DES SOMMAIRES DU CINQUIÈME VOLUME
Mon fils tombe de cheval. — Pillage ,par les années. — Caractère du soldat français. — Détails de Waterloo pv le nouvel Amiral. 9
Anecdotes sur le dix- huit Brumaire. — Siéyes. —
Grand-Électeur. — Cambacérès. — Lebrun , etc. 1 5 Nouveaux torts du Gouverneur. — Ses absurdités. a6 Nouvelles vexations. — L'Empereur sort à peine. — ^ Xrîstan. — Fables de La Fontaine, etc. — Le ventre gouverne le monde. — Difiiculté de juger les hommes. a8
Sur le Masque de fer, etc. — Fable ingénieuse. 34
Sur Junot; sa femme, etc. Zy
Sur le maréchal Lannes. — Murât, sa fenmie, etc. ^2 Bill de notre exil. — Beaumarchais. — » Historique
des travaux de Cherbourg. 4^
Longue audience donnée au Gouverneur. — Conversation remarquable. 6G
Sur les belles Italiennes. — Madame G —
Madame *** et Berthier. ;?o
Faubourg Saint-Germain. — Aristocratie; démocratie. — L'Empereur eût voulu épouser une Française. ^4
Le Feu prend à notre^ établissement. — Étiquette de Longwood. 81
Dépôts de mendicité en France. — Projets de Napoléon sur rillyrîe. — Hôpitaux. — Enfans trouvés.
— Prisonniers d'JÈtat. — Idées de l'Empereur.. ë4 Sur l'Egypte. — Saint- Jean-d'Acre. — Le désert.
— Anecdotes, etc. 1 16 Avis paternels , etc. — Conversation remarquable.
— Gagliostro; Mesmer; Gall ; Lavater, -etc. ia2 Accumulation singulière de contrariétés, etc. 129 M'* de B.... — Détails, etc. — Anecdotes de l'émigration. i35
L'Empereur reçoit des lettres des siens. — Conversation avec l'Amiral. — Commissaires des Alliés, etc., etc. i37
Cour de l'Empereur. •— Dépenses , économies , chasses, écuries, pages, service d'honneur, etc. 141
Nouvelle méchanceté du Gouverneur, etc. — Projet désespéré du Corse Santini. i44
Mélanie de La Harpe. — Religieuses. — Couvens.
— Trapistes. > — Clergé français. 1 4S Marie-Antoinette. — Mœurs de Versailles. — Anecdote. — Béverley. — Le Père de Famille de Diderot. i55
Historique de l'émigration à Coblentz. — Anecdotes, etc. 159
Voyage sentimental de Napoléon. — Esprit public du temps. — Journée du dix août. ai 1
Bals masqués. — M*' de Mégrigny. — Le Piémont et
TABLE. -j
page
les Pîémontais. — Canaux ^e la France. — ' Rêves sur Paris. -*- Versailles. — Fontainebleau^ etc. a 1 8
Projet d'une histoire européenne. — Sélim III. — Forces d*un Sultan turc. — Les Hameloucks. — sur la Régence. aSj
Campagnes d'Italie , etc. — Epoque de i8i5, etc. — Gustave III. — Gustave IV. — Bernadotte. — Paul I". 24a
Vigne patrimoniale de Napoléon, etc. *— Sa Nourrice , etc. — Son toit paternel. — Larmes de Joséphine durant les échaufTourées de Wurmser^ aux environs de Mantoue. 265
Catherine II. — Gardes impériales. — Paul I*, etc.; Projets sur Tlnde , etc. 269
L'Empereur évêque , etc. .— N'avait jamais souffert de l'estomac. 270
Campagne de 180g, dite de Wagram; espace de six mois. — État de l'Europe. — Plans de la cinquième coalition. — Machinations intérieures. — Bataille d'Ecmiîlh. — Belles leçons de stratégie. — Réflexions ; coirséquences. — Bataille d'Essling. — Bataille de Wagram. — - Traité de Vienne, le quatorze octobre. 2^5
Sur la guerre de Russie. — Fatalités, etc. — M. de Talleyrand, etc. — Corine de M"" de Staël.— M. Necker , etc. 56^
De la chasse à Ste-Hélènc, etc. — Veille du quinze août, etc. 57G
Fête de l'Empereur. ^79
Écple Polytechnique supprimée 9 etc. — Indécences des journaux anglais-, etc. — Machine à glace. 58o
Idées religieuses de Napoléon. — £yêque de Nantes ( de Voisins. ) — Le Pape, — Liberté de Téglise gallicane. — Anecdotes. — Concordat de Fontainebleau 58 a
Conyersation vive de TEmpereur avec le Gouverneur en tiers avec TÂmiral. 4^^
Retour sur la conversation avec le Gouverneur, etc. — Effet des libelles sur Napoléon. — Traité de Fontainebleau. — Ouvrage du général S n. 41 *
Violent accès d^indignation de ma part qui amuse fort l'Empereur. 4 > 9
Corvisart, etc. — Anecdotes des salons de Paris. 4^^
L'Empereur continue d'être souffrant. — - Pièce officielle remarquable adressée à sir Hudson Lowe. 4^9
riN DE tÀ TABLC Dtr GINQVIGME VOLVME.
DE S"-HÉLÉNE:
Lundi r Juillet 1816 au Jeudi 4.
Uon fils tombe de cheval. -^ Pillage par les armées. — Caractère du soldat français. — Détails de IVaterloo par le nou?el Amiral.
Hier 9 mon fils^ dans sa promeûade, einpoft^ par son eheval, et craignant de se frapper aux arbres , avait cru devoir se jeter à terire. II s-était foulé le pied assez fortement pour être céa^ damné à un mois de chaise fougue.
L'Empereur a daigné entrer dans ma ekambrê^ sur les onze heures, pour connaître là situation de mon fils y dont il a fort grondé la maladresi^e. Je Tai suivi dans le jardin, où il a déjeuné^ ce qull n'avait pas fait depuis long-^temps.
La conversatit)n est tombée sur le pillage àeS armées et lès horreul*s qui! entràitid^.
Pavie, disait l'Empereur, était là seule place 5. i
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10 MÉMORIAL . (Juillet i8t6)
qu'il eût jamais lîvréè^au pillage : il l'avait promis à ses soldats pour vitigt-quatre heures; mais au kout de trois -, il n'y put tenir davantage , et le fit cesser* « Je n'avais que douze cents hom- » mes,,.disait-il; les cris de la population qui » parvenaient jusqu'à moi, l'emportèrent* S'il y 1 eût.eu vingt mille soldats^ c'eut été eux dont » la masse , au contraire , eût étouffé les plaintes
• de la population; il ne serait rien parvenu 1 jusqu'à moi. Du reste , continuait-il , heureu- » sèment la politique est parfaitement d'accord 9.ace€ la, morale, pour s'opposer au pillage.' 9 J!ai beaucoup médité sur cet objet; on m'a 9mis souye^t dans le cas d'en gratifier mes sol-; »^4atS| je rousse fait si j'y eusse trouvé des avan- » tages. Mais rien n'est plus prppre à désorga-» «^aîser.ét h-penire tout à fait une armée. Un f sold^at n'a plus de discipline »dès qu'il peut » piller; et §i eu pillant il s'est enrichi , il de- > vient .aussitôt un mauvais soldat ; il ne veut.
• plus se. battre. D'ailleurs, observait-il encore,, f te pillage n'est pastâans nos mœurs françaises : » le cœur de nos soldats n'est point mauvais; le. »^p]leniier moniient de fureur p]assé , il revient à
(Juillet 1816) DE SAÏNÏE-HÉLÈNE. 11
» lui-même* Il serait impossible à des soldats » français de piller durant vingt-quatre heures : » beaucoup emploiraient les derniers momens à » réparer les maux qu'ils auraient faits d'abord, «Dans, leur chambrée, ils se reprochent plus > tard , les ufis aux autres , les excès commis , » et frappent eux-mêmes de réprobation et de » mépris ceux d'entre eux dont les actes ont été » trop odieux. ».
Sur les trois heures, le 'nouvel Amiral, Sir Pulteney Malcolm^ et tous ses officiers ont été présentés à TEijapéreur. L'Amiral a causé d'à-, l^ord seul avec lui près de deux heures. II a dû être fxès-frappé de la conversation , car il a 4it en sortant qu'il venait de prendre une bien belle et bonne leçon sur l'histoire de France. .
L'Empereur a du lui dire, en terminant, ce que je crois d'aillenirs avoir déjà inscrit quelque part plus haut sur ce. même sujet : « Yous avez : « levé une coùtribution ide sept cent millions » sur la France; j'pn ai imposé une de plus de » dix milliards sur votre pays. Vous, avez levé la a.VQtre par vos. baïonnettes ; j'ai fait lever la: » mienne par votre patletnent. — Et c'est bien;
là MÉMOUIAL (Juillet 181G)
» là la véritable analyse, des affaires, a répondu » TAmiral. »
L'Amiral était à Bruxelles à dîner avec lord Wellington, lorsque Blucher envoya dire qu'il était attaqué. Wellington , disait FAmiral , avait à Waterloo quatre-vingt-dix mille hommes, et Bulow vingt -cinq mille. C'était précisément là le compte qu'avait estimé l'Empereur. L'Amiral ramenait d'Amérique douze mille hommes de vieille troupe, sans aucun soupçon du nouvel état de l'Europe» A la mer , tin bâtiment lut apprit la révolution du retour de l'île d^Elbe; elle lui sembla si magique, qu'il ne put la croire. Toutefois, à la vue de Plymouth, il reçut ordre de continuer en toute hâte sur Ostende ; il Tatteignit à temps , quatre mille hommes purent prendre part à la bataille , et ib étaient sans contredit ce qu'il y avait de Meilleur dans toute la ligne, assurait l'Amiral. Qui peut assigner leur degré d'influenee ! Les Anglais crurent la bataille perdue tout le jour , et ils conviennent qu'elle ratait sams la faute de Groucby. L'Amiral était venu de sa personne durant la bataille à portée de Wellington.
(Jumeti8i6) DE SAINTE-HÉLÈNE. i3
Vendredi 5.
Ânecdoted sur le dix-buit Brumaire. — Sîéyes. — Grand- Électeur. -^ Cambacérès. — Lebrun , etc.
L'Empereur, après s'être promené quelque temps dans le jardin , a été joindre sa calèche. Le temps était délicieux ; nous ayons fait deux . tours au galop. J'étais seul avec lui. Il m'a beaucoup parlé de mon fils, de son avenir, avec un iutérêt, une bonté qui me remplissaient ïe cœur^ Il disait que vu son âge , cette circon^tahce de Sainte-Hélène était sans prix p^r le reste de sa vie ; que sou moral «f'y serait trouvé en serre chaude , etc. , etc.
Après dîner, l'fiaipereur est revenu sur le di|chuit Brumaire , et nous l'a raconté avec une infinité de petits détails. Gomme il l'a dicté depuis long-temps au général Gourgaud , c'est là que je, renverrai pour la masse de l'événement. Je n'en*vais donner ici que quelques traits^ ou accessoires qui ne s'y trouveront sans doute pas*
La situation de Napoléon à son retour d'Egypte fut unique. Il s'était vu aussitôt sollicité
i4 MÉMORIAL (Juillet 1816)
par tous les partis , et avait reçu tous leurs secrets. Il en était trois bien distincts : le Manège
. dont un général fort connu était un des chefs ; les Modérés, conduits par Siéyes, et les Pourris^ disait-il, ayant Barras à leur tête.
* La détermination que prit Napoléon de s'associer aux Modérés lut fît courir de grands dangers, observait-il. Avec lés jacobins il n'en eût couru
' aucun f iLs lui avaient offert de le nommer Dictateur : « Mais aprèi3 avoir Taineu avec eux , » disait l'Empereur, il m'eût fallu presque aus-
" » sitôt vaincire contre èuit. Uti club ne supporte
' i pdftait de chef durable j il lui en fdut un pour •'chaque pas$îon. Or, se servir un jour d'un » parti , pour l'attaquer Je lendemain î, de quel-
^ » que prétexte que l'on s'enveloppe , c'est lou- » jours trahir ; ce n'était pas dans m*es principes. » Mon cher , me disait l'Empereur dans un » autre moment, après avoir parcouru de nou- » veau l'événemefût de Brumaire, il y a loin de » là, vous en iîônvfendt-ey , *à la conspiration de » S^int-Réal , qui^ offre bien plus d'intrigues et » bien moins "de résultats fia nôtre ne fut que » laffaire d'un tour de main. Il est sûr, ajou-
(Juillet 1816) DE SAÎNTE-HÉLÈNE. lï
i tart^l , qpue jamais plus grande révolatioh ne i# causa inbins d'embarras , tant elle était désirée ; i aussi se trouTa-t-elle couverte des applaudisseh mens universels.
* » Pour mon propre compte, toute ma part » dans le coipplôt d'eiécûtioâ se bc^ma à pénmr 4 à heure fixé la foule de imes' visiteurs/ et à » marcher k leur tète pour saisir k puissftûce. .» Ce fut du seuil de ma porle , du hatit de mon 1» perron, et isàns qu'ib en élisant été prévenus li d'ayaùce , que je les conduisis à^ cette con-^^ 9 quête; ce fut au milieu de leur brillant cor-^ » tége, de leut* vive allégresse^ de leur ardeur » unanime que je me présentai à la barré des » Anciens pour le^ f'emércîer de la dictature* i dont ïfe fii 'investissaient/ : ' ' « » On' a discuté métaphiTsiqùemëht , et Fon^ » discutera longj- temps, encare! si nous né-vio- M JâiQés pas les^lois, si nous ne fûihespas crii inmejs<'; niais ce sont aùtaiit ' d'abstractions » bonnes tout au plus pour leâ /livres et les tri- » bunés, et qhi doivent disparaît!^ devait l'imx^périêusé nécessité ^'àutsint^vâudrait accuser de » dégât, le .niamhcqtti coupe seà^ iàdts pour, ne
|h6 m km oui al (JiiiUct 1816]
11 pas sombrer» Le fait est que la patrie ^ans )i UQW ^tait perdue, et que nous la sauvâmes. » Aussi les auteuns , les grands acteurs de ce D mémorable coup d'Etat, au lieu de dénéga- V tiens et de justifications , doivent-ils, à Texem- 9 pie de ce Ropgiaia, se contenter de répondra » avec fierté k leurs accusateurs : Nous protes-r » ton$ ifue nous avons sauvé notre paysj^ vene:^ ». < avi^c nous en rendre grâces aux Dieux.
^ Et ceitéis tous ceux qui dans le temps fai« paient partie du tourbillon politique ont eu » d'aptant moins de droits de se récrier avec jus^ » tice, que tous convenaient qu'un changement » était indispensable , que tous le vpulaient, et «'•que chacun cherchait à l'opérer de son côté, )» Je fis le mien à l'aide des 'modérés; la fin subito 9 de l'anarchie, ie retour immédiat de l'ordre, » de l'union , de la force , de la gloire , furent ses »> résultats. Ceux des jacobins ou ceux des immo^ H vaux auraient-ils été supérieurs ?. Il est permis » de croire que non. Toutefois il n'est pas moins » très «naturel qu'ils en soient demeurés mé-^ » contens, e^t en aient jeté Jes hauts cris. Aussi ^ » n'e6t«-ce qu'à des tcimps plus éloignés, à des
(Tnilkt 1816) DE SAINTE-HÉLÈNE. 17
» hommes plus dé«ntéressés qu il appartient de 9 prononcer sainement sur cette grande affaire.» Au surplus voici deux traits qui aideront à juger de l'état réel de la République à 1 époque de Brumaire. Après cette journée , il ne se trouva pas au trésor de quoi expédier un courrier; et quand le Consul voulut se procurer la force précise de 1 armée, il fut réduit à envoyer des personnes sur les lieux. «Mais, disait-il, vous » devez avoir des rôles au bureau de ia guerre ? » — A quoi nous serviraient-ils, répondait -on, i il y a eu tant de mutations dont on n'a pu » tenir compte. — Mais , du moins , vous devez 9 avt^it' l'état de la solde qui nous mènera à » ikalte but ? — Nous ne la payons pas. — Mais » les états des vivres? — Nous ne les nourrissons » pas. — Mafe ceux de Thabillement? — Nous » ne les. habillons pas. »
La révolution de Brumaire accomplie, il se trouva trois Consuls provisoires : Napoléon ^ Siéyes et Lfùcos. Il fallait un président. La crise était jBhaude et rendait le général bien nécessaire ; aussi saisit-il lé fauteuil , et ses deux aco« lites D*ëurent garde de le lui disputer. Ducos^
tS HÉMOaiÀL (Jui.nct iSiG)
•d ailleurs , se prononça dès cet instant une fois pour tontes. Le général seul pouvait les sauver, jdiàait«-il;'et dès-lôrs, il se déclarait pour toujours de son avis -en toutes choses. Siéyes^ s'en mordit les lèvres; maïs il dut en faire autant; :, Siéyes calcule volontiers se% intérêts. Dès la première réunion àe& trois Consuls en séance, jet dès qu'ils furent seuls , Siéyes alla mystérieusement regarder aux portes du palais si personne ne pouvait entendre ; puis revenant à Napoléon , \\ lui dit avec coiïiplaisance et à demi- voix en lui montrant uûe espèce de commode : « Voyez- « vous ce beau' meuble ? vous ne vous doutez » peut-ê^e pas de sa Valeur?» Napoléon crut iju'îl lui faisait considérer un meuble de la couronne , et peut-être qui aurait servi à Louis XYL ;«Ce n'est pas du tout cela, lui; dit Siéyes,, » voyant sa méprise; je vais vous mettre au f^Jt.. » n renferme huit icent mille francs! ! ! et. *es » yeux s'quvraient tout grands. Dans notre magi,s-> » traturfe çlireictoriale, nous avions réfléchi qu'un » dire.ctçuf [sortant de place pouvait fort biçn » rentrer dans sa, famille sans posséder un 4er. l nier, êe qui n'était j^as convenable: Nous avions
(Juillet 181G) DE SiTNTE-IIÉLÈNE. 19
» donc imaginé cette petite caisse de laquelle » nous tirions une somme pour chacjue membre » sortant En cet instant plus de directeurs, » nous voilà donc possesseurs du reste. Qu'eu » ferons- nous? » Napoléon, qui avait prêté une grande attention, et commençait enfin à comprendre, lui répohdit : « Si je le sais, la » somme ira au trésor public ; mais si je l'ignore ^ » et je ne le sais point encore, vous* pouvez » vous la partager, vous et Ducos, qui êtes tous » deux anciens directeurs ; seulement dépê- » chez-vous , car demain il serait peut-être trop » tard. Les collègues ne se le firent pas dire > deux fois, observait l'Empereur; Siéyes se » chargea hâtivement de; ^'opération , et fît le » partage, comme dans la fable, en lion. Il fit 9 nombre de parts ; il en prit une comme plus » ancien 4irecteur , une autre comme ayant dû » rester en charge plui long-temps que son col- » lègue, une autre parce qu'il avait donné l'i- » dée de cet heureux changement, etc. , etc., » bref, dit l'Empereur, il s'adjugea six cent » mille francs , et n'en envoya que deux cent » mille au pauvre Ducos , qui , revenu des prcr-
90 MÉMORIAL (Jirtllet 1816)
» luières' émotions^ VQulait absolument .reviser • ce compte et lui chercher querelle. Tous les ^ » deux retenaient à chaque instant, % ce sujet, » à leur troisième collègue pour qu'il les mit » d'accord ; mais celui - ci répondait toujours : » Arrangez-vous entre vous; soyez surtout tran- » quilles; car si le bruit en remontait jusqu'à^ » moi , il vous faudrait abandonner le tout. * » Lo]|;^qu'il fallut se fixer sur une constitu-
* Des amis de M. Sîéyes, et il s*en trouve beaucoup, ont été peines det;ette anecdote; s'ils m'eussent fait coniiaUre leurs observations à temps, je me serais décidé peut-être à la laisser de côté. Mais la supprimer aujourd'hui qu'elle a paru dans la première édition, ce serait lui reconnaître un sens et une importance qu'elle n'a pas ; car la somme dont il y est question n'appartenait pas à l'État, et MM. Siéjes etDucos y avaient incontestablement des droits. C'était ce que pensait Napoléon, qui toujours sans préjugés et sans préventions, parle ailleurs de M. Siéyes dans les meilleurs termes, et cite particulièrement sa probué. Il ne resterait donc plus que la gaîté du récit ; récit , if est vrai, fort plaisant, soit que ces détails soient ej^cts ou qu'ils se trouvent brodés, car les amis de M. Siéyes les contredisent; mais dans ce cas encore de quelle injure pourrait-il être à M. Siéyes ? L'importance et la célébrité de sa carrière politique ne ront-elles pas placé au-dessus du ridicule ?
(JiiiHel 1816) DE SAINTE-HÉLÈNE. 91
» tion, disait l'Empereur, Siéyes donna une » autre scène fart plaisante. Les circonstances ]t et Topinion publique en avaient fait une es- »' pèce d'oracle en ce genre ; il déroula donc , » tLUX commissions des deux conseils, mystérieu- » sèment et avec poids et jmesure, les difieren* » tes bases qui furent toutes adoptées, bonnes , » imparfaites ou mauvaises. Enfin, il couronna » l'œuvre en dévoilant la sommité , ce qu'on al- » tendait avec une vive et curieuse impatiehce. » Il proposa un Grand ^Electeur qui résiderait » à Yersailles , jouirait de six millions annuels , V représenterait la dignité nationale, et n'aurait » d'autre fonction que de nommer deux Consuls : » celui de la paixj celui de la guerre^ tout à »' fait indépendans dans leurs fonctions. Encore » si cet Electeur avait fait un mauvais, choix , le » Sénat devait-U l'absorber lui-même. C'était » l'expression technique , c'est -à- dire le faire » disparaître, en le faisant rentrer, par forme 9 de punition , dans la foule des citoyens. »
Napoléon, faute d'expérience dans les assem* blées, et aussi par une circonspection Commandée par le moment ^ avait pris peu ou point
aa MÉMORIAL (Juillet 1816)
de part à ce qui avait précédé ; mais ici , à ce point décisif, il se mit à rire, dit-il, au nez de Siéyes, et sabra ce qu*il appelait ses niaiseries, métaphysiques. Siéyes n'aimait pas à se défendre , disait rfimpereqr, et ne savait pas le faire. Il essaya pourtant ici de dire qu'après tout, un Roi n'était pas autre chose. Napoléon lui répondait : « Mais vous prenez l'abus pour ?• le principe, l'ombre pour le corps. » Puis il l'acheva^ en lui disant : «Et commenj; avez-voùs » pu imaginer, M. Siéyes, qu'un homme de » quelque talent et d'un peu d'honneur voulût » se résigner au rôle d'un cochon à l'engrais de » quelques millions? » Après une telle sortie, qui, disait l'Empereur, fit rire aux éclats tous les assistans , la création de Siéyes demeura noyée ; il n'y eut plus moyen pour lui de revenir à son Grand -Electeur , et l'on se décida pour un Premier Consul à décision suprême , ayant la nomination à tous les emplois, et deux Consuls accessoires. à voix délibératives seulement. C'était au fait dès cet instant l'unité du pouvoir. Le Premier Consul était un vrai président d'Amérique, gazé sous des formes que comman-
(Juillet iSi6) DE SAINT£-»HÉLÈNE. aï
dait encore Fesprit ombrageux du moment ^ aussi l'Empereur dît-il que sou règne commença réellement dès ce jour^là.
L'Empereur regrettait en quelque sorte que Siéyes n'eût pas été l'un des trois Consuls. Celui-ci, qui le refusa d'abord, le regretta aussi; mais quand il n'était plus temps. Il s'était mépris sur la nature de ces Consuls , disait Napo* léon; il craignait pour son amour -propre, et redoutait d'avoir à chaque instant le Premier Consul à combattre. « Ce qui eût été vrai , ob- » servait l'Empereur, si teus les Consuls eussent » été égaux : nouseurions été alors tous enne- » mis ; mais la constitution les ayant faits subor^ » donnés^ il n'y avait plus de lutte d'amour- » propre, aucune cause d'inimitié, mais mille » d'une véritable umon. » Siéyes le reconnut; mais trop tard. L'Empereur disait qu'il eût pu être fort utile au conseil, meilleur peut-être que les autres , parce qu'il avait parfois des idées neuves et très-lumineuses ; mais que , dû reste, il n'était pas du tout propre à gouverner.^ Ed dernière analyse , disait l'Empereur , pour gouverner il faut être, militaire : on ne gouverne
24 MÉMOnrAL (Juillet 181G)
qu'avec des éperons et des bottes. Sîéyes, sans être peureux , avait peur de tout : ses espions de police troublaient son repos. Au Luxemboui^, durant le consulat provisoire , il réveillait soU' vent Napoléon, son collègue, et le harcelait avec lés trames nouvelles qu'il apprenait à chaque instant de sa polke particulière. « Mais a-t^n » gagné notre garde , lui disait celui^îî. — Non. » — Eh bien , allez dormir. Eh guerre comm^ » en amour, pour conclure, moucher, il faut » se voir de près. Il sera temps de nous inquiétei* • » quand on attaquera nos six cents hommes. »
L'Empereur disait qu'au«demeurant , il avait choisi en Cambacerès et Lebrun deux hommes de mérite, deux personnages distingués; tous deux sages, modérés, capables; mais d'une nuance tout à fait opposée. L'un, avocat des abus , des préjugés , des anciennes institutions ^ du retour des honneurs , des distinctions , etc. ; l'autre, froid, sévère, insensible, combattant tous ces objets, y cédant sans illusion^ et tom«» bant naturellement dans l'idéologie.
' L'Empereur revenait à faire observer que Siéyes aurait peut-être contribué à donner une
(Juillet 1816) DE SAINTE-HÉLÈNE. a5.
autre couleur^ une autre tournure, d'autres nuances à Fadministration impériale; mais on répliquait que cette variante n'eût pu qu'être nuisible*; car on avait beaucoup loué, dans le temps,: le choix de Napoléon. Les hommes qu'il avait appelés, lui disait-on, n'étaient pas dans le ca^ d'être désavoués de personne en Europe; Us avaient beaucoup contribué, à lui i?amener l'opinion des diverses nuances parmi laous en France,, il n'en e&t pas été de même de Siéye& Son nom et son souvenir eussent, a^ yeux de beaucoup , nui aux actes auxquels il eut participé, et on cita dans ce .temps avec uiBL empressement qui faisait voir toute la malveillance qu'on lui portait , une anecdote qu'o;a disait s'être passée aux Tuileries entre lui et l'Empereur. Il était échsqppé à Siéyes , disait-op , parlant de, Louis X^I ^ l'Empereur, de dire le, tyran* .« M. Vabbé, faisait -on répondre à TEm-* » pereur, s'il eût été un tyran, vous diriez la n mes^e, et moi je ne serais pas ici. » L'flm^ pereur a souri à cette anecdote ,. sans exprimer autrement si elle était ifisaie ou non. On .verra plus loin qu'elle était fausse.
dïi HÉSORIâL (Juillet i«t6][
Samedi 6 au Lundi 8.
KouTeaux torts du Gouverneur. — Ses absurditésu
Il y îi jong-temps que je n^aî parie du Kiovr^ rernetir. Nous chercHioûs à Féloîgner le plus possible de notre pensée ; nous ne rapercerions presque plus. Ses mauvaises manières, ses vexations me foreêint d'y revenir aufourdliui : elles semblent prendre une nouvelle activité. H vient de nous garder des lettres d'Europe , bien qu'elles fussent venues ouvertes, et de la manière la plus ostensible; tnàis seulement ]parce qu'elles u'éh valent point passé par les mains du •secrétaire d*Étàt, sans faire attention qu^un manque de formalité petit se réparer facilement eu Angleterre, mais qu'il demeure sans' retnèdé pour nous à deux mille lieues *de distance. Si encore > en exécutant aussi rigoureusement la lettre de ses instructions, il avait l'humanité de nous laisser savtDir qu'il a reçu ces lettres , et de qui elles sont, il nous tranquilliserait sur des per-* sonnes dont nous pleurons la négligence ou la santé ; mais il a la barbarie de nous eu faire un mystère. Il y a peu de jours que la comtesse
(JuiUet 1816) DE SAINTE-HÉLÈNE. 37
Bertrand ayanit écrit à la tille, il a fait saisir le billet, et le lui a renvoyé comme ayant été écrit sans son aveu. Il a accompagné cette injure d'une lettre officielle par laquelle il nous interdit dès à présent toute communication par écrit ou même verbale avec les habitans, sans avoir été soumise à son yisa; et, chose absurde et peu croyable, c'est qu'il nous a fait celte inter* diction vis-à-vis de personnes qu^il nous laisse la liberté d*aller visiter à nôtre gré. Il a accompagné la publication du biU qui nous concerne de commentaires qui ont répandu la terreijr parmi les babitans; il se récrie sur l'excessive dépense de la table de l'Empereur; il insiste sur de fortes diminutions. On n'avait point entendu que le général Bonaparte aurait autant de personnes autour de lui. Les ministres, nous dit-il ingénument, n'avaient point douté que la permission qu'il nous avait apportée de nous en aller, ne nous eût décidés à quitter l'Empereur, etc. Toutes ces tracasseries ont amené un échange de notes assez vives. A un article <lu Gouverneur, dans lequel il disait que si les restrictions qu'on nous impose nous semblaient
98 filÉMOKIAL (Juillet 1816)
trop dures» ^oiiiis pourrions nous en afiranchir en nous en allant; TEmpereur a dicté lui-même l'addition suivante à la réponse que nous avions déjà faite : « Qulionorés par lui dans sa prospé* m rilé, noujs placions notre plus douce jouissance » à le servir, aujourd'hui qu'il ne pouvait lien m pour nous ; et tant pis pour quiconque ne « comprenait p»^ cette conduite* ».
Mardi 9 au Jeudi 11.
l^ouvelles Tcxationa. — L'Empereur sort à peine. — -
Tristan. — Fables de Jia Fontaine, etc. — Le ventre
^gouverne le monde. 7- Difficulté de juger les hommes.
. Les Tfe3;ations du Gouverneur continuent, et il ne. cesse de gaguet du tierrain sur notre malheureuse situation. Son parti semble pris dé nou^ ipettre au secret» U a puhHé une proclamation en ville , ordonnant de lui envoyer , sous peio^ do châtiment, dans lei> vingt - quatre heures , toutes lettres ou billets que nous pour^ rions adresser aux habitans y pour quelque motif que ce fût. Il a interdit à ceux-ci de visiter le Grand'-Maréchal et sa femme, qui se trouvent en tète de notre enceinte. Les premiers moinens
(JuiUet 1816) DE SÂlNTE-HÉLÈiSK 29
de ce nouveau bloeus de M"^ Bertrand oât été «i séyères, que des xnédicamenê envoyés d'ici par le docteur à un des gens du Grand-Maréchal qui était à la tnort, n'ont pu y entrer, et que ce n'est que par accommodement que Tofficier a pris sur lui de les faire parvenir par-<lessu^ le mur. ' ■ *
Le Gouverneur ayant lu dans Une lettre de l'un de noùs^n Europe , qu'il demandait plu-^ sieurs objets de vètemens «t de toilette , il est venu lui dire ^u'il pouvait prendre là plupart de ces objets parmi te que le gouvernement avait envoyé ici pour Napoléon. Et comme ce-lui-là lui a répondu qu'il préférait les acheter ; ne voulant pas gêner ses sentimens d'aucune reconnaissance 9 le Gouverneur a observé sèchement qu'il lui serait loisible de les payer s'il en avait la fantaisie ; à quoi , l'autre a répliqué : «Pardonnez,, Monsieur, j'aime à choisir mes » boutiques. » 11 en est réiSulté que le Gouverneur lui a fait dire plus tard par le docteur , qu'il allait porter des plaintes j pour avoir refusé avec mépris les dons du Gouvernement. A qtroî il lui a été riposté aussitôt, qu'on lui serait obligé;
3o . MÉMOmAL (ïuillet 1816)
qu'on était bien plus heureux qu'il eut à transmettre à ses ministres des refus , que des de* mandes.
Toutes ces tracasseries , la longueur et l'attrait des lectures , le concours du mauvais temps, qui est épouvantable , accroissent la ré^ ciusion de l'Empereur , et lui donnent de la mé^ lancolie; il ne met plus le pied dehors» La diversion se borne à a^er parfois faire visite , vers les cinq heures, à M"* de Montholon^ qui n'est point encore sortie depuis ses couches» Nous nous y trouvons tdhs réunis , et l'Empereur y cause une demi-heure ou trois quarts d'heure avant de rentrer chez lui.
Aujourd'hui il y a rencontré le petit Tristan , fils aîné de monsieur de McMitholon, qui n'a guère que sept ou huit ans , et court tout le jour. L'Empereur l'a fait approcher entre ses deux jambes , et a voulu lui faire réciter quelques fables , dont le pauvre enfant, sur dix mots n'en comprenait pas deux» L'Empereur en riait beaucoup, coudamnait qu'on donnât La Fon* taine aux enfans qui ne pouvaient l'entendre , et s'est mis à expliquer ces fables à Tristan ; à
(Juillel 1816) DE SAIMTE^HÉLÈNB. 3i
vouloir les lai rendve sensibles , et rien de plus curieux que ses. développenieiis , leur simplicité, leur justesse, leur logique.
