‹ Mémorial de l'éducation du Bas-Canada [microforme]Chapitre 103 sur 116 · ME · texte numérisé non relu

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m'a alloué la somme de £40, à raison d'une augmentation de £60 par an, à dater du premier Janvier 1855, je n'ai jamais reçu plus que la juste moitié des salaires qui ont été alloués à non successeur, (1)

Lors de cette faible augmentation de mon salaire en 1865, celui des employés, dans les autres bureaux du gouvernement, avait été généralement augmenté depuis environ quatre ans, en considération de l'augmentatian considérable du prix des denrées et de tous les articles de consommation nécessaires à la vie. Ainsi, cette augmentation tardive, telle qu'elle fut d’ailleurs, n’était pas pour moi une faveur personnelle, Elle était la suite d'une demande pressante de la part de tous les employés dans le département de l'instruction publique..Nous cûmes tous en mème temps une augmentation de salaire proportionnelle, non aux besoins extrêmes que nous en avions, inais au montant de nos salaires respectifs, et de l’augmentation qui avait été allouée aux autres employés.

Avant cette augmentation de salaire accordée à la demande que j'en avais faite plugieurs annnées auparavant, on avait opposé de suite que le salaire des employés dn département de l'instruction publique étant fixé par la loi d'éducation, on ne pouvait l’augmenter ad libitum, comme on l'avait fait à pau? les employés des autres départements du service public.

infin, en 1853,. voulant nous venir un peu en aide, sans

amender la loi à cet effet, on ajouta, dans le budget, au montant considéré ètre nécessaire pour payer les contingents du bureau de l'éducation pendant l'année 1853, la somme de £400 avec l'entente que le gouvernement serait à même de l'employer pour ajouter à nos salaires.

Cependant, pour une raison ou pour une autre dont d’autres que moi peuvent se rendre compte et seront sans doute responsables, mais qu’on ne m'a jamais donnée, cette somme n'a pas été employée pour cette fin. Elle est restée dans la caisse publique, et ce ne fut qu'après avoir laissé le bureau d'éducation que je reçus la somme de £30 pour les premiers six mois écoulés de 1855, seulement. Evideminent, la politique présidait à toute ces difficultés et on attendait un nouveau règne pour s’en débarrasser par la pratique de moyens légalement autor1ses,

Cette modicité du salaire qui m'a été “alloué m'a toujours tenu dans une grande gène à l’intériéur et à l'extérieur. Elle m'a fait une position fausse et très préjudiciable au bonheur domestique et au succès de mon administration. Cette position était parfois humiliante et pénible, puisqu'elle gènait mes relations avec les autres fonctionnaires publics, et avec les hommes de mème condition à l'étranger ; gènait mon essor et

dé .

(l) L'Hon. Lafontaine, après avoir laissé la politique et le gouvernement, me disait un jour, en faisant allusion à ces faits : ** On pense bien différemment des hommes lorsqu'on n’est plus au pouvoir.”

l'encouragement que je devais à mes collaborateurs et aux autres amis de l'éducation populaire, et retardait par le fait sa marche et son Faye ans le pays. Pénurie ou indifférence, de la part du gouvernement à cet égard, l'effet était pour moi et pour mon administration le même, également préjudiciable et regrettable.

Le fait est que, pour subvenir aux besoins rigoureux de ma famille, et répondre un peu aux convenances, pendant les premières années de mon administration, suivant la position que me faisait la charge que j'occupais, j'ai été obligé de dépenser le prix des propriêtès foncières que je possédais en la paroisse de L'Assomption, au montant de Æ£600, fruit des épargnes que j'avais faites, pendant que j'y exerçais ma profession.

Ma famille 'sera privée de ce petit patrimoine, et moi d'un asile commode, mon ancienne deraeure, où je me proposais d'aller passer heureux mes vieux jours, dans un endroit qui m'est agréable et cher à plus d'un titre.

