‹ Mémorial de l'éducation du Bas-Canada [microforme]Chapitre 104 sur 116 · CONTINUATION DU CHAPITRE PRÉCÉDENT · texte numérisé non relu

CONTINUATION DU CHAPITRE PRÉCÉDENT

Observations particulières sur les choses principales qui ont servi de raïsons ou de prétextes à l'opposition. faite à la loi d'éducation et sur lès divers systèmes d'éducation proposés.

Pour une raison ou pour une autre, l'opposition qu'on à faite à la loi d'éducation et à mon administration, s'attaquait à quatre choses principales, qui se trouvaient dans la loi ou dans mes instructions et mes recommandations, verbales ou écrites, données pour la faire fonctionner utilement, savoir : 10. le système coercitif ou de la contribution forcée ; 20. les écoles dissidentes ou séparées ; 30. l'enseignement moral et religieux dans les écoles ou la liberté-d’enseignement ; 40. l’enseignement normal proposé d’être donné séparément aux caholiques et aux protestants dans des établissements spéciaux ou dans nos maisons d'éducation supérieure.

Telles sont les choses principales qui ont donné lieu à l'opposition faite à la loi d'éducation, et à la polémique qui s’est engagée de part et d'autre pour ou contre cette loi et mon administration, et qui ont servi de raisons ou de prétextes pour proposer des systèmes d'éducation divers et opposés entre eux, comme à la loi d'éducation que j'étais chargé de faire fonctionner, toute coercitive et obligatoire qu'elle était.

Or, le système coercitif était surtout l'épouvantail dont se servaient les chefs de l'opposition, pour répandre dans nos campagnes une panique sous l'influence malheureuse de laquelle ils savaient tenir la partie mobile des habitants crédules et trop confiants à l'égard de tout ce que leur disaient de faux et d'exagéré ces chefs intéressés à spéculer sur l’ignorance, sur les préjugés et sur les craintes du peuple.

Ces chefs se présentaient aux habitants comme les défenseurs et protecteurs de leur liberté, de leur moralité et partant de leurs intérêts les plus chers et les plus sacrés à l’égard de leurs enfants. Ils leur représentaient le système coërcitif comme attentatoire à leurs droits et priviléges comme sujets et comme pères de famille, ou plutôt comme une machine à taxer dont on ne voyait que le commencement, et &bnt L'objet apparent n'était qu’un prétexte pour initier dans 1 pays, afin de le faire servir plus tard à toute autre chose, et que les dispositions de la loi municipale de 1841 en étaient une preuve ; qu'en acceptant la loi d'éducation, les habitants seraient bientôt réduits aux tristes conditions où $e sont trouvés les malheureux Irlandais émigrés de leur pays natal, par suite de l'opération d’un système coercitif de taxes onéreuses qui les a menés à l’état de ruine, de dénûment, de misère et de dégradation extrème où ils étaient, lorsque nous les avons vus, en 1832, débarquer, pestiférés et mourants sur nos plages à peine assez spacieuses et pourvues pour les y recevoir, et qu’il était de notre dev..r de nous opposer avec énergie et constance à l'introduction et à l’opération d’un semblable système dans le Canada, afin d'éviter ses funestes conséquences.

Outre ces ok‘ ervations insidieuses et préjudiciables à l’éducation et au repos public, et qui gagnaient du terrain et de la force en proportion du nombre et de l’activité des chefs de l'opposition et de la connaissance qu'ils donnaient partout des maux trop réels et déplorables qui avaient en effet affligé la malheureuse Irlande ; il n’y a pas de lâängage dont ils n’aient fait usage pour répandre la terreur chez nos habitants et les exciter à l’insubordination ét à la révolte. Aussi, le moins que les habitants aient fait, par suite de l’agitation où les chefs de l'opposition les ont conduits dans nombre de paroisses, ça été de protester contre la loi d'éducation et de dire : ‘ pas de taxe, “ pas de contribution forcée, pas d'intervention indue dans « nos affaires de famille ; ” mais jamais on ne les a entendu dire : ‘pas d'éducation, pas d'écoles.” Bien au contraire, ils ajoutaient dans leur protêt : ‘nous voulons faire instruire nos enfants, nous voulons établir et maintenir des écoles pour eux, mais comme du bon vieux temps, nous voulons avoir la liberté d'enseignement, la liberté dé faire comme bon nous semblera pour cette fin, sans subir Pinfluénce d’une machine à taxer, ni être mis à contribution pour en payer les frais de rouage et d'opération.”

C'est ainsi que de nos habitants, préjugés et excités, entendaient la manière de pourvoir à Pinstruction de leurs enfants, et qu'ils faisaient connaître leurs dispositions et prétentions à cet égard, par leurs protestations spontanées ou faites par l'entrémise des chefs de l’opposition. Or; le but et l'effet étaient les mêmes, surtout sous la loi de 1841, parce que, comme nous l'avons déjà vu, étant liée au conseil municipal qui était de

fait le bureau d'éducation pour chaqué district particulier, et

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ses ofliciers étant nommés par le gouvernement, elle inspirait bien plus de sonpéon et de crainte. D'ailleurs, ce soupçon et cette crainte n'étaient pas sans fondemént, et la plaie de l'Irlande était telle que représeutée, sans réalité !

Tel était, en somme, le langage que tenaient au peuple, préjugé et effrayé, les chefs de ‘opposition que la loi d'éducation et le surintendant ont rencontrée, surtout au début du fonctionnement de la loi.

Dans un but d'avancement et d'avantage personnels, ces agitateurs ambitieux ont fait servir leurs talens et leurs connaissances à nourrir, à fortifier et à avivér les préjugés et les craintes populaires ; À maintenir et à perpétuer l'ignoränce chez le peuple, sinon à l’induire ouvertement à la rébellion contre la loi, contre ses amis et contre l'Etat ; et le gouvernement, comme pour ‘couronner leur œuvre d’'iniquité, les a élevés, au moins plusieurs d’entre eux, aux honneurs et aux chanté En vue de ces faits accomplis, et de notoriété

ublique, n’a-t-on pas le droit de demander où est la justice et ‘encouragement dus à ceux qui, fidèles aux bons principes et mus par un instinct généreux, ont combattu courageusément et victorieusement pour le respect de la loi, pour le maintien de l'ordre et de la paix, pour le fonctionnement de l’acte d'éduca tion et pour ses bons effets ?

Cependant, s’il est vrai de dire qu'en plusieurs endroits le peuple ne s’est malheureusement pas borné à cette protestation, qu'il s’y est livré à des excès d’outrage et de violence regret. tables contre les personnes el les choses, et qu'il serait trop long et trop humiliant de racontér en détail, il est également vrai, et je sens du bonheur à le dire, que cette protestation et Ces excès ne sont pas l'œuvre exclusive des Canadiens-Français. Les sujets d'origine britannique, quoique bien moins nombreux dans le Bas-Canada, y ont pris la plus large part, surtout les Irlandais, et il est Certain que le mauvais exemple que ceux-ci ont donné à cet égard aux Canadiens-Français

w'ils avoisinaient, a plus contribué à amener ces excès éplorables que les discours inflammatoires des charlatans Dot qU Es : preuve, ce qni s'est toujours passé dans des parties habitées par des gens d'origine britannique ‘dans les comtés d'Ottawa, des Deux-Montagnes, de Beauharnais, de Beauce et de Nicolet. Les habitants irlandais de St. Jean Chrysostôme se sont signalés davantage dans ce genre d'opposition faite à la loi d'éducation, qui u’est pourtant pas une loi politique.

Dans ces occurrences pénibles, je me transportais généralement sur les lieux, surtout pendant les premières années de mon administration, pour amener les gens à l'ordre par des explications souvent très minutieuses, par des paroles d'encouragement et de paix, pour les porter à se soumettre à la loi et à remplir les conditions, afin d'en atteindre le but que je signalais toujours comme excellent et désirable, et

j'éprouve encore du bonheur à dire, à la louange de ces gens et du pays, qne jamais ils ne se sont permis la moindre insulte ni le moindre manque de respect à mon égard, et ce, lors même que j'ai dû les traiter avec autorité et menace,

Chez les frlandais, le préjugé contre la taxe est inné, fort

et invincible, et rien autre chose qu’une longue expérience

de la manière dont celle exigible pour écoles, en ce pays, est employée, ne pourra les convaincre qu'ils doivent s’y soumettre sans crainte ni hésitation. Heureusement que cette expérience était très généralement déjà acquise lorsque j'ai laissé, en 1855, le. département de l'instruction publiqué, et que, depuis plusieurs années, les désordres qui avaient eu lieu au sujet de la loi d'éducation avaient cessé.

