REMARQUES FINALES
Dans la circulaire dont précède un article à l’adresse des instituteurs, il s’en trouve un à l’adresse des parents et en outre un à l’adresse de chaque classe d’officiers de . la loi d’éducation de 1846.
L’article aux instituteurs donne une idée des principes que je voulais leur inculquer pour leur gouverne, et fait voir en même temps que, à défaut d’écoles normales régulièrement établies, je leur indiquais des moyens d’instruction et des pratiques qui pouvaient y suppléer en partie.
A Montréal, les bons Frères des Ecoles Chrétiennes voulurent bien se prêter à la chose, en admettant dans leurs classes les instituteurs qui en demandaient l’entrée pendant au moins le temps de leurs vacances, sui vant l’avis que je leur en avais donné autrement. Cet excellent ordre religieux, dont le noviciat est une véritable écolenormale, a contribué à former ainsi, tout en même temps? bon nombre d’instituteurs laïques.
D’ailleurs, j’avais recommandé aux instituteurs de so former en associations littéraires, organisées par district, pour s’instruire et s’encourager mutuellement. Us en formèrent plusieurs sous le patronage du département de l’instruction publique, et elles eurent un bon effet, surtout dans le district de Québec-
La cité de Québec réunissant un bon nombre d’instituteurs distingués qui enseignaient sous le contrôle de la loi d’éducation, leur offrait un centre de réunion facile. Les instituteurs y assemblés pouvaient choisir pour officiers de leur association des membres résidant, ce qui la rendait toujours accessible, en en faisait une institution fixe, et ouverte tous les jours de l’année à ceux qui étaient disposés à utiliser sa bibliothèque. C’était un lieu de ralliement permanent où, sans assemblée spéciale, plusieurs instituteurs pouvaient toujours se réunir sans effort, sans déplacement ni dépense aucune; tandis que, à Montréal, où, pendant les premières années, il y avait à peine 'un instituteur qui enseignait sous le contrôle delà loi, ces avantages étaient impossibles. C’est pourquoi l’association des instituteurs du district de Montréal n’a pas prospéré autant que celle du district de Québec. Les conférences des instituteurs ont remplacé ces associations.
Je supprime ici, par économie, toutes mes autres circulaires et tous mes rapports sur l’éducation, ainsi que mon projet de loi d’éducation auquel j’ai déjà plusieurs fois fait allusion, et me borne à donner seulement une idée des princiqes sur lesquels reposait ce dernier travail qui était destiné à remplacer une législation quaternaire qui comprenait déjà 116 clauses, ou sections plus ou moins longues et obscures.
Ce projet était une fusion des quatre lois d’éducation qui étaient en force en 18ôf, afin de n’en faire qu’une seule et même loi, méthodique et uniforme, qui devait comprendre en même temps quelques dispositions nouvelles destinées à donner plus de force et d’effet à celles déjà contenues dans ces lois. On sent aisément combien une
semblable loi eût été plus facile à consulter et à mettre en pratique que la législation multiple, composée de parties détachées et éparses, et encore plusieurs fois amendées depuis, que nous avons aujourd’hui.
La proposition de ce projet comprenant ces nouvelles dispositions, arrangées soigneusement de manière à ce qu’aucune ne pût troubler l’harmonie de celles contenues dans les lois alors en force, se trouve consignée dans mon rapport du 25 Mars 1851. On y voit tous les principes de ce projet exposés catégoriquement dans le résumé.
Le gouvernement n’était pas alors prêt à accepter ma proposition alans toute son intégrité, et ce rapport n’a jamais été publié ; mais il a, nonobstant, donné lieu à l’acte 14 et 15 Vict. ch. 97, passé le 30 Août 1851. C’est en vertu de cet acte, qui fait époque dans le fonctionnement de la loi d’éducation, que des inspecteurs d’école ont été nommés et qu’un établissement d’éducation tout fait a été acheté à Montréal, pour y établir une écolenormale. C’est l’ancien établissement du “ High-School ’’ où se tiennent aujourd’hui les écoles-normales protestantes.
