moyens du clergé, des f (briques, du gouvernement et des autres amis de l’éducation, et des maisons d’éducation supérieure s’élevaient comme par enchantement, surtout dans les campagnes. Elles étaient ainsi promptement érigées et offertes à la jeunesse, avide de les utiliser pour s’instruire.
Ce plan que, d’un côté, on n’a pas compris d’abord, mais qu’on a honorablement exécuté plus tard, et dont, d’un autre côté, on a blâmé et voulu empêcher l’exécuticn, consistait en un octroi fait invariablement aux commissaires d’école de paroisse, pour aider à la construction ou réparation de maisons d’éducation supérieure sur des terrains appartenant généralement aux fabriques, mais dans tous les cas, transportés par elles ou par tout autre propriétaire, aux commissaires d'école par un acte notarié, pour l’objet de l’éducation sous leur contrôle et sous celui de leurs légitimes successeurs en office à perpétuité, conformément à la 25e clause de l’acte 9 Vie., ch. 27, ou de toute autre loi le remplaçant pour en atteindre le même but, avec le droit réservé à la fabrique d’user du réméré, lorsqu’elle le jugera à propos, aux fins de reprendre le terrain ainsi transporté, avec les maisons et autres bâtisses dessus construites, à la condition de remettre aux dits commissaires d'école tout le montant de l’octroi fait pour construction ou réparation d’icelles, et aussi tout le montant des contributions faites en vertu du dit acte pour le même objet. Voir mon rapport du 16 Juin lb51, sur ce sujet.
D’après ce plan, parfaitement légal et d’une exécution facile, la possession de tout ce qui provient des ressources de la loi d’éducation est assurée aux commis-
saires d’école, les organes de la loi d’éducation sur les lieux, et tout ce qui provient des fabriques et des autres amis de l’éducation qui leur font des dons pour la répandre, comme l’ont fait si généreusement les curés, reste acquis aux fabriques, qui peuvent le réclamer, si elles le jugent à propos, pour en faire usage séparément pour le même objet. En vertu de ce plan, que de savants jurisconsultes ont dit être ingénieux et heureusement conçu, les parties contractantes ont chacune ses droits réservés et garantis, et leur part de contribution utilisée dans ces établissements éminemment avantageux à la jeunesse.
Or, il est notoire que les fabriques qui sont composées chacune de l’évêque diocésain, du curé et des contribuables représentés par les marguilliers, élus par eux pour cette fin, et qui constituent ainsi un corps civil et politique pour la régie des biens temporels de l’église, ne peuvent transporter sous forme de prêt ou d’aliénation absolue les propriétés dont elles sont dépositaires, sans la coopération et l’autorisation formelle de l’évêque diocésain et du curé de la paroisse. Donc, dans les établissements faits en vertu de ce plan, le clergé et le peuple ont bien montré qu’ils sont amis de l’éducation, et disposés à utiliser tous les moyens légitimes mis à leur disposition pour la répandre. Donc, ils ont bien mérité à cet égard.
D’ailleurs, dans l’exécution de ce plan, tout porte à l’accord et à l’harmonie entre les parties intéressées dans la pratique des moyens propres à répandre l’instruction dans le pays, et, quels qu’aient été les elforts qu’on a faits pour empêcher la réalisation de l’objet que j’avais
en vue en le proposant, il n’y a eu, de mon temps, qu’une seule paroisse dont la fabrique a fait usage du réméré, et encore ne l’a-t-elle fait qu’à regret, et à l’égard d’un seul des deux établissements d’éducation supérieure qui y ont été faits, pendant les deux dernières années de mon administration.
D’après ce plan, j’ai eu le plaisir de contribuer, des fonds du gouvernement, à plus de 130 maisons d’éducation supérieure, en y comprenant les écoles-modèles, la plus grande partie dans les paroisses catholiques, et dont plusieurs font honneur à leurs habitants et au pays.