Une seule paroisse ayant pu, à l’aide du député du comté, résister à tous les moyens employés pour en soumettre les habitants à la loi d'éducation, s'était maintenue dans l’opposition, et lorsqu'en 1863 le hasard me mena dans cette malheureuse..paroisse, je fus peiné, autant que surpris, d'apprendre que, nonobstant les pressantes sollicitations de leur bon curé, elle était encore sans école et sans volonté ni disposition aucune d'en établir sous le contrôle de la loi. On me dit alors qu'une paroisse voisine, démoralisée par ce mauvais exemple, avait cessé de maintenir sur pied les écoles que les amis de l'éducation n'avaient pu que difficilement.y établir pendant mon administration. Cette dernière paroisse est en partie habitée par de; Irlandais, dont l’un, chef de l'opposition dans Le canton, vait grandement contribué à exciter des troubles sérieux, surtout dans les comtés de Nicolet et d'Yamaska. Il n'est cependant que juste de dire que certaines autres influences intéressées s'étaient coalisées avec cette triste célébrité, mais que l’opinion publique en à fait ample justice, là comme partout ailleurs. Outre ce chef Irlandais, Le député du comté et deux de leurs conseillers habituels sont décédés depuis. Que la terre leur soit légère.

Il serait fort intéressant d'énumérer ici les causes du préjugé si fortement enraciné chez les Irlandais contre toute espèce de taxes, contre tout système de contribution forcée ; mais ce n'est ni le temps ni le lieu de,le faire. Les Canadiens n'ont jamais été exposés, eux, à l'empire de semblables causes, ni à l'influence d'un semblable effet. Ils n’ont jamais été, non plus, soumis à l'opération d’un système coercitif de taxes directes ; mais. préjugés, nonobstant, et excités comme ils J’ont été par les agitateurs politiques, ils en ont fortement craint l’introduction, et ils auraient généralement voulu l'empêcher.

Les Canadiens veulent n'être jamais taxés sans leur consentement, ,et surtout jamais pour un objet que, par devoir et par conscience, ils seraient tenus de repousser comme l'ont êté les Irlandais ; mais ils seront toujours disposés à contribuer à faire et à entretenir les établissements religieux et d’éducation dont ils auront besoin, et s'ils avaient été certains que

le système de contribution forcée n'aurait pas été, par exteusion, appliqué à tout autre objet, surtout à des choses qui ne les intéressent js directement, ou qui pourraient mème léur être préjudiciables comme peuple et comme catholiques, ils se seraient volontiers soumis, dès le début, au système coercitif introduit pour l’objet de l’édugation, surtout si la nomination des officiers de la loi, nécessaires sur les lieux, avait dès lors été laissée à leur. disposition pour ètre faite par élection, comme elle l’est aujourd’hui.

Il à fallu abandonner au peuple La nomination des officiers locaux de la loi, et lui donner le temps de se convaincre autrement que la cotisation pour écoles n'était pas à craindre ; et, néanmoins, si le peuple avait été laissé à lui-même à cet égard, sa soumission à la loi d'éducation aurait été immédiate, pleine et entière. Le temps nécessaire pour faire l'expérience de la loi aurait été court et paisible, et les bons effets qui en auraient nécessairement résulté immédiats. Le bon sens proverbial du peuple et son goût naturel pour l'instruction, dégagés alors de toute influence perverse, l’auraient conduit dans la bonne voie, et l'y auraient facilement retenu et dirigé sous les auspices de la loi.

Cependant, je dois à la vérité et à la justice de dire que le vaste et populeux district de Montréal a comparativement offert peu de résistance à la loi d'éducation, et, n’eût été des efforts constants d'un chef agitateur qui en faisait agir d’autres comme instruments de son ambition désordonnée, pour soulever les habitants contre la loi d'éducation, il n'y aurait eu que le trouble de l'initiative et celui de former les officiers de la loi de manière à les rendre capables de remplir avec

intelligence et utilité les devoirs qui leur étaient dévolus.

Ce succès plus immédiat, plus facile et plus général du fonctionnement de la loi dans le district de Montréal, est dù, en grande partie, à ka facilité avec laquelle les habitants communiquaient journellement avec le surintendant au sujet de la loi de l'éducation ; à son empressement à les rencontrer

, partout et à les entendre en tout temps, et à la coopération active et efficace du clergé; mais il est sans doute dù plus encore à l’honorabilité, au désintéressement louable, et même

à l’assistance du barreau de Montréal, dont aucun membre n’a

voulu se charger d'aucune cause qui lui paraissait militer

contre l'esprit de la loi d'éducation, ou même seulement contre l'interprétation que le surintendant donnait des dispositions de cette loi pour en atteindre le but.

Malheureusement, il n'en a pas été ainsi dans les autres districts judiciaires où des membres du barreau ont fait, à l'envie les uns des autres, des efforts inouïis pour tirer bon profs des préjugés du peuple et des défauts et shbtilités de la oi. Preuve, ce qui s’est passé de contentieux à Berthier, à Beaumont et à St. Henri dé Lauzon, dans le district de Qnébeec, et de sinistre à St. Grégoire, à St. Michel d'Yamaska, à Ste.

Monique et à St. David, dans le district de Trois-Rivières, ct ce, nonobstant mes visites réitérées dans plusieurs de ces paroisses, et surtout malgré les efforts si généreux, si louables que les mémbres du clergé faisaient généralement pour empicher les procès, et pour prévenir le trouble ou l'apaiser.

On a donné bien des raison$® pour s'opposer à la loi d'éducation; mais elles sont véritablement trop contradictoires pour être toutes bonnes, et elles sont trop nombretises pour pouvoir les énumérer toutes ici. D'ailleurs, il est un fait indubitable et connu; c'est que le système actuel, avec tous ses défauts, est préférable à tout et à chacun de ceux qu'on a voulu lui substituer, pour satisfaire à l'amour propre ou aux exigences de la politique en besoin, et de l'ambition désordonnée.

Le système actuel de l'éducation est sans doute imparfait sous plusieurs pd nd mais il n'est pas injuste, ni d’une opération difficile, lorsque les intéressés y mettent toute la bonne volonté et l'importance que la chose demande d'eux et des amis du pays.

Toutefois, on a voulu sérieusement, et je devrais dire honnêtement, abroger la loi d'éducation actuelle pour, chaque fois, la remplacer par un système tout différent, sinon tout nouveau, même par un système qui n’eu était pas un! Je n’en ai pas vu moins de six qui se répudiaient l'un l’autre, par une différence modique dans les principes, dans les dispositions et les moyens, qui les rendaient tous impraticables et inacceptables.

L'un de ces systèmes nons a été proposé par feu le Dr. Barbier, alors ex-membre du parlement pour le comté de Berthier avant lunion, et un autre par M. Robert Christie, alors membre du parlement pour le comté de Bonaventure sous l'union. Celui-ci avait été aussi membre du parlement avant l'union. )

Ces deux projets de loi d'éducation différaient autant l'un dé l’autre que tous les deux dun système actuel qu'ils étaient

chacun destinés à remplacer. Celui du Dr. Barbier proposait

de rétablir le système de contribution volontaire, et celui de M. Christie de prélever une taxe directe et coercitive sur les biens-immeubles et des fabriques de paroisse à un degré sufiisant pour subvenir à tous les besoins de l'instruction sur les lieux. Mais ces deux projets ne firent ni sensation ni prosélytes. Ils n'avaient pas le mérite de l'opportunité, ni même celui de l’ensemble. M'ayant été. soumis, je les déclarai tous les deux incompétents et praticables.

Il est néanmoins juste de dire que, parmi les gens consciencieux qui demandaient un nouveau système d'éducation primaire, il s’en trouvait sans doute qui le faisaient avéc la meilleure intention du monde, et qui, suivant leur manière de voir, ne voulaient réellement que 12 bien du pays qu'ils se proposaient sans intérôt particulier ni considération person-

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nelle, mais aussi sans avoir fait assez la part des circonstances, ni une étude, ni l'expérience de la loi. C'était pourtant cette art dés circonstances et cette expérience que nous devions aire avant tout, avec patience et observation, qui devaient nous éclairer ; mais il était des gens impatients et hâtifsqui ne voulaient pas prendre le temps de les faire ä nn degré suffisant.

Parmi les innovateurs, il en était qui proposaient de substituer au système actuel une loi d'éducation absolue et arbitraire, indépendante de la coopération du peuple autrement que par une contribution forcée, et confiée, pour son fonctionnement, aux mains exclusives du gouvernement qui aurait réuni tous les pouvoirs, et les auraitexercés péremptoirement au moyen de personnes nommées par lui pour cette fin, mais sans toutefois en faire un ministère politique avoué. C'eût été une continuation des écoles de l'institut royal.

Quelques-uns demandaient de faire de l'instruction publique un ministère politique, les uns évidemment pour se fortifier au pouvoir, en se donnant un collègue et une influence intéressée de plus, les autres pour y parvenir et s’ÿ maintenir, soit-sans la coopération du peuple ou en lui confiant le fonctionnement local de la loi. À

Quelques autres proposaient un système en vertu duquel le clergé aurait été seul chargé de l'éducation primaire, comme il l’est volontiers, et si avantageusement pour la jeunesse, de l'éducation classique.

D’autres, au contraire, voulaient un systètne tout démocratique, et laissé entièrement à la disposition du peuple qui aurait été seul chargé de le faire fonctionner au moyen de personnes élues par lui, et d’une allocation législative pour cette fin, sans contributions exigibles et sans là moindre €00pération ni du clergé, ni du gouvernement.

Les PR du premier de ces systèmes Sont exposés dans les ee eg ies 3e, 4e, 5e et 8e de cette partie de mon Rapport du 11 mars 1848, qui est intitulée ; Divers systèmes d'éducation. Ils étaient la base apparente du projet de la nouvelle loi d'éducation qui fut proposé à la Législature, mais abandonné en 1850.

