‹ Mémorial de l'éducation du Bas-CanadaChapitre 67 sur 79 · PARTIE EST · texte numérisé non relu

PARTIE EST

Bureau de V Instruction Publique.

Montréal, 26 Mai, 1842.

MM. les commissaires d’éducation, et MM. les membres de la Municipalité, &c. &c. &c. dans cette partie de la province appelée le Bas-Canada.

Messieurs,

Ayant plu à Son Excellence, le Gouverneur-Général, de me faire l’honneur de m’associer à vous dans l’administration de la loi qui pourvoit à l’établissement et au maintien des Ecoles Elémentaires, en me confiant la surintendance de l’instruction publique, dans cette partie de la province appelée le Bas-Canada, je me hâte de me mettre en rapport avec vous, pour solliciter votre bienveillance et votre coopération à cette œuvre si utile, afin d’atteindre le but important que cette loi se propose, celui de procurer à notre intéressante Jeunesse le bienfait inappréciable de l’éducation.

Cette tâche agréable nous est imposée à tous collectivement, et à chacun de nous séparément ; mais, pour pouvoir nous en acquitter avec honneur pour nous, et avantage et satisfaction pour les autres, il est essentiel de bien connaître l’étendue de nos pouvoirs, de bien comprendre la nature de nos devoirs respectifs, et surtout de bien s’entendre sur les moyens et la fin que la loi met à notre disposition. Car nous ne pouvons nous

dissimuler que, pour atteindre sûrement le but de la loi, nous avons des difficultés à surmonter, des obstacles à vaincre, des sacrifices à faire, et peut-être aussi quelques préjugés à combattre. Il est lonc bien important que, dès le début, nous nous armions de patience et de courage, et, qu’en tout temps, nous nous efforcions de mettre tout à contribution pour agir toujours avec cette confiance réciproque, ce zèle et cette concorde qui seuls promettent le succès dans toute entreprise difficile.

Cependant, dans l’exercice de notre ministère, une partie de l’administration de la loi nous étant à chacun spécialement dévolue, et me félicitant de pouvoir compter toujours sur l’effet désiré de votre dévouement à la propagation de l’éducation, et de votre influence sur les citoyens de votre localité, pour l’avancement d’une aussi belle cause, je n’aurai pas la témérité de prendre sur moi de vous indiquer ce qui vous regarde, ni ce qui m’appartient en particulier ; mais j’ose me flatter que vous ne trouverez pas inutile, ni inopportun, que je fasse remarquer que la partie préliminaire de ce qui m’est imposé spécialement, comme un des premiers devoirs attachés à ma charge, attend, pour sa mise en action, le résultat de quelques procédés qui dépendent de vous en premier ressort.

Ce serait bien ici l’occasion favorable d’énumérer les motifs puissants qui doivent nous animer à la vue du noble travail que nous sommes si heureusement appelés à nous partager, et de citer les mille raisons qui peuvent en faire sentir toute la force, si je pouvais un instant douter de votre bonne disposition et de vos lumières. Elites de la socité, et formés au sein de la vertu et de la science, mieux que personne vous comprenez que, lorsqu’il s’agit de faire un bien qui est la source si féconde de tant d’autres biens, il ne doit y avoir qu’un esprit, qu’une volonté et qu’une action. En effet, il est évident que tout nous sollicite, tout nous presse de mettre promptement, à cette belle œuvre, une main active

et constante, afin d’en faciliter, d’en accélérer l’exécu- : tion, et de la rendre plus efficace au succès dont la société et l’Etat peuvent également tirer les plus grands avantages.

Appelés à coopérer dans l’administration d’une loi dont le but est de répandre les connaissances utiles, nous devons nous trouver heureux qu’il ait plu à la Providence de nous choisir, entre tant d’autres amis de l’éducation, pour donner la première impulsion à une œuvre, régénératrice et salutaire, qui doit commencer, dans le pays, une nouvelle ère de lumières, de prospérité et de bonheur. Cependant, cette œuvre est l’œuvre de tous, parce qu’elle nécessite la bonne volonté et la coopération j de tous, et qu’elle doit influer sur le sort et sur la desti- îj née de tous. Nous devons donc, pour l’opérer au plus grand avantage de tous, nous adresser avec confiance à nos concitoyens dans chaque localité,- et leur faire bien comprendre qu’aucune considération, contraire au but important de la loi, ne doit les empêcher de nous accorder, incessamment, la bienveillance, l’aide, les secours et l’appui dont, pour l’atteindre sûrement, nous avons immédiatement et constamment besoin. Le travail, les inconvénients et les peines auxquels il faut volontiers se soumettre, et les sacrifices de tout genre et toute espèce qu’il est nécessaire de faire, pour répondre à l’esprit de la loi et faire le bien général, ne doivent nullement les décourager à la vue du bienfait de l’éducation. La jouissance et le bon usage des connaissances utiles, avec tous les biens qu’ils apportent, rempliront, pins tard, des sentiments de la plus vive reconnaissance, le cœur de la jeunesse qui, en appréciant leur valeur, ne cessera de bénir nos efforts.