D’ailleurs, voici le résumé succinct des principales propositions contenues dans mon rapport du 25 Mars 1851 :
1°. Fondre les lois d’éducation en existence de manière à n’en faire qu’une seule et même loi, tout en en conservant les dispositions fondamentales, mais- en y ajoutant ce que la pratique et l’expérience avaient indiqué comme nécessaire au bon fonctionnement de la loi.
2°. Exiger des commissaires d’école une certaine qualification littéraire, et les exempter de toute espèce de qualification reposant sur la possession de propriétés foncières,
3°. Nommer des surintendants locaux ou des inspecteurs d’école.
4Q. Pourvoir aux moyens d’établir une école-normale, et, tout en même temps, aux moyens de faire donner l’enseignement normal dans nos institutions d’éducation supérieure aux personnes des deux sexes qui seraient disposées à se consacrer à l’enseignement primaire.
5°. Pourvoir à l’établissement d’un plus grand nombre de Bureaux d’Examinateurs.
G°. Pourvoir à l’établissement d’un conseil d’instruction public.
7°. Pourvoir à l’usage de livres uniformes dans les écoles.
8°. Pourvoir à l’usage, dans les écoles et dans les bureaux d’Examinateurs, d’une série de questions uniformes sur les branches d’instruction prescrites par la loi, à l’instar de ce qui se pratique en France.
9°. Pourvoir aux moyens de publier un journal d’éducation.
10°. Pourvoir aux moyens d’établir un plus grand nomcre de bibliothèques de paroisse.
A l’époque où j’écrivis le rapport qui contenait ces propositions distinctes, et dont l’adoption immédiate, in toto , eût contribué grandement à faciliter l’intelligence et le fonctionnement de la loi, et à empêcher des réclamations injurieuses à mon administration, le pays était encore sous l’influence d’une gêne pécuniaire qui ne permettait guère au gouvernement de venir en aide à l’instruction publique d’une manière aussi libérale et efficace qu’il en était besoin, et, connaissant cette gêne, je n’étais vérita» blement pas libre d’indiquer tous les moyens propres à le
faire à un degré suffisant, et comme sans doute le gouvernement aurait aimé à pouvoir le faire. Je n’avais pas assez de choix dans les moyens, et il me fallait avoir recours aux moins dispendieux, afin de pouvoir obtenir au moins quelque chose.
On peut dire en toute vérité que, pendant mon administration, longue et extrêmement difficile, les circonstances pénibles où je me suis trouvé 11e m’ont jamais permis d’obtenir, soit pour la chose, soit pour moi-même, ce que les convenances et le besoin indiquaient dans l’intérêt bien entendu de l’importante mission qui m’était confiée.
C’est pourquoi je proposai, dans mon rapport du 25 Mars 1851, et dans un autre plus spécial encore, de faire, par économie, l’acquisition d’un établissement tout fait pour y tenir des écoles-normales, et d’établir un journal d’éducation en liaison avec le journal d’agriculture qui se publiait dans le temps. Je m’étais entendu à cet efiet avec M. William Evans, Rédacteur de ce journal, et nous étions tous deux d’opinion que cette liaison eût été à la fois un moyen économique et bien propre à répandre les connaissances spéciales dont ont le plus de besoin les classes particulières de lecteurs auxquels ce double journal aurait été envoyé. Les temps sont devenus meilleurs depuis cette époque, et les deux journaux sont aujourd’hui publiés et répandus séparément.
Cependant, l’idée de publier ensemble et de répandre simultanément le journal ‘d’agriculture et d’éducation, comme n’étant qu’un seul et même journal, ne reposait pas seulement sur un principe d’économie 5 elle s’appuyait encore sur le fait que ces deux classes de lecteurs, étant ainsi obligées de recevoir chacune le journal spé-
cialement destiné à l’autre, elles auraient été toutes deux à même de les lire, et la curiosité, si non l’intérêt particulier, les aurait portées à le faire assidûment, et sans doute toujours avec avantage pour les individus et pour la société.