Le système qui proposait que le’ clergé fût seul chargé de l'éducation primaire, n'a jamais été soumis à la Législature, et il est à supposer que, sil l'eût été, il y aurait rencontré plus d'opposition que le système démocratique, parce que, tout bien considéré, les membres du parlement auraient eu plus de chance d'exploiter celui-ci que tout autre système d'éducation primaire.

Cependant, il n’y à pas à se dissimuler que, si l’un des trois systèmes eût dû être adopté d’une manière absolue et. exclusive de toute combinaison avec les autres, c'aurait dû être le système dont l'exécution aurait été confiée au elergé, parce qu’alors nous aurions eu une garantie de suceès dans l’en-

seignement sous tous les rapports. Mais, il n’y a pas à se dissimuler non plus que, si le système d'éducation primaire confiée au clergé eût eu la préférence, il aurait excité beaucoùp plus de réclamations, et aurait suscité au clergé de plus grands embarras, et peut-être des persécutions. Les envieux de popularité et de pouvoir n'auraient manqué ni de raisons spécieuses ni de prétextes pour s'opposer à ce système, pour le faire remplacer par un autre, afin de servir leur ambition et leur intérêt personnel.

« C'est pourquoi, le système actuel, dévolu tout à la fois au gouvernement, an clergé et au peuple, et combinant sagement tous les pouvoirs, les balançant équitablement, en donnant à chacune de ces trois branches principales de la société canadienne tous les droits et privilèges nécessaires pour servir de garantie à ses prérogatives spéciales sous le rapport moral et religieux, sous le rapport industriel et substantiel, et, en tant qu’applicable, j'ose dire sous le rapport politique, a heureusement prévalu Jusqu'à ce jour sur tous les autres systèmes d'éducation primaire.

C'est pourquoi aussi, voulant obtenir quelques dispositions légales nouvelles en faveur de l'éducation et n'avoir, nonobstant, qu’une seule et même loi, je résumai en 1853, dans un projet de loi d'éducation transmis au gouvernement le 12 Janvier 1854, tous les principes fondamentaux de la loi actuelle telle qu'amendée Géja, auxquels j'ajoutai ces nouvelles

dispositions telles que demandées plusieurs fois dans mes

rapports précédents ; mais ce projet n'ayant jamais été soumis à la Législature, n’est pas devenu loi.

En effet, le système actuel ne portant ombrage à personne, v'inspirant aucune crainte fondée sur quelque vice radical, et ayant subi une longue expérience. est non-seulement le moyen d'assurer un bon fonctionnement de la loi, mais encore d’empêcher toute espèce d’empiètement, surtout l'arbitraire, tou- Jours si odieux, toujours si répréhensible lorsqu'il n’est pas nécessaire.

C’est encore le moyen d'établir de bons et utiles rapports entre ces trois branchgs de la société, et de maintenir entre elles cette bonne entente et cette harmonie sur lesquelles repose la garantie de cette réciprocité d’égard, de déférence, de respect pour leurs droits et priviléges respectifs, qui les fait se prévenir par des actés de bienveillance mutuelle, au lieu de s’opposer réciproquement.

Ces trois éléments de la société en constituent la puissance ; et si, par une législation libérale et sage, nous savons les réunir, et les faire concourir harmonieusement au mème but, uous sommes certains de l’atteindre. Au lieu donc de les isoler, nous devons nous faire un devoir de les rapprocher, de les réunir et de les inviter à mettre ensemble à contribution leur influence, leurs.efforts et leurs sacrifices pour l'avancement de l'éducation dans le pays.

Je ne m'arrèterai pas à discuter ici le mérite on le démérite des divers systèmes d'instruction publique qui ont été proposés pendant mon administration, les uns avec bonne foi et désintéressément, les autres par intérêt personnel on de parti, et quelquefois par pur esprit de contradiction. Ce serait peine et temps perdus de le faire, parce qu’ils ont été pour la propre rejetés comme ne convenant pas à l'opinion ni au

jesoin de la société ; parce qu'ils ont été considérés. comme impraticables enfin. Au reste, j'ai déjà traité ce sujet assez au long dans mon rapport du {1 mars 1848, et subséquemment encore. Ce que j'en ai ditalors et dans d’autres circonstances, a sans doute contribué beaucoup à ralentir le parti de l’opposition, et à en mettre les chefs intéressés en désarroi, surtout alors, mais non pas à les mettre à quia, et à les arrêter tout à fait. Ils avaient trop besoin d'en faire un capital politique qe pût servir à leur fin, commune et opposée, pour abandonner ainsi entièrement la lutte.

C'est même subséquemment à mon rapport de 1848, qu'ils ont crié davantage, et, qu’en désespoir de cause, ils se sont attaqués à l’enseignement moral et religieux que je recommandais dé donner simultanément dans nos écoles ; qu'ils ont crié aussi contre les écoles dissidentes ou séparées, et qu'ils ont préconisé les écoles mixtes. Ils se sont même opposés aux écoles normales séparées que je proposais, dont l’une pour les A et l’autre pour les catholiques. Enfin, ils voulaient

a sécularisation de l'éducation.

J'ai combattu en faveur des écoles primaires dissidentes et des écoles normales séparées, et quels qu’aient été les efforts des opposants, nons avons aujourd'hui les unes et les autres. Protestants et catholiques sont pourvus séparément, et chacune de ces deux grandes classes de sujets dont le peuple du Bas-Canada est principalement composé, jouit, sous ce rapport, de ce à quoi elle a indubitablement droit ; elle jouit de la liberté d’enseignement et de la sécurité et tranquillité de conscience à l'égard de ses enfants, et elles sont toutes deux en paix et en relations amicales.

ailleurs, voulant conserver les principes de la ioi actuelle, et partant la liberté d'enseignement, j'avais bien eu soin de disposer des choses dans mon projet de 1853, de manière à ce qu’il n’y eût à cet égard ni doute ni difficulté dans la pratique ; Pénseignement normal devait être offert généralement à des conditions faciles et économiques, aux protestants ‘et aux catholiques séparément, et aux jeunes gens aux jeunes personnes catholiques séparément aussi.

Outre deux écoles normales, dont l’une pour les protestants que je proposais d'établir à Montréal, et une pour les garçons catholiques que je voulais établir à Québec, toutes et chacune de nos maisons d'éducation supérieure devait être invitée et autorisée à donnér l’enseignement normal à une ou plusieurs classes d'élèves réunis pour cette fin, et à recevoir du fonds

législatif des écoles-normales, une part proportionnée au nombre de ses élèves formés annuellement dans ces classes spéciales. Ainsi, nos colléges, nos académies et nos couvents de filles enseignants, auraient pu se charger chacun de l'enseignement normal, et cet enseignement, offert sur plusieurs points du pays, aurait été donné aux filles comme aux garçons, et ce, dans nos campagnes comme dans nos villés, sans gène, sans déplacement ni coût considérable aucun. Pour en faciliter partout l'introduction et la pratique, je me proposais de distribuer un programme d'enseignement qui aurait compris toutes les branches d'instruction prescrites par la ioi, et en mème temps la recommandation de faire uniformément usage de quelque ouvrage de pédagogie approuvé, pour le fond et pour la méthode, et que je leur aurais désigné pour atteindre le but en vue.

Et pour empècher le monopole et l'abus, pour donner de l'uniformité et de la confiance dans la manière d'admettre les élèves des écoles normales à l'enseignement, et de leur délivrer des diplômes d'aptitude, je proposais qu'ils fussent tous indistinctement tenus de subir l'examen requis à cet effet devant les bureaux d'examinateurs établis, parce qu’ils sont amplement compétents, et désintéressés et indépendants de toute influence ou considération indue. De cette manière, une autorité unique et désintéressée aurait donné uniformément des tiplômes aux instituteurs et institutrices formés dans nos divers établissements d'éducation, et il n'y aurait eu ni partialité, ni faveur, ni abus, ni soupcon de spéculation, ni de déception possible.

Je ne dis pas que nous ayons à nous plaindre aujourd'hui de ces choses, mais il serait bon de faire disparaître jusqu'au prétexte de le faire.

Dans tous les cas, les bureaux d'examinateurs sont très habiles à juger des qualifications des instituteuas aux termes de la loi.

Dans une séance du conseil de l'instruction publique tenue le 10 et 11 mai 1864, le règlement général des écoles normales du Bas-Canada a été amendé ‘ de manière à ce que, toute personne munie du diplôme de maître ès arts d'une des Universités du Bas-Canada, puisse être admise à recevoir le diplôme d'académie à l’école normale sans être obligée d'en suivre le cours ni d’être examinée,” mais elle devra suivre le cours de pédagogie et tout autre qui n'aurait pas fait partie des matières d'enseignement et des examens antérieurs, etelle devra subir, en conséquence, l'examen sur les matières qui en font le sujet.