Dans nombre de paroisses, ces établissements sont doubles, c’est-à-dire, qu’il en est un pour les garçons et l’autre pour les filles, tels qu’à St. Thomas, à St. Louis de Kamouraska, à Yamachiche, à St. Grégoire, à Sorel, à St. Jean Dorchester, à Beauharnais, à Longueuil, à St. Laurent, etc., etc.
Messire St. Germain, le vénérable curé de cette dernière paroisse, voisine de Montréal, donna le premier l’exemple de l’exécution de ce plan, après, toutefois, avoir pris un avis légal et avoir obtenu l’approbation de son évêque à cet effet. Il consacra, pour l’exécution de ce . plan, une somme considérable à lui appartenant, et l’on voit aujourd’hui, chaque côté de son antique presbytère, une maison d’éducation qui a coûté plusieurs mille louis. Celle destinée à l’usage des garçons a coûté plus de £5,000, en y comprenant le beau lopin de terre sur lequel elle est sise.
J’ai porté les commissaires d’école et la corporation de l’institution royale à se prévaloir aussi des dispositions de la 21e clause de la loi du 9 Juin 1846, pour utiliser les
maisons d’école appartenant à cette institution, dont quelques-unes n’étaient pas occupées pour l’objet de l’éducation, et dont quelques autres étaient même entièrement abandonnées et tombées en ruine. J’avais eu le soin d’obtenir l’autorisation de l’institution royale avant la passation en loi de cette clause pour cette fin. De cette manière, toutes ces maisons d’école sont devenues la propriété des commissaires d’école dans les municipalités scolaires où il y en avait, et de plus, en vertu d’un acte notarié à cet effet, et on a fait ainsi des établissements très utiles et prospères.
Il est juste d’observer ici que, outre les maisons d’éducation sises dans les villes; il existe encore dans plusieurs paroisses, des établissements d’éducation doubles de cette espèce qui ont été faits pendant mon administration, mais qui ne l’ont pas été en vertu de mon plan, tels que ceux de la Pointe-Lé vi, de Ste. Marie de Monnoir, de St. Vincent de Paul, de St. Paul de Lavaltrie, de l’Industrie, de St. Timothé et de Berthier. Celui-ci fait avant le fonctionnement de la loi d’éducation, à ma demande, a été mis sous le contrôle des commissaires d’école, en vertu d’un acte notarié consenti à cet effet par le Dr. Barbier qui en était en possession.
Il est d’autres paroisses où de semblables établissements sont doubles, mais dont un seul a été fait pendant mon administration, tels que Terrebonne, Ste. Thérèse, l’Assomption, Ste. Marie de la Beauce, La Pointe aux Trembles, La Pointe Claire, St. Hyacinthe, Chambly, Sherbrooke, St. Eustache, St. Martin,-, St. Henry de Mascouche, etc., etc,, etc.
Il est encore d’autres paroiss es où de semblables était
blissements, faits pendant mon administration, ne sont pas doubles, tels que le Côteau St. Louis près de Montréal, la Baie St. Paul, Ste. Croix, Ste. Anne de la Pérade, St. Lin, St. Michel, St. Jacques de l’Achigan, St. Benoit, St. André, Ste. Scholastique, Ste. Elizabeth, St. Grégoire, St. Aimé, St. Hugues, Vaudreuil, Bigaud, Châteauguay, Huntingdon, Lennoxville, Bichemond.
Ces maisons d’éducation supérieure ont été toutes plus ou moins dotées autrement par le gouvernement, et plu sieurs d’entr’elles l’ont été d’une manière très libérale.