Dans Ja fable au Loup et de t Agneau , rien a'^était plus risible comme de voir le petit bon-* homme dire Sire et Votre Majesté , et en par** lant du loup , el en parlant à l'Empereur , mêler il tort et à travers tout cela dans sa bouche, et bien plus encore probablement dans sa tète.
ii'Empereur trouvait qu'il y avait beaucoup trop d'ironie dans cette fable , pour être à la portée des en£ans« Elle péchait d'ailleurs , disait* il, dans son principe et sa morale , et c'était la première fois, observait-il, qu'il s'en, sentait frappé. Il était faux que la caison du plus fort fut la meiOeure ; et si cela arrivait, en effet, c'était là le mal , disait-il , l'abus qu'il s'agissait de condamjBier. Le loup donc eût du $'étranglei? en croquant l'agneau, etc., etc«.
Tristan est fort paresseux. II. avouait à l'Em-* pereur qu'il ne travaillait pas tous les jours. « Ne % manges-tu pas tons les jours, disait TEmpe-» ^ reur? — Oui , SîrCi — Eh bien ! tu dois tra- » vaiUer toi^s les- jours \. car on ne doit pas manger
3a MÉMORIAL (Juillet 1816)
» si Ton ne traraille pas. — Oh bien , en ce cas, » j^ travaillerai tous les jours , disait vivement » Tenfant. — Yoilà bien l'influence du petit > ventre 9 disait l'Empereur , en tapant çur celui » de Tristan; c'est la faim, c'est le petit ventre » qui fait mouvoir le monde. Allons , mon petit , » si tu es isage nous te ferons page, ....•• » — • Mais je n'en veux pas , disait Tristan en » grognîant et faisant la grimace. »
Nos après dîners étaient employées à trouver quelque lecture qui pût nous faire gagner une heure ou une heure et demie de temps.' C'é* taient en ce moment, un voyage au Spitzberg , le naufrage des Hollandais à la Nouvelle-Zembfe; les Causes Célèbres, celle de Calas, celles de Martinguerre , de la marquise de Brinvilliers. L'auteur observait dans quelque endroit de celle-ci , que la figure trompait souvent sur le caractère. L'Empereur s'est arrêté, a posé le livre avec un visage pénétré, un accent convaincu; U a dit ; « C'est bien vrai, et quelque » étude que Ton fasse , l'on ne saurait se flatter » d'y parvenir. Que de preuves j'ai dans • ce » genre! Par exemple, j'avais quelqu'un auprès
(Juillet i8i6) DE SàINTE-HÉLÈiNE. 33
» de moi; sa figure, sans doute Mais après
» tout, en effet, ce quelqu'un avait un œil de » pie ; j'aurais dû y deyiner quelque chose. » Et il s'est étendu sur le caractère de cette personne. Ils s'étaient connus dès l'enfance , disait^ il; il lui avait donné long-temps toute sa con-^ fiance ; il avait du talent , des moyens ; l'Empereur croyait même qull avait été attaché , fidèle. « Mais il était aussi par trop avide , disait-il , » il aimait ^trop l'argent. Quand je lui dictais et » qu'il lui arrivait d'avoir à écrire des millions, » ce n'était jamais sans nn mouvement sur toute » sa ^gure , un lèchement de lèvres , une cer- » taine agitation sur sa chaise , qui , plus d'une » fois , m'avait porté à lui demander ce que » c'était, ce qu'il avait, etc. , etc. »
L'Empereur disait que ce vice était trop pro^ nonce pour qu'il eût pu garder cette personne auprès de lui. Mais que , vu ses autres qualités, il eût dû peut-être se contenter de le placer dîffé* remment , etc. , etc.
34 MÉMORIAL (Juillet 1816)
.Vendredi 12.
Sur le Masque de fer, etc. — Fable ingénieuse.
La conversation a . conduit aujourd'hui à trai-^ ter le Masque de Fer. On a passé en revue ce qui a été dit par Voltaire, Dutens, etc. , et ce que Ton trouve dans les Mémoires de Richelieu :
ceux-ci le font, comme Ton sait, frère jumeau de Louis XIV , et son aîné. Or, quelqu'un a ajouté que travaillant à des cartes généalogiques, ou était venu lui démontrer sérieusement que lui , Napoléon, était descendant linéal de ce Masque de Fer , et par conséquent Thérîtier légitime de Louis XIII et de Henri IV, de préférence à Louis XIV et à tout ce qui en était sorti. L'Ëm-s pereur de son côté a dit en avoir en effet entendu quelque chose ^ et il a ajouté que la crédulité des hommes est telle, leur amour du merveilleux si fort, qu'il n'eut pas été difficile d'établir quelque chose de la sorte pour la multitude , et qu'on n'eût pas manqué de trouver certaines personnes dans le Sénat pour le sanctionner , et probablement , a-t-il observé, celles-
(Juillet 1816) DE SAINTE-HÉLÈNE. 55
là même qui plus tard se sont empresiées de le dégrader sitôt qu'elles l'ont vu dans Tadversitét On est passé alors à développer les bases et la marche de cette fable Le Gouverneur des. îles Sainte-Marguerite^ disait-on^ auquel la garde du Masque de Fer était alors confiée , se nom-r mait M. de Bonpart , circonstance au fait déjà fort singulière. Celui-ci^ assurait-on, ne de* ^eura pas étranger aux destinées de son pri^ sonnier. Il avait une fille; les jeunes gens se virent ; ils s'aimèrent. Le Gouverneur en donna connaissance à la Cour ; on y décida qu'il n'y avait pas grand inconvénient à laisser cet infortuné chercher dans l'amour un adoucissement à ses malheurs ; et M. de Bonpart les maria.
Celui qui parlait en ce moment disait que quand on lui raconte la chose , qui l'avait fort amusé , il lui était arrivé .de dire qu'il la trouvait très-ingénieuse , sur quoi le narrateur s'était fâché tout rouge, prétendant que ce mariage pouvait se vérifier aisément sur les registres d'une des paroisses de Marseille qu'il cita, et qui en attestait , disait-il , toutes les traces» Il ajoutait que les enfans qui naquirent de ce mdriage
S6 ' MÉMORIAL (JuîUet 1816)
furent clandestinement y ou sans bruit ^ écoulés fers la Corse j ou la différence de langage , le hasard ou Tintention avait transformé leur nom de Bonpart en Bonaparte ^ et Buonaparte ; ce qui au fond présente le même sens et se trouve la même chose.
A cette anecdote , on a afouté qu'au moment de la révolution , on avait fait une histoire semblable en faveur de la branche d'Orléans. On la fondait sur une pièce trouvée à la Bastille. On supposait qu'Anne d'Autriche , qui accoucha après vingt-trois ans de stérilité^ avait mis au monde une fille ; la crainte qu'elle n'eût point d'autre enfant avait porté Louis XIII à éloigner cette fille y et lui substituer faussement un garçon y qui avait été Louis XIV. Mais l'année suivante y la Reine accouchA encore y et cette fois ce fut un garçon , Philippe^ chef de la maison d'Orléans, qui se trouvait ainsi , liii et les siens y les héritiers légitimes y tandis que Louis XIY et les siens n'étaient plus que des intrus et des usurpateurs. Dans cette version y le Masque de Fer était une fille^ Une brochure courbt les Provinces à ce sujet y lors de la prise
(Juillet 1816) DE SAINTE-HÉLÈNE. ^
de la Bastille. 'Mai& rhtstodre ne fit pas fortaue ; elle mourut sans bruit, sans aroir même ua iû&taal, à Ce qfl'il paraît, occupé la ca^tak.
Samedi i3.
Sur Junot; sa femme, etc.
La conversation est revenue sur Junot. Des grandes fortunes que l'Empereur avait créées, celle de Junot ^ disait-il, avait été, sans con-* tredît , une des plus désordonnées. Ce qu'il lui avait donné d'argent ne saurait se croire , obser* vait-U , et il n*avâit pourtant jamais eu que des dettes ; il avait dissipé de vrais trésors sans avantages , sans discernement , sans goût ; trop souvent même , ajoùtaii>il, dans dès excès grossiers.
Plus d'un0 fois, dans son bel hôtel à Paris, après avoir fortement déjeûné , on Fa vu entrer en fureur aux moindres réclamations du plus petit créancier , et prétendre le solder à coups de sabre. Toutes les fois qu'il revoyait l'Empe-* reur, disait Napoléon, c'était pour laisser présr^ sentir quelqi^e gêne nouvelle , être grondé et secouru. Dans la campagne d'Austèrlitz , il vint trouver l'Empereur à Schœnbrun^ mais cette
5^ MÉMORIAL (Juillet 1816)
fois, disait Napoléon , llatercession n'était pas précisément pour lui; U prenait en ce mtftnent un Tif intérêt à la belle SI"** RA^amier. U arrivait de Paris, et débuta auprès de FEmpereur par une sortie yirulante contre M. de Marbois , alors ministre du Trésor, qui avait eu Findî- ^ité , disait-il , de ne pas empêcher la faillite de M* Récamier, en lui refusant un prêt de «eulement deux millions, c Tout Paris en était » dans rindignation. Ce Marbois, disait-il, était » un méchant homme, un mauvais serviteur; il » n'aimait pas FEmpereur* » Lui , Junot, nliési-
. » tait pas à le prononcer, et tout Paris pensait » avec lui que si FEmpereur eût été dans la » capitale , il n'eût pas balancé à les lui faire 41 donner. -^ Il s'adressait bien , disait l'Empe-
,»Teur. Eh! bien, Paris et vous, vous vou* t trompez , répondis-je froidement à cet admi-
/» rateur passionné qui était tout hors de lui. Je » n'aurais pas fait donner deux mille sous, et vij'eusse été fort mécontent de Marbois s'il eût » agi autrement. Je ne suis point amoureux de » M^^iRécamîer, moi, et je ne viens point au se- » cours des négocîans qui tiennent une maison
(Juillet i8i6> DE S&INTE*BÉLÈNE. 39
^«h^ six cent mille francs par an; sachez cela, • M. Junot; sachez que le trésor ne prête point » & des gens quil sait en faillite depuis long- » temps : il a bien d'autres destinations. Et » Junot , tontinuait l'Empereur , dut se calmer ^ » trouvant peut-être qu'on aràit à Vienne le cœur » aussi dur qu'à Paris. »
Junot voyageait avec la vitesse de l'Empereur ; il avait ses propres relais , disait Napoléon , des centaines de chevaux et d'autres folies sem« blables..
L'£mperet|r ajoutait que moins encore comme souverain que comme aimant Juno^ guidé aussi par la rapport natal de la Corse , dont sa femme était originaire , il la fit venir un jour pour lui donner des avis paternels sur les dépensés dé-^ sordonnées de son mari , sur la profusion de diamans, qu'à son retour de Portugal, elle-»
mèm^e, M""^ Junojt, avait étalés inconsidérément; sur ses intimes liaisons avec un étratiger. •«•••, , qpi pouvaient inquiéter la politique^ etc. , etc. » Mais elle repoussa vivement ces avis jdUçtés par » le seul intérêt Elle se fâcha > dit l'Empereur , » et j'en fus traité comme un petit garçon ; alors
4o MÉMORIAL (Juillet 1816)
» il oe me resta plas que de Feavoyer premeAer » et de rabandoDner à elle-mteie.
» EUe se croyait uae princesse de la maison
• de GomnècLe ; on Tavait persuadé à Junot en 9 là kii Élisant épouser. Cette famille était de % la Corse et du voisinage même de la mienne ; » elle avait à ma mère de grandes obligations 9 de bienyeillance> et de plus directes encore. » Et l'Ëmperenr alors a donné leaqplicatioDL sui^ vante :
« Les Génois avaient transporté anciennement » près d'Ajaccio unie colonie de Maniotes , en
• évacuant l^Morée. M. de Yergennes^ ambas* » sadeur à Constantinoplè^.y épousa une Gree^ » quer Revenu en France ^ et fort en crédit » auprès de Louis XYI^ ii lui prit fantaisie d'an » voir épousé une princesse. Son désir se trouva 9 secondé par des circonstances politiques : on » rêvait alors la chute de Constantinople. La » France eût eu quçlque intérêt à mettre en » avant des- prétentions sur quelques débris de » cet eiDapire. On fut donc chercher auprès d'A* »)aceio, dans la cotonie grecque, quelqu'un » du nom de Comnène, parent de M"' de Ver*
(Juillet i;)i6) DE SàlNTE-ilÉLÈNB. 4^
Agennesi; on le fit itmit à Nexmilei^^ il y fut
• bientôt après .recoiiiia deist€^«iidai»£. jdeft.Eiq|>eHr M reun de C!oDdtantiào|^le pac' leiti!^*i-patejQites *dfe;LaiiisXyL. .
» Ce Coiftiièafe da;reftle9..eoAf:m«aîJb l'Stepe-* » reur^ était uh) assez grôâiifermier^f dent!. ub0
• sœur^ ^^Iqaes anitées aupikrai^aiit^' avAÎI ftui » le mariage inespéré d'un comn^^ s^ï: vivres j^ Ji Français^ du .nom de P..,.^ I)epuîs l'éléyation n de. la famille., et par le crédit dç M.. d,e Yer-
» gennes, ce même P , commis ^ju?: givres,
» était devenu un homme fort important, ayant 9 eu toute Tentreprise de l'armée de Rocham- » beau, ta fille de ce conlmîs' aux vîVres était » précisément M*""" Junoti^ dueWase 4'iJpiriM0i1ès.
» Jufjiot^ dans tel camf^^^e d& Ku^ 9 4i^^
• «bcore l'Ëmpôrenr y DiieiimécoQten£ailbrl;,.oa > (fti^ ïe recoonmsbait plus ; il &l;»didftlaiiMa oajpfr* 9 tates qui i|ouë d^ûtèrqnt l>îèi^lêlat«D;!ii . : > i: ^
Aa réiKxur de Mosciini!^ipBrifliiiteide7(^.iQié* coiiteMemeait , ^anot pëvdit Je .gowânietn^nt de'Paris > t''Ëmpe#èup Fanivai^a à VeniseiiGfstte éPpb^éà ditt^r&ee fut adeuoieipres^e^Mnsitôt pftr 'le' gott¥efr^ettttM-'gét»évadr<dè jrfityvje); Iraais^ 5^ 3
4à MÉMORIAL . (Juillet 18)6}
le coup*q|^it porté. Les irrégularités <ju'on avait déjà observées depuis quelque .temps dans Junot, et qui avaient pris leur source dans ces excès ^ éclatèrent en insanité couiplète» Il fallut se saisir de sa personne et le transporter chez lui dans la maison paternelle, où il périt misérablement, peu de temps après, mutilé de ses propres mains.
Dimanche 14.
Sur le maréchal Lannes. -r— Murât, sa femme,, etc.
Durant le dîner, au sujet de toilette et de parure-, on disait que parmi les grands personnages du jour, aucun n'en avait poussé le ridicuJe pliltô loin que Murât , et encore , observait-on, était-elle là plupart du temps tellement singulière, tellement bizarre, que le public l'en appelait le roi FranconL L'Empereur en a beau-* côtip ri, confessant qu'il était vrai que certains costumes et certaines manières lui donnaient en effet jparfoié Tapparence d'un opérateur, l'air
(juillet 1816) DE SAINT£-HÉLÈN£. 43
d'un charlatan. Et revenant à la toilette , on ajoutait que Bernadette y mettait aussi un soin infini , et Latines beaucoup de temps. L'Empe-^ reur s'est montré fort surpris de ce qu'on lui apprenait' des deux derniers. Gela Ta conduit naturellement bientôt à répéter ses vifi regrets sur la perte du maréchal Lannes, qu'il a terminés disant : « Ce pauvre Lànnes avait » passé la nuit qui précéda^ la bataille , dans » Vienne, et pas seul. Il parut au combat sans » avoir mangé , et se battit tout le jour. Le mé- » decin disait que ce triple concours de cir- » constances avait causé sa perte. Il lui eût » fallu beaucoup de forces après sa blessure , et » il n'y avait plus à remédier à celles qu'il avait » perdues.
» On dit d'ordinaire; observait l'Empereur, » qu'il est des blessures qui feraient préférer de i » perdre la vie. Il en est bien peu-, je vous as- , » sure. C'est au moment de quitter la vie qu'on ■ » s'y rattache de toutes ses forces. Lannes, le » plus brave de tous les hommes, Lahnes, privé » de ses deux jambes, ne voulait pas mourir, m et s'irritait au point de me dire qu'on devrait ;
44 M]f;MOIVIAL (fiiUM i«.i6)
i».pe^4ce les deux chirurgieçis cjui vei^ftiiexii de
» imanquér si brutalement à ua iu|ir43cha]. C'est
» *Cj«ït :Keuaîl d'ouïr Jes deux chirurgiens qui le
' irSoÂgàa^ent se dire tout baH/ sai^s croire être
» i^iebfaanduS; q^'il é.tait impossible. qu'U en revînt.
» X chaque îus^uty le ipalbeureux Laanes
' PI dëjq[ia]p.dait l'Ëiuperaur ; il se cramponnait à
; ♦ .nw)i , disait Napoléon , de tput le reste d^ sa
» !¥i!3;. il ne vTouIait que poi, ne pensait qu'à
» mot Espèce d'i»fttifièl!iofc3ervait l'Empereur.
» .Assutéjnen^t il aimaifc ;inleux 4»a femi^fe ^t ses
» .ênfaitô que moi;; il p'^n parl^ijb pourtant pas ;
le^est-quW n'en attendait rieja; c'était lui qui
f Içs protége^dt > tandis qu'au contraire , moi
>« l'étais son protecteur; j'étais pour iyi . quel-
» que chose de vague , de supérieur ;. j'étais sa
y Itroyideacè ^ il implorait !... »
Quelqu'un observli alors que le hruit des salons avait été bien différent; qu'où y avait répmdu que Laniies était mort en furieux , mau* dissant l'Empereur, contre lequel il se montrait enragé ; et on ajoutait qu^l avait toujours çu de l'éloignement pour lui , et le lui avait ^ j^buvent témoigné avec insolence, « Quelle ab-?
{Juillet 1816) DE SAINTE-HÉLÈNE. 4$
» surdité ! a repris TEmpereur ; LanaejS m'âdo* » rait^ m cdntraîpc: C'était assâinémént un des » hommes au monde sur teqpel je pouvais- le
* pliis éomrpter. Il ei^ biea vrai q^ue, dans son » humeur fougueuse^ il eût pu laisser échapper ^ qtietqties paroles Goolre mei$ maii$ il était
* homme a casser là tête dé celui de oui il «les^ » aurait entendues. »
Revetiant' éiisuite à ^u/viir:i quelqu'un' bb^ Serva qu'il avait grahiiement influé sur les malheurs de i8i4* <l^ Il les. à déqidés j a repHé » TEmpereur; il est une des grandes causes qtie
* nous sommes ici. Dok reste, la {Première £apte A en est à moi. Ils étaient plusiei^r^ que j^avais 9 faits trop grands; je les avais élevée au-dessus » de letir esprit; Je lisais, il y a peu» de joiws , » sa proclamation en se séparant du Vice-Hoi j » je ne la connaissais pas encore. H est difficile » de concevoir plus de turpitude : il y dit que » le temps est rems -de chéisi^ entré deux ban- » lïières, celle du crime ou de là vertu; or, » c'e&t la^niienne qu'il appelle celle dû crime. » Et c'est Murât , mon ouvrage , le mari de ma » sùBur, ctelui qui me doit tout, qui il'eût été
40 MÉMORIAL (Juillet 1816)
» ri«n, qui n'existe ^ qui n'est connu que par » moi y qui écrit cek ! Il est difficile de se sé- » parer du malheur ayec plus de brutalité y de » courir avec plus d'impudeur au-devant d'une » fortuné nouvelle, »
Madame Mère, depuis cet instant , ne voulut avoir aucun rapport avec lui ni avec sa femmes quelques efforts d'ailleurs qu'ils fissent vîs-à-vis d'elle, sa constante réponse était qu'elle avait en horreur les traîtres et la trahison. Dès qu'elle fut à Rome, après les désastres de i8i4) Mu-* rat s'empressa de lui envoyer, de ses écuries de Naples, huit trè&-beaux #he vaux. Madame n'en voulut point entendre parler. Elle repoussa de même toutes les tentatives de sa fille Caroline, qui ne cessait de répéter qu'après tout il n'y avait pas de sa faute, qu'elle n'y était pour rien, qu'elle n'avait pu commander son mari.
Mais Madame répondait comme Glytemnestre 2 f Si vous n'avea pu le commander, vous avea » dû le combattre; or, quels combats avez-vous 9 livrés? quel sang a coulé? Ce n'est qu'au tra«> 9 vers de votre corps que votre mari devait per«r i cet votre frèrç, votre bienfaiteur, votre maître^
(Juillet 1816) DE S4INT£-flËLÈNE. 47
» A mon retour de l'île d'Elbe^ continuait » TEmpereur, la tète tourna à Mural de me » savoir débarqué. Les premières nouvelles lui »• apprirent que j'étais dans Lyon; Il était haki- » tué à mes grands retours de fortune. Il m'a- » Tait Yu plus d'une fois dans des circonstanciés « prodigieuses. Il me crut déjà maître de l'Eu- 9 rope , et ne songea plus qu'à m'arracher l'Ita- » lie; c^r; c'était là son but et ses espérances. » Vainement des gens à grand crédit parmi les. » peuples qu'il voulait soulever^ se jetèrent^ils » à ses genoux 9 lui dirent -ils qu'il s'abusait; » que les Italiens* avaient un Roi , que^ celui-là » seul. avait leur amour et leur estime. Rien ne » put l'arrêter. Il se perdît, et contribua à nous » perdre une seconde fois, parce que les Autri-" » chiens , ne doutant pas que ce ne fut .à mon,- » instigation , ne voulurent' pas croire à mes A paroles et se défièrent de moi. La malbeu-. » reuse fin de Murât répond à toute cette' conn » duîte. Muriat avait un très -grand courage et » fort peu. d'esprit. La trop grande différence X Cintre ces deux qualités l'explique en entier^ » U était difficile , impossible même , d'être plu^
4* ^ «ÉMOtolAL { Jtfillet ifti6)
» bràVe '<pie >l!P»rât ëï ' LàntféS. Murât', n était
i^'^àniii àtf nîyèàii'dè sô» ôdUrâfge i' H ét«it
'iJ^Ati surplus,' aî'tehWîÂ^-l'ÉÉMpéj^tir, 1^^^^ * bttttifïi'^ Miiratii'eti èà'^pW iiiohid h^rrîfelé l ii<î'€St ilri iyêhevàéûi' ^énâ fcs mœw&îde FEu- » t6pè\ titië hïfrsfctidiï atix bienséances • pUblîif qubs: tîh Roî à fàft ftf^Bér'riii'lléî'pélcônikii » 6oïntne tel pAr ïxms fei^ autfes'! !!...;. Qiiél » clÉiarmè îl éi violé!". .. ./.'.•.; . • . . »
. ; it^^i^i i5. ^ , ,,
Bilt de notre eilL >— WeammaiM^baici. -m Hfetorîqti^ des trayaju^jc de Cherbour;;. ;
Sué les dix heiu^s^ TEmpareisr est 6ntjr4 dans ma chalbbre ; il ye&ait me surprendre , voulant se promener; Je l'ai suivi; il a marjch^ quielque^ temps vers le hms j od la calèche est venxie le pt^endre; îl y atait 1>ieii iong^teinps qu'il n'en slvait fait usage. J'étais 4seul avec Itiii^ et la con- VBVftatîon a roulé tout Je temps stir le bîU qnî lô côinee^ne^ et qui noua est étranger . ; J . .
(Juîltet 1816) DE SAINTE-HÉLÈNE. 49
An vetCfor ^ Ffimpereur a faé«té $"11 déjcûne-f vdi% seuB les^mvbrenr mais il ^e$t décidé: à rea^ Hfepy^t n*es!b paS; ressorti de tout le ')Xiiir>: il 'a dteé-<^ttt'; •''•:■''.' . '•:• ; ' -^ •
Aprèé' 8611 ^et i\ m^ fait 9p^elbr% îA'MsaiA, d«â >Mie^rQUtëi 4)tt joiirnatix «ndëm; Il y trcratiedt dl^rs^S'a&ei0dbt%9 et ciroèrwtam^^^ àe.Bieim^ mûr^kais^ '-■ Ckftie •* iébtcrre ^tiadt piquante par i'exr* ti^niie iJUfféhéBkie' dei'UiœiirA, bien q»e dans de<s teipps si! voisins; ËUe lai a [présëarté: )è Tèyage déihonk XTI. à Cherbourg 5i.$wle(]»el il s'^st ari^èfeé cptelquâitempd^t, jpkis il a:|>$iâsé wx^rÂ^ ▼aitx de fîhcipbbîiiv^eta! parcouru Acur histCKrique avec cette clarté , cette^ j^récâsion^ eë fiqumi^ qui ta^etéHâent touib ce qu'il dit. ' .
•GberbouTg se trouve au fond dîme- anse lemi-circulaire > dont les deux extrémités sont Tîle Pelée à droite , et la pointe Querqoeville à gadcbe. L'alignem^M qui joint ces deux points forme la coïrfc im ie diamètre , et court de FEst k l'Ouest-
Bu falc^* ^ ani îNorA ^ « et i trqS'^peui de distance , riti^t iiîeueâ i^tivii^iit y e^tk £ameilixPoritsi»oulb, le preïâi^ âTi^ea%il-des Anglais. Le reistè dé leurs
5o UÉMORUL. (Juiliet i8i(i)
côtes court presque parallèlement aux nôtres. La nature a tout fait pour nos rivaux ; à nous ^ elle a tout refusé. Leurs rivages sont sains et se nettoyent encore chaque jour ; ils présentent beaucoup de fond , une multitude d'abris ^ de havres , de ports excellens ; nos côtes , au con-5 traire, sont remplies d'écueils, elles ont peu d'eau et s'encombrent journellement davantage* Nous n'avons pas un seul véritable port de grande dimension dans ces parages; si bien que les escadres ennemies, mouillées à Portsmouth, n'ont pas même besoin de mettre sous voile»
pour nous inquiéter ; il leur ^suffit de quelque» bâtimens légers pour les avertir ^ et en un mo-< ment , sans peine et sans danger , elles se trouvent sur leur proie :.on pourrait dire que de là les Anglais sont tout à la fois et chez eux et chez nous.
Si nos escadres, au contraire, osetit se hasarder dans la Manche , qui ne devrait s'appeler, à bien dire , que la Mer Française j . elles s'y trouvent en péril permanent ; la tempête oU. la supériorité de l'ennemi . peut amener leur de$7 tcuction totale, parce que, dans les deux cas^
(Juillet 1816) DE SAINTE-HÉLÈNE. 5i
îl n'est point d'abri pour elles. C'est ce qui arriva à la fameuse journée de la Hogue , ou Tourville^ à la gloire d'un beau combat aussi inégal, eût pu joindre encore la gloire d'une belle re-» traite , s'il eût existé un port où se réfugier.
Dans cet état de choses , les gens à bonnes vues, aimant le bien de leur pays, vinrent à bout., à force de projets et de mémc^res , de déterminer le gouvernement à chercher dan»
le secours de l'art ceux dont nous avait privés la nature ; et après beaucoup d'hésitation et quelque tâtonnement , on s'arrêta sur la baie de Cherbourg, qu'il s'agissait d'abriter à l'aide d'une immense digue jetée dans la mer. Parla, nous devions obtenir, aux portes mêmes de l'ennemi , une rade artificielle où nos vaisseaux pourraient à toute heure et par tous les vents, courir sut luî, ou échapper à sa poursuite.
« C'était une magnifique et glorieuse entre-^ » prise , disait l'Einpereur , bien forte pour le » faire et pour les fii^ances de l'époque. On » imagina de former la digue par d'immensQjB » cônes construits à vide dans le port, et re- 9 morqués ensuite jusque sur leur emplacement.
5!i RIÉMOMAL (Juillet iBi6>
9^ OÙ iU étaient imniergés à' force de pierres » dont on les rctnpltôsai); *, ce qui, idÈu/tésite, * ctçiît fort' ingénieux. Louis XYI vint honorer »'*es bp<fraptîons dé s'a pi-éreaceç H <fîiiita; Vèr- » saUlieB;:ët ce lut tin grand éyéniemént. . Dân^ »' oès témpshih un 'Roi ne îquiftait jailrftis sa.de- »'nlenre ;' &es e|:cursIoii3 n'allâie&tptts.aurdeèsr «d'une partie de citasse,] H^ n& couiràiént pas » comme! anjèund 'irai:; et je ic^rpis' bien V 3J<)ù- » tait l'Empereur 9 que mioi ]e:n:*ài fias peu tcon^ »: tribuë à leè mobiliser. ; ' ' : ;
» Toutefois , comnae il: fallait biett que' les » ichUs^s portassent le cachet du teiop»> yfoilh », la : discussion intérinlaable.^: la rivaiité éteii- » .i^elle de Ja tqrre et ide la. to^r- 'qui yaîao* traia. n On eût dit à cet jégàrdquebJFraiice.fl y armait » dreux Rois , : ou q^e celvfi qui : ifégoait avait » deu;x intérêts , et devait ïiVoir daXtit ^oloiiSitéô ^ »'Ce qui faisait plutôt qtj'il ne» avait ;iWbune. i^'Içi il ne s!figîssait q^p de la tijer, e* pouHwt ? îUoa proûônça pour ,1a té^riç, n<«p ^air labotité
* Ces cônes, de soi^ant^ .pieds de hauteur, avaient cent 'qualité piedg dé dianrfètré â leur b'àse et soiiaiite àiicor soanlmet.
(Juillet 1816) D£ SAINTE-H£LÈN£. 53
» de ses raisons ^ mais par la priorûlé de ses » droits ; et où il s'agissait du sort de L'Empire , » on ne yit sans, doute qu'une affaire de hicrar- » chie y et par oela seul ^ le grand but, 1% nnaguin fique entreprise se tromra npDanq^ée^ La terre n s'établit à l'île Pelée et au fort QuerqUleyil)^ : Délie n'étaiî apipelée là que. C03Eaa»(e auxiliaire » de la digi^e y qui ét^ii elle-même l'affaire prîn- » cipale ; mais au li#i de cela , la teci^e com- » mençà par s'asseoir, et força ensuite la digiie » de se subordonner à sa bienséance , de. se i> placer, de se courber selon $on tir^ Qu'a^riya- » t-il? C'est que l'abri qu'on créait et qui de- » valt être calculé pour recevoii: la tU^^s^. de nos >» flottes, soit qu'î^ s'agit de ^frapper au co^ur de » l'ennemi , soit que le hasard les y fît prendre » refuge , n'oflfrit plus de place qu'à |i»e quip- > zaine de vaisseaux au plus, quand il en eut » fallu pour cent et au-delà , ce que l'on eût » obtenu sans plus de peine , ni bew^Qup plus » de dépenses, si l'on se fût porté plus en avant » dans la mer; seulement au-delà des points que » s'était adjugés et qu'avait fixés la terre.
» Une autre bévue bien caractéristique et
54 UÉMQRIAL (Juillet i$i6)
» qu'on aurait de la peine à imaginer^ c'est que » toutes les grandes mesures , pour la rade de » Cherbourg , furent prises et arrêtées ; la digue » commencée ; une des passes , celles de l'Est ^ » complétée ; et qu'on était sur le point de £c>r« » mer l'autre , celle de l'Ouest , sans s'être pro- » curé la connaissance exacte et précise de tou- » tes les sondes de la rade ; si bien que la passe » déjà formée , celte de é'Est , large de cinq > cents toises , poussée trop près du fort , n'ad- » mettait pas sans inconvénient des vaisseaux à » marée basse, et que celle que l'on allait for* )V mer à l'Ouest se serait trouvée impraticable , » ou du moins fort dangereuse , si le zèle indi- » viduel d'un simple oiBcier {}f.. de Ghavagnac) » n'avait fait à temps cette importante découft verte , et forcé d'arrêter l'extrémité gauche de » la digue à mille deux cents toises du fort de » Quërqueville , chargé de sa défense ; ce qui n me semble être *, et est en effet à trop grande » distance *. »
* Ce n*est qu'en 1789, c'est-à-dire cinq ans après le commencement des travaux, que le gouvernement donna l'ordre de sonder la rade et constater le fond.
{Juillet 1816) DE SAINTE-HÉLÈNE. 63
Du reste, le système des travaux de là digue, laquelle se trouve à plus d'une lieue du rivage , et porte plus de dix- neuf cents toises de long sur quatre-vingt-dix pieds de large , n'a pas été sans éprouver de nombreuses variations, commandées, au surplus, par Texpérience. Les cônes, qui dans le principe devaient se toucher par la base, furent bientôt espacés par force d'accident ou par vue d économie : la tempête les endommagea , les vers les rongèrent , le temps les pourrit; on? y renonça tout à fait, et l'on se contenta d'y substituer de simples pierres perdues, et quand on s'aperçut que la force des vagues rendait celles-ci mouvantes , on en vint à avoir recours à d'énormes blocs qui ont fini par répondre à tout ce qu'on attendait.