Or, comme nous n'avons encore qu'une seule Université catholique dans le Bas-Canada, pour une population qui forme, à peu de choses près, les deux tiers de la population totale, et que peu de nos colléges classiques sont affiliés à cette Université, tandis que l'autre tiers, qui représente la popula-

tion protestante, compte deux Universités de cette croyance religieuse et deux colléges afliliés, il s'ensuit que cette exception réglémentaire est bien plus au bénéfice des protestants que des catholiques, et ce d'autant plus que nos collèges classideb ne confèrent aucun degré académique, et que ceux de leurs élèves qui ont terminé avec succès leur cours classique, sortent munis chacun seulement du certificat de son directeur particulier constatant ce fait, et n’ont, pour la plupart, ni le temps ni les moyens de suivre un cours spécial, en sus, à l'Université ou à l’école normale.

[1 semble donc que, pour être impartial et juste envers nos, jeunes gens catholiques qui ont fait un cours classique complet, le conseil aurait Aù comprendre dans son exception nonseulement les bacheliers ès-arts, mais encore déclarer que le certificat formel d’un directeur de collége serait considéré comme l'équivalent de ce, degré, et ce d'autant plus que la preuve des connaissances nécessaires à cet effet est rigoureusement exigée au préalable, et que, toutes autres choses étant égales, ces connaissances sont plus que suflisantes pour permettre à ceux qui les possèdent bien, d’être des instituteurs à la fois aptes et habiles, Ceux d’entre nos jeunes gens classiques qui sont retenus chaque année ponr faire des classes dans les colléges où ils ont été formés respectivement, établissent tous les Rue ce fait et le rendent incontestable.

D'ailleurs, les jeunes gens d'élite qui fréquentent notre unique Université sont peu nombreux en comparaison de ceux qui terminent leurs cours classique dans nos colléges sans fé. quenter l'Université, et ils sont moins disposés que ceux-ci à embrasser l’enseignement après avoir obtenu le degré de maitre és-arts. Puis, il est connu que le nombre des universitaires qui obtiennent ce degré est très-limité. Ainsi, outre que ceux qui ont fait les frais de cette qualification extrême sont très peu nombreux, l'on peut dire aussi qu'ils sont généralement très peu disposés à se consacrer à l’enseignement primaire où les instituteurs sont ordinairement si peu rémunérés et si peu considérés,

En effet, sous le régime actuel dans le Bas-Canada, les instituteurs sont dans un état de privation, de gène et de souffrance qui rend l’enseignement bien peu enviable, et tout à fait décourageant. Sans être positivement privés des immunités accordées à leurs compatriotes, ils ne sont véritablement pas citoyens ; car l'opinion et la prudence veulent qu'ils se tiennent toujours dans une réserve complète, dans une abstention absolue de toutes choses qui ne sont pas strictement du ressort de lsurs devoirs d'état, ce qui équivaut à un déni formel de tout ce qui constitue les droits et priviléges du citoyen.

La collation des degrs académiques confère à l’impétrant un caractère, une autorité qui impose, et commande à l'extérieur le respect et la confiance fondés sur le savoir et

aur lo mérite éprouvés Ia lu science, et il est considéré comme ayant aussi de la vertu, ce qui constitue une véritable ulasance, Par l'emploi judiciaire de l'une et lo bon exemple de l'autre, il pout grandement contribuer à l'éducation et à l'édification de ln jeunesse, D'où il suit que plus il ÿ aura de gradués, dignes d'ailleurs, engagés dans l'enseignement, plus il deviendra utile etinfluent, et plus il sera apprécié el respecté, Mais pour atteindre ce but important et désirable, il iest pas nécessaire le admettre dans l'enscgnement que coux qui sont parvenus au plus haut degré de graduation, surtout pour l'enseignement primaire, Cette exigênce, st elle était généralement mise en pratique, outre qu'elle ‘serait injuste envers les gradués inférieurs, RTS l'ensoignement de sujets précieux, d'instituteurs habiles et vettueux, et la jeunesse d'un degré d'instruction qu'elle ne saurait obteuir que très difficilement sans leur concours constant et bieu dirigé. : Ges deux conditions sont nécessaires au progrès et à l'eficucité de l'enscignement primaire et de l'instruction littéraire, Mais il faut aussi que ceux qui les remplissent soient bien rétribués,

I semble donc que l'accomplissement fidèle de l'exception réglémentaire du conseil de l'instruction publique, en s'éten.dant à tous les porteurs de diplômes de bacheliers ès-arts et de certificats équivalents, loin de compromettre la noble profession de l'enseignement qui prépare des sujets pour toutes les autres, lui donnerait, au contraire, un rang, un lustre, une respectubilité, une force morale qui l'élèverait dans l'estime publique et la rendrait généralement plus utile et plus influente, Cette extension serait plus conforme à l'intérêt porté partout à l'instruction de la jeunesse, comme aussi à celui bien mérité, mais malheureusement si peu assuré des personnes suffisam: ment instruites qui, sans certaines entraves, seraient disposés à se dévouer à l'enseignement de la jeunesse.

Cette extension, en faisant à tous Les partis intéressés une condition plus libérale et plus favorable, serait pour ces bé na une invitation, un encouragement à le faire dans ‘espérance d'y trouver les moyens d'une existence honorable et un art heureux. Gette condition, en l'applicant ainsi à tous les jeunes gens qui, avant fait un bon cours classique, seraient disposés à se consacrer à l'enseignement, serait sans doute déjà assez sévère, et elle permettrait à un grand nombre d'entre eux de se placer avantageusement pour euxet utilement pour la société, au lieu d'alier encombrer, comme ils le font aujourd'hui, les professions savantes, qui souffrent déjà de leur trop plein. Après s'être conformés à cette formalité, ils pourraient suivre, en sus, s'il y avait lieu, un cours spécial de pédagogie dans une école normale, où même dans le collège où ils ont respectivement fait leur cours classique régulier et complet. Une certaine somme d'argent pourrait ètre approprié à l'enseignement normal dans ceux de nos

colléges qui voudraient bien se charger de leurs élives. maitres,

D'ailleurs, les univorsltaires ne s'occupent généralement guère du degré de maitre èssarts, ni de se méttre en droit de le réclamer, suivant les règles établies par li collation des dogrés acadéntiques, ot los degrés honoraires sont rarement conférés,

Puis, ne seraitil pas convenable et juste d'étendre l'éxemp tion de l'examen aux cotps ‘religieux enseignants ? Ce serait reconnaitre impliciment la somme de connaissances qu'ils possèdent, leurs talents, leur dévouement et leur mérite; ce sorait leur donner un témoignage de conflance et un puissant encouragement dans l'accomplissément de la tâche ardue et responsable d'instruire et de former la jeunesse,

Outre les Messieurs du Séminaire de Québec, les Messieurs de St, Sulpice de Moniréal, les Pères Jésuites et les Pères Oblats, la province de Québec a encore l'avantage do posséder trois corps religieux qui se dévouent à l'instruction de la jeu nesse; ce sont Los Frères des écoles chrétiennes, les Pères ot les Frères de Ste, Croix, et les Pères et les Frères de St, Via. teur, L'instruction qu'ils donnent, pour être plus modeste, plus économique et plus religieuse, n'est pas moins solide et pratique, ni moins propre à répondre aux besoins réels des enfants du peuple dans l'humble vocation où ils seront géné ralement appelés à agir.

L'existence de mon projet de loi d'éducation en date du 12

janvier 1853, élant venue à la connaissance des membres du

parlement, plusieurs d'entre eux demandèrent qu'il fût soumis à la Législature, mais lé ministère ayant dit qu'il n'était pas disposé à le faire, il y eut à ce sujet un débat animé dans lequel le ministère allégua pour raison de son refus à se rendre à cette demande, que ce projet pouvait n'être pas d'accord avec les vues du gouvernement, et que, dans ce cas, le ministère et le surintendant de l'instruction sm ps pourraient se trouver: en opposition l’un à l'autre devant le parlement, ce qui, en effet, aurait eu lieu, suivant toute apparénce ; le ministère ne dit pas en quoi, mais celui qui était en ce moment son conseil et son organe, relativement à l'éducation, le savait. Les chefs de parti ayant de part et d'autre épuisé leur argumentation, le ministère, appuyé de l'influence de deux membres qui éttient sur le point d'en faire partie, l'emporta à une faible majorité de quatre, je crois, et mon projet fut ainsi reténu à titré de correspondance privée.

Le fait est que, de part et d'autre, il y avait des gens et des membres du parlement qui continuaient de demander ‘un système d'instruction publique nouveau et entièrement différent de celui qui était en opération, et que le mien n’en était pas un, et ne différait guère du système actuel, puisque mon projet le résumais très-fidélement.

J'ai demandé nombre de fois à voir le plan du système noy-

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veau qu'on voulait substituer alors au système actuel, afin de pouvoir le comparer avec mon projet, mais en vain. On n'avait rien de prêt, rien d'arrêté, apparemment au moins, Le plan de ce.système nouveau estgncore à faire, le systèmelui-même eut être encore à naître, mais mon projet, qu a au moins vu e jour, qui a une existence formelle et utilitaire, est à l’état de manuscrit et de document historique.

Mon projet, de loi d'éducation pr'ouvera au moins que:je n'étais ni indifférent, ni oisif, ni retardataire à l'égard. des moyens d'instruction, publique .praticables, et.que mes vues et mon travail étaient au niveau des besoins réels d'alors.