Il est d’antres maisons d’éducation supérieure qui ; n’ont été dotées ni d’une manière' ni d’une autre, telles que l’académie de St. André, Je couvent de St. Hugues fondé par Messire L. M. Archambault, curé de la paroisse, les deux établissements de St. Timotlié, fondé par Messire J. Archambault, curé de Ja paroisse, celui des Dames du Sacré-Cœur au Sault-au-Récollet, celui des Sœurs de Providence à St. Vincent de Paul, etc., qui son* dûs aux contributions réunies du clergé et du peuple qui contribuent, l’un et l’autre, à les entretenir dans un état d’activité et de prospérité qui fait l’admiration des étrangers.
Cependant, le peuple n’a pas contribué à la bâtisse de tous ces établissements. Celui de St. André a été érigé entièrement aux frais de Messire F. Bonin, (1 ) celui de St. Vincent aux frais de Messire Mercier et par les dons généreux de Demoiselle Marie Quevillon, et celui du Sault principalement aux frais des Dames du Sacré-Cœur et de Messire J. J. Vinet, curé de la paroisse.
(1) Ancien curé de Ste. Scholastique où il tient une espèce de collège dont il enseigne lui-même tous les élèves.
Le nombre des paroisses de campagne ou les établissements d’éducation supérieure sont doubles, sont au nombre de 28, et celles dont les fabriques ont cédé des terrains, soit d’une manière absolue ou à titre de réméré, sont au nombre de 32.
Le montant que j’ai payé des fonds du gouvernement pour aider à la construction de maisons d'éducation élémentaire et supérieure est de £5292 1, et ces établisse» ments sont estimés à £131949. D’où il suit que les contribuables ont fourni pour leur part, la somme de £79028 de plus que le gouvernement pour l’érection de ces bâtisses, et ce, indépendamment de l’ameublement de ces établissements d’éducation qui est souvent d’une valeur considérable dans ceux destinés à l’éducation supérieure.
Je n’ai pas fait allusion, dans l’énumération ci-haut, aux établissements qui existaient avant 1841, pour les garçons, telles que les maisons d’éducation dites académies, ni à nos neuf collèges classiques, tels que celui de Québec, de Ste. Anne, de Nicolet, de St. Hyacinthe, de Chambly, de Ste. Thérèse, de l’Assomption, de Montréal et le Collège McGill à Montréal, qui étaient en pleine opération avant la loi d’éducation, primaire.
Je n’ai pas fait, non plus, allusion aux couvents de filles enseignants qui existaient déjà dans les villes de Québec, de Trois-Rivières et de Montréal ; ni aux établissements importants dans ces trois villes, des frères des écoles chrétiennes.
Je n’ai pas fait allusion, non plus, aux autres maisons d’éducation qui étaient établies dans ces villes et celle
cle Sherbrooke avant 1841, et depuis, dans ces mêmes villes, telles que, entre plusieurs autres moins importantes, l’université Laval à Québec, le collège Ste. Marie et le High-School à Montréal, et l’établissement d’éducation catholique à Sherbrooke.
Je n’ai pas fait allusion, non plus, aux couvents de filles enseignants qui étaient en opération dans les campagnes avant 1841, tels que celui de St. François, de Ste. Famille, de la Rivière-Ouelle, de Ste. Marie de Beauce, de St. François Rivière du Sud, de la Pointeaux-Trembles de Québec, de la Pointe-aux-Trembles de Montréal, de St. Denis, de Laprairie, de Boucherville, de St. Hyacinthe, de la Pointe-Claire et de Soulange, vulgo les Cèdres, où le bien se faisait suivant les ressources de l’époque, et suivant le degré d’encouragement assez limité que recevaient alors ces établissements d’éducation.
Le nombre des académies, collèges et couvents enseignants est donné distinctement dans le tableau général annexé à mon rapport du 28 Avril 1855, avec le nombre d’élèves qui les fréquentaient respectivement en 1854 ; mais il est à remarquer que, depuis la date de ce rapport, des académies ont pris le nom de collèges, et des couvents celui d’académies.