Ces travaux se sont continués sans interruption sous Louis XVL Nos assemblées législatives leur donnèrent d'abord un rédoublement d'activité ; mais les grands désordres qui suivirent
On n^ayàit travaillé jusque - là que sur des notions vagues et imparfaites!! {^Mémoire du baron Càchin , rnspecteur-genéral îles ponts et chaussées, )
56 MÉMORIAL (JuiUet i8i«)
biéntôl; les- firent absmdoimer tout à fait, et à 1 époque du. consulat^ il ne restmt.pkis de YeBr tige, à 1 œil , de cette fameuse digue. L'imper-faction première ,Je temps , la violence desflots^ avaient fait tout disparaître jusqu'à plusieurs pieds au-rdessous du niveau de la basse mer.
K Néanmoins un de mes premiers soins , di-* » sait l'Empereur, dès que j'eus pris le timon » des aiTaii'es , fut de tourner mes regards sur » un point aussi important. J ordonnai des con^ » missions, je fis discuter deyant moiy.fe. me » rendis maître de l'état des lieux , et je pro-» n nonçai que l'exhaussement de la digue serait » repris en toute hâte et à toute force ; que les » deux extrémités recevraient, • avec le temps, » deux! masisifs de fortification ^ mais que dès » cet instant même on allait se .mettre en me- » sure d'établir au centré une batterie provi- » soire considérable. Alors commencèrent de » tous côtés les inconvénien;» , les objections » » les vues particulières, l'amour-propre* des opi- » nions privéeg, etc., etc. Cela ne se pouvait » assurément pas, prétendaient plusiiçui^s,; je » n'en tins compte , j'insistai, je voulus, et cela
(XuHIet 1816) DJS SAINTE-HÉLÈNE. ij
fut fait. En moins de deux ans , on vit surgir, comme par magie, une île véritable, sur Ia-<quelle se montra une batterie dq gros calibre. Jusqu'à cet instant , les Anglais n'avaient guère fait que rire de nos effoi^ : ils avaient jugé dès le principe, disaient-ils, qulls de^ meûreraient sans résultai ; ils avaient deviné que lés dôneS ie détruiraient, que les petites pierres obéiraient aux vagues , et surtout il* s'en reposaient sur notre lassitude et notre inconstance. Mais ici ce fut toute autre chose ; aussi firent-ils mine dé louloir nous y ti'oubler ; mais ils s'y prenaient trop tard , j'étais déjà en mesure. La passe occidentale , il est vrai, était demeurée, par la force descbôses, extrêmement large , et les deux fortifications extrêmes ne croisant pas léui^ feu , il pouvait en résulter qu'un ennemi audacieux eût pu forcer le passage de l'Ouest, venir mouillef lui-même en dedans de la digue , et ^ècorn-* mencer là le désastre d'Aboukir. Mais aveé ma batterie centrale provisoire, j'y parais déjà. Cependant, comme je suis pour le permanent, j'ordonnai , en dedans de la digue , à son centre 5. 4
M MEMORIAL . (JuHiet 1816)
» etiCpiiime en soutien, en renfort d'elle, et ^j» pour lut semr à son tour d'enveloppe, un » énorme pâté elliptique dominant la batterie » centrale 9 et supportant luiTmême , en. deux » étages casemates^ et à l'épreuve de la bombe ^ M cinquante pièces de jgros calibre «vec vingt 1 mor^ers à grande portée, ainsi que les caser^ » nés nécessaires , magasin à poudre y citerne ^ » etc. y etc. ^
» J'ai la satisfaction d'avoir laissé ce bel ou- 9 vrage accompli*
» Ma défensive pourvue, je n'avais plus à » m'occuper que de l'oflFensivè., qui consistait à • pouvoir réunir à Cherbourg la masse de nos » flottes. Or, la rade ne pouvait contenir que » quinze vaisseaux. Pour en accroître le nombre, » je fis crteuser un port nouveau ; jamais les Ro- » mains n'entreprirent rien de plus fort, de plus » difficile, qui /dût durer davantage ! Il fut fouillé » dans le ,granit à cinquante pieds de profon- » deu^; j'en fis solenniser l'ouverture par la pré- » sence de Marie-Louise , lorsque j'étais moi- » même sur les champs de bataille de la Saxe.
i J'obtenais ainsi de pouvoir placer quinze
(^miletiSiô] DE SilNTE-HÉLÈME. S9
» vaisseaux de plus. Ce n était poûit ;a9$e« eu-- » core, aussi comptais -je m'éteodre bien au^ » trement. J'étais résolu de renouveler à Cher- » koui^ les merveilles de l'Egypte ; j'avais élevé » déjà dans la mer ma pyramide; j'aurais eu 4 aussi mon lac Moeris. Mon ^rand objet était » de pouvoir concentrer à Cherbourg toutes nos i » forces maritimes ; et areç 1q temps ^ au besoin y » elles eussent été immenses^ afin de pouvoir » porter le grand coup à l'ennemi«' J'établissais » mon terrain de manière à ce: que les deux na«
• tiens tout entières eussent pu, pour ainsi dire ^
» fte prendre^ corps à corps; et l'issue ne devait ;
• pas être douteuse, car nous aurions été phis
» de quarante. millions de Français contre quinze . » millions d'Anglais; j'eusse terminé par une \ 1 bataille d'Actium/ Et puis que Toalais -je de ; » l'Angleterre? Sa destruction? Non sans doute; » )e ne lui demandais que le terme d'une usur* » pation intolérable ; la jouissance de droits im-
• prescriptibles^ et sacrés ; l'affranchissement, la » liberté des mers ; l'indépendance , l'honneur » des pavillons ; je parlais au nom .de tous et » pour tous, et je l'eusse obtenu de eré ou de
«o UÉMORIÂL (Juillet iai6>
• forée i j^ftms pour moi la pffiisst&ce , k bon w droit, le mseu des naUons, etc. , ela f
J'ai des raisons de croire que l'Empereur , dégoûté des pertes qu'avaient coûté sur mer les tentatires partielles^ éclaiié par une funeste ^expérience , arait adopté uq nouveau système de guerre maritime*
Insensibleiaent la qqerelle entre rAngleteit« «t la Franœ «raitpris la tournure d'une véritable lutte à mèrt. L'irritation de tous 1^ Aurais contre Napoléon était au dernier degré; ses dé» crets de Berlin et 4^ Milaxi, son système conti« tiental, ^s expressions offensaoïtes, avaient sou«> levé tous les esprits au-delà de la Manche ; tandis que 1|8S ministres., par leurs libellei^, feurs ïg» postures et tous les moyens imaginables , avaient achevé d'y mettre en jeu toutes les passicms^ pour nationaliser tout à £sdt la querelle ; aussi , en plein parlesnent, avait-on proclamé la guerre perpétuelle y ou du moins viagère. L'Empereur crut devoir façonner ses plans sur cet état de choses, et fenonça dès cet instant, autant par calcul que pa^ nécessité, à toutes croisières, toutes opérations lointaines, toutes tentatiYes
(Juînet 1816) DE SAINTE-HÉLÈNE. «t
chanceuses ; il se détermiDa pour la stricte dé« feasiye^ jusqu'à ce que les affaires du çontiôent fussent terminées^ e% que ses forces maritimes accumtilées lui permissent de frapper plus tard à coup sûr. II retint donc tous des bâtimeûs dans ses ports, ne songea plus qu'à multiplier graduellement nos ressources navales , 'sa|is )es compromettre davantage : tout ne fut plus calculé que pour un résultat éloigné.
Notre inarine avait fait de grandes pertes en vaisseaux, la plupart de nos bons matelots étaient prisonniers en Angleterre , et tous nos ports se trouvaient bloqués par les forces anglaises qui en gênaient les comn^unications. L'Empereur ordonna des canaux en Bretagne , à l'aide desquels /en dépit de l'ennemi, on devait communiquer désormais de Bordeaux , Rochefort , Nantes, de la Hollande^ Anvers, Cherbourg aveq Brest, et. lui proeurer les approvisionnemens en tous genres dont il pouvait manquer- 11 voulut avoir à Flessîngue ou dans le voisinage,, des bassins proprés à recevoir , durant l'hiver , la flotte d'Anvers toute armée, et pouvoir la mettre en mer dans les vingt-quatre heures :
6a MÉMORIAL ' (Juillet 1816)
car dans I état présent elle était retenue prisonnière par les glaces dans TEscaut quatre ou cinq mois de Tannée. Enfin , il projetait, dû côté de Boulogne ou quelque endroit de cette côté, une digue pareille à celle de Cherbourg, et entré Cheirbourg et Brest un mouillage convenable à rile-à-Bois,'le tout pour assurer, en tout temps et sans péril , la libre et pleine communication de nos vaisseaux de haut bord depuis Anvers i jusqu'à Brest. Quant au manque de matelots et aux grandes difficultés d'en former, il fut ordonné d'y pourvoir en exerçant chaque jour dé jeunes conscrits dans toutes nos rades. Ils seraient placés d'abord sur des jpetits bâtîmens légers : une flotille de ce genre devait même naviguer dans le Zuiderzée ; de là ils seraient versés sur les gros vaisseaux, et remplacés aussitôt pa/ d'autres qui devaient suivre. Les vaîi^ seaux, de leur côté, avaient ordre d'appareiller chaque jour, de multiplier leurs exercices, d'évoluer autant que l'espace le permettrait, d'aller môme échanger des coups de canon avec l'onnemi , pourvu qu'on fût certain de ne pas se trouver engagé, etc. , etc.
(Jvillet 1816) DE SâINTB-HÉLÈNE. 63 '
Restait la quantité' dé nos vaisseaux ; elle était' grande encore malgré toutes nos pertes ; et l'Empereur calculait pouvoir en construire vingt ou vingt-cinq par an j les équipages s en trouveraient formés au fur et à mesure; si bien qu'au bout de quatre ou six ans^ il eût pu compter sur deux cents vaisseaux de ligne , et peut-être sur trois cents au bout de dix ans sll s'y fût trouvé forcé. Et qu'était oe temps ^ «n regard avec la guerre perpétuelle ou viagère qui nous était vouée ? Cependant les affaires sur terre se seraient terminées, et tout le continent fût entré dans nôtre système; l'Empereur eût pu ramener le plus grand nombre de ses troupes sur nos côtes; et c'est dans cet état qu'il comptait enfin rendre la lutte décisive. Toutes les ressources respectives des deux nations eussent été mises en jeu, et nous devions alors, pensait-Il^ soumettre nos ennemis par la force morale , ou les étouffer par notre force matérielle.
L'Empereur projetait pour la marine plusieurs idées, et comptait employer une partie de sa tactique dé terre. Il établissait sa ligne offeujsive et défensive du cap Finititère^ aux boit»
64 MEMORIAL (Juillet 1816)
cfaes d^ l'Elbe. Il eût eu trois corps d'escadre avec des looiraiix eii chef, eomine il arait des corps d'arasée avec leuiy généraux eu chef : ce* lui dp centre aurait eu son quartier-général k Cherbourg ; celui d^ gauche à Brest t et celui de droite, à Anvers. De moindres divisions aux ex** f rémités, à Rochefort et au Ferrol, au Texel et aux bouches de l'Elbe , pour tourner et débor«» d^r rennemî .par ses flancs. De kiombreuses staK fions intermédiaires unissaient tous ces points ^ ^% Iqw» amiraux e& chefs Respectifs leur étaient sans cesse comme présens , à l'aide des télégraphes qui^ bordant la câte, tenaient ce grand enseQible en coxistante communication*
Cependant quel pairtî eussent pris les Anglais di|r^n| nos prépa^lttife et notre accroissement progressif? Sussent-ils continué de bloquer nos l^rts? Nous aurions eu la satisfaction de les voir forcés d'alimenter leurs croisières; nous les aurions amenés à avoir cent «et cent cinquante vaisseaux constamment exposés chaque jour, sur nos côtes, fus: hasards de la tempête, aux dangers des écileîls, à toutes les chances de désastres jays^t pio^r ppus, au contraire, toutes
(Juillet i»i6} DE S&INT£-BÉLÈNB. 63
cel}es du raccès^ si jamus les accideas de la na* ture ou les fautes de leurs amiraux amenaient quelque catastrophe imprévue , laquelle, par 1» suite du temps ^ ne pouvait manquer d'arriveré Quel avantage n^en ^urions^pous pas tiré ^ nous , frai^ et en bon état, qui guettions ce moment, toujours prêts à mettre sous voiles et à qombat* tre! Les Anglais se seratent41s lassés? JKos vais» seaux sortaient aussitôt pour exercer, former leurs équipages.
Nos armemens complétés et le moment déeî»
sif approchant, les Anglais, effrayés pour leur ile, se seraient -ils groupés en tète de leur» principaux arsenaux, Plymouthf Portsmoutb et la Tamise? Nos tirois corps, de Brest, Cherbourg et Anvers, allaient à eux, et nos ailes les^ tournaient sur Tlrlande et sur l'Ecosse. Se dé* terminaient- ils, fiers de leur adresse et de leur courage, à se présenter en masse? Alors le tout se trouvait réduit à une affaire décisive, dont nous aurions choisi nous-mêmes le temps, le lieUf la saison; et c*est ce que l'Empereur appelait sa bataille d'Actium , dans laquelle , si nous étions battus, ikous n'éprouvions que de-
66 MÉMORIAL (JniUet 1816)
simples pertes, tandis que si nous triomphions, l'ennemi cessait d exister. Or, nous ne pouvions que triompher, disait-il; car les deux nations se trouvaient alors corps à corps, et nous étions quarante et quelques millions contre quinze ; il en revenait toujours li, Telle avait été une de ses hautes idées, unç de ses gigantesques coxrceptions»
Napoléon a si prodigieusement fait^ que ses œuvres, ses monumens semblant se nuire les uns les autres jpar leur nombre, leur variété, leur importance ; aussi aurais-je bien voulu consignier ici rensemble de ses travaux exécutés à Cherbourg , et ceux qu'il y aVait projetés. Un des hommes précisément du métier même , et l'un de ses premiers omemens, m'en h promis le tableau. S'il me tient parole, on le rencontrera dans les volumes sûivans ^
Mardi i6.
Longue audience donnée au Gouverneur. — Conversation remarquable.
Sur les neuf heures, l'Empereur a fait un
* Voyez tome 7, samedi deux' novembre 1816» "
(Juillet i8i'6) DE SAINTE-HÉLÊNE. 67
tour en voiture ; il y avait un vaisseau en vue quil a lorgné. Il a fait monter dans sa calèche le docteur, qu'ila trouvé considérant ce bâtiment. Au retour, il a déjeûné en plein air; nous y étions tous. Il a beaucoup entretenu le docteur sur. la conduite du Gouverneur à notre égard , sur ses perpétuelles vexations , etc. , etc. •
Sur les deux heures ou est venu demander à.
l'Empereur s'il voulait recevoir le Gouverneur. Il lui a donné une audience de près de *deux heures, a parcouru, sans se fechier, disait-ir, tous les objets en discussion* Il lui a récapitulé tous nos griefs, énuméré tous ses torts; a parlé tour à tour à sa raison , à son esprit , à ses sentimens, à son cœur, c Je Tai mis à même de » tout réparer, de retravaîDer à neuf, disait-il; > mais vainement , car cet homme est sans fi- » bres : il n'en faut rien attendre. »
Ce Gouverneur Favait assuré , disait l'Empereur, qu'en arrêtant le domestique de M. de Montholon , il avait ignoré qu'il fût à notre service; il a ajouté qu'il n'avait point lu la lettre cachetée de M™* Beirtrand. L'Empereur lui a fiiit observer que sa lettre au comte Bertrand
€» MÉMORIAL (Juillet 181O)
était tout à fait en dehors de nos mœurs^ et tout à fait en opposition avec nos préjugés ; que si lui. Napoléon > étant simple général et confondu dans la vie privée, avait reçu de luî , Gouverneur, tine telle lettre, il se serait coupé la gorge avec lui; qu'on nlnsultaît pas, sous peine de réprobation tociale , un homme aussi connu I et aussi vénéré sans doute en Europe, que devait Tètre le Grand-^Maréchal ; qu'il ne jugeait pas bien sa situation avec nous ; que tout ce qu'il faisais ici était déjà l'histoire, que même la conversatiop de cet instaat était l'histoire. Qu'il blessait chaque jour par sa conduite , sou propre gouvernement , sa propre nation , et qu'il pourrait lui en coûter avec le temps. Que son gouvernement le désayouerait à la fin, et .qu'il resterait sur son nom une tache qui rejaillirait sur ses énfaps* c Youléz-vous, lui disait » TEmpereur , que je vous dise ce que nous » pensons de vous? Nous vous croyons capable 9 de tout, ifiats 4e tout; et tant que vous det meurerei: avec votre haine, nous demeurerons » ayec notre pen$ée» J'attends encore quelque .n temps, parce que j'aime à être sûr; et je me
(JoiHet 1816) DE SAINTE-HÉLÈNE. frg
9 plaindrai alors de ce que le plus mauvais pro« » cédé des mi&istres n'a point été de m'envoyer « à Sainte-Hélène ; mais bien de vous en avoir
• donné le commandement Vous êtes pour nous
• un plus grand fléau que toutes les misères dé »cet affreux rocher. • ^
Le Gouverneur répondait à tout cela qu'il allait rendre compte à son gouvernement; qu'avec l'Empereur il apprenait du moins quelque chose^ tandis qu'avec nous, il ne faisait que s'aigrir, et que nous envenimions tout*
Du reste, au sujet des commissaires despuis^ sances , que le Gouverneur demandait à présenter à l'Empereur, l'Empereur les a refusés dans leur capacité politique ; mais il a dit au Gouverneur qu'il les recevrait volontiers ciomme hommes privés ; qu'il n'avait d'éloignement pour aucun d*euK , pas même pour celui de France , M. de MontckeriUj qui pouvait être un fort brav^ homme, qui avait été Son sujet dix ans, et qui, ayant été émigré , lui devait probablement à lui. Napoléon , le bienfait de sa rentrée cri France ; et puis, après tout, c'était un Français; que ce
70 M&MOBUL (Juillet 1&16)
tilne éiait ÎMfiaçable povr lui^ qu'il n'était point d'opipion qui pût le détruire à ses yeux., etc.
Enfin , au sujet des bâtisses nouvelles à Long^ woody dont la proposition avait été le grand objet de la visite du Gouverneur, l'Empereur avait répondu qu'il n'en voulait point , qu'il préférait demeurer mal comme il était, que d'àcbeter un mieux très -éloigné au prix de beaucoup de bruit et de remue-ménage; que les constructions dont il venait de lui parler demandaient des années pour leur accomplissement, et qu'avant ce temps, ou nous ne vaudrions plus ce que nous coûtons, ou la Providence l'aurait délivré de nous , etc* , etc.
Mercredi 17.
Sur les. belles Italiennes. — JUadame G -r-^
Madame *** et Berthier.
L'Empeçeur m'a fait appeler sur les deux heures ; il a fait sa toilette et est sorti en caléche. M™ de Montholon était de la partie : c'était sa première sortie depuis ses couches, La conversation a roulé particulièrement sur les Italiennes, leur caractère, leur beauté.
(Juillet s8i6} DE SAIMTE-HIÏLÈI^E. 71
Le jeu&egéiiéii^al qui fit la ooQqu^le de llta« lie, y excita y dès le premier instant, tous les enthousiasmes et toutes les ambitions ; FEmpej'eur se complaisait à l'entendre et à le i^edire. Il n'y avait pas de beauté surtout qui. n'aspirât à lui plaire et à le toucher^ mais ce fut en vain. « Mon âme était Irop forte, disaitril, pour don- » ner dans le piège t sous les fleurs je jugeais du I précipice. Ma position était des plus délicates , 9 je conunandais de vieux généraux.; ma tâche » était immense ; des regards jaloux s'attachaient » à tous mes mouvemens ; ma circonspection fut » extrême. Ma fortune était dans ma sagesse ; • j'eus pu m'oublier une heure , et combien de » mes victoire^ n'ont pas tenu à pfus de temps ! »
Plusieurs années après , lors du oouroniie-
ment à Milan , la célèbre chaftteuse G attira
son attention; les circonstances étaient moins austères :rillafitdej]:iander, et après le premier moment ^d'une prompte connaissance, elle se mit à lui rappeler qu'elle avait débuté précisément, lors des premiers exploits du général de l'armée d'Italie. « J'étais alors , disait-elle , dans » tout l'éclat de ma beauté et de mon talent. Il
7$ MÉMORIAL (Juillet 1816)
» n*était question que de moi dans les Tierges « du Soleil. Je séduisais tous les yeux-; j'enflam- » mais tous les cœurs. Le jeune général seul
• était demeuré froid ^ et pourtant lui seul m'oc-
• cupait 1 Quelle bizarrerie ^ quelle singularité ! » Quand je pourais valoir quelque chose , que
• toute l'Italie était à mes pieds, qtié je là dé-
• daignais bércriiquement pour un seul de Vos » regards , je n'ai pu Tobtenir i et yoilà que ydus ib les laissez tomber sur moi , aujourd'hui que
• je n^en vaux plus la peide , que je ûe suis phrs » digne de vous 1 »
La fameuse M"^^ *** était aussi dans Iti foule des Armides« Lasse dé perdre son temps*, elle 3e rabattit sur Berthier, qui, dès ce pre^ mier instant , ne vécut plus que pour elle. Le général en chef lui donna un jour (à Berthier) un diamant magnifique dé plus de cent miiie francs. < Tenex , lui ditnil , gattlez éela ; nous 9 jouons souvent gros jeu ; que cela voUs soif , » au besoin , une poite pour la soif. » Vingfquatre heures étaient à peine écoulées que M~ Bonaparte vînt entretenir son mari d'uù diamant qui faisait le Sujet dé son admiratloir.
(Juillet 1816) DE SAINTE-HÉLÈNE. ^5
C'était la poire pour la soif qui avait déjà passé de la main de Berthier sur la tête de M"* ***. Celle-ci depuis , ajoutait Napoléon , n'a cessé de gouverner Berthier dans toutes les circonstances de sa vie.
L'Empereur , avec le temps , ayant comblé Berthier de ricliesses et dliobneurs ^ le présidait souvent; de se marier. Berthier résistait tou'jours; M"* *** pouvait seule, disait-il, faije son bonheur. Mâis^ cependant une duchesse dé Bé^ vière étant venue à Paris, dans l'espoir dé se faire marier par l'Empereur, le fils de M^ *** fit connaissaoïce avec elle. M"* *** crut faire merveille et travailler à la fortune de son fila tout en mariant son aknant ; elle décide donc Berthier à époùspr cette princesse de Bavière. Mais il û'est point de sage projet dont ne se rie la fortune ! disait l'Empereur ; à peine le mariage étâit-îl. consommé qtié le mari de M"* *** vint à mourir , et laissa sa femme libre. Ce fut alors pour ejile'^et pour Berthier Un Yrsà désespoir ; ils étaient inconsolables. Berthiei* vint pleurer auprès de l'Empereur , qui l'envoya pro^ m^ner. Quel malheur était le sien , di!(ait-il ^ 5. 5
74 MÉMORIAL (Juillet 1816)
a?ee un peu plus de constance' , M*"* *** aurait pu être sa feoinïe ! etc. , etc.
Jeudi 18.
Faubourgs Saînt-Germaio. — Aristocratie; 4oinpcrati«* ' — L'Empereur eût roulii épouser une Française.
Sur les quatre heures , l'Empereur m'a fait demander ; il se trouvait très^faible ; il s'était oublié trois heures dans un bain fort chaud , et s*était fait «une b'rûlnre à la cuisse droite arec le robinet d'eau bouillante ; il y avait lu deux volumes. Il s'est rasé , et n'a pas voulu s'habiller.
A sept heures et- demie , l'Empereur a cotnxnandé deux couverts dans son cabinet. Il s'est trouvé fort contrarié qu'on eût dérangé ses papiers pour faire usage de la table , les a fait remettre, et a ordonné qu'on se servit d'une auti^e petite table.
Nous avons causé long-temps; il m'a remis sur des sujets qui lui reviennent souvent avec moi , et dans lesquels je dois tâcher de ne pas me répéter, d'autant plus qu'ils ont aussi bien des charmes pour moi. Nous avons beaucoup parlé de nos jeunes ^innées, de notre tentps de
(Juillet 1816) DE SAINTE-HÉLÈNE. jf3
rÉcoIe Militaire* De là , il est passé de nouveau aux écoles qu'il avait établie^ à Saiut-Cyp et à Saint-Germain. Enfin, il est revenu sur Fémigration et sur ce qu'il appelle nos encroûtés. Il s'était animé , avait pris ée la gaité , à la suite de certaines sftiecdotes que je lui citais du faubourg Saint-Germain , relatives à sa personne % et comme les plus petits objets s'agrandissent aussitôt qu'il les touche , il a dit : « Je vois bien » que j'ai mal fait mes arrangemens avec votira » feubourg Saint-Germain : j'ai .fait trop ou trop » peu. J'ai fait assez pour mécontenter le parti t opposé^ et pas assez pour m'attacher tout à t fait celui-là. Pour quelques-uns d'entre eux » qui sont avides d'argent, la foule se fût côn- » tentée de hochets et de vent, dont j'eusse p^ » la gorger sans blesser au fond nos nouveaux » principes. Mon cher, j'ai fait trop et pas assez, » et cependant cela m'a fort occupé. Malheu- » reusement j'étais le seul dans mes intentions ^ • tout ce qui m'entourait les contrariait au lien » de les servir, et pourtant il ne pouvait y avoir » que deux grands partis à votre égard i celui » à*esciirper ou celui de fusionner. Le premier
;Ç MÉMORIAL (Juillet 1816)
» ne pourait entrer dans ma pensée ; le second » n'était pas facile ^ mais je ne le croyais pas au- » dessus de mes forces. Et en effet, bien que » nullement secondé, contrarié même, )*en étais » venu à bout Si je finisse demeuré , la cbose se
* trouvait accomplie. Cela semblera prodigieux 9 à celui qui sait juger du cœur des hommes et » de l'état de la société. Je ne pense pas qu'on
* ait rien à citer de pareil dans l'histoire ; qu'on i» puisse montrer un aussi grand résultat obtenu Y en aussi peu de. temps. J^en avais mesuré toute 1 Fimportance. Je devais compléter cette fusion ,
* cimenter cette union à tout prix ; avec elle 1» nous, eussions été invincibles. Le contraire » no^s ^ perdus , et peut prolonger long-temps
* enoore le$ malheurs, Tagonie, peut-être, de » 4^etle pauvre France% Je le répète de nouveçiti , » j'ai fait trop ou trop peu : j'aurais dû m'atta- » cher rémigration à sa rentrée , l'aristocratie
* m'eût facilement adoré ; aussi bien il m'en » fallait une; c'est le vrai, le seul soutien d'une
* monarchie, s(ha modérateur , son Ijevier, son
* point résis^nt : l'Etat sans elle , est un vais-
* seau sans gouvernail, un vrai.bal|on dans les
(Juillet 1816) DE SAINTE-HÉLÈNK '^y
» airs. Or, le bon de TaristoGratie, sa magie^ 9 est dans son ancienneté , dans le temps ; et » c'étaient les seules choses que je ne pusse pas » créer; mais je manquai d'intermédiaires, M. d&
• Breteuil s'était insinué auprès de moi, et m'y
» portait M. de T , au contraire, qui
> n'en était pas aimé sans doute , m'en éloignait » de tous ses moyens. La démocratie raisonnable n se borne à ménager à tous l'égalité pour pré* » tendre et obtenir. La vraie marche eût été k d'employer les débris de l'aristocratie avec le* n formes et l'intention de la démocratie. Il faK 1^ lait surtout recueillir les noms anciens^ ceux » de nétre histoire ; c'est le seul moyen de % vieillir tout aussitôt les institutions les pfu^ » modernes.
' » J'avais là-dessus des idées tout à moi. Si % l'Autriche et la Russie eussent fait des diffi- % cultes , j'allais épouser une Française ; f aurais. » choisi un des premiers noms de la monarchie,. » c'était même là ma première pensée , ma véri-
• table inclination ; mes ministres ne purent
• m'en empêcher qu'en implorant la politique' » Si j'eusse eu autour de moi des Montmorency \
{-H MÉMORIAL {Juillet 1816}
» des Nesle, des Clisson^ feuss^ fait épouser ^ leurs filles aux souverains étrangers en les » adoptant. Mon orgueil et mon plaisir eussent » été d étendre ces belles tiges françaises , si » elles eussent été ou si elles se fussent données À tout à fait à nous. Us n'ont pas su îme deviner I » Eux et les miens n'ont vu en moi que des pré* » jugés, lorsque j'agissais par les plus profondes 1 combinaisons. Quoi qu'il en soit , les vôtres ^ ont plus perdu en moi qu'ils ne pensent !••••• » Ils sont sans esprit , sans connaissance de la » véritable gloirci Par quel malheureux pen- » chant ont-ils préféré d'aller se vautrer Sans la » fange des alliés , ay lieu de me suivr^^ sur la 1» cime du Simplon pour y commander le res- » pect et l'admiration du reste de l'Europe. Les
«insensés! Au surplus, a-t-il continué,
» j'avais dans mon portefeuille , le temps seul » m'a manqué , un projet qui m'eût rallié beau* » coup de tout ce monde-là, et qui, après tout, » n'eût été que juste; C'est que tout descendant » d'ancien maréchal ou ministre, etc., etc., eût » été apte, dans tous les temps, à se faire dé- » clarer duc , en présentant la dotation requise^
(Jtiîllet 1816} DE SAINTE-HÉLÈNE. 79
» Tout fils de général 5 de gourerneur de pi'o-^ » yince, etc, etc. , eût pu en tout temps se faire » r<?connaître comte , et ainsi de suite. Ce qui » eût avancé les uns , maintenu les espérances » des autres, excité l'émulation de. tous , et n eût » blessé Torgueil de personne; grands hochets , » tout à fait innocens , du reste , dans ma marche » et mes combinaisons.
. )^ Les nations vieilles et corrompues ne se » gouyernent pas comme les peuples antiques et » v^ertueux. : pour un aujourd'hui qui sacrifierait », tout au biqn public , il^ en est des milliers et » des millions qui ne connaissent que leurs inté» » rets, leurs jouissances , leur vanité : or, pré- 9 teindre régénérer un peuple en un instan^t et » en poste, serait un acte de démence* Le gé&ie » de l'ouvrier doit être de savoir employer le» » matériaux qu'il a sous la main ; et voilà , mon^ î^^^chier, un des secrets de la reprise de toutes^ » les formes monarchiques, du retour des titres , » des croix, des cordons. Le secret du législa-' » teur doit être de savoir tirer parti même de* » travers de ceux qu'il prétend régir. Et après >.tputicl, tous ces colifichels présentaient peu
^o MÉMORIAL (Juillet 1816)
» 4'inc<m?énienSy et nëtaient pas sans quelques 9 ayantages. Au point de civilisation où nous » demeurons aujoûrdliui , ils sont propres à » 'appeler les respects de la multitude , tout en 9 commandant aussi le respect de soi-même; ils » peuvent satisfaire la vanité du faible , sans effa- » roucher nullement les têtes fortes, etc. , etc. » Il était fort tard, et l'Empereur en me congédiant , a dit : « Allons , mon cher , voilà encore » une bonne soirée. »
N. B. Que de conversations de la sorte j'aî perdues par le manque de développemens lors de h première rédaction ! car il n'en était aucune,, sur quelque sujet que ce fût, qui n'étin* celât çh et là d'expressions et de traits fort remarquables. £n me lisant on jouira peut-être de ce que l'on rencontrera; moi, je ne sens, je ne songe qu'à ce j'ai perdu ! Quand je consignais négligemment quelques lignes dans mon t journal, j'avais l'esprit tout plein de l'ensemble' qui dèVait être, selon mon intention, développé à peu de temps de là, et puis j'étais près de la source qui devait couler encore pour moi le lendemain. Aujourd'hui, le temps, les tour-
(Juillet 1816) DE SATNTE-HÉLtlNE. 81
meus , la douleur , ont tout effacé ; cependant il ne se p^se pas de jour qu'il ne revienne à ma mémoire quelques fragmens épars , quelques idées , quelques phrases , quelques mots isolés ; mais où est leur place? quel sera leur à propos? Voilà Tobjet dW travail; et quelque léger ^ quelque satisfaisant qu'il paraisse , il se trouve encore au-dessus de mes forcer : mon état ne l'admet point.
Vendredi 19.
Le Feu prend à notre établissement. — Étiquette de Longwood.
Le feu a pris^ dans la nuit, à la cheminée dix salon; il n'a éclaté qu'au jour. Deux heures plus tôt , rétablissement était consumé,
L'Empereur s est promeUé ; nous étions plusieurs autour de lui ; nous avons fait à pied le tour du parc.
