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ARTICLE VI

Dans l’intérêt de l’éducation autant que institu dans celui des instituteurs eux-mêmes, je ne

I leurs. l)ll”s troP exhorter ces derniers à subir leur

examen devant l’un des bureaux d’examinateurs, à se joindre à l’une ou à l’autre des associations d’instituteurs, et à se conduire, soit dans l’intérieur de leurs écoles, soit dans leurs relations sociales, avec un sentiment si bien senti de la dignité de leur état, que toutes leurs actions, toutes leurs paroles aient l’effet de leur attirer une nouvelle considération. Ils ne doivent pas oublier un instant que l’éducation qu’ils doivent surtout donner à l’enfance et à la jeunesse, est une éducation morale et religieuse, et que c’est bien plus dans l’exemple, que dans les paroles de leurs précepteurs, que leurs élèves puiseront cette éducation.

II vaudrait mieux, souvent, qu’un enfant demeurât dans 1 ignorance, que de recevoir l’instruction des lèvres d’un homme vicieux ; car il peut conserver un cœur pur avec l’ignorance, au lieu qu’il est presque impossible à un enfant, si propre à prendre toute espèce d’impressions, de demeurer vertueux, lorsqu’il a journellement devant les yeux l’exemple du vice. L’instituteur des campagnes surtout ne doit pas oublier un instant que toute une paroisse a les yeux fixés sur lui, et qu’il doit plus qu’aucun autre à ses co-paroissiens l’exemple d’une vie sans reproche. fine doit pas oublier, surtout, qu’un instituteur n’a d’influence, auprès de ses élèves, qif autant qu’il en est

respecté, et qu’il n’en sera respecté qu’à proportion du degré de respect dont ils le verront entouré au dehors.

Je ne saurais trop exhorter MM. les instituteurs à profiter du temps de leurs vacances et de toutes les circonstances favorables, pour se perfectionner dans l’enseignement mutuel, dans l’enseignement par analyse, dans l’écriture, dans le calcul, et dans le dessin linéaire, appliqué aux métiers et aux arts mécaniques, en s’instruisant des bonnes pratiques de tuition dans les maisons d’éducation recommandables dans nos villes. Quelques instructions particulières, qu’ils recevraient à cet effet, pourraient opérer de grands changements chez eux, et les mettre en état de perfectionner beaucoup leur éducation et leur mode d’enseignement dans les écoles qu’ils dirigent.

MM. les instituteurs sont, par la loi, entièrement soumis, dans tout ce qui regarde la régie de leurs écoles, au contrôle des commissaires ou des syndics, et, hormis de cas tout particuliers et exceptionnels, c’est à eux qu’ils doivent s’adresser, et non à ce bureau.

Ils ne doivent pas non-plus oublier qu’ils sont soumis, en tout temps, à la visite du surintendant, des inspecteurs et des visiteurs decole, et qu’ils doivent toujours être prêts à répondre aux questions qu’ils pourraient juger à propos de leur faire sur la tenue de leurs écoles.

Une surveillance continuelle sur les enfants est un point bien important, celui dont souvent dépend leurs progrès dans les sciences et dans la vertu. Or, l’usage d’une tribune un peu élevée dans chaque école, surtout si elle est nombreuse, offrirait à l’instituteur un moyen facile de surveiller convenablement tous les enfants commis à ses soins.

Cette surveillance pourrait s'étendre aussi à quelques heures d’étude, chaque jour, en sus des heures de classes, dans les écoles-modèles. Ce serait le moyen de faire employer utilement aux enfants les moments dont ils ont le plus de besoin, pour compléter un cours pratique. Les instituteurs pourraient, pendant les heures d’études, étudier eux-mêmes et préparer leurs matières pour la classe suivante.