A l’exception des collèges classiques auxquels je n’ai jamais fait d’octroi, presque toutes ces maisons d’éducation ont été mises sous le contrôle des commissaires d’école pendant mon administration, au moins d’une manière temporaire, tels que le collège de Rigaud, de St. Michel, de Terrebonne et les établissements d’éducation
de St. Thomas, de Sorel, de Beauharnais, de St, Laurent, de St. Jean Dorchester.
Dans tous les cas, tous les établissements auxquels j’ai fait un octroi, soit pour aider à l’érection des bâtisses, soit pour aider à l’établissement de bibliothèques publiques, ou pour la tenue des classes ou des écoles, ont été mis régulièrement sous le contrôle des commissaires d’école, par un acte notarié et fait en bonne et due forme à cet effet, et aucun octroi n’a été fait pour aucun de ces objets, sans une contribution locale, faite au préalable, qui fût au moins égale à la somme octroyée, et cette contribution a été généralement beaucoup plus élevée que la somme octroyée, surtout celle faite pour aider à l’érection de maisons d’éducation supérieure.
Tous ces faits, sur lesquels il serait inutile d’appuyer davantage, sont incontestables, et prouvent à l’évidence que le clergé et le peuple du Bas-Canada aiment l’éducation, et veulent sincèrement et sérieusement en procurer le bienfait à notre jeunesse, à un degré convenable, et suivant ses besoins et nos ressources disponibles pour cette fin»
Ces faits prouvent encore que la loi d’éducation, au lieu d’avoir été repoussée, répudiée par tout le pays, comme on l’a prétendu, a été, au contraire, acceptée et utilisée très généralement par le clergé et le peuple. Mais, en ce faisant, ils voulaient agir avec connaissance de cause quant aux moyens, et avoir une garantie quant à l’espèce d’éducation que l’Etat voulait donner à notre jeunesse.
Toute la différence d’opinion, donc, était dans l’espèce et dans le degré d’instruction que l’on jugeait être con-
venable suivant les circonstances, et dans le choix des moyens, et dans la manière de les mettre en pratique, pour atteindre le but que de part et d’autre on se proposait, d’ailleurs avec tant de bon vouloir et d’unanimité.
L’initiative et la part effective que le clergé a prise, avec tant d'empressement, de courage et d’activité dans tous les établissements d’éducation qui ont été faits dans le pays, surtout depuis 1842, pour l’objet de l’éducation, soit comme contribuable, soit comme instituteur, et les sacrifices et les efforts qu’il a faits pour faire agréer et fonctionner utilement la loi d’éducation primaire, sont des faits qui, pour n’être pas assez connus et assez appréciés, n’en sont pas moins notoires et louables. Ces établissements nombreux, si commodes et si agréables, si économiques pour les parents, et si accessibles à leurs enfants, sont là, prominents et remarquables, et proclament haut le dévouement et le zèle du clergé pour procurer à notre jeunesse le bienfait de l’éducation.
Mais, de la part des chefs de l’Eglise catholique en Canada, voici d’autres faits qui feraient anticiper tous les autres qui ont eu lieu à l’appui de la loi d’éducation, si on les connaissait aussi généralement dans le pays.
L’Archevêque de Québec, Mgr. Signay, a recommandé lui-même publiquement en chaire, dans une de ses visites pastorales, en 1842, la soumission à la loi des écoles primaires, a indiqué les moyens propres à en tirer bon parti, et a exhorté le peuple à les mettre fidèlement en pratique, pour le bien de la patrie et celui de la religion.
Lorsqu’en 1850, on apprit que le gouvernement, se rendant à la demande pressante et menaçante de quelques membres du parlement, était disposé à abroger la loi
d’éducation passée en 1846, pour y substituer celle de 1832, Mgr. Bourget, Evêque de Montréal, et les membres de son clergé assemblés en grand nombre à l’évêché, adoptèrent à l’unanimité une résolution par laquelle ils déclarèrent solennement leur adhésion à la loi d’éducation qui était alors en force, la même qui l’est encore aujourd’hui, et leur opposition formelle à toute autre espèce de système d 'éducation primaire, et cette résolution fut de suite publiée dans les journaux périodiques de l’époque.