Dans la route, la boucle de son soulier est venue à s'échapper, nous nous sommes précipités pour la remettre; le plus prompt a été le plus heureux. L'Empereur, qui ne l'eût pas permis aux Tuileries, s'y est prêté ici avec une
83 MÉMOaiÂL (Juillet 181^
espèce de salis&Gtion t il laissait faire > et nou$ lui saTions gré de ue pas nous^priver d'^n acte qui nouis honorait. à nos. propres yeux.
Ceci me conduit à observer que je n'ai point encore parlé de nos tiiianières habituelles auprès de sa personne 9 et jedoi^ le f^e^d'autantpluSj que plusieurs journaux de Xondres. nous sont arrivés pleins de contes absurdes à ce sujets qu'ils répandent en Europe^ en afl^rn^ant qw l'étiquette impériale était au;jsi rigoureusen^eçt observée à Longwood qu'aux Tuileries..
L'Empereur était constamment pour nous îe meilleur et le plus paternellement familier des hommes. Pour nous , nous demeurions , vis-àvis de lui, les plus attentifs^ les plus respectueux des courUsans ; nous cherchions en tout ten^s à deviner ses désirs ; nou$ épiions tous ses besoins ; à peiné avait-il commencé un gesteque nous étions déjà en mouvement.
Aucun de nous n'arrivait dans sa chambre sans avoir été appelé , et si l'on avait quelquechose d'important à lui communiquer , on fai-*^ sait demander à être reçu. S'il se promenait avec un de nous tête à tète, nul autre ne venait le»
(Juillet 1816) DE SAINTE-HÉLÈNE. 83
joindre sans être appelé. Dans le principe ^ &ou$
déineurions constamtnènt chapeau. bas auprès
de sa personne, ce qui semblait étrange aux
Anglais , qui avait reçu Tordre supérieur de se
couvrir après l'avoir abordé. Ce contraste parut
si ridiciile à TEmpereur , qu'il nous oommaada(f
une fois pour toutes , de nef pas faire autrement
qu'eux. Nul, excepté les deux dames « ne s'as*
seyait devant lui qu'il ne l'eût ordonné* Jamais
la parole ne lui était adressée sans son interpel»
Jation , à moins que la discussion ne fût engagée;
et toujours^ et dans tous les cas, il gouvernait la
conversation. Telle était l'étiquette de Long-^
wood, purement, comme on voit, celle deaos
souvenirs et de nos sentimens.
Au retour, l'Empereur a reçu et a questionné long-temps le Master (maître d'équipage) du Néwcastle. •
L'incendie du salon et un billard qu'on établît dans la salle à manger ^ nous a fait dîner clans le cabinet topographique. Le dîner fini, nous avons été obligés de demeurer long-temps à table , faute d'autre pièce où nous puissions nous reftdre. La conversation , du reste ^ a sem-
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84 MEMORIAL (Juillet iSiÇ)
blé y gagner ; on d'est trouvé plus rapproché , mieux établi ; on a eausé davantage , plus facilement; la soirée a passé {rftis vite.
Samedi 20.
Dépôts de mendicité en France. «- Profets de Napoléon sur rnijrie. -^ HôpitaQX. — Enfiins trouvés. — Prisonniers d*État — Idées 4a l'Empereur.
' L'Empereur m'a fait appeler dans la matinée ; je l'ai trouvé lisant un ouvrage anglais qui traitait de la taxe des pauvres , de son immensité , de l'innombrable quantité d*individus à la charge de leurs paroisses; oti n'y comptait que par tnfflions d'hommes et oentaines de millions d'argent*.
L'Empereur craignait d'avoir mal lu , d'avoir fait un contre-sens; cela ne lui semblait pas possible y disait-il. Il ne comprenait pas par quels vices îl pouvait se trouver autant de pauvres dans un pays aussi riche, aussi industrieux, aussi plein de ressources pour le travail, que l'Angle-* terre. Il comprenait encore moins par quelle
*■ Voyez tome 2* , note de la page ag.
(Juillet îSi6) DE SAINTE-HÉLÈNE. 8S
merveille les propriétaires , surchargés de leurs effroyables taxes ordinaires et extraordinaires , pouvaient subvenir en outre aux besoins de cette multitude. « Mais nous n'avons, rien de compa* » rable chez nous , au centième , au millième , 9 observait-il? Ne m'avez-vous pas dit que je » vous avais envoyé en mission^ particulière dans » les déparlemens , au sujet de la mendicité ? «Voyons, combien avions-nous de mendians?
9 Que coAtaient-dls? Combien avais-*je créé de » maisoiDA de mendicité ? Que renfermsdent-eHes » de reclus? Où en était Textirpation ?»
A cette foule de questions , je me suis vu forcé de répondre qu'il s'était écoulé déjà bien du temps , que beaucoup d'autires objets avaient frappé depuis mon esprit, qu'il me serait impossible de répoudre de mémoire i mais que j'avais précisément Ce rapport dans mojçi peu de papiers^ et qu'à la première foia qull daignerait m'appeler, je serais en état de le satisfaire, c Mais allez me le chercher tout de suite , a-t-il • dit , les choses ne fructifient que quand elle» « sont appliquées ii propos , et puis je l'aurai » bientôt parcouru , avec U pouce ^ comme dit
86 MÉMORIAL (Juillet 1816)
» ingt^aieasement Tabbé dePradt^ biea qu'à dire^ » Trai , je n'aime pas trop aujourd'hui à m'oc-. » cuper de pareils objets : ils me rappellent la
* moutarde après dîner. »
En deux minutes ce rapport fut sous ses yeux, «i Eh! bien , me dit l'Empereur , en fort peu de » minutes aussi, car on eût dit réellement qu'il » avait à peine feuilleté,, eh ! bien, cela ne resi semble en efiet en rien à l'Angleterre. .Toute-.» » fois, notre organisation avait été manquée ; je » l'avais bien soupçonné, et c'est pour cela que 9 je vous avais envoyé en mission. Votre rapport » eût parfaitement répondu à mes vues. YjOUS » abordez franchement la chose , en honnêtQ » homme , sans craindre de déplaire au ministre » en lui enlevant une foule de nommations.
» Il y a grand nombre de vos détails qui me » plaisent. Pourquoi n'êtes-vpus pas venu m'en
* parler vous-même ? vous m'auriez satisfait ,
* j'eusse appris à vous juger. — Sire, pour celtn » fois cela m^eût été impossible $ nous étions » déjà dans la confusion et l'encombrement » causés par nos malheurs, -r^ Vous y faites una » observation très-justô , vous posez une basQ
(Juilfot t8i6) DB SAINTE-HiLËNE. 67
» incontestable $ c'est que ^ dans lëtat florissant » où farais placé l'Empire , il n'y avait nulle part » de bras qui pussent manquer de trayail. L^ » paresse, les vices senls^ pouvaient enfante^' 9 les mendians.
» Yous pensez quo leur eiLtiipation totale était » possible; moi aussi, ^ j'en étais convaincu^ t Votre levée en masse pour construire une yastç » et unique prison par département, tout k H » fois appropriée au repos de la société et au » bien-être des reclus; votre idée d'en faire de^
> xnonumens pour des siècles, eussent attiré mon 9 attention. Cette gigantesque entreprise , soii ■ atilité , son importance , la durée de ses résul- » tats, tout cela était dans mon genre,
» Quant à votre université du peuple , je 9 crains bien que ce ne fût une belle chimère » de philanthropie du pur abbé de Saint-Pierre^ ?moa cher; toutefois, il y a du bon dans la 9 nasse de ces idées; mais il faudrait une autre » force de caraçtèref»une autre roideur de per-
> sévérance que nous n'en avons généralement 9 pour en faire arriver quelque chose à bien.
» Du reste , je vois ici et j'entends de vous
88 MÉUORIAL (Juillet 1816)
journellement des idées que je ne vous soupçonnais pas , et ce n'est pas du tout ma faute 1 vous étiez près de moi , que ne vous communiquiez-vous ? il ne m'était pas donné de deviner. Ces idées , eussiez-vous été ministre , et quelques chimériques qu'elles m'eussent paru tout d'abord , n'en eussent pas moins été accueillies , parce qu'il n'est pas , à mon ^vis , d'idéalités qui n'aient un résidu positif; et que souvent un germe faux, à l'aide de régularisation 9 conduit à une résultat vrai. J'eusse mis à vos trousses des commissions qui auraient dépecé vos projets; vous les auriez défendus par votre autorité, et moi, en connaissance de causé, j'eusse prononcé par mon propre jugement et ma seule décision. Tels étaient mon faire et mes intentions. J'ai donné l'élan à rindustrie , je l'ai mise en pleine marche par toute l'Europe; j'eusse voulu en faire autant de toutes les facultés intellectuelles; mais on ne m'a pas laissé de loîsii^ il me fallait fécon* der au galop, et malheureusement trop souvent je ne jetais que sur du sable et dans des mains stériles.
(Juillet 1816) DE SilNTE^HÉLÈNE. %
» Qu'elles sont les autres missions que je vous » ai données? -* Une en Hollande , une autre » en Ilijrie. — En arez-vous les rapports? Oui, » Sire. — Allez xne les chercher* » Mais je n'étais pas encore à la porte , qu^il m'a dit : « Non^ » reyenez^ épargnez -moi plutôt de telles lec*
» tures! Au fait elles sont désormais sans
» objet. » Tout ce que me découvraient là de telles paroles! I.... *
Au sujet de rUIyrie, l'Empereur a repris:
«Jamais y en acquérant riUyrie, mon inten- « tion n'avait été de la garder; jamais il n'entra » dans mes idées de détruire l'Autriche : elle » était au contraire in^spensable à mes plans. » Mais riUyrie dans nos mains était une avant* » garde au cœur de l'Autriche , propre à la con- » tenir; une sentinelle aux portes de Vienne » pour forcer de marcher droit ; et puis je vou-*
* Quelque court que soit ce rapport sur la mendicité^ quelque nécessaire qu'il semblât pour rintelligénce des observations de l'Empereur, et bien qu'il ne ^oit pas sans intérêt pour ceux qui s'occupent d'économie philanthropique, je me suis refusé à l'insérer ici, par égard pour le plus grand nombre de ceux qui viendraient à Bûc lire.
go MÉMORIAL (Juillet i8i6)
« lais y introduire, y enraciaer.nos doctrines, ». notre, administration, nos codes.: c'était un }| pas de. plus vers, la régénération européenne. w^Jene l-avais prise qu'en gage; Je comptais. la », rendre plus .tard contre . la Gallicie ,. lors .du »- relèvement de 'la Pologne, que j'ai précipitée i( malgré moi. Au demeurant, j'ai eu^plus d'uo » projet sur cette lUyrie.; car j'en jchangeais spu- » vent ; j'avais peu d'idées véritablement arrêihtées,' et cela ps^rce que je ne m'obstiaais pas ■w à maîtriser les circonstances ; mais que je leur X obéissais bien plutôt, et qu^elles me forçaient »^ de cfaa^ger à chaque instant; aussi la 'plupart «.du temps n'avais-je, à men dire, pas de; décile stons;;^ mais, seulement des projets. Toutefois , » après. nion mariage surtout, l'idée dominante «savait été d'en faire pour l'Autriche le gage et » l'indemnité de là Galicie, lors du rétablisse- » ment, à tout prix, de la Pologne en couronne » séparée, indépendante; et il m'importait peu » sur .quelle tête, amie, ennemie, alliée, pourvu » que cela fût; le reste m'était égal. Mon cher, » j'ai eu de vastes jprojets et en grand nombre, » tous assurément bien dans l'intérêt de la raison
(Juillet 1816) DE SAINTE-HÉLÈNE. 91
» et du bien-être' de Tespèce humaine. On me ''» redoutait à Tëgal de la foudce; on m'accusait
• d^avoir une main de fer; mais dès. qu'elle eût » frappé- le but, tout se rserait radouci et. pour
> tous. Que de millions d'êtres m'eussent. béni f alors et dans la postérité!- Mais, il faut en •n convenir , que de fatalités se sont accumulées 9 contre moi sur la fin de ma carrière ! Mon » malheureux mariais , les perfidies qui jen ont
> été la suite; ce chancre de ^Espagne , sur » lequel il n'y avait pas à revenir; cette funeste
• guerre de Russie, qui m'est, arrivée par mal* » entendu; cette eflroyable rigueur des élémens, » qui a dévoré toute une armée......;, et puis
9 Funîvers entier contre moi !..*.. N'est-ce pas » encore une merveille que j'aie pu y résister » aussi long-temps, et que j'aie été plus d'une » fois à l'instant de tout surmonter .et dé sortir » de ce chaos plus puissant que jamais... des-
» tinée des hommes! ô sagesse! ô pré-
9 voyance humaine!... ».Et puis revenant:brus* quement à mon rapport, il m'a dit : « J'ai vu que 9 vous aviez parcouru un grand nombre de dé<-
• partemehs ; votre mission a-t-elle été IçHsgue ?
93 MÉMORIAL (juillet 1816)
»La course a-t-elle été agréable? Y ave«-vous » bien profité? Ayez-vous beaucoup recueilli? 9 Jugeâtes-Yous bien de Tétat du pays, de celui » de l'opinion , etc. , etc.
» Je me rappelle à présent que je vous choisis » précisément parce que vous reveniez de votre » mission dlUyrie , et que j'avais trouvé dans » vos rapports des choses qui m'avaient frappé 1 » car c'est étonnant cornm^ il me revient cha« » que joi|r à présent des choses qui , dans le » temps , m'ont frappé en vous , et qui , par une » fatalité singulière , se sont entièrement effa- • cées dès le lendemain. Pour ces missions spé* » ciales et de confiance , je me faisais présenter » le décret avec les noms en blanc , que je rem« » plissais de moi| choix privé ; c'est moi qui » vous aurai ins'crit de pia main. »
« Sire, ai-je répondu, il n'exista peut-être }t jamais mission plus agréable et phis satisfais » santé sous tous les rapports. Je la commençai » avec les premiers jours du printemps ; j'allai » de Paris à Toulon, et de Toulon à Anvers en » longeant les côtes et serpentant dans l'inté* » rieur. Je fis près de treize cents lieues. Mal*
(Juillet 1816) DE SAINTE-HÉLÈNE. gS
» heùreilséïnébt le temps fut bien court ; le
i ministre, dans ses instructions, avait rigou*
■9 reusément prescrit le terme de trois mois , de
f^ qtiatré au plus. Il me serait difficile de rendre
» dignement tout le charme , les jonissances, les
» avantages q[ue me présenta un tel voyage. J'é-
» tais membre de yotre conseil , officier de votre
» maisoà ; }^ portais vos couleurs ; partout on
« ne vit en moi qu'un de vos missi dominiei;
» partout je fus reçu , traité à l'avenant. Plus
» j'employai de circonspection, plus j'usai de
• modestie et de simplicité, me rendant moi-
» même auprès des bauts fonctionnaires , qu'on
» m'avait donné le droit de mander près de moi ,
» et plus je trouvai de déférence et d'obséquîo-
» site. Pour un qui montrait de la défiance ou
» laissait percer quelque dépit ou jalousie, car
» j'ai appris depuis , et d'eux-mêmes , que mes
» titres de noble , d'émigré et de chambellan
» étaient trois réprobations pour certains ; pour
» un, dis-jé, qui lae regardait de travers, il en était
» beaucoup d'autres qui n'hésitaient pas à' courir
» au-devànt d'objets sur lesquels j'eusse été loin
» de me permettre de ks interroger. Us aimaient
g4 . MÉMORIAL (JuUIett»ie)
» à s'ouvrir rà moi ûsms réserve , assuraiealril^ , » disant que le poste que j'occupais auprès. da » souverain leur offrait un intermédiaire favora- » ble;: que j'étais, pour euiL le confesseur auquel » Hs se fiaient pout transmettre leurs pensées les » plus secrètes? au Très^Haut^. etc., etc.^ Pl|i» » f e> les assurais . qu 'ils se > mépreiiaient beajucoup » sur ^ina situation et la nature de ^a misisioii^ » frfus ils ce. confirmaitent dans la pensée oon-* » traire. En si peu de temps quelle leçon pour » moi sur les hommes ! Il n'étiiit pas de ces » hauts fonctionnaires qui ne différassent , sur » presque tous. les objets, de vues, de moyens, «d'intention; et ils étaient tous pourtant des » honimes d'élite , .éprouvés,, et général^nent » de beaucoup de mérite. Les. particuliers aussi, »me prenant pour un rayon de la Providence, » «'adressaient À moi publiquement ou ^Vec mys* » tère. Que de choses j'appris ! Que de dénqn- • •ciations ou de délations me furent faites! Que »<l'abus locaux, que d'intrigues subalternes me » parvinrent !
» Tout à' fait neuf aux affaires , et jusque là » absolument étranger à l'administration, je mis
(JuîHét i]»t6) ]>E SAINTE-HÉLÈNE. gjEI
» à profit eette ocG&sioii uiiiqae desi'infilraire.* » le ne manquai pas dé to'itiforttièr/aYec cha-^ -rcun, de tous les objets et de tous les détaik « de sa partie. Je ne crâigms pas de me montrer » novice attx premiers y afin de pouvoir discuter » avec les dermecs en connaissance de cause.
» Ma mission spéciale , Sire, n'avait ei^; il est » vrai> d'autre objet que les dépôts de mendia » cité et les maisons de eorreotiôu; knais sentant » tout le besoin de données propres à me rendre » utile au Conseil d'Etat , et fHrofitâiit des avan« ^ tages de ma situation^ j'y adjoignis , de mon » ekef 9 d'inspecter minutieuseoient^ les prisonr», » les hôpitaux y les bureaux et élablissiemeDâ de 9 bienfaisance y etc. 9 comme aussi. 4e pavcourir -m tons nos ports et de visiter toutes nos escadres.
» Quel magnifique ensemble me présenta Je » tableau que cette 'heureuse circonstance dé- » roulait à mes yeux! Partout la tranquillité la 9 plus parfaite et ujcie confiance entière dans^le » gouvernement; tons les bras, toutes les fa- 9 cultes 9 toutes les industries en mèuvemejat; le 9 sol resplendissant d'agriculture , c'était le plus 9 beau moment de rannée;les routes admirables ;
gÇ UÈUÙtdAL (Jaillet i«ie]
9 dés. travaux publics presque partout; Ja cailal » d'Arles^ le beau pool de Bordeaux, les travaux » de Rochefbrt, les canaux de Nantes à Brest ^
> à Rennes^ à Saint - Malo ;* la fondation de » Napoléon -^YiUe y calculée pour être la clef » de toute la péninsule bretonne ; les magnifia 9 <pies travaux de Cherbourg^ ceux d'Anv^s ; » des écluses 9 des jetées ou autres améliorations 9 dans la plupart des villes de la Maacbe : vmlà » l'esquisse de ce que je rencontrai.
» D'un autre coté ^ les ports de Toulon , Ro^ » chefort , Lorient , Brest , < Saint-Malo ^ le Hâr- 9 Yte, Anvers, présentaient une activité extraor*- « dinaire; nos rades se couvraient de! vaisseaux
> dont le ncmibre s'accroissait chaque jour; nos » équipages se formaient en dépit de tout obs*^ » tacle; de nos jeunes conscrits on obtenait dé- 9 sonnais de bons matelots. J'étais émerveillé , » moi, de l'ancienne marine, de tout- ce que je 9 voyak à bord de chaque vaisseaux , tant étuent » grands les progrès que l'art avait faits , et tant » ils laissaient en arrière, sous tous les rapports » et en toutes choses , ce que j'avais connu.
» Dans chaque rade , chaque escadre avait
( JtttUet ifii6) DE SAINTE-H^ÈNE. 97
» jottinellaoïent son apintrëUli^e et fies axercides » réguliers, ocànme les gamisdns oui leur pa-<- » rade ; et le tout se passait à la vue et «ous le » canon des Anglais , qui s'en moquaient sans » préTOÎr le péril qui les menaçait i car jamais ^ » à aucune époque y notre marine n'âtait été » plus fonnidaUe^ ni nos vaisseaux {dus nom** » breux; nous en comptions déjà à flot ou en 9 construction au*^elà de cent , et nous les aug*- » mentions journellement* Les officiers étaient » pleins d'instruction , de zèle, d'ardeur et d'im- » patience. Avant d'avoir ni tout cela, je ne » m'en doutais assurément pas,$ je ne l'eusse » même pas cru, si l'on me l'eût racontée
» Quant bux dépôts de méndicrté^ l^bjet » spécial de ma mission, vos intentiidns> Sire, » avaient été mal comprises, le but tout à fait » manqué* Non seulement la mendicité, dans » la plupart dés départetoens^ n'avait point été » détruite , elle n'avait pas même été entamée -i « c est que plusieurs préfets, loin de faire des » dépots un épouvsmtail pour tes mmdiam^ n'y » avaient vu <pi'un refuge pour leê pam^eij au ^ Ueu de présenter la réclusion comme un châ-
9S HéMORIAL (Juillet t«i6)
a liment , ils la faisiadent solliciter comme un » asile : aussi le sort <lés reclus poiivait •• il » être euYÎé par les paysans laborieux do voii^- » nage* On eût de la sorte couvert la France de 9 pareils élablissemens , qu'on eût trouré à les » remplir, et qu'on n'en eut pas eu moins de » mendians, qui d'ordinaire s'en font une pro-
> fession I et l'exercent par goût Toutefois , je » pus voir que l'extirpation de cette lèp^e était » très-possible 5 et il suffisait de quelques dépar« » pàrtemens , où les préfets avaient mieux vu » la chose , pour s'en convaincre. U en était ou » elle avait pres^que entièrement disparu,
» Une observation qui frappe tout d'abord ^
> c'est que 9 toutes choses d'ailleurs égales, la » mendicité est beaucoup plus rare dans les » parties pauvres et stériles , beaucoup plus 9 commune dans les provinces fertiles et abon- » dantes; coiioime aussi elle est infiniment plus » difficile à extirper dans les endroits ouïe cleiqgé » a été plus riche et plus puissant. Dans là Bel-' » gique, par exemple, on voyait des mendiàns
> se faire honneur de leur profession, se vanter » de l'exercer depuis plusieurs générattônsi c'é-
(Juillet 1816) DE SAINTE-HÉLÈNE. gg
taienl là leurs titres. a eux; là aussi la mendicité, ayait ses quartiers. — Mais je n'en suis pas. ëtipnné, a repris l'Empereur; le nœud de cette grande affaire est tout entier dans la stricte séparation du pauvre qui commande le respect, d'avec le mendiant qui doit exciter la colère; or nos travers religieux mêlent si biea ces deux classes, qu'ils semblent faire de la mendicité un mérite,. une espèce de vertu; qu'ils la provoquent en lui présentamt des récompenses célestes : au fait^ les mendians ne sont ni plus ni moins que des inoines au petit pie4; tellement que dans leur nomenclature se trouvent les moines mendians. Conunent de telles idées ne porteraient-^Ues pas la.con-* fusion dans l'esprit, et le désordre dans la société? On a canonisé grand nombre 4e saints dont le grand mérite apparent étBit la mendicité. On semble les. avoir placés da^is le Ciel pour ce qui , en bonne police , n'eût du leur valoir sur la terre que le châtiment et la réclusion; ce. qui n'eût pas empêché , du reste, qu'ils ne méritassent le Ciel. Mais continuez, > -~ Sire, ce ne fut pas sans émotion que je
fdo MÉMÛRIAt (Juillet 1816)
suivis les détftils des étflblissêmens de bieiiûd'^ «ance. En contemplant toute la lâoUicitude ^ les soins ^ l'ardente charité de tant de belles ânieS) je pus voir que nous étions loin de le céder en quoi que ce fût à aucun peuple ; ^ùe seulement nous y mettions moins d'cKsten*tatiouy moins d'art peut*- être à nous faire TaloirVl® uiidi surtout, le Languedoc particulièrement ^ faisait remarquer un surcroit de 2èle et de ferveur dont on aurait peiné à se faire une fuste idée : partout , les hôpitaux , les hospices 5 étaient nombreux et générale-^ ment bien tenus. Les enfans trouvées avaient décuplé depuis la révolution; je ne manquai pas de prononcér^aussitôt que c'était Tefiet de la démoralisation du temps; mais on me fit observer, éf Une attention soutenue me conrainquit^ qu'on devait ce résultat, au con-traire, à des causés très -consolantes. Jadis, me dit-<m , les enfans trouvés étaient si mal soignés , si mal nourris , si mal tenus , que toute leur populatioii était chétive , maHngre , expirante ; sur dix , il en périssait toujours sept à neuf; tandis qu'aujourd'htii la nourriture ,
(Juillet 1816} DE SAINTE-HJËLËNE. lot
9 là propreté 9 les 3oiûs de toute espèce, sont » tels qu'on les sauve presque tous, et qu'ils » montrent une enfance magnifique t ainsi ils
• ne se sont multipliés que de leur propre pon- » servation. La vaccine aussi y à contribué dans » un rapport immense. On prend aujourd'hui » un tel soin de ces enfans , qu'il en est pro-
• venu un abus singulier; il arrive à des mères, » mjème aisées , d'exposer leurs enfans ; puis » elles se présentent à l'hospice, s'oflrant cha^ » ritablement de prendre un nourrisson chez
• elles : c'est le leur qu'elles reprennent, mais » avec un petit salaire. Le tout se fait par com^ » pérage des agens mêmes , et souvent pour pro-« » curer une légère pension à l'un des siens. Un B autre abus de ce genre , non moins singulier » encore, que je rencontrai en Belgique, était 1 des inscriptions prises long -temps à l'avance » pour être reçu à l'hôpitaU Un jeune couple , > tout en se mariant, obtenait de se faire ins- » crire pour des places qui lui écherraient de » droit à quelques années de là : c'était une » portion de la dot, — Jésus! Jésus! s'est écrié » ici FEmpereur, levant les épaules et riant, et
01 MÉMORIAL (Juillet 1816}
puis faites des réglemens et des lois! Mais
quant aux prisons. Sire, c'était presque universeliement un tableau d'horreur et de véritable misère^ la partie bontéuse de nos départemens ; de vrais cloaques infects , des réduits abominables, qu'il m^à fallu parfois traverser en courant', ou dont j'étais repoussé en dépit de tous mes efforts. Autrefois en Angleterre j'avais visité certaines prisons, et je m'étais permis de rire de l'espèce^ de luxe qu'elles présentaient; mais ici c'était bien au-* tre chose, et je me sentais indigné de l'exlcès contraire. Il n'est pas de fautes, on pourrait même dire de crimes , qui ne se trouvent déjà assez punis par un tel séjour; en en sortant, il ne doit certainement plus demeurer,' en toute justice, que peu ou point à expier, et pourtant, ce n'est là encore que là demeiire de simples prévenus; car pour les condamnés, les vrais coupables , les grands scélérats ,- ils avaient leurs priisons spéciales , les maisons de correction , où ils étaient peut-être trop bien ; car là encore , le journalier vertueux pouvait trouver à envier, et faire une comparaison
(Juaiet 1816) DE SilNTE-HÉLÈNE. loS
» injurieuse à la Proirldence . et à la société. » Toutefois 9 un inconvénient frappant se faisait » remarquer encore dans ces maisons de correc- » tion; c'étaient l'amalgame, la fréquentation ha-
• bituelle de toutes les classes de condamnés, » dont les uns n'y devant rester qu'une année , » pour des fautes moins graves, tandis que d'au- » très y étant pour quinze , vingt ans , pour 9 toute leur. vie, à cause d'horribles forfaits, 9 il devait nécessairement en résulter bientôt » une espèce de niveau moral , non par l'amé- » lioration des scélérats, mms bien plutôt par » l'aggravation des moins coupables.
» Ce qui encore me frappa fort dans la Ven- » dée et ses alentours, fût que les fous y étaient » en nombre décuple peut-être, que dans les » autres parties de l'Empire; comme aussi les 9 dépôts de mendicité et autres lieux de réclu- » sion y présentaient des individus retenus » compote vagabonds , ou qui pouvaient le de- » venir, n'ayant point de parens, ignorant leur » origine , ayant été recueillis dès leur enfance ,
• sans qu'on sût d'où ils venaient. Quelques-uns ». avaieûl sur leurs personnes des blessures dont
o4 MÉMORIAL (Iuîlleti8i6)
ils ignoraient le principe , les ayant reçues sans doute au berceau. On a laissé passer le temps de tirer partie de ces indifidus, qui n'ont jamais reçu aucune idée sociale. On ne sait plus aujourd'hui qu'en feire. — Ah ! s'est écrié l'Empereur , voilà bien la guerre civile , et son effroyable cortège ; voilà ses inévitables résultats, ses fruits assurés! Si quelques chefs y font fortune et se tirent d'affaire , la poussière de la population est toujours foulée aux pieds ; aucun des maux ne lui échappe !
» — Au demeurant je trouvai dans l'ensemble de ces étabiissemens , un bon nombre d'individus qu'on me dit 5 à tort ou à raison, être des prisonniers d'État, des détenus de labautp^ moyenne et basse police.
» J'écoutai tous ces prisonniers, je reçus leurs plaintes, j'acceptai toutes leurs pétitions > sstns néanmoins rien promettre; je n'en, avais pas le droit ; et puis je sentais fort bien que n'en*> tendant que leur propre témoignage, je ne devais trouver aucun coupable. Toutefois, à. l'exception de quelques scélérats reconnus.
(Juillet i8i6) DE SAINTE-HÉLÈNE. loS
• la masse véritablement ne méritait au plus que
• les jdgemens de police correctionnelle. »
'^ Dans les prisons de Rennes, je trouvai parmi 1 euk un enfant de douze à quatorze ans , qui y » avak ^té amené à l:'âge de quelque mois ^ea^
• lement, avec une compagnie ée chauffeurs f » ceux-ci furent tous exécutés dans le temps , » et Tenfant y était toujours demeuré depuis , » faute de ^di^on à son égard. Qu'on juge de 9 son' moral ! H n'a jamais vu , connu , entendu » que deis scélérats I c'était la «eule race dont i il eut le droit de soupçonner Texislence.
» Au Mont-Satint-Mîchdi , une fetame , dont » j'aa oublié le nom , attira particulièrement mon » attention. B'assez bonne nrine , d'un extérieur
• doux, d'un maintien modeste, elle se ti*ou- » vait détenue depuis quatorze ans , ayant pris » dans le temps une part très-actîve aux trou- » blés de la Vendée, y ayant constamment ac- » compagne son înari , chef d'un bataSlon d*în- » surgés , en ayant même pris le commande- » ment après sa mort. La misère et les pleurs
• l'avaient flétrie. Elle dut me trouver un air » bien sévère durant son récit : je l'affectais
ia6 M1S:M0RIAL (Juillet 1816)
» pour cacher réinoliou qu'elle me causait. Ses n mo&urs douces et ses autres mérites lui avaient il créé une espèce d'empire sur les femmes gros- ; » sîères et dépravées dont elle se trouvait en- « tourée. Elle s'était vouée aU soin -des malades •» de la prison : on lui avait confié rinfirmerie, » et tous la chérissaient
» A cette femme près , à quelques prêtres et
4» à deux ou trois anciens espions chouans , le
• •) reste n'était plus que de la turpitude, et ne
' « montrait que des saletés dégoûtantes ou gro-
» tesques.
» C'était un mari fouissant de quinze mille » livres de rente , enfermé évidemment par les -9 seules intrigues de sa femme , à la façon des » anciennes lettres de cachet; c'étaient des filles « publiques , me disant être renfermées , non .» en punition de leur facilité pour tous, mais » bien par le dépit de leur manque de complaî- ^» sance pour un seul. Elles xne mentaient ou » non; mais devaient-elles être honorées pour- » tant du titre de prisonnières d'Etat , coûter -» deux francs par jour, et concourir à rendre le » go^ttvcrnement cdîeux et ridicule. Enfin, dans
(Juillet ]8i6) DE SÂINTE-IIÉLÈNB. 107
» une ville de la Belgique ^ c'était un malhreU'* 9 reux.qni avait épousé une de ces rosières que » les municipalités dotaient dans les grandes » occasions : il était enfermé pour avoir volé ^ « disait-on, la dot, parce qu'il avait négligé de » la gagner :, on s'obstinait à exiger qu'il acquit-r » tât cette dette importante; lui s'obstinait à » s'y refuser. Peut-être lui demandait-on l'im- » possible, etc., etc. .