D’ailleurs, voici quelques règles que je crois devoir prescrire à MM. les instituteurs, parce qu’elles sont d’nne application générale et facile, et qu’elles ne peuvent contrevenir en rien aux règles particulières qu’il plaira à MM. les commissaires de leur donner à suivre dans les écoles tenues sous leur contrôle:

1°. Tous les instituteurs étant établis pour procurer un même bien, ils doivent être animés d’un même esprit et d’un même zèle, et faire régner entre leurs élèves la paix et la concorde.

2°. Comme le bien de l’éducation ne consiste pas tant à corriger les fautes des enfants qu’à les prévenir, autant qu’il sera possible, les instituteurs se feront de leur exactitude et de leur surveillance, un premier moyen de faire éviter à leurs élèves les fautes que leur négligence pourrait occasionner.

3°. Un devoir très-important pour les instituteurs, est de s’appliquer à connaître le caractère de ceux qui leur sont confiés, afin de leur inspirer par leurs instructions, et surtout par leurs exemples, l’amour de la vertu, du travail et de la science.

4°. Les instituteurs doivent s’appliquer, autant que possible, à inspirer à leurs élèves de la confiance en euxmêmes, car les enfants, comme les adultes, ont besoin d’avoir cette confiance dans leurs propres forces, pour bien réussir. Or, traiter en toute occasion les enfants avec égard et politesse, les encourager à la vertu et au travail par des observations et par des élog'es données à p>ropos, sont des moyens les plus propres à inspirer la confiance et le respect d’eux-mêmes dont ils ont besoin.

5°. Les instituteurs ne borneront pas leurs soins à cultiver les talents de leurs élèves, mais ils regarderont comme leur premier devoir de former leurs mœurs, surtout en leur inspirant les sentiments de morale et de religion.

6°. Les instituteurs n’useront de sévérité qu’après avoir épuisé tous les autres moyens qui peuvent faire impression sur une âme honnête et sensible,, et3 dans ce

cas, jamais sans avoir consulté, au préalable, au moins le président des commissaires d’école.

7°. Aux soins dont il a été parlé dans les articles précédents, les instituteurs ajouteront celui de veiller sur tout ce qui peut intéresser la santé des écoliers ; ce point est un des plus importants.

8°. Les instituteurs doivent former les enfants à la propreté, à la politesse et à la bienséance, en les leur faisant regarder comme des vertus sociales indispensables dans les relations diverses que nous avons avec nos semblables. Or, comme la vraie politesse ne consiste pas dans de vaines formules de compliments, ni dans les seules démonstrations extérieures, mais qu’elle prend son principe dans la charité qui doit tous nous unir les uns aux autres, les instituteurs, pour faire régner la politesse, l’ordre et la paix parmi leurs élèves, doivent faire tous leurs efforts pour leur inspirer et maintenir entre eux les sentiments chrétiens de l’union, de la bienveillance réciproque et de l’amitié fraternelle.

9°. Pour se soutenir contre les peines et les dégoûts, inévitables dans l’éducation de la jeunesse, les instituteurs considéreront souvent l’importance de l’œuvre dont ils sont chargés ; ils penseront qu’ils en sont responsables, non-seulement à la société, mais à Dieu même, auteur de toute science et de tout bien, et, non contents de s’instruire, par leur propre expérience, dans l’art de former les enfants à la science et à la vertu, ils auront recours aux conseils des maîtres les plus expérimentés dans l’art de l’enseignement.

10°. Comme les enfants, encore plus que les hommes, s’en laissent imposer par l’habit, et qu’il importe à l’instituteur de ne rien négliger de ce qui peut lui attirer de la considération de la part de ses élèves, il ne doit jamais se montrer devant eux autrement que proprement et décemment vêtu. Je recommanderais même, particulièrement aux instituteurs des écoles-modèles, de se revêtir, pendant le temps de leurs classes, de la robe académique.

J’ai l’exemple d’instituteurs qui, à ma suggestion, ont déjà adopté cette pratique, et j’ai été à môme de juger de scs excellents effets.

J’ai l’honneur d’étre, Messieurs,

Votre très-humble et très-obéissant Serviteur,

tL B. MEILLEUR, S. E.

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