Mgr. l’Evêque de Montréal a interdit une paroisse, celle de St. Raphaël de l’île Bizare, et en a retiré le digne curé, parce que les habitants, malgré les remontrances de celui-ci, s’étaient mis en opposition ouverte à la loi d’éducation. Cette paroisse ne fut relevée de son interdiction, et leur curé n’y fut rétabli qu’après leur soumission entière et parfaite à la loi d’éducation et aux instructions et recommandations du surintendant de l’instruction publique.
Le même Evêque de Montréal ayant su qu’une série de questions, d’une tendance douteuse, avait été adressée aux membres du Clergé de la part d’un comité de l’Assemblée Législative, relativement à la loi d’éducation, leur conseilla, par une lettre circulaire, de ne pas répondre à ces questions insidieuses, et, bien que plusieurs curés avaient déjà répondu, lors de la réception de cette lettre, et que les autres Evêques n’eussent pas donné aussi formellement le même conseil aux curés de leurs diocèses respectifs, cependant, chose remarquable et honorable, pas une seule réponse ne pouvait être, avec raison, considérée comme opposée à la loi, encore moins au surintendant de l’instruction publique.
MM. les curés des divers diocèses, ou ne répondirent pas à cette série de questions, ou répondirent tout simplement en proposant quelques moyens d’amélioration dans la loi d’éducation et dans son fonctionnement, ou seulement en louant l’administration du surintendant et le bon résultat qu’on en avait obtenu généralement.
Malheureusement, cette correspondance et copie de celle que j’avais eue avec les inspecteurs d’école, ont été brûlées, lors de l’incendie du parlement en 1854, avec bien d’autres documents encore que j’avais envoyés à ce comité relativement à l’éducation et à mon administration. L’histoire dira peut-être le reste.
Ces faits également notoires et satisfaisants, de la part du clergé, qui ont eu lieu sous mon administration, prouvent d’une manière péremptoire, la coopération active, éclairée et prudente des évêques catholiques, et partant celle qu’ont dû donner les membres de leurs clergés respectifs au fonctionnement de la loi d’éducation dans le Bas-Canada, et ils réfutent d’une manière irréfragable tout allégué à ce contraire.
En effet, partout les curés se sont montrés empressés, généreux et zélés pour le succès de la cause de l’éducation en Canada, au point de s’attirer, plusieurs d’entr’eux, le mauvais vouloir et même de mauvais traitements delà part de leurs paroissiens que des agitateurs politiques avaient excités, ameutés contre la loi d’éducation et contre ceux qui l’appuyaient. Ces excès n’ont heureusement eu lieu que dans quelques endroits, et, comparativement, de la part d’un très petit nombre d’habitants en tout autre temps toujours si respectueux et si déférents pour le clergé et pour ses conseils.
Donc l’opposition qui a été faite à la loi d’éducation ne venait ni du clergé ni du peuple proprement dit. Elle venait des préjugés aveugles et exploités par des hommes perfides qui ont abusé de sa faiblesse et de son ignorance. Elle venait des avares et des égoïstes, des charlatans politiques et des chercheurs de place. Mais ces gens-là ne constituent pas le clergé ; ils ne constituent pas même le peuple ; les premiers en sont le rebut et les derniers le fléau.
Ce serait bien ici le lieu de faire le contraste entre la conduite généreuse et exemplaire des amis de l’éducation et celle si égoïste et scandaleuse des opposants ; mais la liste des premiers serait trop longue et celle des derniers trop humiliante. Cependant, les premiers ont fait trop de bien pour ne pas les louer collectivement au moins, sans distinction de lieu ni de personne, et les derniers ont fait trop de mal à la cause de l’éducation et à la réputation du pays, pour ne pas les signaler, au moins de la même manière, à la vindicte de la jeunesse et de la postérité. L’histoire dira sans doute combien la conduite des premiers est méritoire et louable, et combien aussi celle des derniers est pénible et blâmable.