)» Aussitôt de retour à Paris, je fujs trouver » M, Real, Préfet de Police de l'arrondissement » que je venais de parcourir. Je me faisais un » devoir, lui disais- je, de venir Jui communi- » quer offlciemement ce que j'avais recueilli. Je » doiç lui rendre justice , soit qu'il ne depian- 9 dait qu'à ;savoir, soit que ma bonne foi le 9 touchât, soit peut-être encore, Sire, la mar » gie toujours influente de vos couleurs , il me » remercia^. assurant que je lui rendais un vrai j» service, et me promettait qu'il allait immé- » diatement iifift^uar et redresser i ce furent ses • expressions. Mais à quelques jours de là, me j» rencontrant dans une assemblée , il mê ^dit s avec une peine apparente • *— Eb bien L voilà
io8 MËMORÎÀt (Joiltet 1816)
» une malheureuse éffkire bien défayoi*ab}é à ir-^tre amazone ( c'était révénemenl, et Fé-
• chauffourëe du général Mallet). Ce que j'au- » raïs cru pouvoir faire d^ ïnon chef il y a quel- » ques jours, je ne ptlis dés6r)baié vie le per- « mettre saùis une décision supérieure, — Et je » ne sais pas ce qui en airrïva. »
'îi'Enîipereur s*est àrtêté qùîeiquè.têltnps sur les abus que je venais dVi^prtmèr , puis il a conclu': «D'abord, mon cher, pour procéder M régulièrement , il faudrait savoir si Ton vous » à dit vrai ; îl faudrait entendre contradîctoi- » rémént iseùs qui sont accusés ; ensuite , il est » Vrai dé confesser tout bonnement que ies abus
• isbiit inhéréns à toute société humaine. Voyez » que presque tout ee dont vous vous plaignez » se trouve commis précisément par tetix-là » même qui avaient charge expresse dé l'em-
• pécher. Le moyen dé remédier à cela, quand » i6tt he peut pas voir partout? car iî existe » comme une espèce de réseau étendu sur les » lieux abaissés , qui enveloppe la petite multi^ » tude. Il faut qu'une maille se rompe , qu'un » hasard tel que cehii qui y a conduit quelqu'un
(Juillet 1^16) DE SAINTE-HÉLÈNE. 109
9 comme vous , pour qu'il en remonte quelque « chose à la haute région. Âus$i un de mes rè^ » yes f nos grands éyénemens de guerre àccom- « plis et soldés , de retour à Tintérieur , en re^ » pos et respirant 9 eût. été de chercher une » demi-douzaine ou une doilzaine de yrais hons
• philanthropes^ de ces braves gens ne vivant que » pour le bien, n'existant que pour le pratiquer ;
• je les eusse disséminés dans l'empire , qu'ils » eussent parcouru en secret pour me rendre » compte à moi-même: ils eussent été les espiom » de la vertu l Ils seraient venus me trouver di- 9 rectement; ils eussent été mes confesseurs , » mes directeurs spirituels; et mes décisions » avec eux eussent été mes bonnes œuvres se-* » crêtes. Ma grande occupation y lors de mon » entier repos , eût été , du sommet de ma puis- » sance , de m'occuper à fond d'améliorer la con- » dition de toute la société ; j'eusse prétendu » descendre jusqu'aux jouissances individuelles; » et s'il n'eût pas suffi de mon. naturel pour m'y » porter, le calcul encore serait venu m'y déf cider; car. après tant de gloire acquise, quel
• autre moyen me restait d'en acquérir encore?
le MÉMORIAL (Juillet i8f6)
èl c'e^t parce que je savais très-bien que toute ce^te fourmilière d'abus devait exister , parce que je voulais sauver ou rendre plus difficiles les tyrannies subalternes et intermédiaires ^ * que j avais imaginé, pour notre temps de ' Crise, mon organisation des prisons d'Etat,— Oui, Sire, inatâ elle fut loin de faire fortune dans nos saloiis , et ne contribua pas peu à TOUS rendre impopulaire. Nous criâmes de tous côtés aux nouvelles Bastilles^ au renouvellement des lettres de cachet. — Je le sais • bien , a dit l'Empereur , cela fut répété par toute l'Europe , et me rendit odieux; Et pourtant, voyez quel peut être Tempire des mots; envenimés encore par la mauvaise foi ! Le tout vint principalement de la gaucherie du titre de mon décret, qui me passa par distraction ou autrement; car au fond ye maintiens que cette loi était un grand bienfait , et rendait en France la liberté individuelle plus complette, plus assurée qu'en aucun autre pays de l'Europe.
» Après les crises dont nous sortons, a-t-H » dît , avec les factions qui nous avaient diviséiî^
(Juillet ^8i6) D£ Si^INTE-flÉLÈNE. m
» les complots qui; avaient été tr;ainés , ceux , » qu*on tramait encore y dçs emprisonnemens ^ » étaient indispensables , et ils n'étaient qu'un » bienfait ; car ils remplaçaient réchafaud. Or» » )e youlus rendre ces emprisonnemens légaux ; » je voulus les enlever au caprice , à Tarbitraire, , » à la haine , aux vengeances. Nul , par ma ^ » loi, ne pouvait plus être emprisonné, détenu » comme prisonnier d'Etat , sans la décision dé » mon. Conseil-Privé. Seize personnes le côm- » posaient, les preinières, les plus indépen- » dantes^ les plus distinguées de l'Etat. Quelle
• petite passion eût osé. se compromettre avec
• un tel tribunal? Moi-même ne m*étais-je pas » là interdit de la sorte la faculté d'une arres-* » tation capricieuse? Nul ne pouvait être dén tenu que pour une année , sans une nouvelle
1 décision du Conseil-Privé ; il suffisait de qua- ^ 1 tr& voix sur sei^ pour amener sa libération « » Deux conseillers d'Etat allaient entendre ces • prisonniers, et se trouvaient dès- lors leurs » avocats zélés au Conseil-Privé. Ces prisonniers » avaient de plus pour eux la commission dé la 1 liberté individuelle du Sénat , dont on n'a ri
ii2 MÉMORIAL (JuilktiSiÔ)
» dans le public que parlée qu'elle ne faisait » point d'étalage de se& efforts ni de ses résul-^ n tats ; mais elle à rendu de grands servioes ; car 1 ce serait bien peu connaître les hommes que
> d'imaginer que les Sénateurs y qui n'ttiraient » rien à attendre des ministres , e^ qui riyali-
> saient d'importance avec eux, 0'eussenl pas i fait usage de leurs prérogatives pour les im^ » portuner ou leur rompre en visière TÎs-à-TÎs » de moi, s'ils en eussent trouvé une occtfsion » flagrante. De plus , j'avais donné la surveil^ » lance des prisonniers et la police des prisons » aux tribunaux , ce qui paralysait dès l'instant » tout l'arbitraire des autres branches de Tad-^ » ministration et de ses nombreux agens subal-» » ternes. *
* On troure, sur les Prisons d'État, un article spécial et développé^ au tome I*', page i65 des Mémoires de Napoléon , publiés par les généraux Montholon et Gour-> gaud, Paris, Bossange frères, 1825. Je pourrais m'autoriser souvent aujourd'hui du témoignage de ce précieux recueil; et ce n'est pas une petite satisfaction pour moi, à mesure que les volumes paraissent, que de retrouver dans les propres dictées de Napoléon, qui, n'ayant eu lieu qu'après mon départ de Sainte-Hélène , m'étaient
(lulHet 1816) DE SAINTE-HÉLÈNE. ii3
Après de telles précautions^ je n'hésite pas 9 à prononcer que^ par la signature de ce dé- 9 cret, la liberté civile se trouvait assiiréie en » France autant €[ue possible. On méconnut ou > Ton feignit de méconnaître cette vérité ; car » nous autres Français il faut que nous murmu- » rions de tout et toujours*
1 Le vrai est qné, lors de ma chute ^ lel^ pri- » sons d'État ne renfermaient guère que deux » cent cinquante individus ^ et que j*en avais » trouvé neuf mille en arrivant au Consulat » Qu'on parcoure la liste de ce qu'on a dû y » trouver , que l'on cherche leis causes et le » motif de leur détention , on verra qu'il n'en 9 est presque aucuîi qui n'eut mérité là mort , B qui ne l'eût trouvée par un jugement , pou» 1 qui conséquemment la détention ne fût de » ma part qu'un bienfait. Pourquoi ne publie- » t-on rien contre moi aujourd'hui à ce sujet? » Où sont donc les grands griefs qu'on me re»
conséquemment inconnues^ une foule d'objets que je me trouve avoir saisis au vol dans ses conversations , et avoir reproduits fidèlement avec une concordance parfaite.
i4 MÉMORIAL (Juillet 1816)
proche? C'est qu'en effet il ne se trouve rien. Sî quelques-uns des prisonniers sont venust depuis se vanter auprès du Roi , de», ^ouffrs^n* ces qu'ils avaient éprouvées à cause de leurs efforts eu sa faveur, ne prononcent -ils pas là eux-mêmes leur arrêt et ma justification? car €e qui peut être une vertu aujourd'hui aux yeux du Roi, était alors incontestablement un crime sous moi , et ce n'est que parce que je répugnais à du sang , pour des crimes politiques , et que de tels procès n'eussent fait, que maintenir l'agitation , l'incertitude au sein de la patrie , que je commuai la peine en simple détention^ >
• Je le répète, les Français, à mon époque, ont été les plus libres de toute l'Europe, sans en excepter même les Anglais; car en Angleterre , si une crise . vient à faire suspendre Vhabeas corpus^ tout individu est passible de la prison par la seule volonté des ministres , sans qu'ils aient à en justifier les motifs ou à en donner la raison. Ma loi était bien autrement limitée. Et puis enfin, a-t-il terminé , .«î en dépit de mes bonnes intentions, si, mal-
(Juillet i8i6) DE SAINTE-HÉLÈNE. ii5
» gré tous mes soins , il existait encore tout ce ji que vous venez de dire, et beaucoup d'autres » choses sans doute, c'est qii'il n'est pas si aisé » que l'on pense d'établir le bien. Ce qu'il y a 9 de bien remarquable , c^est que tous les pays » qu'on a séparés de nous, ont regretté les lois » avec lesquelles je les ai gouvernés : c'est là tin » hommage rendu k leur supériorité. Le vrat^
• le seul moyen de me condamner victorieuse- 9 ment sur le mal qu'elles ont présenté, serait 9 de pouvoir montrer autre part quelque* chose
• de meilleur 1 De nouveaux temps succèdent , » on verra, etc, , etc.
Sur les cinq heures , le Grand-Maréchal ^ quî sortait de chez l'Empereur, m'a dit qu'il me demandait. L'Empereur n^était pas sorti de la journée. Je l'ai trouvé considérant le nouveau billard. Il a craint qu'il ne fît trop humide pour sortir; il s'est mis à faire quelques parties d'échecs en attendant le dîner. Dans la soirée , il nous a lu Atrée et Thyeste, de Crébillon. Cette pièce nous a paru horrible ; nous l'avons trouvée dégoûtante et nullement tragique. L'Empereur n'a pu l'achever.
ii6 MÉMORIAL (Juillet 1816)
Dimanche 21.
Sur TEgypte. — Swt-Jean-d'Àore. — lie désert. — Anecdotes 9 etc.
. Vers les trois heures, TEmperenr a demandé $a calèche, m'a £ait a^ppeler ,' et nous avons mar* chë ensemble jusqu'au fond du bois , où il avait ordonné à. la calèche de venir le joindre. J'avais à lui communiquer de petits détails qui lui étaient personnels. .«.•.•••.•••••
Dans le cours de la promenade , nous avons aperçu deux bâtimens qui arrivaient.
Au dîner, l'Empereur s'est trouvé fort causant. Il venait de travailler à sa €ampagne d'Egypte , qu'il avait laissée quelque temps , et qu'il nous a dit devoir être aussi ii^téressante qu'une épisode de roman. Au sujet de sa pointe sur Saint-Jean-d'Acre, il disait : a C'était pourtant » bien audacieux que d'avoir osé se placer ainsi » au milieu de la Syrie avec seulement douze mille hommes. J'étais , continuait-il , à cinq » cents lieues de Desaix , qui formait l'autre ex- » trémitédemon armée. Sidney Smith a raconté
(Juillet t8i6] DE SÂINTE-HÉLENE. ^ ii?
que j'avais perdu dtx-4iuit mille hommes devant Sàint-Jeafi-d'Ai'c t Or , mon ariû^e n^était qxie de douze mille bomûies. tJtl petit échappé du collège , à ce qu'il parait , n'euteisdafit rien k ce qu'il décrit , ne jsAehant que fttre quelques phrases \ let voulant èans 'doiite gagner quel'* que argent; frère pourtant fie quelque que f ai comblé > qui laismt ^pàklé de Ëbôn Conseil d'État y vient de publier s^ï* Cet événement quelque chose qui m*a passé aujoutd'hui sous les fera, y et qui m'iirîite par sa niàîsferie et la mauvaise teinte quïl essaye de xépandre sur la gloire eiies travaUK.de cette armée , etc. » Si j'avais été maâtre de la mer, j'eusse été ntaître de l'Orient ; et la choie/: était nsi possi-^ ble, que cela n'a tenu qu'à- la stupidité ou à la mauvaise conduite de quelques marins, i » Yolniey, voyageant en Egypte avant' la «ré* volutîon^ .avait è«rât qu'on ne pourraift occuper ce pays sans trois grandes guerres : contre l'Angleterre, le Grand -Seigneur et fes habitans. 'La dernière surtout lui paraissait ^ffiéile et terrible. Il s'est trompé tout à £itt à l'yard de celle-ci, Car elle n'a été rien; pour Incfus^
ii8 liÉMORUL (Juillet 1816)
» Nous étioos même venus à bout d aroir , en peu
> de temps i lea liabitans pour amis^ jpt d'avoir » mêlé leur cause à la nôtre*.
. «tUne poigaée de Français avait donc suffi » pour conquérir ce beau pays , qu'ils n'eussent » jamais dû perdre ! Nous avions vraiment ac- 9 compU des prodiges de guerre et de politique ! .9. Notre affaire n'avait rien do comnaun avec les ». anciennes croisades : les croisés étaient innom- » brables et mus par le fanatisme ; mon armée 5 » au. contraire, était fort petite , et les soldats si » peu passionnés pour leur entreprii^e , qu'ils » furent tentés souvent, dans le principe, d'en-^ n lever leurs drapeaux et de revenin Toutefois, «j'étais venu, à bout de les réconcilier avec le
* pays , où il y avait abondance de toutes clxojses , 9 et àsi J>on marché, que je fus im moment » tenté. de les mettre à la demi-soldp, pour leur
> conserver l'autre moitié en réserve. Je m'étais
• acquis: un tel empire sur eux, qu'il m'eût suffi » d'un simple ordre du jour pour les rendre 9 Mahomélans. Ils n'eussent fait qu'en rire ;, la
> population eût été satisfaite , et les chrétiens 9 de rOrknt eux-mêmes eussent cpx leur cause
(JttiUeti8i6) DE S&INTE-HÉLÈNE. 119
• gagnée; ils nous eussent approurés^ pensant 9 que nous ne pouvions pas faire mieux pour eux » et pour nous.
» Les Anglais ont frémi de nous voir occuper » l'Egypte. Nous montrions à l'Europe le vrai » moyen de les priver de llnde. Ils ne sont pas j» encore bien rassurés; et ils ont raison. Si
• quarante ou cinquante* mille familles euro*^ » péenQes fixent jaiàais leur industrie , leurs lois » et leur administration en Egypte, l'Inde sera j^ aussitôt perdue pour les Anglais, bien plus » encore par la force dés choses que par celle
• des armes. »
Dans>le cours de la soirée, le Grand -Maréchal a rappelé à l'Empereur une de ses conversations avec le mathématicien Monge^ à Gutakié , au milieu du désert. « Que vous semble de tout
• ceci,<iitoyen Monge, disait Napoléon? — Mais,
• citoyen Général, répondait Mxmge, je pense » que si jamais on voit ici autant de voitures » qu'à l'opéra, il fludra qu'il se soit passé de m fameuses révolutions sur le globe. » L'Empereur 'riait beaucoup à ce ressouvenir. Il- avait pourtant alors sur les lieux, disait-il, une voi-
190 MÉMÔRrAL (Juillet 1816)
ture à six chevaux:. G'Itàît assurément la première qut eût traversé ïé désert de la sorte; aussi elle étonndt fort les Arabes.
L'Enipereui' dîsâît ({ué le désert avait' toujours' eu pour lui un attrait particulier. Il ne l-ataît jamais traversé sans une certàîne émotion, ifî'était'p'èùi' hiî Hniage dé rîmménsité, disaitîl; îf rie montrait point de bornes , n'avait ni commencement m fin ; c'était un océan de pied ferme; Ce spectacle plaisait à son imagination. Et il se complaisait à laîre observer que Napoléon veut dire lion du désert /••.•..
L'Empereur disait encore que quand on le ^ut eu Syrie , on avait arrangé au Caire qu'on "he le reverrait jamais ; et il racontait alors le •vol et ï^eJOTronterie d'un petit Chinois qu'il avait à son service, t C'était un petit nain, dilforme, » dont Joséphine, disait-^l, s'était engouée dans » le temps à Paris. Il était le seul Chinois en t France , et dès-^lors elle avait dû l'avoir deri» tière sa Toiture. Elle le promena en Italie ; » mais comme il la volait , elle ne savait plus » qu'en faire. Pour l'en débarrasser , je le pria » avec moi dans mon expédition d'Egypte. G'er
(Juillet 1816) DE SAINTE-HÉLÈNE. iStt y
» tait toujours lé reporter à la moitié de son '
» chemin, que de lé jeter ea Egypte. Toutefois ^'
» ce petit monstre avait au Caire nnk:end4nicQ
» de ma cave | je n'eus pas plutôt passé le dé-«>
> sert, qu'il rendit^ et à vil prix, deux- milles
• bouteilles de Vin de Bordeaux déli<^iebx, n^*
» cberchakit qu'à faire -de l'argent , danis la per^
» suasion que je ne reviendrais' jamatSwQuaa^'
» on annonça mon retour ^ il ne se déconcerta
» nullement ; il courut au-devlmt dé moi, etme^
» découvrit en serviteur fidèle , diiààit-il,)}a di-«
» lapidation de moa vin> qu'il attribuait nffrofH
Alternent à tous ceux qu'il lui plut d'accirâii^.
» La fourberie était si peu soutenable , qu'il lut en-
» un instant conduit à s'avouer lui «^ même le cou-
» pable» On me pi^essaît fort.de le faiife pendre ;^
» je ne le fis points parce qu'en toute justice. il
» eût donc fallu en faire autant- de tous les ha^*
» bits brodés qui ayaient sciemment adieté et-
» bu le vin« Je me contentai de le cbasser el
» de l'expédier pour Suez, où il devint ce qu'il
» vDiilût. »
Je dois observer à ce sujet quici nous avons pu croire un moûient à un rapprochement bien 5. 8
199 MÉMORIAL (Juillet iS'iCi)'
singulier. H y a qilelqoes moi^ qu'ilnotis fdt 4il; ^ue , dans Tud des bâ^iitietiS' de la Chine ^^ passaient alors, retoitmant en Europe, se tcôiivait un ChîiMiis disant àycir serri TËmperi^ïit en Egypte. Lflmpereur alors s'était. écrié qaa .c'était .ton petit moteur, y celui dont je Tiens do raconter rbistoiré ; àiais ce v'étàit a» yra» €pk'xLn cuisinier de Kléber.
> li'EmpeteuF, pluà gai que de coûtâmes a ter* miné briisqiheinent la conversation en se tour* naîit fers M"^ Bertrand : « Hé bien ! Madame , » quaild Berea^toui^ à votre l^ement des Tui^ »leries^ lui a-^-il demandé en ridnt? Quand • dolinèi^ez-vous vos beaux dinèrs dambassa- »-deiirs^? Mais vous serei obligée^ du^irïoins assû-» »:r)eHt4on, de cbanger vos àiïreubletËvens^, voiis les jiltroùvere:» passés^ » Akft& on en est venu tout m^i^llefittent au gi^attfd luie demi nùtks avons été témovas sons TEmpe^iif.
Lundi 22.
ÂTÎs paternels, etc. — GonTersation remarquable. — Caglioçtro; Mesmer; Gail; Layater^ etc.
L'Empereur est entré dans^oaa chambre sur
(Juillet 1816) DE SAINTE-HÉLÈNE. iu3
les dix heures , et m'a pris pour marcher avee lui. Au retour nous avons tous déjeûné dehors. Le temps était magi^ifique , la chaleur forte , mais bienfaisante. L'Empereur a demandé sa calèche ; deux de nous étaient avec lui ; le troiéième , à chetal , suivait à bôté ; le Grand-Maréchal n*avait pu venir. LTiùpereur est revenu sur quelques bouderies qui avaient eu lieu îl y avait quelques jours. 11 a analysé notre position , nos besoins : « Vous êtes destinés , nous n disait-il , en rentrant dans le grand monde un 9 jour , à vous y trouver frères à cause de moi. * Ma mémoire vous le commandera. Soyez-le » donc dè& aujourd'hui ! » Il peignait alors le bien que ùous pourrions nous créer , les peines que nous pourrions tromper, etc. , etc. C'était tout à la fois une leçon de famille» de morale ^ de sentiment et de conduite. Elle eut du être écrite en lettres d'or. Il a parlé près de cinq quarts d'heure ; je ne pense pas que cette leçon soit jamais oubliée par aucun de nous. Pour moi , f aurai toujours présent , non seulement lés principes et les paroles , mais eôcore le son
124 MÉMOKIâL (Juillet 1816)
de voix, rexpression> le geste, et, par-d.(çssu5 tout , le cœur qui les exprimait.
Vers les cinq heures, l'Empereur est entré dans ma chambre , où. je travaillais avec mon fils le chapitre d'Arcole, Il avait quelque chose à me dire. Je Tai suivi dans le jardin, où par la suite il est revenu longuement sur sa conversation de la calèche
Le dîner se passe à présent dans ^ancien «cabinet topographique , contigu au cabinet de rEmpereur, et à Tancién logement du ménage Montholon , dont on a fait un6 bibliothèque assez propre , à Taîde des livres et de quelques boiseries vpnues dernièrement d'Angleterre.
Les traces de l'incendie dans le salon se réparant lentement, nous sommes contraints de demeurer à table , dans notre nouvelle salle à tnanger, jusqu'à ce que l'Empereur se retire. C'est, du reste, au grand profit de la conversation.
L^Èmpereur aujourd'hui èlait fort causant.
On parlait de rêves, de pressentimens, de prévisions , ce que Jes Anglais appellent doubk^igkn
(Juîlkt 1816) . M SAINTE-HÉLÈNE. laS
(double vue). Nous avons débité tous Jes lieux commujis qu'amènent d ordinaire ces objets , jusqu'à parler de sorciers et de revenans. L'Empereur a conclu : « Toutes ces charlalaneries et » tant d'autres , telles que celles de Caglîostro , » Mesmer , Gall , Lavater , etc. , se détruisent » par ce seul raisonnement, bien simple pour- » tant : Tout cela peut être^ mais cela n'est pas.
«L'homme aime le merveilleux, disait-il.; il \ » a pour lui un charme irrésistible; il est tou- / » jours prêt à quitter celui dont il est entouré » pour courir après celui qu'on lui forge/ Il se ' » pïête lui-même à ce qu'on le trompe. Le rrai , » c'est que tout est merveille autour^ de nous. » Il n'est point de phénomène proprement dît i » tout est phénomène dans la nature : mon » existence est un phénomène ; le bois qu'où , » met dans la cheminée et qui me chauffe, est » un phénomène ; la lumière que voilà, et qui » m'éclaire, est un phénomène ; toutes les causes • premières, mon intelligence, mes facultés, » sont des phénomènes ; car tout cela est , et » nous ne savons le définir. Je vous quitte ici, , » coatinuait-il, me voilà à Paris, entrant à TO-, /
istG KIÉMOaiAL (JuiUet 1816)
• përa; je salue les spectateurs ^ j'entends les , » acclamations, je vois les acteurs, j'entends la
» musique. Or, si je puis franchir la distance de l » Sainte-Hélène, pourquoi ne franchirais- je pas » la distance des siècles? Pourquoi ne verrais-je » pas l'avenir comme le passé ? L'un serait-il plus » extraordinaire, plus merveilleux que l'autre? » Non; mais seulement, cela n'est pas. Voilà le » raisonnement qui détruira toujours , sans ré- » plique, toutes les merveilles imaginaires. Tous » ces charlatans disent des choses fort spiri- » tuelles ; leurs raisonnemens peuvent être jus- » tej, ils sé4uisent; seulement la conclusion est » fausse , parce que les faits manquent.
» Mesmer et le mesmérîsme ne se sopt jamais
• relevés du rapport de Bailly , au nom de l'A- » cadémie des Sciences. Mesmer produisait des » ^fiets sur une personne , en la magnétisant ep » face. Cette même personne , magnétisée par » derrière, à son insu, n'éprouvait plus rien. » C'était donc de sa part une erreur de son ima- » gination, une faiblesse des sens : c'était le som- » nambule qui, la nuit, court sur les toits san$ V danger, parce qu'il ne craint pas; le jour i]
(Juillet 1816) DE SAINTE-HÉLÈNE. 137
» se casserait le cou, parce que ses sens Je trou- » bJeraieiit.
» J'entrepris un jour , disait-il, à une de lAes » avi4î6i|ces publiques 9 le charlatan Puy&égur, » 5ur sa somnambule. Il Toulut le prepdre trè»- » haut ; je le terrassai par ces seuls niq|s : Si » elle est si savante , qu'elle nous dise quelque » chose de neuf. Da^s deux cents ans , les faom- » mes seront fait bien des progrès; qu'elle en 9 spécifie un seul. Qu'elle dî«e ce que je ferai » dans huit jours. Qu'elle fasse connaître les w numéros ifui sortiront demain à la loterie , etc.
a J'en fis de même pour Gatl; j'ai beaucoup 9 i^o^tribué à le perdre. Gorvisart était son grand » sectateur ; lui et ses seipblables ont un grsaid 9 penchant pour le matérialisme : il aeerottratt » leur science et leur domaine. Mais la nature » n'est point si pauvre. Si eUe était si grossière » que df s'annoncer par des formes extérieures , » nous irions plus vite en besogne, et nous » serions plus savons. Ses secrets sont plus fins » et plus délicats , plus fugitifs ; jusqu^ici ib 9 échappent à tout. Un petit bossu s^ troirve uli » grand génie; un grand bel homme n'est qti'uA
laS MÉJilOniAL (Juillet 1816)
> sot. Une large tête à grosse cervelle na parfois » pas une idée, tandis qu'ui^, petit cerveau se » trouvera d'une vaste intelligence. Et voyez » Timbécillité de Gall :\\ attribue à certaines » bosses, des penchans et des crimes qui ne »sontrp2LS dans la nature, qui ne viennent que » delasodété et de la convention des hommes : » que devient la bosse du vol s'il n*y avait point » de propriétés? la bosse de Tivrogn^ie, s'il » n':existait point de liqueurs fermentées? celle » de l'ambition, s*il n'existait point ée société? » Il en est de même de cet insi^e cbarlatan » Laioater, avec ses rapports du physique et du
^ » morale Notre crédulité est dans le vice de » notre nature ; il est en nous de vouloir aussi- » tôt nous parer d'idées positives, lorsque nous » devrions, au contraire, nous en garantir soi- 9 gneusement. A peine voyons-nous les traits » d'iun \homme , que nous voulons prétendre
, '» connaître son caractère} La sagesse serait d'en » r^ousser l'idée , de neutraliser ces circons- » tances mensongères. Un tel m'a volé; il avait » les jeux gris ; depuis ,; je ne verrai plus d'yeux » gris , sans l'idée , la crainte du vol i c'est une
(JuiBet i8i6) DE SAINTE-HÉLÈNE. 129
» ànne qui m'a blesse, et' que je redoute par- « tout où* je la voîs ; maïs sont -ce bîen les » yeux gris qui m'ont volé? La raison, Texpé- 1 » riente, et j'ai été dans le cas d'en faire une { » grande, pratique , montrent que tous ces si- . » gûfes extérieurs sont autant de mensonges; » qu'on ne saurait trop s'en garantir, et qu'il; • n'est réellement d'autre moyen de juger et de ' » connaître mûrement les hommes, que de les; » Yoîr, dé lés essayer, de les pratiquer/ Après , » tout cela , il se rencontre des figures telle- 1 ment hideuses, il faut l'avouer (et il en a cité » une qui nous a tous fait rire , celle du Gou- » verneur) , que la raison la plus forte est mise > d'abord en fuite , et que la condamnation se » prononce en dépit de toute cette raison même.
Mardi a3.
Accumulation singulière de contrariétés, etc.
Sur les trois heures , l'Empereur est entré
dan^ ma chambre. Il voulait se promener. Je
l'ai suivi ; il avait la figure sombre ; il souffrait
depuis la veille. La grande chaleur, durant sbn
tour de calèche , lui avait fait mal. Jl a. vu de
j3q Mémorial (Jvuiet 1816)
dehors une nouvelle porte que Ton pratiquait; elle eût changé tout l'intérieur du cahtiç^t jtopagraphique et de Tancien k>g€m€fit (le M"* de Montholon. On n^ lui en avait pas parlé fil ea a été yivement contrarié, et faisant app^sler surle-ch^wp xxelui qui l'avait Qrdç^iinéè , les mauvaises raisons que celui*c\a dom^ées n'opt fait qiie* le contrarier davantage; il lv|i a e^mia^ncLé vivement d'aller la faire - refermer à l'instant même. Nous avons voulu marcher ; inai^ U était dît que ce soir il serait poussé à Jiout , qu^ tout concourrait à lui donner de Vh^meur ; des Jonglais se fiiont trouvas ^ûlt son psissage ; il }es a évités presqiie avec de la colère, me disant que bientôt il ne lui serait pas possible de mettre le pied dehors. 4 ^^^^ P^^ d^ 1^, le docteur l'a joint pour lui faire part , assez gauchement , de quelques arrangemens qu'on projetait pour lui, Napoléon , et il lui demandait son aviA. Or, on lui parlait là d'une des. choses qui liii répugnaient peut-être davantage. Il a évité de rér pondre , chose qui lui était ordinaire contre les inconvenances ; mais cette fois c'était açvec une humeur marquée ; il a gagné la calèche e^ y est
(Juillet i8i6) DE SAINTE-HÉLÈNE. i5i
monté ; mais sur notre route se sont trouvés encore des officiers anglais, et alors il a commandé subitement une autre direcMpn^ et au galop."*
Cependant la noqyelle ouverture faite à la maison , sans qu'il lui en eût été rien dit , et qu'il trouvait Si gauche , lui pesait encore sur le cœur : il allait l'alléger en s'en prenant gaîment à la femme de celui qui l'avait dirigée; laquelle se trouvait dans la calèche. « Ah ! vous » voilà, a-t-il dit; vous êtes sous ma main, c'est » vous qui porterez la peine : le mari a fait la » faute , c'est la femme qui sera bourrée : heu- » reux cette fois l'absent ! » Mais au lieu d'abonder dans ce sens , qui n'avait que de la grâce , sans le moindre inconvénient, et dont Iç ré^ sultat eût été certain , la femme s'en est tenue toujours à vouloir inopportunément excuser son mari , à reproduire des raisoni^ qui ne faisaient que îamener Thumeur. Enfîi^ , pour combler la mesure, l'un de nous, en découvrant les tentes du camp , lui a appris que le$ évolutions et Ips manœuvres de la veille étaient en réjouissance d'une deis. grandes victoires anglaises en Esps^-
i32 MÉMORIAL (Juillet 1816)
gne, et que cela dlaît d'autant moins à ce régiment^ qu'il y avait à peu près péri. Il était facile de lire dans les yeux de TEmpereur tout ce qu'il éprouvait d'un tel sujet de conversation. Toutefois « un régiment ne périt jamais » devant l'ennemi. Monsieur, il s'immortalise ! » a été toute sa réponse 5 il est vraî qu'elle étafl faîte sèchement. '
Moi, je médîtaîs en silence sur cette cumu— ^ lation de contrariétés , frappant aînsf k coups redoublés dans' aussi peu de temps. Je trouvais llnstant précieux pour un observateur , j'évaluais' le supplice qu'elles devaient créer, et j'admirais le peu que l'Empereur en laissait échapper. Je me disais : Voilà pourtant l'homme^ intraitable j le tyran^ L on eût dit qull mWait deviné ; car en descendant de la calèche , el nous trouvant deux pas en avant , il m'a dit à mi-voix : « Si vous aimez à étudier les hommes , » apprenez jusqu'où peut aller la patience , et * tout ce qu'on peut dévorer î ^
En arrivant, il a demandé du thé r j« ne loi en avais jamais vii prendre. M""* de Mbntholon occupait pour là première fois son • nfouvëau
(Joîllet 1816) DE SAINTE-HÉLÈNE. i33
salon : il a voulu le yoir , a observé qu'elle serait bien mieux qti« nous tous;. il a fait apporter les échecs., a demandé du feu^, et a joué suc- ,cessivement avec plusieurs de nous» Peu à peu il est revenu à sa situation naturelle. Nousavons atteint Tbeure du dîner » où il a mangé un peu» ce qui l'a remis tout à fait. Il s^est livré alors à la conversation ; est revenu de nouveau sur ses premières années, qui ont toujours du charme pour lui. Il a beaucoup parlé de ses anciennes connaissances , de la diffipulté qu'après son élévation, quelques-unes ont eue à pénétrer jusqu'à lui , et il a observé que si on ne pouvait franchir le seuil de son palais» c'était assurément bien en dépit de Itii-même; et que devait-ce donc être, disait-il , avec les autres Souverains? e.l;c. , etc. En causant de la sorte , nous avons atteint onze heures, sans que l'Empereur, ni aucun de nous s'en fût aperçu>.