Or, les besoins réels, comme le contentement et le bonheur des. peuples, sont choses relatives et. muables, suivant les temps et les circonstances concomitantes. Le devoir, c'est. de suivre et d'étudier ces besoins, et l’art, c’est de savoir trouver les moyens légitimes de les satisfaire ni trop tôt, ni trop tard, ni peuttre, trop pleinement, de peur: d'induire les gens.en erreur, et de les porter à l'abus, Il faut recueillir et appliquer ces moyens graduellement, et avec précaution et mesure, comme on fait de la nourriture au convalescent qui relève d’une maladie grave et longue ; autrement, dans Punet l’autre cas, on risquerait de faire plus de mal que de bien ; dansl'un et l’autre cas, il faut une sévère prudence, A tt

Cependant, j'ai la grande satisfaction de voir.que toutes mes propositions au sujct de l'instruction publique ont triomphé de l'opposition qu’on leur a faite, ainsi que des utopies des innovateurs, puisque la loi d'alors, dont je voulais conserver tous les principes fondamentaux, est encore la loi d'aujourhui; puisqu'elle fonctionne généralement encore d’après les instructions que j'ai données sous ses auspices, pour la gouverne des personnes appelées à prerdre part à son fonctionnement local; puisque les quelques ajoutés qui ont été faits depuis à cette loi sont, à bien peu de, choses près, ceux-là même que depuis plusieurs années déjà,.je demandais. avec instance d’y faire, tels que : écoles normalés, journal d’éducation, conseil d'instruction publique, augmentation de l’allocation, etc.,.etc.

Ces ajoutés étaient, pour la plupart, incorporés dans mon projet qui résumait tous les principes de la loi avec les amen-' dements qu'elle avait déjà subis au moyen de deux lois et auxqueiles deux autres lois d’amendements ont été ajoutées depuis. De sorte que, aujourd’hui, nous n'avons pas moins de cinq lois d'éducation en opération, au Heu de la seule et unique loi que mon projet, adopté, aurait donné au pays.

Cependant, au moyen de la codification, cet embarras est depuis en grande partie disparu.

Mon projet, néanmoins, contient quelques. dispositions importantes qui ne se trouvent pas dans ces deux dernières lois, et le tout est un ensemble systématique et clair qui est disposé de manière à ne nécessiter aucune déviation sérieuse

jeunes gens dans nos premières maisons

de la voie fravée par la loi de 1846. Ce projet est fait de manière que, devenu loi sans avoir subi aucun changement, mèês instructions données pour faire fonctionner la loï de 1846, telle qu'amendée, et tous les jugements des cours de justice, et toutes les décisions arbitrales que j'aurais données sous cés auspices, pouvaient servir de règles ét dé précédents pour faire fonctionner la loi nouvelle. C'était là mon plan et les moyens que je proposais pour atteindre le but de là loi.

Outre l’enseignement moral et religieux que j'ai recommandé de donner dans les écoles primaires, j'ai recommandé d'enseigner aussi, dans nos maisons d'éducation supérieure et dans nos écoles-modèles, la langue anglaise avec soin et exactitude, aux enfants qui les fréquentent, surtout aux garçons qui se destinent aux affaires. Mais cette dernière recommandation a été attaquée comme la première, et avant la première, sinon aussi souvent et aussi réitérativement, au moins avec aussi peu de convenance et de bonnes raisons données en opposition. Pas une seule raison n’a été donnée qui pût militer sérieusement contre ma recommandation, et tous les gens sensés ont compris qu'il est important de la mettre en pratique.

En effet, situés comme nous le sommes, dans cette partie de l'Amérique du Nord, au milieu d'hommes politiques et d'hommes d'affaires dont la majorité parle presque exclusivement l'anglais, et avec lesquels nous avons journellement des relations de toutes espèces, il est impossible de ne pas convenir que la connaissance dtéiniasteele et raisonnée de cette langue ne soit d’une grande utilité, sinon nécessaire au succès dans nos affaires quotidiennes. Cette utilité, ce besoin a été sentis dès le commencement du régime anglais, puisque, dès 1792 la langue anglaise-était enseignée grammaticalement dans les colléges de Québec et de Montréal.

En outre, Mgr. Hubert, évêque de Québec, avait établi à ses propres,frais en 1788,une école anglaise dans la ville mème: mais, après quelques années d'existence effective, il fallut la fermer faute de moyens pour la soutenir sur un pied convenable. Voir le rapport de M. Robert, supérieur du Séminaire de Québec, au comité de FAssemblée Législative du Bas- ‘anada en 1824.

La langue française étant la nôtre, et constituant une partie importante de notre nationalité, elle doitsans doute être la langue de nos foyers domestiques, la langue de nos salons, la langue de notre littérature ; mais l'anglais étant devenu généralement la langue des affaires ct des routes, dans presque toutes les parties de l'Amérique du Nord, la connaissance de ses principes, élémentaires au moins, devrait contribuer à compléter le cours d'instruction pratique que l’on donne aux

l'éducation, Nous devons accepter, étudier et utiliser ce moyen de suceës comme une nécessité, (est an moins un besoin qui a été

généralement senti, et j'aime à constater que les directeurs de ces maisons, d'éducation se sont empressés de prendre les moyens d'y subvenir convenablement, et que les instituteurs des écoles modèles se sont hâtés de suivre leur exemple et mes instructions à cet égard, comme aussi à l'égard de l’enseignement de l'art épistolaire aux plus capables de leurs élèves. Ils ont compris que l’enseignement de l’art épistolaire constitue une autre partie importante de l'éducation pratique, dont le complément ne peut ètre parfait sans cela, c’est au moins ainsi que j'ai considéré la chose, et je puis dire qu’à l’aide de nos instituteurs habiles et, bien disposés, l’enseignement systématique de l’art épistolaire à pris l'initiative dans nos écoles. Espérons qu'il s’y continuera avec succès.

On sait d’ailleurs que j'ai contribué autrement à introduire anglais et l’art épistolaire dans nos écoles, et à en faciliter l'enseignement. Ma grammaire anglaise, écrite en françois, et mon petit traité sur l’art épistolaire sont là pour le prouver ; mais je sens le besoin de dire en même temps que j'en ai donné les. éditions publiées aux libraires qui ont voulu se charger d'en faire faire l'impression, et la vente à leur profit.

Les opposants ont donc eu tort de s'attaquer à.cette partie de mon administration, au moins dans l'opinion publique, et l'enseignement de l'anglais et de l’art épistolaire non-seulement a lieu dans nos écoles supérieures et dans nos colléges, mais encore y est suivi avec zèle ct succès. J'ai remarqué avec une grande satisfaction que, dès le début, les RR. PP. Jésuites, arrivés la seconde fois en Canada en 1842, ont introduit ce double enseignement dans leur collége à Montréal. Certes, cette pratique, de la part d'hommes aussi érudits, aussi expérimentés, aussi habiles et zélés à former la jeunesse suivant les besoins réels et relatifs, est un fait qui témoigne d'une manière très flatteuse en faveur de ma recommandation. C'est plus, c'est une autorité que personne ne peut.essayer à récuser sans s'exposer au ridicule.

Cependant, il ne serait pas recommandable d'introduire l'anglais indistinctement dans toutes nos écoles primaires. Ce serait un abus qu'il faudrait se hâter de réprimer, s'il y avait lieu ; car, outre que les enfants.qui les fréquentent ne sont pas généralement assez avancés pour entreprendre simul: tanément létude du frangais et de l'anglais, les instituteurs ue peuvent, pour la plupart, enseigner systématiquement cette dernière langue, parce qu’ils n’ont généralement ni. le temps ni la capacité requise pour le faire avec. succès. S'ils entreprenaient de le faire dans nos écoles purement élémentaires, ce ne serait pas ordinairement sans nuire à l'étude de la langue. française, qui doit n'être pas négligée pour cela. Notre langue avant tout, parce qu’elle est l'idiome de notre origine, le symbole de notre foi, le médium de nos plus nobles affections, et l’un des éléments essentiels de. notre nationalité.

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[est encore une autre recommandation que j'ai faite des le début de mon administration, qu'on à attaquée dans le temps, et qu'on repousse encore aujourd'hui par une pratique opposée; c'est de s'abstenir dans nos écoles, autant que possible, de l'usage les livres venant de l'étranger. Voir, à ce sujét, mon rapport de décembre 1842.

Telle était et telle serait encore ma recommandation franche et sincère à ce sujet, si j'avais mission de la faire. Les livres dont je recommandais spécialement Fusage dans nos écoles, étaient tous d'origine canadienne, où avaient au moins été réimprinés en Ganada, après avoir subi les changements que nos propres besoins et l'esprit de nos propres institutions avaient indiqués à des’ personnes aptes et habiles à les faire d’une manière convenable.

En effet, toutes dutres choses élant égales, notre intérêt bien entendu demande que nous tâchions de nous suffire à uous-mèmes en fait de Hvres d'école, comme en toutes autres choses indispensables.

Le besoin de livres d'école étant continuel et grand, le débit l’est de mème, et Leur grande consommation, si elle se faisait à mème nos propres livres, serait d'un profit immensé à l'industrie canadienne, Elle stimulerait en outre l'ambition de nôs hommes lettrés et de nos industriels, ét serait dans notre littérature un sujet d'occupation, et dans notre commerce un objet de compétition très honorable et très louable.