La prudence et mon propre sentiment s’opposent à la narration pleine et entière des faits, et l’économie demande l’abréviation; néanmoins, comme ce mémorial est jusqu’à un certain point historique, et que l’histoire exige toujours la vérité, je dois la mettre au moins partiellement au jour, en l’exposant un peu des deux côtés, afin de satisfaire, jusqu’à un certain degré, au droit de la justice et aux réclamations de l’histoire.
Je sens en même temps le besoin de dire que, à peu
d’exceptions près, les obstacles qu’on a offerts à la loi d’éducation et à son fonctionnement, ne consistaient pas en une opposition personnelle au surintendant, surtout pendant les premières années de son administration. Ainsi, je puis dire, en toute vérité, que je n’ai pas de sentiment particulier à servir, ni d’injure personnelle à venger, dans le compte-rendu que je fais, un peu superficiellement et d’une manière un peu irrégulière des événements qui ont eu lieu au sujet de la loi d’éducation, pendant mon administration.
S’il est vrai de dire que, semblable à tout autre fonctionnaire public, je n’ai pu entièrement éviter toute espèce d’opposition personnelle, et échapper à toute espèce de critique pendant une longue administration où il y avait à prendre l’initiative, et où il y avait toute espèce de difficultés à surmonter, pour faire agréer et faire fonctionner avantageusement la loi d’éducation, il est également vrai que j’ai reçu invariablement du clergé et généralement du peuple un appui très efficace et des témoignages de confiance et de gratitude très flatteurs. Si ces témoignages ne sont pas substantiels, s’ils ne sont pas suffisants pour faire oublier tout ce que j’ai eu à souffrir personnellement et relativement, au sujet de la loi d’éducation, ils le sont au moins pour faire pardonner les contretemps et les contrariétés que j’ai éprouvés, même les avanies et les injustices que j’ai eu quelquefois à souffrir, de la part des opposants dont les chefs, cause première de ces désordres, étaient les seuls blâmables.
Ces désordres ont été pour moi une cause de souffrances continuelles, quelquefois très cruelles, mais elles
ont été bien adoucies par la sympathie spontanée et charitable des gens de bien, et surtout par la compensation que j’ai trouvée dans le succès signalé que, nonobstant, le fonctionnement de la loi d’é ducation a obtenu sous mon administration. Mais, si la satisfaction, intime et grande que j’ai trouvée dans ce fait, est consolante pour moi et honorable pour le pays, je puis toutefois dire qu’il n’en est résulté pour moi ou pour ma famille, aucun avantage réel. Tous ceux qui connaissent les circonstances en sont pleinement convaincus.
J’ai inauguré le sytème actuel de l’instruction primaire, j’en ai formé le département, et, suivant le temps et les circonstances, la jeunesse a reçu, sous ses auspices, le bienfait de l’éducation ; mais il est évident que je n’ai jamais reçu tout le prix de mon travail, puisque le plus haut salaire qui m’a été afloué n’a pas suffi à mon successeur qui a trouvé tous ces faits accomplis, et que, deux fois déjà, il a fallu l’augmenter en sa faveur, sans doute afin de lui éviter la position difficile et gênante dans laquelle je me suis trouvé, pendant tout le temps de mon administration et subséquemment.
Il est notoire que, à une bien petite exception seule, mon salaire, comme surintendant de l’instruction publique, n’a jamais été plus élevé qu’à la juste moitié des salaires qui ont été alloués à mon successeur.
Pendant trois ans, mon salaire ne s’est pas monté qu’à la modique somme de £375 par an, et, pendant près de dix ans, à celle de £500 par an ; tandis que, en entrant, le salaire de mon successeur a été porté à la somme de ,£750 par an, et que, depuis le premier Janvier 1857, il a été élevé à la somme de £1000 par an.