Mercredi 24.
M"* de B...i — ^Détails, elc — Anecdates de rémigratîdn.
Aujourd'hui l'Empereur à essayé le billard qui venait d'être placé ; puis il est sprti pendant
i54 9IÉM0AIAL {JitiUet 1816)
quelques iûstaiift ; )e 4em][>s- était foj^t humide ^ il est rentré presque aussitôt.
Arant ^ûer, rEinperetir me faisant causer dâfDs Ék chambre sur Témigifatîon , le nom de M"** de Brf,., lat^uelle avait étë dame d'atours dé Madafùae et fort en évidence au commenéeiiieùt de nos affaires , a été prononcé. Sur quoi FEmpéteur a dit r « Mais cette M"* de B... 9 n'était-elle pas une très-méchante femme? —
* Assui^émenFt non , ai-je répondu : bien au con- « traire , c'est la meilleure femme du monde ^ » de beaucoup d'esprit, et d'un excellent fuge- » ment. — Eh bien ! a dit l'Empereur, elle doit » aYoit beaucoup à se plaindre de moi. Yoilà le » malheur dés faux rajiyports : oh me l'a fart fiort » Êàaltraitéi^. — Oui , Sire , vous l'avex rendue » frès^mafheureuse. M"** de B..., n'existait que
* pour lé chariiare de la société, et vous l'avez » bannie de Paris,' et confinée dans la province, » où je l'ai rencontrée dans une de mes mis- » sions , avalant sa langue d'ennui , et ne maui dxssant pourtant pas trop Votre Majesté , sur
* laquelle je la trouvais raisonnable«-^Ëh bien ! » poor^oi n'êtes vous pas venu me tirer d'er-
(JttîMct iSiG) DÉ SAJNTE-flÉLÈNE. 155
» reur? Ak ! oiii^ Sire, vous noitâ étiéat A péix » eonnU,. pour cd que je tons eoûii^d à présent , que je ne Feusse pdâ osé pour moimême. Mais voici «n mot de M"* de B.... , à Londres ^ ail fort de notre émigratiocl , qui ikmi là %ra plud connaître que tout ce t^ue je pourrai!» difie. Ati moment dé votre atiivéïe au éoni&ulat^ quelqu'un venant de F^ariâ , $e trcrahrait cbe» elle à une petite réunion ; il devÎDft Bientôt àccidenfelleltient Fèfotnmé de la ftte, par tous les délaib qti'il était en état de Bousr donner d'u-n lieu et de chtfites ^ui nous intérassaietft si fort Et comme on lé questionii^pt sur te Gowul. -^ Il ne peu* vivre long-temps , répondit-il, jaune à faire plaitir: Gè fut s^m rûot% et i^'â^nittiant piar dèfgré^r, il porta pour satoté : A la mort dti fj^élnier Con- S12H «^ Ob i ITiOTréûr , i^écria aussitôt W!^ de B*..^ àldtfinort d'rin Boimne! fi doncî vàicr qaî i^aùd^a riïîeux : A la liante du Roi !
» -^ Eb t*en! je répète que je l'ai fort maltraitée, disait l'Empereur, et siïr les rapports que fàti Ht en fiiiséit On me Favait réprésentée t&Èxtié intrigante , né mêlant de {kxlitîqùé
lS6 MÉMORIAL (JuiDétiSiG)
» et surtout comme fort adonnée au sarcasitàe , » et cela me rappelle un mot qu'on lui prête » peut-être 9 et qui ne m'a frappé du reste ^[ue » parce qu'il était très-spiritueL Un personnage » distingué, qui s'occupait fort d'elle » me di- » sait-on, s'étant avisé de jalousie, ce 'dont elle » se justifiait très-bien, et ne se tenant pas pour 9 battu , lui répondit, qu'après tout, elle devait 9 bien savoir que la femme de César ne devait » pas mênie être soupçonnée. A quoi M"** de » B... trouva plaisant de riposter aussitôt, qœ » les deux petites lignes reçues renfermaieat » deux graves erreurs ; car il était notoire à » tous qu'elle n'était pas sa femme., et que lui » n'était pas César* . - .
Après le dîner l'Empereur nous a lu une partie du Dissipateur et du Glorieux; il les a interrompus par dégoût : ils ne lui présentaietit pas aâsez d'intérêt. Il souffrait beaucoup de son coté droit; c'était le résultat de l'humidité qui l'avait frappé le matin à sa promenade , et nous n'étions pas sans crainte que ce ne fût un symptôme de la maladie ordinaire dans ces climats brv^aijis. .
£n rentrant chez moi , j'ai trouvé une lettre
(ivaiet tSitf ) DE SAINTE-HÉLÈNE. 157
de Londres y avec un paquet de quelques effeU de toilette. Il venait d'arriver un bâtiment de guerre d'Angleterre : c'était le Griffon.
Jeudi 25,
«ree l'AmiraL *— Commissalred dés AlKâà^ ele.» «te.
Sur les neuf heures, faî reçu du Grande Marécbal, j^ur i-emettre 4 l'Empereur^ troii lettres qui ëtttient potti* lui. Elles venaient de Madame Mère, de la princesse Pauline et da {>rince Lucien» Cette dernière était dans une à moi 9 que le prince Lucien m'adressait de Itotne^ le six mars. J'èia ai reçu aussi deut de mon agent d'affaires dé Lôâdres.
L'Empereur a passé toute la matinée à lire left papiers du vingt-^inq avril au treix^ mai : ils eontenaient la mort de llmpératrice d'Autriche , la prorogation des Chambres en Frauoe > l'acquittement de Gambrone , la condamnation du général BerU*and, etc. , etc. Il a dit beaucoup de choses sur chacun de ces objets.
Sur les trois heures -, l'amiral Malcolm a fait demander à être préis^énté à TEmpereur. Il lui 5. 9
i38 MEMORIAL (Juillet 1816)
apportait les journaux des Débats jusqu'au treize, mai. L'Empereur m'a dit de le lui amener^ e% a causé avec lui près de trois heures. Il plaît fort à l'Empereur, qui l'a traité, du premier instant, avec beaucoup d'abandon et de bonhomie, tout à fait comme une ancienne con-.
naissance. L'Amiral s'est trouvé entièremeat dans son sens sur* une foule d'objets : ri avouait que l'évasion de Sainte-Hélène était extrêmement difficile, et ne voyait aucun inconvénient à adonner l'île entière ; il trouvait absurde qu'on jù'eût pas mis l'Empereur à Plantation-House j il sentait, mais depuis qu'il était ici seulement, avouait-il , que la qualification; de général pouvait être injurieuse; il trouvait que lady Loudon avait été ridicule ici, qu'elle ferait, çre d'elle à Londres : il pensait que le Gouverneur avait de bonnes intentions sans doute ; mais qu'il ne savait pas faire. Les ministres , disaitil, avaient eu de l'embarras avec l'Empereur, «t non de la haine ; ils n'avaient su qu'en faire. En Angleterre , il eût été , et il demeurait encore: un. épouvantail pour leeontinent; il. eût été une arme trop dangereuse et trop puissante
(JuUlet 1816) DE SAINTË-'UÉI.ËME. >^^
^ntre les mains de Topposition ^ etc. ^ etc. Bu reste, il craignait, disait-il, que toutes ces cir^ constances ne pussent nous retenir long-temps ici , et il assurait que l'intention des ministres était qu'à l'évasion près, on comblât Napoléon à Sainte-Hélène, etc. , etc. Tout cela était rendu d'une manière si convenable , que l'Empereur discutait la chose avec lui sans plus de chaleur que si elle lui avait été étrangère.
Un moment, l'Empereur l'a visiblement ému, lorsqu'au sujet des commissaires alliés, il lui a exprimé l'impossibilité de les recevoir. «Enfin^ » Monsieur, lui a-t-il dit, vous et moi nous » sommes hommes; j'en appelle à vous.' Se peut- ( j» il que l'Empereur d'Autriche, dont j'ai épousé » la fille , qui a sollicité ce mariage à genoux , 9 auquel j'ai rendu deux fois sa capitale, qui ^ 9 retient ma femme et mon fils , m'envoie son 9 coi^missaire sans une seule ligne pour moi , » sans un petit bout de bulletin de la ssœfté de » mon fils? Puîs-je bien le recevoir? avoir quel- » que chose à lui dire? Il en est de même de , » celui d'Alexandre , qui a mis de la gloire à «e » dire mon ami, contre lequel je n'ai eu que
40 MÉMORIAL (Juillet i8i6)
des pxerifè» fôMqtxeé , et tiofil de» ^ei^et!^$ {yëirisànnellës. ï\i ont beau fetfe SxAiVeràîtis , nbtlè li'eti sotniùteS p^ trioîns hommes ; je ïnè téclairie pris Û^hiïitè tîtrè en te inoràeût ! Ne tietràîent-ih ptii tous avoir un céètir? Ctoyëfe , Môtièteut* , qtiè <Jûand je répugne âiî titre diè géûéiràij î! hè petit tai'ofiFéùsier t je he fe dé^ciîiiie qttie parce que t;e sei-ait convehlr qu'è |é n'ai pas été Ettiperetlr ; et Je défend» ici pl\IS ITiônné^ir des autrteè que le mien. Je défehds iTidtineur de cteux arèc (juî j'ai été , à ce titre , èB tappt>ti:^ ^ tï^ité, fen alliance dé sang et dtà pôVki^ne. Lé seul de très commissaires qufe |e pusse i^cetmi' peut-être, èerait celui dé Louis XVHI, cfciî iBie toe doit rieil : ce cotn- Missàik'e à été long-temps lînon sujet, il ne feit qtaié ïhàrcher ^vet^ les tîîrconstance» îndéj^ehdant^è de lui; aussi le recevrais -je de^ tnàià , si je ne ct^ghàis les mauvais conleTs qa'<^ ferait Éms doute"; et les sotte» couleûffe diOlil où ne inanquerait pa» de peindre cettfe "ciréottstànce > ^tc. , etc. »• Après' dîner ï'Emperètir est revenu encore sur répoque de son consulat, sur leà noml)reui5es
(Juillel 1816] DE SAINTE-HÉLÈNE. 141
çonspiraUoQS dont il ayait été l'objet , sur les personnes célèbres de cette époque^ etc*.^ etc. J'ai déjà meptiooné ces Qb|ets en gramie .partie plus baut» La coQTersatioi» a d^ré jusqu'à une heure du matin ^ oe qi|i ^t^% pour nous un
Vendredi z6 au IKmanche 28.
Cour de TBiup^eur. -— Dépensas , éQonoiqle»^ chasses f écunes^ P^s» serrice dfhoaiieur, £lc. yeic^
piptre rie aceaytumée r ^ur Te xorilieu du jour^^ le tpur en calèche ; le soir, la eouTersatioi^.
Le vingt-sept , l'Empereur a reçu un moment jjp. colonel, parent des \ValsVSerfant, venant di| Csç sur le Hayçomb , et répétant h lendemain pour l'Europe. Il avait été gavventeur de Bourbon, dgnt il ftou^ a fort entretenus, et sous dçs rapports agrésdble^.
Après le dîi^ey, Ig: conversation a été sur ^sgotcie^f ne et la nouvelle Cour, leurs arrançemens, leurs dépenses , leqr étiquette, çtc. , etp. J'ai déjà parlé ailleurs de la plupart de ces choses, dont beaucoup ijà'pnt été <jue renouvelées
I4â MÉMORIAL (Juillet i8i6>
ici. J'en supprime ce qui né serait que pure répétition.
La Cour de l'Empereur était bien jplus magnifique, sous tous les rapports, que tout ce qu'on avait vu jusque-là; et cependant, disaitil, elle coûtait infiniment moins. La suppression des abus, l'ordre et la régularité dans les comptes^ faisaient cette grande dififérence. Sa chasse , à quelques particularités près , inutiles ou ridicules , observait-il , comme celle du faucon et autres , était aussi splendide , aussi nombreuse , aussi bruyante que celle de Louis XVI , et elle ne lui coûtait annuellement, assurait-il, que quatre cent mille francs , tandis qu'elle revenait au Roi à sept millions. Il en était de même de la table : l'ordre et la sévérité de Duroc, disait l'Empereur, avait accompli des prodiges sur ce point. Sous les Rois , les palais ne demeuraient point meublés, on transportait les mêmes meubles d'un palais à l'autre ; on n'en fournissait point aux gens de la Cour; c'était à chacun à s*en pourvoir. Sous lui, au contraire, il n'y avait personne en service qui ne se trouvât dans la chambre qui lui était assignée aussi
(Juillet i8i6) DE SAINTE-HÉLÈNE. 143
bien et mieux que chez lui, pour tout eè qui était nécessaire ou convenable.
L écurie de TEmpereur kii coûtait trois .millions; les chevaux revenaient, en somme, à trois mille francs l'un dans l'autre par an. Ua^ page coûtait de six à huit mille francs : cette dernière dépense, obsiervaît-îl, était la plus forte, peut-être, du palais; aussi pouvait -on vanter l'éducation qu'on leur donnait , les soins qu'on en prenait. Toutes les premières familles de l'Empire sollicitaient d'y placer leurs enfans; et elles avaient raison , disait l'Empereur.
Quant à l'étiquette, l'Empereur disait qu'il était le premier qui eût séparé le service d'hon^ neur (expression imaginée sous lui) , du service des besoins. II avait mis de côté tout ce qui était sale et réel, pour y substituer ce qui n'était que nominal et de pure décoration. «Un iJ Roi, disait-il, n'est pas dans la nature; il n'est » que dans la civilisation. Il n^en est point dé » nu; il n'en saurait être que dTiabillé, etc. »
L^EmpereuT disait qu'on ne saurait être plus sûr que lui de la nature et de la comparaison de tous ces objets ^ parce qu'ils avaient été tous
144 H^MORIAZ. (Juillet i8t6)
arrêté» par lui^ et 3ur lea pro^^erba»: éem temps passés 9 où U a'avait Mt (pk*él$gumr le ridi-« eole^ et conserirer «e qm po^raiit être boa» etc. La conTersation s'était prolaagée att*deI4 40 oiife heures. £Ue avait été assex gaie, et rEmrr pereur a encore observé, en aoas quittaat, qu'il fallait, après tout, queuoi^ fussions line bonne pâte de gens, pour pouvovr nous contenter ainsi k Sainte-Uéiène.
Lundi 2g.
NouYoUe mécbaBoeté du GoaTerneiir, çto. -*-- Préfet désespéré du Corse Santini.
Le temps s'est mis au mauvais depuis quel-^ ques jours; l'Empereur a profité d'uu instant j. pour visiter une tente que l'Amiral lui a fait élever irès-galamment par les geus de sa fré^ gâte , depuis qu'il l'a entendu , dans la conver-f aation, se plaindre de n'avoir pas d ombrage ici» et d^ ne pouvoir demeurer hors de sa chambre, L'Empereur a parlé à l'ofl^cier et au;i gens qui la terminaient en cet instant, et a commandé de faire donner un napoléon à chacun des matelots..
^aujourd'hui nous avons appris que le dernier
(JuiUet i8iO> DE SilNTE-RÉlÈNE. i4S
HP wespJ^rç 4o Pvlem^nt, n^m H^^^m 4ît^ Il était euYoyé par l'auteur mèm^ , et sur la reliure 4tait en l^ttr^ çl'or ; ^ JflapoUçn-^fç-^Grmd^ Cette çircoastauca a porté 1^ Cfopvçrii^ilF à rci* t^oiir Toairagf 9 sërérité qpi, d^ ^a p^« cqh^ traste étr^pgejco^ut ave« ^oa evipre^aeineAt i uaus aToir pr^té dea m>eU^ qi4 9'^:i;([|!imQiit M ipcoiiTei^ablemeu^ $^ur J'Ëmpçrevr.
Pe94£Wt le dîner, l'Emperefir^ fi^nt d'^n œil séyèr<^ uu de ses gew, a dit, au grand étonnement de nous tous : « Qopiment » brigand , tq » vp^nlais tuer le GouTernevrl,. .. Misérs^bleL,*» » Qu'il te revieRne d^ pareilles idées » et tu , « aur^s afffdre à pun; tu verras comme ja te « traitera^. » ij^t, s'adressapt à nous, il a dit ; » Messieurs j voilà Santini qpji roulait tuer la »i Gouyern^ur. Ce droW allait nou? f^irçj là une » bellç araire l II m'4 fallu tputf moji autorité^ » toute ma colère pour Je r^tei^ir» ^
Pour riatçUîgepce de ceeî^ Je dois dire que Ssmtinijp jadis huissier du csibin^t 4^ l'Empe^ rçur, et que son extrême déyouemeut ftyait porté
146 MÉMORUL (Juillet 1816)
à suivre son maître pour le servir, disait-il, sous quelque titre que ron "voulût , était un Corsé qui sentait profondément et s'exaltait avec facî— Jité. Exaspéré au dernier point par tous les mauvais traitemens du Gouverneur, ne pouvant tenir aux outrages qu'il voyait prodiguer à TEmpereur, aigri de voir sa santé en dépérir, gagné liy-mème par une mélancolie noire, il avait cessé, depuis quelque temps, tout service dte^ l'intérieur; et, sous prétexte de procurer quel-» ques oiseaux pour le déjeûner de l'Empereur , il semblait ne plus s'occuper que de chasser dans le voisinage. Dans un moment d'abandon:
H confia à Cypriani, son compatriote, qu'il avait le projet, à l'aide de son fusil à deux coups; de tuer le Gouverneur et de s'expédier ensùîter lui-même. Le tout, disait -il, pour délivrer la terre d'un monstre.
Cypriani , qui connaissait le caractère de soif compatriote, effrayé de sa résolution, en fit part à plusieurs autres du service, et tous se réunirent pour prêcher Santini ; mais leur éloquence , loin de l'adoucir, ne semblait que Hrriter. Ils prirent alors le parti de tout découvrir
(Juillet 1816) DE SAINTB-HÈLÈNE. i^f
à l'Empereur, qui le manda ôur-le-champ en sa présence : « Et ce u'est, me disait -il plus » tard, que par autorité impériale , pontificale^ » que j'aî pu venir à bout de terrasser la réso-^ » lution de ce gaillard-là. Voyez un peu Tes- » clandre qu'il allait causer. J'aurais donc encore » passé pour le meurtrier, l'assassin du Gou- » verneur. Et, au fait, il eût été bien diflRcilè » d'ôter une telle pensée de la tête de bien des » gens ! etc. »
L'Empereur nous a lu après dîner la Mort de Pompée , que les journaux disaient occuper beaucoup Paris en ce moment par ses allusions. Et , à ce sujet , on a répété encore qu'on y avait été obligé de défendre Richard , observant qu'assurément aux cinq et six octobre j Louis XVI eût été loin d'imaginer qu'on fût jamais dans le cas de le proscrire pour le compté d'un autre. « C'est que les choses ont bieii » changé! a dit l'Empereur..... »
Mardi 3o.
L'Empereur, après quelques tours dans lé jardin , est entré chez le général Gourgaud ,. où
l4& MÉMORIAL (Juaiet idiQ)
il sW occupé loag-teknps, le compas et Iq çr^yoa à la maÎQ^ à arrête^ les dimensions de la côte de Syrie et du j^îan de Saînt-Jean-d'Acriç, dont ii Ta chargé, Ea marq^uant <jqelques ppii^tsi ftutpur de Saint-Jean-d'Açre , il difi^ait : \ K J'ai paSîsé )à de tien roawYî^îs mop^^en^! *
Iffi, wir, U Mariage de Figaro, q^i pous a a^Wkén^ çt ifitçr^s^a J>eai|coup plus qye pous pe npi3U5 y (s^tta^^^on^;. Citait h révobtîpn déjà en action 9 disait l'Empereur en ferp^qt \e livre.
Mercredi 3i.
^Bf^Ianie de La ^arpe. — Religieuses. — CouTcns. — Tra^pi^teç. — Clergé français.
l#e tenqvf a été ^xxuyantable \ à peine l'Empensm* a-t41 p^, «^r les tpqi^ heures, gagner le saiop de M"* dç Moptbolon. IJ y a lu quelque temp^ lep, 5fUl? ^t i?pe Nuits, qu'il a trouvées $oui| s;^ ?P^Q ; Pt )et.ant ^psnite Ieis yeux sur ui^ volume du Moniteur qw trayaiHe en ce inoment M. de Monholon , et qui se trouvait ouvert aux négociations pour un armistice maritime en 1 800, il s^ est enseveli plus d une heure,
Aprèç dmer,4'Einpereur a lu, d'abord la
(Juillet 1816) DE SAINTE-HÉLÈNE. 14g
Mère Côlipablé, à laquelle notis ayoùâ ttotivé de riûtërèt, et pdis Méianîe de La Ha)fpt3, qu'il à trouvée méchaiùment Conçue et fort tdal el^cut^e. * Une déclamatiou bôursoufflée, disait-il, » tout à fait dans l'esprit dû tetnps^ bâtie suf* » des calomnies à la nrode , (et des faussetés àb- * surdès. Quand Là Harpe écrivait cette pièce, » Uû père n'aurait cërtainetneiit pas eu le pôu-^ » toit de forcer sa fille à être rfeligiieuse \ jamais » Tautorîté n*y eût donné les ùiaîù^. Cette pièce, » )ouéè au lùoment de la réVohitrôû, n'a dft » Son succèls «Ju'ati traVeré d'esprit du khomeht. » ÂuJourdWi cjue la p^^sion est tbmbée , elte i> ferait ^itié. La Hai^e n'a fait tjue de fausfeéH 9 peintures *: il ùe fallait point attaquer dei^ ih^tf- » tutions vicieuses avec des insti^fnèné; vîcîetlt. » L'Empereur disait que La Harpe aVàît tellement înaûqué son but, vis-à-tîs de lui, qùè Voixt sioh Intérêt était pour le père , et sa ïdâttvaisê humeur ôontre là fille* il ne l'àVait jïiînaïs vu jouer qu'il ne Mt tenté de é^e lever de sa loge , ^t de crier à la fille : t Dites seulement » non, et nous tous soutenons tous HA; thârque » citoyen sera Votre défenseur. %
i5o MÉMORIAL (Juillet i8i6)
. Il disait qu'étant au régîmeiat, U avait assisté à maintes prises d*habit, « C'étçiit une cérémo- » nie fort suivie par les officiers, et qui nous » irritait fort, disait-il, surtout si les demoiselles » étaient jolies. Nous accourions, et tendions » nos oreilles longues d une aune. Si elles eus- » sent dit norif nous les eussions enlevées l'épée » à la main. Il est donc faux qu'on employât la 9 violence , mais seulement on employait les sé- » ductions : on engeolait peut-être ces religieuses » à la manière des recrues. Le fait est qu elles 9 avaient à passer, avant de conclure, par les » religieuses, la supérieure, le directeur, Tévê- » que, l'officier civil, et enfin les spectateurs* .» Le moyen que tout cela se fût entendu pour > concourir à un crime. »
L'Empereur disait qu'il était contraire aux couvens en général, comme inutiles, et d'une oisiveté abrutissante. Pourtant , d'un autre côté, disait-il: encore, il y avait certaines choses à dire en leur faveur. Les tolérer, astreindre leurs membres à être utiles , ne reconnaître que des vœux annuels,. était, selon lui ^ le meilleur me^^ termine^ et c'est; ce qu'il avait fait,.
(Juillet 1816) DE SALNTE-ilELÈNE. - i5i
LTmpereur se plaignait* de n'avoir pas eu- le temps de compléter aucune de ses institutions.. Aux maisons de Saint - Denis et d'Ecouen , il s'était proposé de joindre un certain nombrç de chambres pour servir d'asile et d'hospice, à des veuves de militaires ou à des femmes âgées^ etc. y etc. « Et puis , il fallait convenir encore , » ajoutait-il y qu'il était des caractères^ desimar » ginations de toutes sortes ; qu'oa ne devrait • pas contraindre les travers mêmes, quand il^ » n'étaient pas nuisibles ; qu'un Empire comme » la France pouvait et devait avoir quelques » hospices de fous appelés trapistes. p Au suj[e{t de ceux-ci, il faisait la remarque que s'il venait dans la pensée d'un homme d'infliger les pratir ques qu'ils observent, assurément, elles passeraient, et à juste titre, pour la plus abominable des tyrannies, et que pourtant elles peuvent faire les délices de celui qui se les impose VO7 Ipntairement... Voilà l'homme, ses bizarreries, OU sa folie !.... Il: disait qu'il avait permis le3 moines du Mont-Genis; mais ceux-ci du moins, ajoutait -il, étaient utiles, très-utiles, on pourrait même dire héroïques.
j5a - MËUORIAL (Juillet lèid)
LTôpei^ùt atalt dît dms Hoft Conseil d'État , lors de Torgahièalion de rtinîversîlé : « Ma pett-^ % sée est que ïés tooinés seraient de beàrticùiip
* les meilleurs fcorps etiseignané, s'il était ^s*- » sible de les maîtriser, de les soui^ traire à un « chef étranger. J'ai dii penchant pour eût, » àtatt^l ajouté* Paursas peut-être eu ïà puî*-* » sanee de les rétablit i iliaîs i^s tne Tont tiîûdut » impossible. Je ne fais rien pou^ te clergé , h qu'il ne me donne aussitôt lieu de m'en re-* % pentîr. Ce n*esl paie que je me plaigne préci-»- » sérient du vieux clergé ; j'en suis même asse*
* content J maïs on élève les nouveaux prètreâ » dans ixhe doctrine îSôAibre , fanatique , il n'y » a rîeù de gdlîeaù dafis le Jeune clergé.
» Jfe n'ai nen à dire contre les ïincîeàs j ïeS » vient étéqnes : ils se Sont montrés reôonnaîs-^
* sanë de tfe ^uê j'tf^is fsat pour la religion i » ils ont répondu à mes «spéiânces.
t Le cardîîiàl de B^l^gelîn était uù faoïà^ttié ^ d'esprit , un bèâdùiè dîe bien , ^i tn^avaft % loyalement adopté.
» L'arcbcTèqtïe de Ticrtffs, Barrai j bômmie d« » beaucoup d'instruction , ^et qui nous a fort
(Juillet 1 8 16) DE SAINTE*HÉLÈNE. i55
servis dans nos différends avec le Pape , m'est toujours demeuré fort attaché.
» Le digne cardinal du Beltûy, le Wn archevêque Roquelaure , m'affectionnaient sincèrement.
1 Je n'avais fait nulle difficulté de mettre Tévêque Beauêset au nombre des dignitaires de Tunlversité , et Je ne doute pas qu'il ne fût un de ceu|: qui s'y conduisaient le plus sincèrement dans mes intentions.
» Tous ces 'anciens évêques eurent ma- confiance , et nul ne la trompa. Ce qu- il y a de singulier 9 c'est que ceux dont j'ai eu à me plaindre sont précisément ceux que favais faits moi-même; tant il n'est que trop vrai que l'onction sainte, en nous attachant au domaine du Ciel, ne nous délivre pas de& infirmités de la terre, de ses travers, de ses vilenies, de ses turpitudes, etc. , etc. »
Xa conversation s'est arrêtée ensuite sur le manque de prêtres en France ; Sur l'obligation de les engager à seize ans, et la difficulté ou même l'impossibilité d'en trouver à vingt et un , etc. , etc.
• 5. lo
i54 MÉMORIAL (Juillet 1816)
L'Empereur voulait qu'on les ordonnât beaucoup plus tard. « C'est fort bien , lui repon- » dalent les évêques, le Pape même; vos rai- ^» sonnemens sont très- justes ; mais si vous » attendez à cet âge , vous n'en trouverez plus , » avouaient-ils, et vous admettez pourtant qu'il » vous en faut*
» Il est hors de doute, a observé l'Empereur, » qu'après moi viendront d'autres principes.
» Peut-être verra -t- on en France une conscrip- » tion de prêtres et de religieuses 9 comme^ on » y voyait de mon temps une conscription mir » litaire. Peut-être mes casernes deviendront- » elles des couvens et des séminaires. Ainsi va » le monde!.... Pauvres nations! en dépit de » toutes vos lumières , de toute, votre sagesse , » vous demeurez soumises aux caprices de la » mode , comme de simples individus. »
Il était près d'une heure du matin qvand l'Empereur s'est retiré : c'était une véritable victoire sur Tennui, a-t-il dit,, et de grands avantages contre l'insomnie»
(Août t8»i6) DE SAINTE-HÉLÈNE. i55
Jeudi I Août.
Marie- Antoinette. — Mœurs de Versailles. — Anecdote, — Béverley. — Le Père de Famille de Diderot.
Le temps était épouvable. Sur les trois heures le Grand-Maréchal est venu me chercher; j'avais précisément essayé de mettre le pied dehors 9 il ne m'a pas trouvé. C'étaient des Anglais qu'il avait à présenter à l'Empereur.
L'Empereur m'a fait appeler sur les cinq heures : il était de mauvaise hu^ieur^ et un peu contre moi ^ disait-il : la visite de ces Anglais ^ le mauvais temps, le manque de salon ^ celui d'interprète , tout l'avait contrarié;
Il lisait les Veillées du Château, qui ne pouvaient l'intéresser, observait-il, et il les a quittées pour prendre les contes de la Reine Marguerite de Navarre.
Puis il est passé à causer de Versailles : la Cour, la Reine, M"* Campan, le Roi, ont été les principaux objets , et il a dit beaucoup de choses dont j'ai déjà cité quelques-unes, et dont je supprime un grand nombre d'autres. Il a conclu , disant que Louis XVI eût été le plus
i56 MÉMORIAL (Août 1816)
exemplaire des particuliers , et qu'il avait été un fort pauvre RoL II a dit que la Reine eût été .sans doute ^ dans tous les temps ^ Tornement de tous les salons; mais sa légèreté, ses inconséquences, son peu de capacité, n'avaient pas peu contribué à provoquer, à précipiter la catastrophe : elle avait, disait-il , tout à fadt changé les mœurs de Versailles; l'antique gravité, là sévère étiquette , se trouvaient transformées en gentillesse aisées, en vrais caquetages de boudoir. Tout homme sensé , tout homme de poids ne pouvait échapper à la mystification de jeunes courtisans, dont la disposition naturelle à la moquerie se trouvait aiguillonnée encore par les applaudissemens d une jeune et belle souveraine. Une anecdote des plus caractéristiques a été citée à l'appui : Un brave et digne général allemand se rend à Paris avec une recommanda- | tion spéciale pour la Reine , de la part de l'Empereur Joseph , son frère. La Reine ne croit pas lui faire de plus grande faveur que de l'admettre dans sa petite société. Il s'y trouva, comme on pense , un peu désorienté ; mais on voulait le bien traiter, et Ton se fit une loi de
(Août 1816) DE SAINTE-HÉLÈNE. i5j
le faire causer* Il fut malheureux dans le choix de ses sujets et dans la nature de son débit; il parla beaucoup de sa jument blancfie et de sa jinneni grise ^ qu'il aiittait par^dessus tout» Les jeunes courtisans dé le questionner malicieuseinent à cet égard , sur nne foule de petits dé-^ taîls auxquels il avait la bonhomie de répondre avec importance. Enfin, fun deux, pour terminer, lui demande à laquelle décidément if donnerait la préférence, « Ma foi,,..^ répond » emphatiquement le général , je dois confesser » que si un jour de bataille, je me trouvais » monté sur ma jument blanche , je crois que » je n'en descendrais pas pour monter sur ma » jument grise. » Il sortit, et IMeu «ait quelles gorges chaudes on en fit. La conversation ayant pris une autre direction, on discuta longuement et ispirituellemerit sur les blondes et les bnmes , et la Reine ayant demandé à quelqu'un quelle serait sa préférence ; celui-ci aussitôt d'arrondir son dos, de prendre le ton solennel de riiitrîchîen , et de dire : « Ma foi , Madame , je dois » confesser que si , un jour de bataille , je me
Î5S MÉMORIAL (Août 1816)
» trouvais.... — Assez, répondît la Reine, épar- » gnez-nous le reste. * »
Après dîner , il nous a lu Béverley et le Père de Famille : celui-ci a surtout excité sa censure.' Il nous semblait pitoyable. Ce qui amusait le plus l'Empereur , disait-il , c'est qu'il fût dé Diderot; ce coriphée des philosophes et de l'Encyclopédie. Tout y est faux et ridicule , obseryait-il. L'Empereur a beaucoup discuté sur les détails, et a terminé en disant : « A quoi boa » parler à un insensé dans le fort de la fièvre » chaude? Ce sont des remèdes qu'il lui faut.