: Au début, lorsqu'il s'agissait de fonder et d'ouvrir au public le bureau de l'instruction primaire, tout était exigible suivant l'importance de la chose et suivant le grand intérêt qu'on v portait généralement, et partant plus dispendieux pour le surintendant, afin d'initier convenablement son département, 4 de s’introduire lui-même d’une manière influente et utile. De sorte que, pour atteindre ce double but, il m'a fallu subir toutes les conséquences de dépenses faites au-dessus de mes émoluments, limités, alors, au montant de ceux accordés à de simples commis de bureau (£375 par an). Pourtant, mes amis savent avec quelle économie j'at agi en toutes choses, mème dans les dépenses que j'ai dû faire pour l'instruction de mes enfants.

Cependant, il est juste de faire observer que je me suis trouvé, en qualité de surintendant, dans un temps de punérie et de gène où le gouvernement m'était peut-être pas à même de faire ce que, sans cette malencontreuse eirconstance, il aurait sans doute aimé à faire, pour me venir plus libéralement en aide et m'encourager, au moins dans l'intérêt de l'instruction primaire, dant j'étais chargé d’inaugurer le système, de tracer et de diriger la marche.

Aussi, ce n’est pas pour mme plaindre de lui que je me permets de relater aujourd’hui ces faits, mais seulement pour compléter la narration de ceux qui se rattachent à mon ancienne administration, et parce qu'ils sont du domaine de l'histoire que l'exposé de cette autre misère trouve ici sa place. Elle à plus ou moins affecté le résultat de mon administration et le sort de ma famille.

Relativement à mon salaire, le gouvernement n'était pas parfaitement libre. Lorsqu'il était question du départment de l'instruction publique, la nouveauté de la chose était déjà, pour les politiciens, une raison d'attendre, sinon de refuser

d'en faire l'étallissement, et l'économie semblait s'y opposer. substantieHement au moins. C’est sans doute pour ces raisons et considérations que la loi d'éducation passé en 1841 ne pourvoyait ni aux frais d'établissement ni à ceux: de l'entretien d’un bureau d'éducation

Des influences politique intéressées à faire de lopposition, afin de pouvoir parvenir et de se maintenir, embarrassaient le gouvernement encore plus que la gène pécuniaire qu'il subissait; car il avait souvent besoins de leur concours pour le succès de ses propres mesures et pour se maintenir luimème. Alors le préjugé populaire était toujours, en quaue

art, exploité au lieu d'être partout combattu pour le bien de fa jeunesse du pays. ; ar suite de ces faits, et plus encore par suite de la privation subséquente de toute espèce de salaire ou’ d’indemnité, pendant trop longtemps après ma résignation, j'ai épuisé, pour vivre pendant ce temps, lg peu de petites ressources disponiblegque j'avais. N'ayant eu depuis que le quod justum comime moyen d'existence, disons tout au plus la modique somme de £350 par an, je n'ai paseu le moyen de payer des dettes devenues criardes, ni de subvenir convenablement aux besoins de ma famille, ni encore moins d'aider aucun de mes enfants à se faire un établissement. (1) :

Mais au moins, j'ai la consolation de pourvoir dire avec assurance que ce malheur ne résultait pas d'antipathie ni d'opposition personnelles, mais bien de circonstances fortuites,. imprévues sur lesquelles je n'ai pu exercer aucun contrôle absolu. D'ailleurs, s’il n’affectait que moi seul, je m'en glorifierais. Si je n'étais père de famille, je frouverais une compensation suffisante dans le Succès, dans le honheur d'avoir servi les intérêts les plus chers à mon pays, en contribuant à y répandre le bienfait de l'éducation.

C'est donc comme époux et comme père de famille seulement que je fais part à mon pays de ce pénible état de choses. Au reste, d'autres vieux serviteurs publics ont fait avant moi. avec guère plus de raison, de plus grandes confidences à leurs amis et au monde, en réclamant, sinon la reconnaissance, au moins la sympathie et du secours.