Tout cela est connu, et, en tant que mon successeur y est concerné, la chose est sans doute juste et convenable ; aussi, je ne trouve rien à y redire. Mais, s’il en est ainsi, et si la somme de £750 n’était pas assez, et si même celle de £1000 par an n’est pas trop, pour faire correspondre le salaire de mon successeur à la position qu’il occupe, comme surintendant de l’instruction publique, il doit paraître évident aux personnes justes et impartiables que la modique somme de £375, la seule qui m’a été accordée pendant trois ans, et que même celle de £500 par an n’était pas assez, pour me mettre en état de répondre convenablement aux besoins, j’ose dire aux exigences de la même po*sition. Car la charge et la position que j’ai eues, comme surintendant, et que mon successeur occupe comme tel, sont identiquement les mêmes. Elles demandaient, dès lors, le même dévouement et le même décorum.
Sir Charles Bagot, l’un de nos plus regrettés gouverneurs, était d’opinion que la somme de £750 par an, telle que portée dans la loi d’éducation passée en 1841, n’était pas plus que convenable, comme salaire accordé au surintendant de l’éducation publique pour chaque section de la province, et voulant “ en faire un département important,” il nous avait promis, à M. Murray et à moi, de nous faire allouer, à chacun, la somme d’au moins £600 par an, indépendamment de nos frais de voyage et de bureau. Mais n’ayant pu obtenir, dans la session alors prochaine, une législation à cet effet, parce que le parlement fut prorogé sans avoir pu s’occuper de cette mesure à laquelle sir Charles avait fait allusion dans son discours d’ouverture, et étant décédé peu de temps après, sa pro-
messe n’eut aucune suite, et nous fûmes fort contrariés à cet égard.
Cependant, M. Murray obtint, en Octobre de 1844, une espèce de compensation par l’occupation de la chaire de professeur de philosophie dans l’université de Toronto, à laquelle était attaché un salaire de £500 par an. D’ailleurs, il préférait bien cette position à l’autre, qu’une opposition personnelle, de la part d’un des ministres de la couronne, lui avait déjà rendue désagréable.
Mais moi, attaché par goût et par affection à la charge de surintendant de l’instruction publique, et déjà bien engagé dans le combat que, dès le début, il me fallut soutenir, pour faire triompher la loi d’éducation de l’opposition qu’elle rencontrait, et ayant, en conséquence, entièrement abandonné ma profession, je continuai en office, toutefois, dans l’espérance que la législature viendrait convenablement à mon secours, avec un effet rétroactif, comme la chose a eu lieu, nombre de fois, en faveur d’autres fonctionnaires publics. Une législation n’eut lieu, à cet effet, que trois ans après mon entrée en charge, et, au lieu de la somme de £600, on ne m’alloua que celle de £500 par an, et ce, sans effet rétroactif, sans compensation et sans indemnité aucune. #
Même à ce taux, la modicité de mon salaire me plaça, à cet égard, sur un pied d’infériorité à la plupart même des assistants des autres départements du service public, et était plus préjudiciable qu’on ne pense généralement à mon administration, comme surintendant de l’instruction publique. Aussi, la chose a été apparemment comprise à l’arrivée de mon successenr, puisque, alors, on a ajouté la somme de £250 au plus haut salaire que j’avais
eu, et que, un peu plus tard, on a porté son salaire à la somme de £1000 par an.
Dans tous les cas, à l’exception de six mois pour lesquels on m’a alloué la somme de £30, à raison d’une augmentation de £60 par an, à dater du premier Janvier 1855, je n’ai jamais reçu plus que la juste moitié des salaires qui ont été alloués à mon successeur, et mes amis, au moins, n’ont jamais pu voir toute la raison de cette grande différence de traitement entre lui et moi.