* On me &it remarquer qu'il y a anachronisme dans la présente anecdote, laquelle se trouve dans les Mémoires de M"* de MoIIeville, au sujet d'Anne d'Autriche. D'un autre côté, d'autres personnes m'ont assuré que bien que l'anachronisme fut incontestable , cependant il était certain que l'anecdote avait dans le temps couru la capitale sur le conipte de Marie- Antoinette; c'est qu'en effet il n'est que trop commun de voir une saillie , un bon mot, une anecdote caractéristique se reproduire toutes les fois que l'occasion opportune se renouvelle. Quoi qu'il en soit je n'ai pas voulu redresser ce passage du Mémorial, parce que je n'y suis que narrateur; maia je me fais un devoir de mentionner moi-même qu'il y i| vraiment anachronisme,
(Août 1816) DE SAINT£-HÉLÈN£. iSg
» de grandes mesures ^ et non des argiimeus.^ » Qui ne sait que la seule victoire contre Ta- » mour c'est la fuite ? Mentor , quand il veut » garantir Télëmaque , le précipite dans la mer. ^ » Ulysse, quand il veut se préserver des syrèj> nés, se fait lier, après avoir bouché avec de » la cire les oreilles de ses compagnons , etc. »
Vendredi a.
Historique de rémigration à Coblents.— AneooHk, etc.
Continuation de temps épouvantable, pluie battante. L'Empereur ne se trouvait pas bien, H se sentait les nerfs très-agacés.
11 m'a fait appeler pour déjeûner avec lui.
Pendant tout le déjeûner , et long-temps encore après , la conversation a roulé de nouveau sur l'émigration. J'ai déjà dit qu'il jxif ramenait ^souvent. Il me questionnait aujourd'hui sur les détails de Coblentz ; notre situation , notre esprit, nos sociétés, nôtre organisation, nos vues, nos ressources ; et à la suite de toutes mes ré-^ ponses , il a terminé disant : « Voilà déjà plu- » sieurs fois que vous me dites une grande partie
i6o HÉHORIAL (Août 1816)
1 de ces choses, et cependant elles ne demeu- 1 rent pas dana ma tête , parce que vous me les 9 débitez sans ordre« Ecrivez-en un petit histo- 1 rique régulier. Qu'auriez-vous de mieux à faire » ici? Et puis, mon cher, cela se trouvera un » morceau tout fait pour votre Journal. » Cette, denmide était celle de Didqu à Enée , et j'eusse.
pu m'écrier aussi : Infandum regina jubés
Toutefois, je fis cet historique. autant que me le perm|iteient ma mémoire et mon jugement ; car cem commençait à devenir vieux , et j^étais bien jeune alors* Le voici tel que je le lus, peu de temps après , à Napoléon.
« Sire, après la fameuse journée qui renversa la Bastille et mit toute la France en mouvement, la plupart de nos Princes , qui se trouvaient compromis , prirent la fuite , uniquement d Sabord pouB se mettre en sûreté. Bientôt après^ des personnes considérables et des jeunes gens ardens allèrent les rejoindre : les premiers, par les rapports qu'ils avaient avec eux;, les autres, parce que cette démarche portait en soi quelque chose de marquant, de généreux et de prononcé. Dès qu'on se trouva ui^ certain nombre ,
(Août 1816) DE SâINTE-HÉLÈNE. lOi
il vint à l'esprit de faire tourner au profit de la po-; litique^ ce que jusque-là^ le zèle et le hasard seuls avaient amené. On pensa que si^ à l'aide de ces, réunions 9 on pouvait créer une espèce de petite puissance, elle pourrait réagir avec avantage sur le dedans, qu'elle y deviendrait un levier d'insiirrection, y frapperait les esprits et y gênerait les mouvemens , tandis qu'iiu dehors ^ ce serait . un titre ou un prétexte pour s'adresser aux puis* semées étrangères , et mériter leur attention. Voilà l'origine de l'émigration , et l'on assure que cette haute concepticm sortit du cerveau de M. de Galonné *, traversant la Suisse à la suite d'un de JiQS Princes qu,i quittait Turin pour gagner l'AUeinagne.
9 Le premier rassemblement se fi| à Worms, sous le prince de Condé. Le plus fameux fut à Goblentz , sous les deux frères du Roi , dont l'un vint d'Italie , où il avait d'aboord pris asile
* Quelqu'un qui se tient pour bien infbxmé m'a garanti que j'étaÎ9 ici tout à fait dans Terreur, M. de Galonné n'ayant gagné rAllemagne que lorsque la mesure de Témigration se trouvait déjà arrêtée ; ajoutant que bien loin de Ta voir créée et provoquée, il l'avait même blâmée.
i6:» MÉMORIAL (Août 1816 )
auprès du roi de Sardaigae , son beau-père ; et l'autre arriva par Bruxelles, en échappant ^ la crise qui fit Louis XVI captif à Varénnes.
» Je fus de l'origine du rassemblement de Worms. Quand j'y arrivai on était à peine encore cinquante çiuprès du Prince. Dans toute lefferveacence de la jeunesse et la premièr<e chaleur du beau, j'accourais dans la plus innocente simplicité de cœur : un chapitre d^' Bayard était ma lecture, ma prière de chaque matin. Je m'attendais , en atteignant Worms , à être tout au moins saisi , embi^assé par autant de frères d'armes; mais à ma grande surprise, et ce fut ma première leçon sur les hommes , au lieu de ce tendre accueil , moi et un compagnonnous hous trouvâmes tout d'abord questionnés et observés pour s'assurer que nous n'étions pas des espions ; ensuite nous fûmes soigneusement' étudiés sur l'intérêt, les vues et les prétentions qui pouvaient nous avoir amenés; enfin, on pritgrande peine de nous prouver et de faire pressentir au Prince , ainsi qu'on le renouvelait pour' chaque arrivant,, que notre nombre s'accroissait beaucoup, et dépassait sans doute déjà les plar*=
(Août 1816) DE SAINTE-HÉLÈNE. iB3
ces et les faveurs qu'il pouvait accorder. Mon compagnon était si choqué , qu'il me proposait de repartir immédiatement pour Paris.
» Nous , qui composions le rassemblement , dans rintention d'être utiles ou de nous rendre importans^ nous nous placions trois ou quatre , à tour de rôle, en espèce de service régulier auprès du Prince, nuit et jour; car déjà nous ne rêvions que complots et assassinats, tant nous nous regardions comme puissans et à craindre ; et en descendant cette espèce de gairde volontaire nous avions l'honneur d'être admis à la table du Prince. Trois générations de Condé en faisaient l'ornement, circonstance singulière qui s'est renouvelée avec plus d'éclat à l'armée de Condé , où le grand-père combattait au centre , tandis que le fils et le petit fils conduisaient la droite et la gauche , où ils étaient blessés , je crois, tous deux, et le même jour.
» La princesse de Monaco avait suivi le prince de Condé : il l'a épousée depuis ; mais dès-lors elle gouvernait déjà sa maison , et en faisait les honneurs. Nous avons pu entendre , à cette table , dès convives dire et redire au Prince que
i64 MÉMORIAL (Août 1816)
nous n étions déjà que trop pour entrer en France; que son nom et un mouchoir blanc suffisaient ; que 1 étoile des Condé allait enfin reparaître ; que l'occasion était unique , qu'il fallait la saisir; ôt je ne garantirais pa& qu'on ne jfût venu à bout de suggérer au Prince des vues personnelles très-^levées.
» Worms, par la nature de son rassemblement et le caractère de ^on chef , montra toujours plus de régularité ^ plus d'austérité de discipline que Coblentz » où se faisaient remarquer plus de mouvement, de hixe et de plaisisir : aussi Worms fut-il appelé le camp et Coblentz la ville ou la Cour.
> La iarpe du rassemblement donnait la me-* sure de l'importance de son chef , ce qui faisait que le prince de Condé ne voyait qu'avec peine qu'onlutéchs^pât» et se le rappelait long-temps. Je n'en courus pas moins à Coblentz dès qu'il eut acquis uoe certaine splendeur ; j'y avais des parens , des amis ; et puis là se trouvaient plus de laslre , d'agitation et de grandeurs. Coblentz fut en peu de temps un foyer d'intrigues étrangères et domestiques ; on pouvait y apercevoir
(Août 1816) DE SAINTE-HÉLÈNE. i05
deux partis distincts : MM. d'Avaray , de Jaucourt et autres , étaient les confidens , les con* seîHers ou les ministres de Monsieur , aujourd'hui Louis XVIII; rÉvêque d'Arras , le comte de Vaudreuil et autres, étaient ceux de Monseigneur comte d'Artois; et dès ce temps- là même, on assurait que ces princes montraient déjà assez distinctement les mêmes nuanceâ^ politiques que Ton a prétendu les avoir caractérisés depuis. M. de Breteuil, fixé à Bruxelles, et se disant muni de pouvoirs illimités de Louis XVI, formait un troisième parti , et venait encore compliquer nos affaires.
» M. de Galonné était notre ressource financière, et le vieux maréchal de Broglie et le maréchal de Castries, nos chefs militaires. Le brave et capable M. de Bouille, sorti de France après l'affaire de Varennes , n'avait pu demeurer avec nous , et avait suivi le Roi Gustave. III en Suède.
» Cependant l'émigration avait pris un grand caractère, grâce aux soins employés pour la propager. Des agens avaient parcouru les provinces, des avis avaient circulé dans les châ-
i66 MÉMORIÂI. (Août 1816)
teaux/ sommant tout gentilhomme daller se joindre aux princes, pour concourir avec eux au sailut de l'autel et du trône, venger leur honneur, et recouvrer leurs droits. On avait prêché une véritable croisade, et avec d'autant plus de fruit qu'elle avait frappé sur des esprits disposes à l'entendre. Pajmi tous les nobles et les privilégiés, il n'en était pas un seul qui ne se sentît vivement blessé par les décrets de l'Assemblée. Tous y avaient perdu ce à quoi ils tenaient davantage , depuis celui qui occupait le plus haut rang, jusqu'au plus petit hobereau ; car au premier on avait enlevé son titre et ses vassaux , et le dernier avait vu insulter sa tourelle*, son pigeonnier; on avait tiré sur ses lièvres. Aussi le mouvement fut aussitôt universel pour se mettre en route; on n'y pouvait manquer sous peine de déshonneur, et les femmes furent dirigées à envoyer des fuseaux à ceux qui demeuraient incertains, ou se montraient trop lents. Soit donc colère, pusillanimité ou point d'honneur, rémigration devint une véritable maladie ; l'on se précipita avec fureur hors des frontières ; et ce qui ne contribua pas peu à l'accroître , c'est
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que les meneurs de la révolution y poussaient en secret, tout en ayant lair de s'y opposer en • public; ils déclamaient vaguement contre elle à la tribune, il est vrai; mais ils avaient grand soin de tenir tous les passages bien ouverts. Le zèle venait -il à. se ralentir? Jes déclamations devenaient plus violentes , et 1 on décidait de fermer strictement les barrières. Alors ceux qui étaient demeurés en arrière se trouvaient au désespoir de n'avoir pas su profiter du moment favorable; mais, accidentellement ou par négligence, les barrières se rquvraient de nouveau, et on s'y jetait avec empressement, pour n'être pas encore pris en défaut. C'est par ce manège adroit que l'Assemblée aidait ses ennemis à se précipiter eux-mêmes dans le gouflfre.
Les fortes têtes du parti avaient jugé , tout • d'abord, qu'une telle mesure allait les désem^ ' combrer des parties hétérogènes qui gênaient leur marche, et que les biens de tous ces bannis volontaires leiir assureraient d'incalculables res^ .sources. Les officiers croyaient faire merveille que de s'esquiver de leurs régimens , tandis que les meneurs, de leur côté, faisaient révolter Jeurs
i68 MÉMORIAL (Août 1816)
soldati^^ pour les y contraindre. Us se délirralent par là d'ennemis qui les paralysaient, et se donnaient dans les sons-officiers, aii contraire , des cooperateurs zélés, qui devinrent des héros dans la cause nationale i ce furent eux qui fournirent les grands capitaines, et battirent toutes les yieilles troupes de Tétrangeï,
» Il arriva donc que Coblentz , en peu de temps, réunit tout ce que la Cour en France avait d'illustre , et ce que les provinces renfermaient de riche et de distingué. Nous étions des milliers de toutes armes, de tous uniformes, de tous rangs ; nous peuplions la ville et avions envahi le palais. Nos réunions de chaque jour, auprès des princes, semblaient autant de fêtes splendides : c'était la Cour la plus brillante ; ûos princes en étaient les vrais souverains ,. si bien que le pauvre électeur, fort éclipsé, s'y trouvait perdu au milieu de nous; ce qui porta quelqu'un à lui dire un jour fort plaisamment, soit naïveté, ou finesse d'esprit, que dans toute la foule de son palais il n'y avait que lui d'étranger.
» Dans les grandes solennités , il est arrivé
(Aôftt 1816) DE SAINTE-HÉLÈNE. iÛ^
d'avoir des galas pui>lics , et Vbn permettait auï DOtabiei^ habitans de faire le tbUr des lablesw Alors nous étions 'fiers de toir lei» geûs db pays admirer là bonne mine et là tournure chevaleresque dé Monseigneur comte d'Artois; nous étions orgueilleux de savoir qu'ils rendaient hommage aux eoiinaissances , à Tésprit de Mon-^ sieur; et il eût fallu voir avec quelle armganôe nous setnblions promener , pour ainsi dire , ^vec nous toute llmportance ; le lustre de notre lùo-^ , narchie -, et surtout là supériorité dé son chef et rélévation de nos priùcés. S. M. te Roi, disions-nous pompeusement dans les cercles alle-^ mands , en désignant le roi dé Frianôé ; car c'é-^ tait, otr ce devait être là, selon nous, son titre par excellence pour toute lIEurDpe. L'abbé Maury,'que nous avions reçu d'abord avec acclamation; mais qui , par parenthèse, perdit beaucoup' parmi nous en bien peu de temps, avait découvert , nous disait-il , que* c'était là son droit et sa prérogative.
» Veut-on un' autre exemple d'exagération ?
Plus' tard, au plus fort de lios désastres, et notre causé tout à fait perdue , un officier supé« 5. 1 1
170 MÉMORIAL (Août 1816]
rieur autrichien ^ chargé de dépêches imporUn* tes pbpr Iç, gQuyer^eBisiit ^ Ji^drea, réunit à ^er quelques-pn^ ^e^ nQt;Kefk av^eo les^els il ay^ît e^i j^s des ii^el^ticM^s «uç I9. conti^^at. : à \3L fin du diaer, et très-*pr^s 4e tcmt^ vérités , Vopi parle politiquç.^ çt il lu^ éçhappe^ de dire qu'^ SQi^ départ àe YieD^i^e, çn p^^Mt l^eaucoup <|^^ HTiajriage d/e Afad^naÇ^ I^oys^e (a»JQvr<l'h^L d^uchesisç. c^'4^gouIêine) ayeç l'^chidw Charles ,^ g]u^^ ^u^ ce ipo^ent d'aiJJI^u]:s t^cupailî fort I^ rçnpripqaé/ç, < l^s c'est; ioapQj^ijbl^^ ! lu » obserre i^yeipeiit un de ses çonyiye^ 6'ançais. \-r- Et ppurqijoi? — Ç^rcj? cpw çe i^'ert pas ua» » mariage, convenablç popr MadjaxQ^. — : Com- » ment! s'écrie VAu|richien scfpiddUsé et fati- »; gant ses ppulmcnis^ $00 Altesse J&oy aie Mqn* «sei^eur Farcl^iduç Charles ! Pa$ un ipariage »^ convenable poup yotxe pr^^cesse l— Bh !t non , » Mons^eur,^ elle ne ferait 1^ qu'iip. mai^age de; • gvni^n., »
» Du reste , ces hautes pirétentjoqc^ ^o^& yei^aient de iiotr<e éd^çatipn : c'était là.^ k, nous , notre sentiment national; çt noijf, princes n'en étaient pas exempts. Chez nous les frères dv^
(Août i«i6) DE SAINTE-HÉLÈNE. . 171
Roi dëdaigûaient ïe titré tf Altesse Royale : ils avaient la prétention d'écrire avec le titre de itète à tous les souverains; le i*este était à ràvfetfantj aussi n'étaît-ce qu'un cri en Europe cônti'ë nos matiièreu die TerSailles et les préten-/ tiohS de nos princes^.
«^ Gustave III nous disait, à Aix-la-Chapelle : » Vott% Coiff de Versailles n'était pas abordable ; =- » sa hautfeui* et son persiflage étaient aui^i par » trop forts : ^ulatid j'y ai été, oii m'y regardait » à peine , et en la quittant j'emportai Ife brevet » de lourdaud^ de ganac/ie.
» ta duchesse de Cumberland , mariée au
frère du Roi d'Angleterre , avait à se plaindre ,
dans le même temps et' dans la même ville, que
la {Princesse de Lamballe ne lui accordât par les
' honneurs des deux battans.
> Le vieux duc dé Glocester, à Londres, se plaimiait plus tard, pour son compte , d'un de nos princes du sang, et disait qu'iau surplus le prince dé Galles riait beaucoup dé ce que luimême , prince de Galles , l'appelant Monseigneur, notre prince s'étudiait soigneusement à
172 MKMORIAL (Août 1816)
tourner ses phrases de manière à ne le lui jaimàiis rendre. , , . *
» Toutefois^ àCoblentz^ dans nos circonstances nouvelles, nos princes daignaient altérer letirs mœurs à cet égard, et descendre au niveau des princes étrangers. Ils.se trouvaient en ce m<)ment auprès de 1 électeur de Trêves , prince dé Saxe , frère de leur, mère , lequel , par parentthèse ^ nous dévorions alors , et auquel nous avons coûté plus tard la perte de- ses Etats ; ils daignaient l'appeler mou oncle; lui , pouvant lei^ appeler vaes neveux ^ et il leur disait un jour, assure-t-on : « C'est à vos infortunes que je dois-des » expressions si tendres; à Versailles, je n'eusse » été pour vous que M. l'abbé; il n'est pas sûr » que vous m'eussiez reçu tous les jours. » Et on ajoutait qu'il disait vrai , et que le comte de Luzace son frère, là présent, en avait fait la triste expérience*
» Les princes passaient en général leurs Soirées dans leurs intimités particijlières. L'un était la plupart du temps, chez M"* de Polastron, à laquelle il portait des soins que sa cons-.
(Août 1816) DE SAINTE-HÉLÈNE. 1^5
tance et ses formes ont rendus respectables. Ce n'est pas que Ton n'essayât plusieurs fois , mais toujours en vain , de Tèn distraire , tant les
- intrigans trouvaient peu ïeur compte avec M"** de Polastron 9 quî, douce, bonne, excellente, tout à fait désintéressée, tenait à demeurer absolument étrangère aux affaires; Son cercFe se
, composait d'infiniment peu' dé mondé. J'avais
.dû à une parente le bonheur d'y être admis ; mais comme il fallait se retirer avant l'arrivée du prince, je n'ai jamais- eu l'honneur de l'y voir.
> » Monsieur passait ses soirées chez M"' de Balby , dame d'atours de Madame. M"" de Balby, vive, spirituelle, amie chaude, ennemie décida , réunissait chez elfe tout ce qu'if y avait de plus distingué : c'était un honneur que d'y être admis ; on s'y trouvait au centre du goût et du bon ton. Monsieur y demeurait parfois assez tard, et quand la foulé était écoulée.,, le cercle rétréci, il lui arrivait dé raconter; et il faut avouer qu'il nous était aussi supérieur par tes grâces de sa conversation que par son rang et sa dignité.
» Voilà pour notre tenue et nos dehors Je
.174 MÉMORIAL (Août 1816)
société à ÇojtAentz : ç eia^t notre beaju côté ; nous étions moins lueiireux sous la fyçe politique ; elle formait la partie honteuse. »
ft Ah ! bon^ a dit ici TEmpereur^ aqssi bi»p » je commençais à prouver longs vos détails 4e » salon. Il est vrai ^e pour vous c*^s% excpsai- » ble j ypifs vojis y complaisez, c'est votre feufi^ » temps. Mais allef . f
« Sire, toute notrfs œul^tude n'était qii'ufte noble et brillante col^ue i tput notre ensemble offrait Timage d'une complette çopfttsipn. C'était l'anarchie , s'agitant ai( - dehors pour établir , disait-on , l'ofdre au-rded^i))^ ; une yéritabje d*^ mocratie combattit pour ^établir s^ift ^ri^toi-^ cratie. Nous donnions en petit , du reste , i^t à quelques nuances près, la répétition de to^t ce qui se faisais en France. Nous avions pa^mi nous des zélateurs tenace^ de nos vieilles foivmes, et des amateurs ardens dfi la nouveauté ; nous avions nos constitutionnels, nos iipitotlérans, nos modérés. Nous avions nos empy^ rîques, qui rçgretlaîçnt fort de nç s'êtrç pa^ emparé du Roi, pour agir de force en son nom , ou tout bonnement le faire déclarer
(Août 1816) DE SAINT£-HËL£\E. 175
incapable! enfin ,aous mioûé âUiSài tioft jitcô-î bitis, qui voulaient tdut tuer 5 toilt hrttbt ^ tout détruire éd. rentrant y etc; *^ etc.
«f Moa .{vrihcés n'éxerf aient aucutiè ailtbriéé poaitite sut notre multitûtie : ils étaient nos souverainâ ^ il éit irra! ; niais nous étiornâ désr sujets fort indociles , et très-facilement aigns^ f nous murmurions à totrf propos ; c'était Stfr-^ tout sur les dermei*s a^rivuis que se' portait' la forçur eomteunè i c'était autant de gloire éV de. ehance <ju'ils ehlèTafent à iïos èiploifiS et à"^ nos espérances , disions-n'ôuâ \ On «frirait torfjours trop tard^ s'écriareilt tous ceux (fùR se IrouVaâeùt unîe fois adttHs« Il n'y àtaît plu's de mérite désormais ^ dissrit-oti.' 1^ ToA continuait à tout' ifecevoîr tftosî , la' France entière serait bientôt de notre côté , èï il né âe trou-^ rerait pliis peri^àtté de ptinissablè m' te^ tolir, clc: , etc.
* Ptetettïîeiit aloi^^ dé ioJâ^ côtéii lès dénonbiaÂions de toutei^ sortes sur cèvni qUi' ar-*' rivaient. Un prime de SaîM-MéWiée ^ fiti du j^nce de Moutbavey » né put résister à' 1 on-^ ragan , bien' qu'il eû^ Tappui formel de tout
I7S MÉIIO&IAL (Aoûti8|6)
ce qu'il y avjsdt de distingué ^ celui du Priuce Vième , qui daigaa implorer en sa fayeur , disant M Eh! Messieurs^ qui >n'a pas ses fautes »à se reprQcber dans la . révolution ? Moi »< aussi j'ai eu les miennes ; et en les oubliatit h TOUS m'avez donné le. droit d'intercéder pour » d'autres. » M.. de Saint-*Maurice n'en dut pas moins déguerpir au plus vite : son crime était d'avoir été de la société des amis des noirs , et d'être poursuivi ^ au milieu de nous , avec acharnement , par un gentilhomme franc-comtois^ qui dénonçait M* de Saint-Maurice pour lui avoir jfait brûler des châteaux. Or^ peu de jours après , il se découvrit que le clabaudeur i^'avait pas de château , qu'il n'était pas. Franc- Comtois , qu'il n'était point gentilhomme , ce o'était qu'un aventurier.
« Mk de Cazalèê, qui avait. rempli la France et l'Europe de l'éclat de son éloquence et . de son courage dans l'Assemblée nationale, avait néanmoins perdu la faveur populaire à Coblentz. Quapd il se présenta arrivant de Paris , le bruit courut parmi nous que les, Prince» ne le recevraient pas , ou le recevraient mal.
(Août i8i6) DE SAINTE-HÉLÈNE. 177
Nous .noas réunioûies quatre - Vingts Langue-* dociens pour lui servir d'escorte , en dépit de lui-même. M. de Gazâtes était llioBiieur de no* tre province ; nous le conduisîmes: ainsi chez les Princes , - et il en fut bien reçu.
cUn député du tiers -état j' qui s était fort distitKgué à la Constituante par son royalisme , était au milieu de nous. Un de nos Princes s adressant un jour à lui , dans la foule , lui dit : «Mais, un tel, expliquez-moi donc, vous qui » êtes si. honnête homme , comment tous avez » pu dans le temps prêter le serment du jeu » de paume ?. » Le député , interloqué de Talgarade , balbutia» d'abord qu'il avait été pris à court... /.qu'il ne devinait pas les conséquences funestes.*.. Puis, se remettant aussitôt en selle , il répliqua avec vivacité : « Du reste , «j'observerai à Monseigneur que qe n'est pas » ce jqui a perdu la monarchie française ; 'mais » bien.la réunion de la noblesse , qui est venue » nous joiadre , sur une lettre très -touchante » de Monseigneur. — Hola ! dit le prince, en » le ^frapfiant doucement sur le ventre , 'appai-*
t7S MÉaiORlÂL (AoOt 1816)
usez- TOUS ^ mon eher, je nai pas voulu vous • fâcher par cette question.
« Toutefois ^ avec le temps ^ on régularisa tant bien que mal quelque chose ; nous tûmes classés par corps et par prOTiticôs ; ob wma aiH signa des càntonnemens , on nof» donnai des armes ; les gardes^de^ohrps du Kor furent réu-^ nis , habillés , éqûipéi^ , soldés y et bientôt ils présentèrent une trompe sàpèri>e par sa tenue et sa régularité. La coalitioit d'Auvergne et le corps de kr marine , pdrtté à pied çt jfàv" tie à cheval^ se firent spécialemchit rerarrafirquier par lem: discipline , lléur instruction et leàr fraternité. Et Ton ne saurait trop admiref notre déyouement et notre abnégation : chaque ofl^ier ne fut plus qu'un simple soldat y tenu à des pratiques , â de» fatigues fort étrangères à ses moeurs , et soumis »u plusr grtsdes' privations; car il n'y avait point de solde, et beaneoup , dans le nombre ^ n'eurent Bientôt plus d'antre» teasdunces que la ootàsation de leurs camarades plus heureux. Noniï méritions un meilleur résultat , <ku , pour mieux cBre ,
(A^m i8i6) DE SAINTE-HÉLÈNE. 174J
uon^ étiofè» 4igpe^ d'uoe meiUe^ire entreprise. On avait SQÎg^ôusemciQt réaai totifi le« offici^i^ def mèpies r.égimeps^ pour qu'Us pré«eatassent le (^^dra tout formé à teur$ lU^ldate^ <}ui ne maaquer^i^t paA ^ pe|is|oiiM)^o«s ^ d'arriver à eux ^s qu'ils le« apiere^vt^aieût ; tel était notre avei^ejpeiit { C'est par im pareil motif qu'où ^vait réuuî de même las gentilshommes par proviuçQ» pe doutaut pas de leur heureuse infloeucQ sur l'euseipble d^ U pç^ulation : notre m^s^die était do nous croire toujours dé*sirés ^ atteuduSy adorés.
» Tous ces rassemblemeas s'exerçaient et mancjpuvr^^u^ publiquement; bie» qu'aux inter*paUatîons diplomatiques à cet égard , il fvA répon4^ hardiment qu'il n'en était rien , ou qu'qi^ ne m^mq^erait pa& de l'empècher. Nous avions des généraux indiqués, un état^major fonaé , et tout ce qui caractérise un quartiersgénéral , jusqu'à un gi^nd-prévôl Insensible^ ment pos Princes s'étaient environnés de tout ce qui conslâtue un véritable gouvernement : ils^ ava^ut des minislres peur les affait«s du mo^ ment ; ils e^ a¥aient mêgne pour l*i France , lor&^
i8o MÉMORIAL (Août 1816)
que nous y serions rentres; tant ce moment nous semblait; infaillible et prochain. -
cM. de LaTilleurnois , dont il a été tant question depuis dans une conspiration royale et qui a été mourir à Sinnamary à la suite de fructidor, avait le ministère de la police. Il partit ' de bonne heure pour aller Texercer clandestinement à Paris. II m'avait pris en belle affection , et voulait absolument faire de moi son gendre. Il employa de vives instances pour que je le suivisse ; mais je m'y refusai : la nature de son ministère me répugnait. Autrement quelles différentes combinaisons dans mes destinées !
» Nous avions aussi des rapports directs avec presque toutes les Cours. Les princes y avaient des envoyés 9 et en recevaient à Coblen tz. Monseigneur comte d'Artois alla à Vienne , je croîs ; mais bien certainement à Pilnîtis. La noblesse, en corps, écrivit à Catherine-, dont nous reçûmes un ambassadeu)r, M. de Romansoff. Cette Impératrice voyait avec plaisir se former un orage dans le midi de l'Europe ; elle attisait volontiers un incendie qui pouvait lui devenir très-favorable, sans qu'il lui en coûtât rien;
(Août 1816) DE SAINTE-HÉLÈNE. 181
aussi se montrait-^elle chaude dans ses senti* mens ^ |>assionnée dans ses promesses. Elle ne désespérait pas , dans cette circonstance , de rendre dupe Gustave III , dont la voisine acti« vite lui 4}^ait importune ; elle l'avait décidé , diton, à la croisade 9 en le flattant de s'en, voir le généralissime. Je ne sais si ce {«'ince ^ de beaucoup d'esprit et dé talent, et bien certainement un aigle pour son tismps, s'en laissait imposer; ce qu'il y a de vrai y c'est qu'il se montrait fort ardent pour notre cause ^ et qu'il annonçait le désir d'y combattre en personne. ' Quand il partit d'Aix-la-Chapelle pour aller prendre en Suède les dernières mesures à cet égard, je l'ai entendu, prenant congé de la princesse Lamballe, lui dire .: « Vous me reverrez bientôt; » mais encore suis-je tenu, pour mon compte, »à certaines démarches, à certains ménage- » mens; car mon rôle est des. plus délicats.