De cette manière, l’éducation avec ses moyens, ses avantages et ses prestiges, eût été plus directement exposée à l’appréciation des agriculteurs qui les eussent étudiés et plus volontiers utilisés ; et l’agriculture, avec ses principes, comme science et comme art, et avec ses profits comme brandie d’industrie et comme premier élément de commerce, de prospérité et de bonheur matériel, eût été plus généralement portée à la connaissance immédiate des instituteurs, qui auraient pu en faire leur profit et celui de leurs élèves. Il nous semblait, à M. Evans et à moi, que nous ne pouvions manquer d’obtenir ce double résultat, surtout si l’enseignement des principes de l’agriculture avait été prescrit aux instituteurs comme je proposais, dans ce même rapport, qu’il le fût, et comme dans tous les cas, je conseillais toujours de le donner, au moins dans nos écoles-modèles. Plusieurs de mes circulaires contiennent ce conseil au moins relativement à l’horticulture.
Au reste, on sait que depuis 1826 (1) je me suis plus
(1) Dès cette année, j’écrivis sur le chaulage du grain de semence, et sur l’usage des alcalis comme engrais et comme éléments destructeurs des œufs que la mouche hessoise dépose sur les grains de blé encore en épis quelque temps avant la moisson. On connaît, d’ailleurs, mon supplément au traité d’agriculture, par notre estimable compatriote V. Guillet, de Trois-Rivières, ancien membre du parlement du Bas-Canada. Les autres qui ont écrit touchant l’agriculture parmi nous, sont : MM Aubain, Chagnon, Evans, Ossaye, Perrault, Dr. Pâquin, Messire Chevigny, curé de St. Heury de Mascouche, et Messire Léo» Prov»»eher3 curé de St, Joachim.
ou moins occupé des moyens propres à améliorer notre système d’agriculture, à l’établir sur une base solide et sûre, et à faire apprécier cet art, primitif et d’origine divine, comme le plus naturel, le plus noble, le plus honnête et le plus indépendant de tous» L’on peut dire aussi qu’il est le plus facile, le plus praticable et le plus profitable à ceux qui, instruits, laborieux et prudents, savent le cultiver avec intelligence, avec discernement et constance.
En effet, l’agriculture est l’art dont la pratique, sagement dirigée, peut le plus contribuer au bien moral et matériel du peuple, surtout du peuple Canadien. Ses mœurs, sa prospérité et son bonheur en dépendent plus que de tout autre moyen humain.
Les ressources de l’agriculture sont généralement multipliées et abondantes entre les mains de ceux qui, par leur instruction, par leur diligence et leur activité, savent y puiser sûrement. Or, notre sol est très fertile, d’une culture facile, et, sous l’influence féconde de notre propice climat, ces ressources sont singulièrement productives de bons effets.
S’il est vrai de dire que l’agriculture est très généralement utile et profitable à ceux qui en font leur occupation spéciale, l’on peut dire aussi qu’elle l’est particulièrement en Canada dont les habitants ne peuvent naturellement mieux faire que de s’y consacrer sans réserve. Traditionnelle, et essentielle à leur subsistance, l’agriculture doit être considérée et pratiquée par eux comme un art national et indispensable. Là, ils trouveront toujours le pain, la paix, le calme et ce contentement qu’on ne rencontre guère, au même degré, ailleurs que dans la
vie champêtre. Le collège de Ste. Arme, auquel est attachée une excellente école d’agriculture, offre à nos jeunes gens le moyen facile et sûr d’acquérir une éducation agricole qui les mettra à même de connaître et d’apprécier ces grands avantages.
Il est donc extrêmement important que le peuple Canadien, instruit de ces choses, sache toujours en tirer le meilleur parti. Sous tous les rapports, son avenir en dépend principalement.
Cependant, le projet de publier deux journaux en un seul n’ayant pu se réaliser, et la demande d’une autre loi d’éducation se renouvelant sans cesse, en vue du besoin de quelques dispositions nouvelles que ne comprenait pas l’acte 14 & 15 V. ch. 97, je me décidai, en Janvier 1854, à soumettre au gouvernement le projet susdit, dans la ferme conviction que, devenu loi, il aurait amplement répondu à tous les besoins de l’instruction publique. Nous aurions eu au moins une loi d’éducation unique et uniforme, comprise en un seul et même volume.