Cependant, la reconnaissance est quelquefois réciproque, et. en ce moment, elle me fait à moi-même yn devoir d'offrir. ici mes bien sincères remerciments aux hommes généreux qui, en se dévouant à la cause de l'Education, ont bien voulu s'occuper de mon sort, sans leurs zélés concours, le succès aurait été bien limité. Leurs témoignages spontanés de sym-

(1) Cette somme m'est allouée en ma qualité de député-régistrateur provincial sous l'acte de confdération des provinces du Canada. C'est la place que j'occupe aujourd'hui, par commission en date d'octobre 1867, sous le grând sceau de la province de Québec, Depuis environ deux ans, les salaires de tous les Députés-ministres ayant 614 augmenté de £50 par an, j'ai proft* de catta augmentation.

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pathie, de considération et de gratitude ont été pour moi un soulagement réel à ma peine, et une grande consolation dans ma souffrance.

Ces témoignages, désintéressés, m'ont donné le courage de.

ma position, et ce bienfait, fut-il unique, serait, déjà. inappréciable, puisque, chez le, peuple, dans le clergé, ot dans, le parlement, le sentiment honorable qui présidait à leurs actes à mon égard était également partagé.

Par un procédé aussi délicat que formel, la société St. Jean Baptiste de Montréal, au nomet de la part du peuple de la province, m'a donné un témoignage non équivoque de son estime et de sa gratitude.

Mus par le mème sentiment, des prêtres, au nombre de six ou huit, firent une requête qui devait être signée par les autres membres du clergé du diocèse de Montréal, et envoyée au gouvernement en, ma faveur, mais elle ne.le fut pas de crainte que ses auteurs ne parussent se mêler de politique.

Mais ces témoignages flatteurs, aussi honorables pour les personnes bienveillantes qui me les ont donnés que précieux pour moi, étant pour la plupart d’une nature privée et confidentielle, il ne m'est pas permis d’en signaler publiquement davantage.

Cependant,il en est un qui, n’ayant pas tout à fait ce caractère, peut être considéré comme étant, jusqu'à un certain degré, du domaine publie. C'est pourquoi Je me permets de le signaler spécialement, avec lé sentiment de la plus vive reconnaissance.

Le jour de la clôture de la session du parlement provincial en mai 1864, 30 de ses membres appartenant aux denx partis qui le divisent d’une manière sensible, ayant entendu quelques cris sympathiques faits ouvertement:en ma faveur, signèrent spontanément une requête pour être transmise à l'honorable secrétaire provincial, et dont suit une copie.

‘ Nous, soussignés, apprenant que le Docteur Meilleur s'est adressé au gouvernement pour en obtenir, sous une forme ou sous une autre, les moyens de sortir de la position pénible où il se trouve, croyons devoir déclarer que nous serions heureux de voir sa demande favorablement accueillie, Nous y verrions un acte d'humanité et, en même temps, de justice, envers un bon et ancien serviteur public ; plus. encore l’'acquittement d’une dette que lui doit le pays pour les services qu'il a rendus'à la jeunesse studieuse.en dehors des devoirs officiels qu'il a remplis.”

Signé par trente membres du parlement provincial.

La presse aussi, sans distinction d’origine ni de parti, s'étant montrée très sympathique à mon égard, je lui en dois une reconnaissance infinie. C’est surtout lors de ma nomination

à la place que j'occupe maintenant qu’elle s'est montrée plus juste et bienvetllanté envers moi. *

Puis, en réponse à ma lettre du 19 de juin 1854, offrant ma résignation au gouverneur-général, l'honorable G. E. Cartier, par ordre de Son Excellence, me répondit...

& J'aifen même temps instruction, de la part de Son Excellence, de vous offrir ses remerciements pour les services que vous avez rendus à l'Education durant le temps que vous avez

rempli les fonctions de surintendant.” 1 ‘ à {9

(Signé) . /G. E. CanriRe, Secrétaire provincial.

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