Car, si nous bornions autant que possible le choix de nos livres d'école à ceux que le pays peut nous fournir, nous contribuerions, par le fait, à encourager davantage l'étude des counaissances usuelles, le talent d'en faire des traités

‘ pratiques convenables, le goût de les enseigner et l'aptitude

de le faire avec succès; nous contribuerions encore à encourager plusieurs brançhes d'industrie honnètes et profitables qui aideraient à alimenter le commerce et les familles, tellés que la papéterie, l'impression, la reliure, la vente, etc., toutes plus on moins engagées dans la reproduction et la diffusion dé ces livres.

Si l'usage de nos propres livres devenait un systéme, il servirait encore à introduire dans le pays le colportage de livres, qui à certainement aussi son bon côté, puis la librairie prendrait un nouvel essor. Nous aurions sans doute, comme dans les vieux pays, des libraires-éditeurs auxquels les auteurs pourraient vendre leurs manuscrits, et jouir ainsi de suité du prix de leurs travaux.

Gertes si nous réfléchissons sérieusement, nous conviendrons aisément que ce ne sont pas là des choses de petite vonsidération dans notre intérèt littéraire et industriel, surtout dans un témps où nous faisons tant de sacrifices pour répandre l'instruction, et tant d'efforts pour encourager nos manufattures et notre industrie domestique, afin de les rendre prospus et attravantes, et empêcher ainsi le découragement et

‘émigration de nos jeunes compatriotes,

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Or, la composition at l'impression de nos livres d'école seraient de véritables manufactures, etleur débit uné véritable branche dé commerce, lesquelles, soutenues et. encouragées convenablement parmi nous, donneraient de l'emploi, de l'alimentation et: du bonheur à un grand nombre de familles désœuvrées et découragées, dont nous voyons tous les jours des membres souffrants demander de l'ouvrage ou du pain !......

C'est Ià uné des tristes conditions que le manque de travail et'le défaut d'encouragement font à une grande partie de nos jeunes gens dont les uns encombrent inutilement nos professions libérales, et les autres émigrent chaque année, par milliers aux Etats-Unis ou ailleurs, dans l'espérance d'y trouver au moins le nécessaire à la vie. C’est dans ce dernier espoir qu'ils vont, chagrins et humiliés, offrir à l'étranger l'application de leur intelligence naturelle et la vigueur proverbiale de leurs bras musculeux. Ils demandent ici de l'ouvrage et du pain, et ils n'obtiennent ni Pun ni l'autre ! Aux Etats, ils demandent seulement de l'ouvrage, et ils trouvent généralement lun et lautre! Là, avec dé la bonne volonté et du courage, leur subsistance est pour la plupart assurée; ici, avec un degré surhumain de ces vertus, ils n’ont guère d'autre perspective qu'un besoin extrème des choses nécessaires à la vie, sans pouvoir espérer avec confiance de trouver les moyens de les satisfaire convenablement.

En 1858, j'avais la douleur de voir un jeune homme fort intelligent, plein de santé et de bon vouloir, appartenant à la presse, qui me demandait de l'emploi dans une autre car-

rière, afin de pouvoir gagner sa nowr'riture au moins, et celle

de vieux parents devenus infirmes et caducs !.…

Eh bien! ce jeune homme bien disposé, honnête et capable, que le manque d'ouvrage a porté le maître à congédier, que tous les autres ateliers d’imprimeurs ont vu depuis s'offrir en vain à leur service, a dù émigrer à l'exemple de tant d’autres de nos compatriotes pleins de sève et de courage qui l'ont dévancé aux Etats-Unis, où ils émigrent tous les jours en grand nombre. ({)

Le nombre des Canadiens qui ont émigré aux Etats-Unis depuis 1819 jusqu'à 1854 inclusivement, se monte à plus de 100,000, nombre tout à la fois humiliant et désolant pour nous... et on prétend avec raison que ce nombre a plus que doublé depuis.

Ma proposition obtient une force additionnelle considérable lorsque l’on réfléchit que, dans le cours de lannée (1858), plusieurs jeunes gens de Ia presse sont venus me demander de l'emploi, ainsi que nombre d’autres encore qui, pour n'être pas ‘mprimeurs, n'étaient ni moins à plaindre ni moins découragés. Sans doute qu'ils se sont bien présentés à d’autres

(tj Voir dans l'appendice, note 3? et 35.

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personnes, pour avoir de l'emploi, et qne je n'ai pas vu moimème tous ceux qui en cherchaient. Dans tous les cas, le fait est incontestable, et est le sujet d’une aflliction générale parmi çeux qui en connaissent l'existence et les conséquences déplorables. (4 a charité, l'intérèt et l'économie politique devrait donc nous porter à mettre en pratique tous les moyens en notre ouvoir, propres à donner constamment de l’emploi et de "encouragement à nos jeunes compatriotes. Or, alimenter 15 presse par nos propres productions serait un de ces moyens infaillibles, et dont la facile Rratau aurait pour effet de retenir au moins un certain nombre de nos compatriotes au sein de la patrie.

D'ailleurs, c'est nous faire à nous-mêmes un bien mauvais compliment que de déclarer par une pratique exclusive que nous ne pouvons contribuer, par notre propre travail et par nos propres talents, à l'avancement et à [a diffusion des sciences fixes, usuelles au moins, parmi nos compatriotes, Nous pouvons néanmoins le faire, ct pour nous en convaincre, nous n'avons qu'à jeter nn regard rétrospectif sur les travaux de ceux qui ont pris l'initiative, et essayer, je ne dis pas de faire comme eux, mais de les surpasser s’ii est possible, en améliorant ce qu'ils ont fait avec succès et en y ajoutant avec utilité.

Dès 1809, Jean Ant. Bouthillier, assistant greffier de l’ancienne Chambre d'Assemblée du Bas-Canada, publia un traité d’arithmétique complet qui, conjointement avec celui que publia en 1816 Michel Bibaud, littérateur distingué de Montréal, P. Q., était généralement en usage dans nos écoles primaires, dans nos colléges et dans nos autres maisons d'éduçation, et sur ce sujet comme sur tant d'autres d'une nature pratique et utilitaire, traités pat des Canadiens-français, nous n'avons guères trouvé quelque chose de mieux venant de l'étranger. En effet, quelle est, d’ailleurs, la Géographie universelle plus savante et plus précise que celle de M. l'abbé Holmes, composée et imprimée d'abord à Québec puis à Montréal, quelle est la grammaire française et latine plus méthodique et plus logique que celle dite de Montréal, parce qu’elle y a été composée et imprimée d'abord, sans nom dus teur ?

Nous pourrious aisément éteudre la liste d'ouvrages scientifiques et littéraires canadiens qui sont aussi recommandables, sous tous Les rapports, que ceux qu'on leur à substitués dans nos institulions d'éducation; mais il nous suffira, sans doute, d'attirer l'attention sur cette pratique injuste et nuisible à nos intérèts communs.

Je ne voudrais pas conseiller à mes compatriotes d'être absolument exclusifs, pas plus à cet égard qu'à tout autre avantageux ; mais, au moins, ils me permettront bien, j'espère, de leur faire observer que notre intérêt bien entendu veut que, toutes autres choses étant à peu près égales, nous don-

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uions la préférence à nos productions scientifiques et littéraires comme à celles qui, dans l’ordre matériel, peuvent provenir du bon usage de nos moyens substantiels et de notre industrie. Nous devons agir ainsi dans l'intérêt général de notre population et dans celui des particuliers qui, ayant des connaissances ct de l'aptitude, sont disposés à se dévouer à la pratique de tout ce qui peut contribuer au progrès parmi nous, et à la réputation comme au bien être du pays.

Nous avons déjà fait preuve de notre disposition, de notre aptitude dans'les sciences fixes et spéculatives, et dans les diverses branches de la littérature, par des ouvrages considérables et fort estimés sur la grammaire, sur la géographie, sur l'histoire du pays, sur la philosophie, sur la morale, sur la chimie, sur l’histoire naturelle, sur la physique et la métaphysique et même sur la poésie et l’éloquence ; et, le niveau ‘es études classiques étant à son apogée dans nos institutions d'éducation supérieure, et le nombre de leurs élèves respectifs très élevé, nous avons raison de croire que nos jeunes compatriotes, encouragés d’ailleurs par lurs dévanciers, l'atteindront pour la plupart, et facilement. Ts nous procureront ainsi bien des sujets habiles à prendre une part honorable dans la culture des sciences et des beaux arts,

Les branches d'instruction les plus pratiques aussi n’ont pas manqué d'auteurs distingués, telles que l'arithmétique, la tenue des livres, la mécanique, l'agriculture, etc., qui en comptent chacune plusieurs dont les œuvres sont appréciées et utilisées dans nos institutions d'éducation, dans l'industrie, dans le commerce et dans les manufactures.

Le Bas-Canada a déjà fourni son contingent d'auteurs et surtout d'historiens et de professeurs habiles en tout genre d'études morales, intellectuelles et pratiques, et leur nombre ne peut qu'augmenter tous les jours.

