‹ Mémorial de l'éducation du Bas-CanadaChapitre 69 sur 79 · VISITE DU DR. MEILLEUR, A ST. ANDRE · texte numérisé non relu

VISITE DU DR. MEILLEUR, A ST. ANDRE

Mardi, 6 courant, il y a eu une assemblée au village de St. André, à l’occasion de la visite du Dr. Meilleur, Surintendant de l’éducation pour le Bas-Canada. Jacob Barcelo, écuyer, J. P., fut unanimement nommé

président, et A. B. Johnson, écuyer, magistrat stipendiaire, fut nommé secrétaire.

Cette assemblée fut une des plus respectables et des plus nombreuses qu’on ait jamais vues à St. André, pour affaire publique quelconque. Il n’y avait pas moins de 250 citoyens respectables, y compris les conseillers de la municipalité, et présentait une heureuse union d’origines et de persuasions diverses, ce qui montrait clairement que l’esprit de parti n’a pas éteint le sentiment dans lequel le peuple de cette section municipale se dispose à envisager et à discuter le sujet très important de l’instruction publique.

Le président a ouvert l’assemblée par une adresse courte mais convenable, et a conclu par solliciter le Dr. Meilleur d’expliquer la nature et les avantages de l’acte qui se trouve actuellement en force au sujet de l’éducation.

Le surintendant s’est alors adressé à l’assemblée, et dans un style clair et lucide, il a fait preuve des connaissances étendues qu’il a de ce sujet, et qu’il est profondément pénétré des sentiments de l’intérêt qu’il met à l’accomplissement de l’important devoir dont il s’est chargé en faveur de l’éducation dans cette province. Son discours a duré plus de deux heures, s’adressant à l’assemblée tantôt en anglais et tantôt en français. Il exposa les obligations légales imposées par cet acte au conseil municipal et aux commissaires d’école. Il développa de plus les obligations morales par lesquelles tout parent est tenu à pourvoir à l’éducation de ses enfants, quand bien même le conseil municipal refuserait d’agir, fait auquel il n’avait nulle raison de croire, et quand même la dépense entière d’une bonne éducation resterait à sa charge. Il dit ensuite qu’il croyait que ces dépenses, supportées par les parents, seraient regardées par le statut de l’éducation comme suppléant au vote delà municipalité, et qu’il serait payé une somme équivalente à celle que chaque arrondissement d’école aura payée pour le soutien d’un maître.

En développant les avantages de l’éducation, il a fait contraster la position des personnes qui se trouveraient dans quelques années sans éducation, avec celles qui seraient instruites. Il a fait voir que dans le premier cas, des reproches amers seraient faits aux parents négligeant l’éducation de leurs enfants, tandis que les autres se trouveraient qualifiés à conduire avantageusement leurs propres affaires et à remplir les places publiques, qui, par les progrès d’une constitution libre, deviendront nécessaires, mais qui lie pourraient être remplies que par des gens instruits. Enfin, il termina en disant que les parents qui auront rempli ce devoir absolu, s’acquierront la bénédiction de Dieu, l’amour et la reconnaissance de leurs enfants et l’estime de leurs concitoyens.

Le Dr. Meilleur ayant cessé de parler, Messire Pâquin, curé de St. Eustache, se leva, et après avoir concouru dans les vues et les opinions du Dr. dont il loua le zèle et la capacité, proposa que les remercîments de l’assemblée fussent offerts au Dr. Meilleur pour sa visite et pour l’exposition lumineuse du sujet, laquelle proposition, secondée par le Major Barron, de la Chute, fut adoptée à l’unanimité. La matière de l’allocution de Messire Pâquin autant que 1a. manière douce et claire avec laquelle il s’est exprimé a produit un effet des plus heureux sur l’assemblée.

Après quelques observations très convenables, faites par le Rev. M. Edwards, de Chatham,sur le bill d’éducation, l’assemblée a été terminée. Des remercîments ont été votés à M. Barselo, le président, par motion de M. Bénédic, J. P., secondé par le Major Dumouchel, puis à M. Johnson, le secrétaire, par le Capitaine Kaines secondé par M, Richot.

Cette visite à St. André de la part du Dr. Meilleur, fut accordée à la prière du Colonel de Ifertel, warden du district, qui en a fait tous les frais. Les efforts de ce monsieur en faveur de l’éducation comme de toute

autre mesure d’intérêt public, sont très méritoires et dignes de la reconnaissance générale.

St. André, 8 Déc. 1842. * ***

P. S. Je dois ajouter ici que le Dr. Meilleur a montré, à St. André comme ailleurs, un zèle digne de toute éloge en faveur de l’éducation, une tolérance vraiment chrétienne dans ses instructions, une urbanité et une douceur admirables dans les réponses qu'il fit à plusieurs reprises à diverses personnes qui lui demandaient des explications. C’est avec d’aussi nobles sentiments et d’aussi honnêtes procédés que les employés de l’administration Bagot rendront de plus en plus ce nom cher au Canada.

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