Lors de cette faible augmentation de mon salaire en 1855, celui des employés, dans les autres bureaux du gouvernement, avait été généralement augmenté depuis environ deux ans, en considération de l’augmentation considérable du prix des denrées et de tous les articles de consommation nécessaires à la vie. Ainsi, cette augmentation tardive, telle qu’elle fut d’ailleurs, n’était pas pour moi une faveur personnelle. Elle était la suite d’une demande pressante de la part de tous les employés dans le département ne l’instruction publique. Nous eûmes tous en même temps une augmentation de salaire proportionnelle, non aux besoins extrêmes que nous en avions, mais au montant de nos salaires respectifs, et de l’augmentation qui avait été allouée aux autres employés.
Cette modicité du salaire qui m’a été alloué m’a toujours tenu dans une grande gêne à/ l’intérieur et à l’extérieur. Elle m’a fait une position fausse et très préjudiciable au bonheur domestique et au succès de mon administration. Cette position était parfois humiliante et pénible, puisqu’elle gênait mes relations avec les antres fonctionnaires publics, et avec les hommes de même condition à l’étranger ; gênait mon essor et l’encourage-
ment que je devais à mes collaborateurs et aux autres amis de l’éducation populaire, et retardait par le fait sa marche et son progrès dans le pays.* Pénurie ou indifférence, de la part du gouvernement à cet égard, l’effet était pour moi et pour mon administration le même, également préjudiciable et regrettable.
Le fait est que, pour subvenir aux besoins rigoureux de ma famille, et répondre un peu aux convenances, pendant les premières années de mon administration, suivant la position que me faisait la charge que j’occupais, j’ai été obligé de dépenser le prix des propriétés foncières que je possédais en la paroisse de l’Assomption, au montant de j£600, fruit des épargnes que j’avais faites, pendant que j’y exerçais ma profession.
Ma famille sera privée de ce petit patrimoine, et moi d’un asile commode, mon ancienne demeure, où je me proposais d’aller passer heureux mes vieux jours, dans un endroit qui m'est agréable et cher à plus d’un titre.
Au début, lorsqu’il s’agissait de fonder et d’ouvrir au public le bureau de l’instruction primaire, tout était exigible suivant l’importance de la chose et suivant le grand intérêt qu’on y portait généralement, et parlant plus dispendieux pour le surintendant, afin d’initier convenablement son département, et de s’introduire luimême d’une manière influente et utile. De sorte que, pour atteindre ce double objet, il m’a fallu subir toutes les conséquences de dépenses faites au-dessus de mes émoluments, limités, alors, au montant de ceux accordés à de simples commis, {£315 par an). Pourtant, mes amis savent avec quelle économie j’ai agi en toutes choses.
Cependant, il est juste d’observer que je me suis trouvé, en qualité de surintendant, dans un temps de pénurie et de gène où le gouvernement n’était peut-être pas à même de faire pour moi ce que, sans cette malencontreuse circonstance, il aurait sans doute aimé à faire, pour me venir plus libéralement en aide et m’encourager, au moins dans l’intérêt de l’éducation primaire dont j’étais chargé de tracer et de diriger la marche. Aussi, ce n’est pas pour me plaindre spécialement de lui que je relate ces faits, mais bien pour compléter la narration de ceux qui se rattachent à mon administration passée, parce qu’ils sont du domaine de l’histoire. C’est donc comme fait appartenant à l’histoire que l’exposé de cette autre misère trouve ici sa place. Elle a plus ou moins affecté le résultat de mon administration et le sort de ma famille.
Quoiqu’il en soit, ces considérations peuvent paraître un peu intéressées; mais, je suis époux et père de famille. Or, l’on conviendra aisément que l’homme qui réunit ces deux qualités éminemment sociales et si respectées dans le monde chrétien, ne saurait être insensible, ni indifférent, ni tout-à-fait désintéressé ; s’il l’était, il en serait indigne à tous égards.
MÉMORIAL DE L’EDUCATION