Mais les hommes qui sont capables de soutenir l'épreuve, et qui ont le courage qu’elle demande, ünt besoin d'être prévenus et soutenus par l'espoir d’une récompense substantielle et suffisante. Allons donc au devant d'eux si nous voulons qu'ils viennent au devant de nous, pour effectuer cette heureuse rencontre où un concours intellectuel et matériel ne manquera pas de produire des effets très avantageux pour les initiés et pour le pays. Ce sera toujours autant d'ajouté à ce que les autres branches d'industrie et de commerce, à ce que l’agriculture surtout devrait offrir d’encourageant et de profitable, pour retenir nos jeunes compatriotes, et les forcer, par la réalisation de ces avantages, à contribuer eux-mêmes au bien commun de la patrie, (1)

Il est facile de se convaincre, par la lecture des pages précédentes, que la surintendance de l'instruction publique, a été pour moi bien plus un combat continuel qu'une admi-

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{1} Voir dans l'appendice, note 33.

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nistration paisible, régulière et assurée, el que ce combat m'a fait une position toujours précaire et pleine de perplexités et d’incertitudes : misères conjointes qui ne pouyaient qu'atté nuer mon autorité, ralentir mon courage ot diminuer le binéfice de la loi.

Cependant je n'ai fait que relater les principaux laits qui sont du domaine de l’histoire, c'est-à-dire, qui sont notoires et connus de*tout le monde, mais dont le ‘rapprochement et l'appréciation n'ont jamais été faits de maniere à présenter une espèce de suite, et un ensemble saisissable, sans recherche ni effort.

Comme je l’ai déjà dit ailleurs, on a accusé le peuple, et surtout le peuple canadien-français, de s'être opposé à la loi d'éducation ; mais en cela, comme en tant d'autres choses, le peuple, là où il s’est, par petites fractions, montré opposé à cette loi, n'a généralement été que l'instrument et le jouet des' ambitieux, des charlatans politiques et des chercheurs de popularité et de place.

Les charlatans politiques ayant pour auxiliaires et dupes quelques hommes mobiles et serviles de toutes espèces, étaient sans cesse occupés à déprécier La loi et ses moyens, mon administration et son succès. Or, ces charlatans, hommies perfides que l’on désignait sous le nom significatif d’éteignoirs, se composaient de deux classes, savoir : les parvenus et Les aspirants.

Parmi les chefs éteignoirs, les parvenus, disposés à tout sacrifier pour se maintenir, et les aspirants prèts à tout faire pour pouvoir parvenir à se caser, il ên était qui, par la position qu'ils occupaient, soit dans la société ou dans la politique, avaient plus que d’autres les moyens de faire le mal et d'en imposer à leur entourage trop confiant et trop docile. Ils agissaient d'une manière occulte moins sensible et moins perceptible comme opposants aux yeux du public, mais ils n'étaient pas moins dangereux, intéressés qu'ils étaient à le tromper à cet égard comme à tant d’autres, d'une nature chère et essentielle à son bonheur et à sa prospérité.

Parmi les charlatans politiques, il en était d'autres qui n'avaient pour théâtre de leurs menées ni la même position, ni le même intérêt pour mobile, mais qui, mélés à tout ce qui peut agiter le peuple et en remuer les passions mauvaises, étaient certains de trouver toujours des partisans et des complices dans l'opposition, souvent factieuse, qu'ils faisaient impunément à la loi d'éducation, afin d'en empêcher l’acceptation et le fonctionnement ; mais le règne de ceux-ci fut comparativement de courte durée, et, en 1850, la loi était, à très peu d’exceptions près, ‘partout acceptée, appréciée et même demandée par le peuple. Appuvé sur ce fait, je m'opposai aux efforts que, de part etd'antre, on faisait pour faire abroger cette loi à laquelle néanmoins on ne pouvait désormais rien

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reprocher que son existence et le triomphe qu'obtenait partout, dans le pays, son fonctionnement paisible et utile.. Daus tous les cas, les opposants avaient bien soin de profiter de tous les moyens offerts pour l'instruction de leurs propres enfants, et lé peuple heureusement de les imiter en cela,

Cependant les ambitieux, les égoistes, et les plus intéressés à exploiter toutes les circonstances à leur avantage particulier, et à faire du ministère de l'instruction publique un moyen d'élévation et de‘profit personnel, n'étaient ni satisfaits de cet état de choses, ni tranquilles. La joi d'éducation, telle qu'elle était, était toujours pour eux un cauchemar ét le surintendant une nuisance dont il fallait se débarrasser, et au plus tôt. L'une et l'autre étaient un embarras dont il fallait se défaire sous un prétexte où sous un autre, surtout lorsque la politique laissait entrevoir ses besoins et ses exigences. Toujours en quelque part il était alors question de se débarrasser de la loi et du surintendant, surtout du surintendant, et, sile bon sens et le patriotisme n'ont pu triompher des menées sourdes et perfides qui ont eu lieu à cet effet, ce n’est pas, certes, sans efforts soutenus, sans vigilance et énergie proportionnées de la part de la défensive,

De sorte que la durée de mon administration à surpris ceux de mes amis qui voyaient un peu à travers le voile mystérieux qui couvraient les intrigues qui se passaient, plus que le succès qu'elle obtenait tous les jours, d'une manière de plus en plus appréciable et satisfaisante. Dès 1850, le suceës du fonctionuement de la loi d'éducation était généralement très satisfaisant.

De sorte encore que, de mou temps, la surintendance de l'instruction publique était rien moins que libre et indépendante des considérations et des exigences politiques; rien moins que sujette à subir le mot d'ordre des partis qui se succédaient au pouvoir, et qu'elle était loin d'être considérée comme permanente et assurée, et ce, bien que Sir Chs. Bagot, nveñt promis qu'elle ne serait pas une situation politique.

Or. le fait seul de cette dépendance et de l'incertitude de la position qui était de nature à opérer chez moi un véritable découragement, auquel j'ai dû ètre constämment et plus ou moins en proie, était un motif puissant d'encouragement donné aux ennemis de la loi, de ne cesser jamais d'en opposer le fonctionnement par tous les moyens en leur pouvoir. Ce fait était patent et les animait, les enhardissait et LEA portait à mettre tout en usage pour faire lomber là loi et déchoir le surintendant dans l'opinion.

Puis, il n'y a pas à se dissimuler que cette incertitude de la loi, cette assurance sans cesse renouvelée qu'elle devait être bientôt abrogée, pour faire place à un système nouveau, démoralisait le peuple, diminuait sa confiance dans la

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permanence de lu loi, et le détournait de faire, sous ses auspices, autant de sacrifices que sans doute il aurait fait sans cela.

D'un autre côté, il est évident que es opposants non-sculement ne voulaient pas de loi d'édueaiion, mais encore qu'ils ne voulaient pas laisser l'instruction se répandre chez le peuple, à moins qu'elle ne fût sécularisée, afin de s'émanciper du clergé. Ils en craignaient l'effet civilisateur et salutaire. L'instruction était honue pour leurs propres enfants, mais elle élait dangereuse, suivant eux, pour ceux du peuple ! Sans fairé cet aveu généralement, autrement que par la pratique, ils avaient bien soin ‘de masquer habilement leur inique projet du voile de l'aypocris en disant qu'ils ne s'opposaient à la loi que parce que, sos ses auspices, les choses ne se faisaient ni assez tôt, ni assez bien, et que l'espèce d'instruction que l'on donnait aux enfants n'était ni assez élevée, ni assez adaptée au besoin. On procédait, suivant eux, trop lentement, êt l’on mèêläit trop la religion à l'enseignement populaire. Suivant eux, cette pratique était contraire à l’économie de temps.

[ leur fallait une loi qui opérât comme à la vapeur, et qui fit des enfants actuels un peuple de savants et de philosophes. On a proposé sérieusement à cette fin l’abstention absolne de l’enseignement moral et religieux dans n9s écoles primaires, et d'y substituer celui des mathématiques, de la chimie, de la physique, ete,

L'enseignement moral et réligienx dans nos écoles primaires, suivant certaines gens, est une perte de temps, et celui des hautes sciences, le moyen le plus propre à assurer le bien-être des enfants, en en formant une génération plus intelligente et plus habile.

On a mème dit et redit que la pratique de l’enseignement religieux dans les écoles primaires est contraire à l'intention de la législature et du gouvernement, et que cetenseignement. en-occasionnant l'établissement des a séparées, amenait la dissention et le désordre parmi les parents et les contribuables, et la ruine des bonnes écoles. Cest. ainsi que l’on voulait prohiber l'enseignement religieux dans nos écoles. afin de s'y livrer exclusivement à l’enseignement séculier et spéculatif dans des écoles mixtes etcommunes.

Mais toutes Les dispositions de la loi d'éducation prouvent que l'intention du législateur est que l'enseignement moral et religieux ait lieu simultanément dans nos écoles primaires, puisqu'elles tendent toutes à consacrer la liberté d'enseignement, et que, paur en faire usage, les intéressés peuvent à volonté établir des écoles séparées ou dissidentes en vertu de la loi, sans gène extérieure ni empêchement quelconque, sans consulter autre chose que leur conscience, l'autorité ecclésiastique compétente et le bien de leurs enfants. .