Une volonté bien prononcée, et guidée par la prudence et par les lumières de la raison et d’un intérêt bien entendu, sera, sous ce rapport, très certainement efficace, et ne pourra manquer d’obtenir un succès parfait et éclatant.

Ces considérations ne sont qu’une faible expression de l’intérêt tout particulier que m’a témoigné Sir Charles Bagot pour le succès d’une aussi belle entreprise, lorsque, me chargeant de la part que j’y dois prendre, Son Excellence me donna, pour toute instruction, l’ordre de ne rien épargner pour mettre la loi en pleine opération, au profit indistinct de tous. J’ose donc espérer que, fesant abstraction entière de toute autre chose, et qu’unissant nos efforts aux pouvoirs et aux moyens que nous donne, à cet effet, la loi d’éducation, nous ferons, de part et d’autre, tous les sacrifices nécessaires pour propager l’instruction élémentaire d’une manière aussi générale et aussi utile que possible.

Pour cette fin désirable, la loi susdite met à notre disposition une somme (partie de celle de cinquante mille livres, cours actuel) proportionnée, dans chaque district municipal, et dans chaque arrondissement d’école, au nombre d’enfans y résidans, susceptibles de recevoir l’instruction, c’est-à-dire, depuis l’âge de cinq ans jusqu’à seize. Or, la détermination de cette somme proportionnelle est de mon ressort, et pour offrir à chaque district celle qui lui appartient, il faudrait que par un recensement exact, vous voulussiez bien me faire connaître, aussitôt que possible, le nombre des enfants de l’âge précité, et que, pour se qualifier à la recevoir, l’on prélevât, au terme de la loi, c’est-à-dire, “par cotisation ou autrement une somme égale à celle qui sera ainsi offerte, en raison du nombre d’enfants capables d’aller à l’école, et ce, en sus de toute autre charge imposée par la loi.

Je ne saurais donc trop prier les personnes auxquelles il appartient, de vouloir bien mettre la plus grande diligence, 1Q. à faire, dans chaque district municipal, le recensement des enfants y résidans en âge de recevoir l’instruction, s’il n’est pas déjà fait ; 2°. à faire la division de chaque arrondissement d’école ; 3°. à m’envoyer une liste certifiée de ces procédés préliminaires ; 4°. à préparer les voies pour le prélèvement d’une somme égale à celle qui sera offerte à chaque district munici-

pal, en raison du nombre d’enfans y résidans en âge d’aller à l’école ; 5Q. à engager des maîtres, à organiser les écoles, et à les mettre en pleine opération aussitôt que possible ; 6°. à préparer les voies pour le prélèvement de la somme de cinquante livres, cours actuel, pour l’acquisition d’une maison d’école dans chaque arrondissement où il n’y en a pas.

Voila les premières exigences auxquelles les habitants de chaque district municipal doivent se conformer, autrement ils seraient privés des secours pécuniaires, qu’en 3e qualifiant aux termes de la loi, ils obtiendront du gouvernement. J’ose donc me flatter que, toute autre considération cessant devant l’objet important que nous devons tous avoir constamment en vue d’atteindre, partout nous nous hâterons d’adopter, à l’unanimité, la marche qui nous est prescrite, dans l’intérêt de l’éducation, et si, aux termes de la loi, je me permettais de vous faire une suggestion, ce serait de ne pas diviser les districts municipaux en un trop grand nombre d'arrondissements d’écoles, parce que ç’aurait inévitablement l’effet de retarder, plutôt que d’accélérer la propagation de la bonne éducation. En augmentant ainsi le nombre des arrondissements, on augmenterait le nombre des maîtres, et. divisant entr’eux la même somme, on diminuerait par là même leurs émoluments, en proportion de leur nombre respectif, ce qui rendrait comme impossible l’obtention d’un nombre de maîtres suffisamment instruits. Car, parmi ceux qui sont qualifiés et recommandables, sous tous les rapports, comme instituteurs, il n’en est guère qui soient disposés à se consacrer à l’enseignement de la Jeunesse, s’ils ne sont pas assurés de recevoir, pour leurs services importans, des émoluments qui les mettent en état de soutenir, convenablement, le rang respectable qu’ils doivent tenir dans la bonne société. D’où il suit que, sans l’assurance d’émoluments cou venables pour les maîtres, il ne peut y avoir que très peu de bonnes écoles, ce qui serait frustrer, à la fois, et la loi et l’intention des parents. Il vaudrait mieux n’avoir, dans chaque paroisse ou town-

sliip, que trois ou quatre écoles, et qu’elles fussent bonnes, que d’y en avoir un plus grand nombre, et qu’elles fussent mauvaises. Le tout vous est, néanmoins, entièrement soumis jusqu’au temps où, pour atteindre le but que nous propose la loi, nous pourrons nous concerter plus particulièrement, ensemble, lors de ia visite des districts municipaux que je me propose de commencer dans le mois de Juillet prochain.

J’ai l’honneur d’être,

Messsieurs,

Votre très-humble et obéis- Serv.

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