Sans doute, le ministère du surintendant m'avail pas été

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{| institué pour servir une semblable utopie, subversive de tous r A les bons principes, ét même des dispositions implicites de la e || loi, mais on a voulu le faire croire. 8 | Le fonctionnement de ce système aurait infailliblemen conduit au renversement de l’ordre, à l'indifférentisme, au e scepticisme, peut-être à l’incrédulité et à l'impiété. Au reste, n Î l'Eglise, qui avait jusqu’à un certain point autorisé les écoles 8 | mixtes en Irlande et en Canada, s'étant aperçue des: graves a | inconvénients qui en résultaient, avait parlé pour les prohiber U à lavenir. Alors il n'y avait plus de choix : les écoles r | séparées étaient les seules permises, et l'obéissance pour tout ! 11! bon catholique devenait un devoir. s all | D'ailleurs, l'Eglise cathoÏMue ne fut pas la seule qui pro- ce | | clamäât la nécessité des écoles séparées, alin d'y faire donner g aux enfants l'instruction religieuse avec toute la liberté néces- p | saire, L'Eglise anglicane et l'Eglise prenne en firent | autant, et l'on sait ce qui s'est passé à Toronto, en Haut- à \ | Canada, à cet égard, au sujet de l'Université. L'enseignement ce (l religieux d’après les principes de l'Eglise anglicane ayant le I. été supprimé, l’évèque anglican a établi une Université eu q | opposition à l'ancienne, et elle obtient un grand succès parmi q ll ses croyants.

[ll Cependant la proposition que l’on faisait de s'abstenir de qi l'enseignement religieux dans nos écoles primaires avait des F 1 artisans sérieux et apparemment consciencieux, même parmi er | es gens qui font prolession de religion, mais qu’une préten- mn tion outrée aux idées avancées pousse à une indépendance s’, {l irraisonnable et liberticide, pi (| Dans toute cette discussion, il n’était question que de l'édu- si cation populaire, c’est-à-dire, de celle qui convient le mieux à di la masse des enfants du peuple. Or, l'éducation populaire, r'é c’est l'éducation primaire qui comprend elle-même l'instruc- la tion élémentaire et supérieure pratique ; c’est celle qui doit D nécessairement comprendre aussi, comme élément essentiel ni et naturel, l'instruction morale et religieuse, parce que la qi morale doit faire partie de toute bonne éducation; parce que lo | la morale est appuyée sur la religion; parce que la religion dl. est fondée sur le christianisme, et que le christianisme est le le ‘Al principe primordial et la base nécessaire de toute bonne Dé 4! éducation. nr | Or, il est impossible que les enfants qui fréquentent les mt | écoles publiques, qui y nassent la plus grande partie du jour, pe | qui y reçoivent de leurs maîtres respectifs des tâches qui di | doivent les occuper exclusivement pendant la veillée, puissent ca trouver au foyer domestique le temps de s’instruire des pré- es ceptes de l'Evangile et de la morale, à un degré suffisant pour di leur bien et pour celui de la société dont ils sont destinés à su faire bientôt partie. Dans ce court espace de temps, ces enfants di

ue peuvent être à leurs parents ni leurs parents à eux suffisam- d'

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ment pour cette fin, comme ils le seraient réciproquement, si ces enfants n'étaient pas tenus d'aller anx écoles éttblies pour s'instruire.

Puis, si les parents avaient le temps de donner à leurs enfants l'instruction religieuse, auraient-ils la volonté, Ja patience, et surtout la capacité de le faire convenablement, suivant le besoin ? Assurément non, au moins quant à la très grande majorité des parents.

Ceux donc qui tiennent au christianisme, et partant à la religion, doivent, en y réfléchissant davantage, se persuader aisément que l'enseignement moral et religieux est indispensable dans les écoles primaires von'me dans les institutions classiques, et que, autrement, nous n'aurions plus aucune garantie pour la conservation de la foi et de la moralité du peuple.

Toutefois, il est juste de faire observer ici que les opposants à la loi d'éducation ne sont pas les seuls dont les actes et la conduite en aient entravé le fonctionnement. Les défauts et les lacunes de cette loi, et les obscurités qui'en résultent en quelques endroits, ont aussi été cause de grandes difficultés qui ont été très difficiles à surmonter entièrement.

Les intérêts locaux, les petites jalousies, les antipathies

érsonnellés et les passions mauvaises ont aussi été l'occasion réquente de discussions et de contentions fort regrettables entre les habitants eux-mêmes qui ont rendu le fonctionnement de la loi difficile en quelques endroits, surtout lorsqu'il s'agissait de faire choix d’une place convenable pour servir de site à une maison d'école. Ghacun voulait l'avoir à sa porte. sinon, bien près de.sa demeure ordinaire, Mais, lorsque ces difficultés et ces embarras ont été laissés à ma décision, j'ai réussi généralement à les applanir bientôt, presque toujours à la satisfaction des parties engagés dans la contention ou disposés à le devenir. Il n’y avait que le mauvais vouloir, l’opiniâtreté et les mauvais conseils qui retardaient ou empêchaient quelquefois la solution de ces difficultés, d’une natnre toute locale et matérielle.

Au reste, quelles sont les affaires d’un intérèt commun, où le sacrifice des opinions est demandé, où la contribution pécuniaire est exigée, où le désintéressement est nécessaire, qui n’excitent pas les petites passions, et n’occasionnent pas quelques désordres. quelquefois assez graves? Le concours parfait et immédiat de toutes ces choses est généralement difficile à obtenir. Rien de surprenant donc que la loi d’éducation, qui exige tant d’abnégation, tant de sacrifices de toutes espèces, mait souvent été, par le fait, la cause de nombre de difficultés plus ou moins sérieuses, plus ou moins difficilés à surmonter surtout au début de son fonctionnement. Mais ces difficultés ne sont pas une preuve de mauvais vouloir, ni d'indifférence de la part des habitants à l'égard de l'instruction

de leurs enfants, ni une opposition offerte à la loi qui leur à été donnée pour les aider £ leur en procurer le bienfait,

D'ailleurs, dans ma première circulaire, l'on verra que si, d'un côté, je comptais, pour le succès de mon administratior, sur la bonne volonté et la coopération des intéressés dans le fonctionnement de la loi d'éducation de 1841, d'un autre côté, je prévoyais lés difficultés qui devaient surgir, et j'indiquais à pratique des moyens excéptionnels propres à les surmonter, sans montrer ni doute ni défiance.

Après avoir publié et distribué ma première circulaire, qui fut comme la proclamation de cette loi, le 26 mai 1842, je partis, moins pour visiter les écoles établies et entretenues volontairement par les intéressés, depuis la cessation de la loi 4829-32, moins pour en établir régulièrement par tout le pays suivant la loi de 1841, que pour aviser aux moyens d'en y établir utilement comme on le pourrait, toutefois en se prévalant, autant que possible à cet effet, des dispositions de ia loi et.en les pr d'une manière libérale et pratiqne, pour en atteindre sûrement le but. Gette visite avait encore pour objet de carisulter les amis de l'éducation et de s'entendre avec eux sur les dispositions d'une nouvelle loi plus praticable, et surtout plus agréable à la population toute entière. Le but de la loi étant bon et désiré partout, je crus que l'important était de l'atteindre pour le bien des enfants du peuple, et ce, nonobstant quelques défauts de forme et quelques irrégularités inévitables dans l'accomplissement des conditions que prescrivait cette loi, parce qu'elles étaient en grande partie inexécutables.

Le clergé de toutes les dénominations religieuses, les autres amis de l'éducation primaire, le gouvernement et le parlement comprirent parfaitement les choses, et se montrèrent très généralement bien disposés à suivre mes recommendations, lorsqu'elles n'entraînaient pas à de grandes dépenses. J'ai déjà fait allusion aux lois d'exceptions passées unanimement pour légaliser les pratiques que j'avais fait adopter et les octrois que j'avais subséquemment obtenus et distribués, en vue du but de la loi atteint.

La presse, anglaise et française, de toutes les couleurs politiques, surtout dans les districts jndiciaires de Montréal. de St. François et de Sydenham, se montra partout très favorable à mon administration et pleine de bienveillance à mon égard. Le ‘“ Sherbrooke Gazette,” ‘ l'Ottawa-Advocate,” puis ‘“l'Ottawa-Tribune,” se sont signalés en ce sens de la manière la plus obligeante. Je regrette de ne pouvoir reproduire les remarques de quelques journaux français à ce sujet. Ces remarques, ainsi que les autres auxquelles je fais allusion, réunies, sont l'expression libre et franche de l'opinion de ioutes les origines et de tous les partis. Aussi leur coopération fut-elle spontanée et très efficace à promouvoir la bonne cause.

D'un autre côté, ces remarques ‘donnent une idée des principes de. la loi d'éducation de 1841, et des difficultés qu'il y avait à les faire fonctionner régulièrement. Sous ce rapport, au moins, j'ai raison de considérer ces remarques comme devant intéresser le lecteur, Au surplus, elles sont du domaine de l’histoire, et si elles n'avaient pas ce caractère indépendamment de ce qui me regarde personnellement, je les abandonnerais entièrement, avec tant d’autres faites dans le même esprit, à la seule appréciation d'autrui,

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