» Sachez que moi , qui veux revenir combattre à » la tête de vos aristocrates chez vous, je suis » chez moi le premier démocrate du pays, etc. » » Nous recevions même des envoyés de Louis XVI , qui présentaient des messages pu-
i8a MÉMORIAL (Août 1816)
blîcs Féproba*€iir8 , et avaient «des conférences coa&lentieUes penA-êlre tout khit dîierentes. Di&moiaâ tgissioîns-noii» comme d'il eli avait été ainsi, déelso^an*! haF^teiirent qnll était captif, et que aou» n&âevîoti& teniv litil compte d'acrcun de ses ordi^s^ que bous> devions prendre le cohtre-pîed de t^Ut ee qu'on lui faisait dire; qkie s'il noltô escortait à fe paix , c'est qu'il nous diemandaft; la guert^e. Aui^si je pense que nroùS' avons été bien fiinest^s^ au repos de l'infortuné monarque y et> cpie nou» avons notre part? spéciale dans le pardon qu'il a consacré daàs son testament en faveur d^ se9 amis, qui', par un zèle indiscret, dit^il, lui ont fait tant dé ïnaL
• Cependant notre émigration se pi^longeaît , en dépit de toutes les» promesses que ron nous faisaijb, et det toutes les espérances dont nous nous bercioBS'; car de quelles illusions , de* qjdels conteik,, de quelles absurdités n'abusai ton pas notrç impatience , soit^qu'on voulût prévenir i^qtre Sécour^ïgement, soit qu'on s'abusât' soi-rmôme? On s'est amusé à calculer, d'après' nos lettres et nos ga^tdtteis , que nous avions fait marcher près do deux' million» dTiommes en
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4lli>iB$ 4e dijj^rhwt mois^ sans qu'il ait powlast riep par^ à ^qç yîçiuu % Mais ^ ftosys di^aîic^nt en iit grande. coufid^Oice lets h^ute imiiés, c'est que » ce^P troiijies OQ marchent <{iie. la nuit pouc » p^iQUi;. swpitendre nos démocrates » ou qu'elles 9 ne pa3ftenli de jour que. par pelotons et; sans «. iJw£>)9aj9A> »e Ott auJbrea cbosés d& même, force. Dun autre côté^ c'était une foule, de lettres qve. Toti se n)o^l{raiib les uns aux autres.^, de tqus h^ pajifs ef, des, meilleures soujdces,, en^ style ^Vk^^Ujajtiqae. qu^ Voft cmyaît bien n'être intel* Ugîble^ q^e ppui: nous seuls. On mandait à Tua qme çinfpiautei mille cristaux de Bohème Tenaient d'$ti^i e^(|]|é4ié$ pOttu son pays ; l'autre, étail^ pré« li^AM de l/eDipi inèsppnochain de dix ipiUe por« oelainea dâ Saxe; oa annonçait à un tiioisième y^Qglrcinq. mille baUes de cacao, etiautr<esJ>ètises^ 4p Ia sort^
» Gomment se peut-il> me dis ^ je à présent, qvie de», geni^ d'esprit, car il y. en avait certainement beaucoup dans lé nombre, que d'anciens-, ministres . qui: nous araient gourmés, que d^uti;eS;qui étaieni destinés: à le devenir, pus-* septi da&n6i^> dans de pareilles balivernes, ou
i84 MÉ3I011IAL (Août 18167
que notre gros bon sens, dans la multitude , ne nous ait pas portés à leur rire au ne2?'Mais non, nous n'en demeurions pas moins conyaincus que nous touchions au terme de nos espérallces,' quç ce moment approchait, qu'il était infail-* Kble ; que nous n'aurions qu'à nou& montrer, que nous étions vivement désirés,* que tout serait à nos pied$. » . *
Ici l'Empereur , qui m^avait souvent interrompu pour rire et goguenarder, m'a dît fort sérieusement t • Combien votre ' tableau doit M être fidèle ; car je reconnais là une f#ule des » vôtres ! Vraiment , mon cher, soit dit sans vous «insulter, la jactance, la crédulité, l'inconsé- 1» quence , là sottise même , l'on pourrait dire » en dépit de tout leur esprit , seioblenl être M spécialement leur lot. Quand parfois, voulant » m'amuser, je me suis laissé aller avec eux à » lâcher les rênes et à encourager la confiance , t j'ai entendu, moi , aux Tuileries, sous le Con- » sulat et l'Empire, légal de tout ceqUe vous » dites là; nul ne doutait jamais de rien-: La- » mour des Français pour leulrs ]x>is avait passé - » tout entier à ma personne , me disait-on ;• je
(Août 1816) DE SAINTE-HÉLÈNE. i85
*) pouvaîs désormais faîre tout ce qui me plaî- » raît, fen devais user, je ne rencontrerais jan mais d'autres obstacles qu'une poignée d'in- » corrigibles maudits de tous. Cetfe contre-^ n révolution tant redoutée , me disait un autre , » n'avait été qu'un jeu d'enfant pour moi ; elle » n'avait pas fait un pli dans mes mains. Et croi-^ » ra-t-on ceci ! il n'y manquait, me disait-il avec » insinuation , que de substituer l'ancienne couf » leur blanche, à celles qui nous avaient feît » tant de torts en tous lieux, L'imbécîlle ! c'é^ » tait- là la seule souillure qu'il nous trouvât » désormais. J'en riais de pitié , bien que j''eusse » de la peine à me contenir; mais pour lui/ il » était de la meilleure foi du l:no^de , bien p^i> » suadé qu'il était dans mon liens , et bien pîus » encore que l'universalité pensait comme lui \ 9 Mais continuez? »
* Il est sOr que c'est le propre des homines de ^'abp-? ser sur le sentiment qu'on leur porte, A Col^lent?» ç^ nous Jietîon» tsint d'argent, oà unç jepnessfs aîmqble et brillante ) bien p}iiis à craindre sans ajoute par T^è;» que par le pianque de son éducation 9 remplissait toufe^ les maisons, et parcourait toutes les familles, il nous 5i 12
lï^ ' fiÈUORihL (Août 1816)
«L'apparition du duc de Bruuswiek à Co-
blentz et r^arrîvée.du Roî de Prusse à la tète de
^es troupes, furent un grand sujet de joie et
d'espérance pour tonte 1 émigration. Le ciel
était permis de croire que nous deyions y être aimés ; aussi noos croyions -nous adorés. Eh bien, Iqrs de ma déportation au cap de Bonne-Espérance , wn hasard bien singulier m'ayant placé sans la ^rde précisément d'un habitant de C<^lentz i^ui ayàit assisté aux instans bril- Tans de notre émigration, j'eus un grand plaisir d'en reparler avec lui- Nous ne pouvions désormais, à cet égard, avoir des secrets 1-an pour riutre, vingt-cinq ans s'étaient écoulés; éh blenl il mé disait : «Vous n'é- D'tiez pas précisément hais; mais le véritable amôur ii était pour vos adversaires ; car leur cause était la nôjfk tre. La liberté s'était glissée parmi nous , préciséinent » au travers de vous autres; là,*u milieu de vous, sous vvos yeiix mêmes » nous avions fmrmé des clubs; et » jpi€U sait ^i nous y riions à vos dépens*^ etc., etc. » Et plus d'une fois il lui était arrivé, ige disait-il, mêlé à la foule qui faisait entendre des acclamations sur notre passage, de crier, avec bon nombre de ses camarades : « Vivent les princes français, et qu'ils boivent un peu ^» dans la Rhin» Vous parlez de l'accueil que nous vous » feisions^ ajoutait-]!; mais c'est celui fait à Custine » qu'il eût fallu voir! Lik, vous auriez pu juger de nos » vrais sentimens : hous courûmes au-devarït'de lui; » nous couronnâmes ses soldats; graâd nombre d'entre » oo^is s'enrôlèrent, et plusieurs en sontdçvënus génét raux ; pour moi j'y ai manqué ma fortune , etc. > etc. »
(Août i8i6) DE SAINTE-^HÉLÈNE. ^^x^y
s'ourraît enfitx devant nous, s'écriait«K)n ; nous allions donc rentrer dans la terre promise. Toutefois les gens de jugement et d'expérience prononcèrent , ^ dès le premier • abord , que -• notre ^' crise aurait l'issue de toutes celles (Jui lui.res<^ semblent dans Thistoire; que nous ne serions qu€ des instrumens ou dès prétextes pourr lès étrangers, qui ne cherchaient que leurnntérèt, et ne nous portaient aucun sentiment.
» M. de Cazalès, que peu de temps- avait formé beaucoup.^ nous l'exprima avec bien de l'énergie. Nous considérions en extase les Prulssiens qui défilaient dans les rues de Coblentz pour gagner nos frontières. « Jeunesse insensée , » nous dit-il, vous admirez avec sympathie cette » troupe et tout son attira ^ vous vous réjouîs- » sez de sa marche; frémisse£-en plutôt ! Pour » moi je voudrais voir le dernier de ces* soldats » dans le Rhin. Malheur a qui appelle l'étran- 9 ger dans son pays ! O mes amis! continua-t^il » avec chaleur , la noblesse française n^ survi- » vra pas : elle aura la douleur d'expirer loin de » son berceau. Je suis plus coupable qu'un au- » tre ; je le vois^ et je fais comme tout le mondo;
i88 MÉIIORIAL (Août 1816)
» mais c'est parce que je ne peux rien empê- » cher. Je le répète ,' malheur à qui s'adresse à * rëtranger, et s'en fie à lui!... »
c Quel oracle de sagesse que ces dernières paroles ! Bientôt des faits eussent dû nous en couTaincre, si nous eussions eu moins d'ayeuglèment, ou s'il était donné à une multitude de biefi raisonner et de bien agir; mais nous étions destinés , par nos misères même ^ à enrichir l'histoire d'une des leçons les plus dignes de la méditation des hommes. Nous pburions bien nous compter vingt ou vingt-cinq mille en armes : certes , une telle massé , ardente , dévouée, combattant pour ses propres intérêts, d'intelligence avec les élémens sympathiques du dedans , agissant contre une nation bouleversée, dans l'agitation , eonfuse de nouveaux droits non encore consacrés , pas même bien comprit , pou* vait porter des coups décisif Mais ce n'était pas notre force, nos succès, leur promptitude, qui eussent fait le compte des étrangers? Aussi, sous le prétexte de cette injQuence même, et pour qu'elle s'exerçât, disaîent41s, sur plusieurs points à la fois , ils nous anmillèrent en nous
(Août i8i<>} DE SAINTJS-HÉLèNE. iB^
morcelant 9 et nous faisant pour ainsi dire prisonniers au milieu de leurs divers corps d'armée. Ainsi, sîi mille d'entre nous, sous les ordres du prince de Condé , furent dirigés con* tre l'Alsace ; quatre mille , sous le duc de Bourbon, durent agir en Flandre, et douze à quinze mille demeurèrent aU centre , sous les deux frères du Roi, pour attaquer la Champagne.
» Le plan, les vœux de nos princes avaient été que Monsieur, comme héritier du trône et le suppléant naturel de Louis XVI , se proclamât , vu la captivité du Roi , régent du royaume, en mettant le pied sur le territoire français; qu'il marchât, avec ses émigrés^ à la tête de l'expédition^ et que les alliés, à sa suite, ne fassent que nos auxiliaires. Mais les alliés ne firent qu'en rire, ils nous reléguèrent à la qiteue, sous les ordres et le bon plaisir du généralissime Brunswick, qui nous fit précéder par le plus absurde des manifestes , dont il nous sauva du moins le ridicule et l'odieux.
» Il est just^ de dire, toutefois, que ^armi nous quelques vieilles têtes, mieux avisées, n'avaient pas été sans prévoyance à cet égard; aussi
190 MÉUORIAL (AoûtiSi6)
avaient -elles proposé daos le conseil des prîn-; ces, disait-OQ, de se jeter, avant Tarrivée des allié», sur quelque point de la France, et d'y nourrir, pour notre compte, la guerre civile. D'autres, plus désespérés ou plus ardens, conseillaient de se saisir noblement des Etats de rélecteur de Trêves, notre bienfaiteur; d'occuper Coblentz et sa forteresse , et d'en faire, pour tous les mécontens français, un centre de ralliement, un point d^appui indépendant du corps germanique; et quand nous nous récriions contre une telle perfidie et une telle ingratitude, ils nous répondaient: «Aux grands maux • les grands remèdes. » On ne sait ce qu'eussent pu produire de pareilles résolutions, qui étaient au demeurant bien plus dans l'audace de nos jours que dans les mœurs d'alors. Aussi ne furent-elles pas suivies ; et d'ailleurs il était trop tard, nous étions trop engagés au milieu des étrangers; nous leur appartenions déjà, et nos destinées devaient s'accomplir !... .
* Quant à nous qui formions #]a multitude, nous étions loin de prévoir nos malheurs. Nou$ nous mimes en marché avec allégresse. Il n'é-
(Août i8|6) DE SAINTE-HÉLÈNE. 191
tait pas un de*nocrs qui ne se vît, à quinve jours de là, cher lui, triomphant au nitlieù de ses yassaux soumis, humiliés, aceru«. Notre confiance n'eût permis là-dtessus au<cune okserra-* tion , aucun doute ; f en yais donner ifiie preuve/ qui, pour m'être personnelle et fort minutieuse en elle-mêm« , n'en sera^ pas moins caractérisa tiqwe pour tous. Nou?s traversions ^ ht vitte de Trêves; un de mes grands -oncles, k>rs de la guerre de l'a successiion , en avait été gouver-i neur, pour Louis XIV, durant la conquête. Je fus visiter sa sépulture; elle se trouvait danâ^ une chapelle des chartreux de cette ville. La chaleur de mon âge , celle du manient, me ^or-^ tèrent'à vouloir lui élever un petit monument^ avec une superbe inscription analogue aux circonstances. Je ne doutais de rren. H n'en fut pas ainsi des bons religieux : le prieur exigea cfke je m'en entendisse arec M. l'Abbé, espèce d'évêque, et d'évèque allemand. Sa sagesse, «a tiédeur, en dépit de ses nombrewx quartiers,, lorsque je lui débitais mon projetchevaleresque^ ^me prévinrent d'abord fortemrent contre lui^ mais quand ,. après quelques circohlocùtians ,
iga MÉMORIAL (Août i8iC)
il m'aceoucjia que^ daiiis les circonstauces pré-» sentes.. .4., la prudence...... la sagesse....... si
les Françaî;5 Tenaient à entrer dans la ville...* A ces .derniers mots, mon indignation fut extrême ; elle fut telle , que je ne me donnai pas le temps de lui répliquer une parole. Je sortîa aussitôt avec \e rire du mépris et de la colère , convaincu que }e laissais là le plus effroyable jacobin; et rien qu'une générosité naturelle et le respect de moi-même purent mempêcher d*ameuter les camarades , qui eussent certainement tout renversé. Hélas ! pourtant, M. TAbbé y voyait plus loin que moi ! car trois semaines n'étaient pas écoulées , que les républicains étaient dans Trêves , le pauvre Abbé en fuite , et les cendres du bon oncle profanées par les infidèles.
» Du reste , à peine fûmes^nous .en pleine opération , à peine eûmes-nous mis le pied «r le» sol français, qu'il devint très-aisé , sous peine de stupidité ou d'aveuglement, de comprendre enfin qu'il étak possible, à toute rigueur, que nous nous fuslsions abusés. Nous nous trouvions ^ an milieu des Prussiens, qui enchaînaient tous
(Aoftt iSi6) DK SAINTE-HÉLÈNE. igS
nos mouvemens^ nous ne pouvions aller ea avant, à droîte ni à gauche. sans leur permission , et ils ne raccordaient. jamais. Nos subsiî^tances, toutes nos ressources dépendaient de leur unique volonté; nous avions la honte do nous présenter en esclaves sur le sol où noua prétendions régner.
» Quant à nos compatriotes, au lieu de nous recevoir en libérateurs, comme nous n'en avions pas douté , ils ne nous témoignèrent que de leloîgnement et de la répugnance. Pour, quelques seigneurs châtelains , ou autres , qui venaient nous joindre,, -la masse entière de la population fuyait à notre approche ; on nous considérait hostilement, avec l'œil du reproche et le silence morne de la réprobation. Elle semblait nous dire : « Ne frémissez*- vous donc pas dépouiller » ainsi le sol de la patrie I N'êtes-voas pas nés » Finançais ! Le cœur ne vous dit-il donc rien sur ■ cette terre natale! Vous vous dites offensés; » mais quel tort, quelle injure donna jamais à » un fils le droit ou le sentiment de venir dé-
» chirer sa mère ! On nous dit qu'autrefois
» un patricien fougueux, Coriolan, eut l'infamie
194 MÉ.\10rjAL (Août 1816)
» de combattre sa patrie ; mais du moins , à la fu* » rèur il joignait l'élévation ; il se présentait avec » un bras victorieux, il imposait ses propres vo- I lontés ; il ne se traînait pas. à la suite de bar- » bares étrangers ; il les commandait , et encore » sf laissa-t-il attendrir. Seriez*-vous incapables » de ce sentiment 5 el ne redoutérieai-^vous pas » nos malédictions 5 qui vous, seraient perpétuées '»par nos enfans! Et, dans ce ca^ encore, quel- » que soient vos succès » ils n égaleront pas vos > douleurs î Yous prétendez venir gouverner; » vous n'aurez amené que des maîtres, etc. , etc. » A Verdun, ou à Estain, on nqus logea dans la ville. Quelques camarades et moi nous eûmes pour lot une assez belle maison; elle n'avait plus que les n uràilles ; tous les meubles , fous les propriétairi^s» avaient disparu, à l'exception de deux jeunes demoiselles très - jolies , qui lions en mirent en possession. Cette circonstance nous semblait d'un augure favorable ; nous nous permîmes de le leur faire observer galamment , et voulûmes faire les aimables. « Messieurs , nous » dit assez aigrement l'une, dè^ deux Amazqnes, » nous sommés restées parée que nous nous
(Août 1816) DE SAINTE-HÉLÈNE. 195
» sentions le courage de vous dire en face que » nos prétendus sont en armes contre tous , et > qu'ils ont nos vœux au moins autant que nos » cœurs.» Ce langage était intelligible, aussi nous n en demandâmes pas davantage, et nous allâmes nous loger ailleurs.
» Quoi qu'il en soit, nous voilà donc en? France, et à la suite de cette armée prussienne qui poursuit brillamment ses succès, nous laissant de trois ou quatre marches en arrière. Et soit pour se rire de nous , parce que nous les avions assurés que toutes les villes ouvriraient leurs portes à notre vue , soit pour se délivrer dé nos importunités , il nous donnèrent à faire le siège de Thion ville. Nous approchons de la place , et , par umt de ces bizarreries singulières du hasard , le corps de la marine s'y trouve précisément opposé aux volontaires nationaux de Brest : ils se reconnaissent, et Dieu sait la volée d'épîthètes et d'injures qui sont aussitôt échangées.
» Toutefois la place de Thionville est comme Ton sait deç plu^ fortes; Or nous manquions de tout, et nous ne pouvions la prendre de nos malus ni de nos dents , et ce fut alors le sujt't
196 MÉMORIAL (Aoûti8id)
d une haute négociation que d'obtenir des Autrichiens de Luxembourg deux pièces de vingtquatre. Après bien des allées et des venues, elles se présentent enfln triomphantes^ et c'est avec ce formidable appareil que nous sommons la place, et que, sur son refus ^ on lui tire, la nuit, en pure perte, quelques centaines de coups de canon. Lors de mon retour de l'émigration , le hasard m'ayant fait trouver avec le général de Wimphen, commandant de cette place, il me demandait quelle avait pu être notre intention et notre mauvaise plaisanterie. — * Mais c'est , je crois, qu*on comptait sur vous. » — Mais quand cela eût été , me disait-il , en- » core eussiez-vous du me mettre da,ns le cas de » me rendre; vous ne pouviez supposer qye je » dusse aller vous solliciter de m'attaqner, etc.» Le tout était à l'avenant; la plus petite sortie mettait toutes nos forces en l'air, la moindre circonstance était un événement pour nous :
cela était simple; car nous étions étrangers à tout; aussi, courage à part, je n'hésite pas à croire que cent gros bonnets de la garde impé-» riale n'eussent mis tout notre rassembleoDent
(A6(ïi 1816) DE SAINTE-.HÉLÈNE. . u)7
en déroute. Heureusement que nos adversaires n'en savaient pas plus que nous : tous étaient pygmées alors, bien au'en* très-peu de temps on ait trouvé des géans partout*
» Cependant nous demeurions fort mécontens de tout cela, sous nos tentes et sur notre mauvaise paille; mais, à la Française, notre gaîté faisait notre salut; notre mauvaise humeur s exalait toute en quolibets , et en mauvaises plaisanteries. Chacun de nos chefs eut bientôt son sobriquet : il ne fut pas jusqu'au vénérable maréchal de Broglie, notre généralissime, qui n'eût le sien ; et ceci me rappelle le conte dont nous gratifiâmes, sans doute, un de ses lieutenans, qui en demeura noyé. Si mes compagnons de tente lisent jamais ceci , ils en riront encore :
» Lors d une sortie qui nous mit tout en émoi , comme de coutume, chacun se portait on avant; or, nous possédions deux petits canons que nous avions achetés , et que les officiers d'artillerie traînaient eux-inèines , faute de chevaux. « — • Eh bien ! m'a observé l'EmpereTir^ » j'aurais pu être précisément attelé à cqs mêmes » canons, et pourtant quelles autres combinai-
198 • , MÉMORIAL (Août 18^16)
» sonft dan^ mes destinées et dans celles du » monde ! car il est incontestable, et nul ne sau- » rait le nîer, que je luj ai imprimé une direc- > tion toute de moi. Mais reprenez. »
» Sire , notre formidable artillerie était donc en pleine route sur le grand chemin, quand rôf&cier-général de jour arrive au grand galop, et s'arrête d'indignation à la tue de nos deux petits canons roulant rérs la place, la culasse en avant « Gomment , Messieurs, le faisait-on » s'écner, sont-ce bien des gentilshommes qui » conduisent ainsi leurs canons à lennemi? Et » s'il se présentait ,^omment poùrriez-vous tirer » dessus?» Et il sV)bstinait à ne vouloir pas comprendre ce que les officiers d'artillerie se tuaient à lui dire , que pourtant il en était toujours ainsi partout, et que, sous peine d'invention de sa part, on ne pouvait faire autrement. Et dès ce,t inste^nt nous lui expédiâmes son/ brevet^ que contre-signa la multitude.
» Mais bientôt tout ce burlesque tourna subitement au dernier sérieux; la scène changea comme par magie, et nos malheurs apparurent aussitôt dans toute leur affreuse nudité. Soit
(Août 1816) DE SAINTE-HÉLÈNE. 199
trahison , soît faiblesse , soit intérêt de sa politique, ou maladie dans son armée; soit force réelle ou seule adresse du général français, le Roi de Prusse traita secrètement arec lui, fit soudainement volte face , et marcha vers la frontière , évacuant le territoire de la France. Alors commença pour nous la plus épouvantable débâcle ; le langage ne saurait rendre les indignes traîtemens dont nous fûmes Tobjet, ni le juste ressentiment dont un cœur généreux dut se remplir contre les Prussiens, nos alliés. Nos princes dégradés, méconnus, insultés par eux; nos équipages, nos efifets les plus nécessaires, notre linge même , pillés ; nos personnes bassement maltraitées : tels nous fûmes, pêle-mêle, poussés et revomis en dehors dé la frontière, par nos amis ^ nos alliés ! 1 1
j» Pour moi , dès le coinmencement de la retraite , succombant sous la fatigue de trop longues marches faites dans la boue et sous des torrens de pluie; courbant sous un mousquet et tout un attirail qui n'étaient nuisibles qu'à moi , je profitai de. ma prérogative de volontaire pour sortir des rangs , et opérer seul mf ijètraite.
30O HÉMOnUL^ (AoAt 1816)
seloo mes forcer Je. partais quand je pouvais; je n'atteignais jamais la halte commune; la première métairie me servait d'asile; et, soit bonheur personnel , soit parce qu'en effet les paysans se trouvèrent bons , et point exaspérés contre nous , j'évacuai sans malencontre. Ce ne fut qu'à quelque temps de là que je pus juger de toute l'étendue du péril auquel je m'étais exposé , quand je lus dans les papiers que quinze ou dix-huit des nôtres , traînards comme moi, dont quelques-uns étaient mes voisins dans les rangs , avaient été saisis , menés •à Paris, et exécutés dans les places publiques
-en espèce d'auto-da-fé, et comme par voie <i'expîatîou.
» A'ussitôt hOF^ de France , on nous signifia à tous qu'il fallait nous dissoudre ; mais cette intimation n'était pas nécessaire : les besoins , le dénuement de toutes choses la rendaient suffisamment indispensable. Nous nous débandâmes ; chacun prit une direction à ^aventure , et le désespoir , la rage , furent ses compagnons. Nous traversâmes en fugitifs , la plu-
^part du %emps à pîed^ quelques-uns à peu près
(Août iai6) DE SMNTE^HÉLÈNE. soi
BUS , les lieux dé notre: ^lendeuri ek; de. notre^ lusce passes. HetHreuxl qmiiid'iOB ne ^0Q9 ea; iermmt pasi lesi portes ^ i qpi'ôii : iiV'iiod&eii • re-9< poussait: pes aveevbrutsditéil .Ëa><f n^ iî^ant xm nous chaissia cifficiellëmept de> pfea*tDul; ; on noua interdit le séjour:' ou iTefilTée de 'tocisrles: Biais voisins f noàs fuîmes 4ailoin;e|ialtftm^sf*traâiBr^ dans toute [l'Entopb le • &pedtaéle4ë «no^ mt^rêsy qui durent être une grande leçon de n^orale^ e€ die pblitiVpte pour les; peuplés y les^^giraiiidiîtettlesr
BoîS.''î'^ M ''"■ '• * '''■■'■■■> •»•) •'•'; :::«] '.liiw".:
9 Cependant ; les exploitai des^ Français "firent expier eru^l^msnt autxiëtrangqn» les; icid^itës dont ils nous argent, accables t tandis que-^dé notre côtéi côî nous fut une espèce de' coqso^ latîon que de'Vdir>rbo]ineur de l'émigration', se réfugier dans Taxàniée* de Condé^iqui seiinob«<« trait à. fous les yeux et s'est inscrit^ dains 1-his^ toirèi connue un/modèle dekjj^awtév de Valeur et de constance. : : '. :> ^ • ï* »}o . i
9 Telle .est, Sire, cette 'trop fsmduse époque,, cette détermination .fatale>,qaii^'à«été^^ pour un grand: nombre jy que la seule ei^reur d« la jeunesse et dé rinexpérieÀcet Toutefois ^ à 5. i3
goa ; KÉMORIÂL N^^ ( \oôt i8i«)
4B!eurfà'^>pisrffm{iQ: ny le dcoit d'en Êdre Je rc^ pcv>Gihfi>ifU'fi«ix.««ièiDe6« ho$ scnfimens quivies gnîdèreal^taiMtm ppr$> ai natui^b^ si féné** Kux2v:^11si:|»Qiifrd6&t tnèitoe an Besoin s'«a £ttm)ho»qeur4't)t ceiidispositidiis^ je doisJo dire^ «taièlit€èUe8^de;ia>ïDâcBe parmi apas, dië cette fiMite. iSufknA de géntihboiiiines de psomce ^ qm-y'MOT^ant lioiit ^n'vttebdi^atTieii ^swas lbr«« «iiiiecoaHDeis«i8«i(sp£raiice^ moxdaraient im dé« ¥otaesietainc<|râ&nt héroïque ^ bu oeqaHn'anrait d'autre but que ce qu'ils imaginaient être on 4w^- Du i«^te ^ le >r{oe «a étatit tout à notre «ditMtiM politfipiQ ^ qtli ne nous «ppreaait pas k diili^gMC^r no^ dievoisa , et «his fusait porter ao.pcHiGe seul ipe qui appartenait i toute hi^ iDÎef ïiM tènrètirs passent «Irec les gënératnms^ l^seulets fréritéfidiemenrentl ànssi daais Tavieiiir^ qttfltid ijkls paanons advKraes serunt létdintoBS, iftMtakd il ne Msteta {>lu8 4e trams des intérêts croisés ou de Tayeuglement et de ia iKireur des parfis^ «km ice qui fot douteux pcwr nous sera p^tif f>o«r d^sBitres. ^Ce qui étaert exensable mk même dîcité ea moas^ q«i «Mon» trouvions eiitve Ênn îMsl fosdre^ db datfse q^i £ni6saît , «et uo
(ioût 1816) DE SAINTE^HÉLÈNE. éo3
n[6ureau qai s'éierait, 9era tenu pour hfmten
ment coupable panni ceux qui jouiroat de ^jlçc-
trines arrêtée^. Là 5 passeront comme articles
de f<» : I* Que le plito grand de tous les cvimes
est d'introduire Tétranger au seia de la patrie.
s* Que la souireraineté lie saurait 6<[ve erviu^te;
mai« quelle est inaépairable du territoire» et
demeure liée à la masae des d^toyetia, 3"* Que la
patrie nie isaurttt être yojagewe; main: q^'?Ue
est immuable ^ toute sur le soi $aoré qui bous a
donné la naissance , et oà reposent les ossemeus
de nos pères. Telles sont les graudes piapûmçs,
et beaucoup d'autres encore , qui demfçureront
enfantées par notre émigration ; tell^^ ^QUt les
grandes vérités qu'on recueillera di9 nos n^ial-
heurs l .
« Très^bien » a dît rEtnpereûr ,*très^biw ; • Toilà ce qui s'appelle être sweis préjijg^ \ Y,oilà » de vraies viies pbiiosopbiquesl EV l'cj^i dira » de vous que vOù^ avea su profite^, d^iç.lççoiis » du tempis et de radirersifé% » ^
» Sire , durant notre séjdur à bord du Norr thumberland , et dans les loisirs de la traver9ée » les Anglais , plus d'une fois / touchèrent vis-À**vi^
2o4 MÉMORIAL (Août 181O)
de nous ce point délicat; égarés par la guerre qu'ils nous avaient faîte avec fureur , aussi bien que par les maximes dont l'intérêt du moment remplissait leurs journaux , en opposition même avec leurs doctrines nationales, ils nous entretenaient des mérites de l'émigration , des vertus dont ils avaient été les témoins , et trouvaient la nation coupable d'y avoir résisté. Mais quand les argument se /compliquaient frop, ou que nous voulions y mettre tm terme subit , nous l'obtenions d'un mot; nous leur disions ; «Reportez -vous au moment de votre révolu- » tton ; figurez-vous Jacques II vous menaçant > de fe rive opposée > et sous les bannières fran- » eaises, bien qu'entouré de ses fidèles ^ qu'au- » riez -vous fait? Et si Louis XIV vous l'eût rar • mené à Ubndres à la tète de cinquante mille » Flpançaîs, y qui eussent ensuite \tenu garnison 1» chez vous, qu'auriez-vous senti! » -^ Ah !..•
Mais Ah î. • . , , disaient-ils. , - s'efibrçs^ t de
chercher quelque différence , et ne pouvant en trouver , ils se 'mettaient à rire et se.tai$aient. «Et en^ effet, observait l'Empereur, il n'y avait n pas un mot à répliquer. » Et il s'est mis. à
(Août 1816) DE SAINTE-HÉLÈNE. »o5
passer en revue , avec sa rapidité et ses vuçs ordinaires , les divers objets que j*avais relatés : il s'est arrêté sur l'absurdité , l'inconséquence , la grande erreur de notre émigration ; lés vrais torts qu'elle avait causés à la France^ au Koi, à nous-mêmes. « Vous avez établi , consacré » dans ia France politique , disait-il , une scis- » sion pareille à celle que les catholiques et les » protestans amenèrent dans l'Europe religieuse; » et quels malheurs n'en ont pas été la suite ! » J'étais venu à bout d'en détruire les consé- » quences ; mais ne vont-elles pas renaître !» Et il développait les moyens qu'il avait employés pour détruire ce fléau, les précautions qu'il avait dû prendre, les résultats qu'il avait voulus. Comme tout changeait de face dans^a bouche ; comme tout s'agrandissait à mes yeux , à mesure qu'il parlait ! « Et le bizarre de ma si- » tuation , observait-iL c'est que dans tout cela » je naviguais moi-même constamment au mi- » lieu des écueils. Chacun , jugeant d'après son » échelle, attribuait à des affections, à de sim- » pies préjugés , à de la petitesse , ce qui ,. en « moi, n'était pourtant que vues profondes.,
ào6 MÉMOIÙâL (Août 1816)
» grandes conceptioni^ et cûiâxiinès d'Etat de la » plus haute élévation ? on eût dît que je ne ré* » gnaîs cpie sur des pygttiëes en mtellige&ce : je » n^étaîs compris de pêfsotiûè. Le parti natio- * tial û'^prouvaît -que jalousie et ressefiiliiiieiàt ^ » de ce qu'il me voyait faire en fevè^r des ëmî- •^ grës; et ceui-eî > de leur ôôté , se persua« » datent que je ne cherchais qu'à me donner du » histre par leur «ecours. Pauvres geiw !.••
* Toutefois , en dépit de Tafveuglement et » des préjugés réciproques ^ j'étais arrivé à mon «l)Ut , et j'avais obtenu la satisfaction de laisser » totit calme dans le port, lorsque je me lan« » çaî's sur la haute mer à la poursuite de nés » grandes entrepnses. »
N. B. Depuis mon retour en Europe , mea* tioimant ces paroles de Napoléon à un grand officier de la couronne , qui avait eu llionne«r de jouir souvent de ses^ntretîens particuliers ( le comte de S.,.. ) , il m'a raconté k son tour une eonversatîon précisément sur le même su^ jet : eHe coïncide 4;rop bien avec œ qu'on vient de lire pour que je ne le rapporte pas ici. L*Empereur lai disait un jour : ' « Pourquoi croyea-
(Août i8i6> 1)£ SAIHTfi^ÉLÈNE. ^of
TOUS ijiie je cherche à in^e»toiiMr dc& granck noms de Tancieiuie mdiisrehle ? •«» 3^^^ » nuis peat^tre pour la spleadeup de vaVte txQoe, et pour méuager cerlaipea apparences mui ve**^ gards de l'EuropeJK-»^ Ah I iK>uf j Toilà bien avec votre orgueil et vo» pré|ugés d^ elasse« Eh bien ! saches qée mei^ yieioires 0I ma. Ibico me reconuAaDdeAt en Europe biei^ autrement que ne pourraient le faire tous ¥0» grandift. noms , et qu'au^dedans ma prédilection apparente pour eux me fait beaucoup de tort ^ me dépopularise infiniment. Voua attribues à de petites vues ce qui tient à de fort li|r*ges. Je reconstitue une sof^iété, une nation , et je me trouve sous la maip des élémctna tout à lait antipatluques. Les nobIe& et ^ émi^ grés ne scmt qu'un point dans ta masse , et cette masse leur est hostile^ et depieure^ fort ulcérée ; cUe me pardonne avec peine 4^ les avoir rappelés. Pour moi ^ je l'ai cru un de^ voir ; mais si je l^s laissa demeurer form^Qt corps , ils peuvent un jour servir k l'étranger , nous devenir nubibles et courir eux-mêmes d^ grands périls. Je ne cherche donc qn a leâ
£od MÉHOBIAL (Août:iai6)
» dissoudre'.età.les^isoler. Si j'en place .autour » de. moi. , dans les .adoiinistxations ^ 'daas:rar- -■: » mée, c'elst'afin.'de les mcrustér dans là masse , « et' pour; faire' en sorte que. le tout ne fasse plus » qu'un ;'Car je suis ; morMl^, et si . je venais . à ».yôus quitter avant que cette ;fusion,âe fat opé- » rée, vous .verriez . quels : incomténiëns .eixtraî- » lieraient cea^parties hétérogènes, et le* terrible »' danger .dont certaines- personnes pourraient » être victimes ! -Ainsi donc;, .Monsieur, mes » vues tiennent: toutes à rhumanité et à la haute y» politique ; nuUemeat à de vains et sots pré- » jugés* » (
Et sur * ce que je me récriais auprèS' du narrateur, combien peu aux Tuileries nous connaissions le véritable caractère de. NàpoJébn, les hautes et excellentes qualités de son âme. et de son^cœur, il me répondait que pour lui il avait été personnellement plus heureux, et qu'il allait m'en donner une preuve qu'il choisissait entre dix : «L'Empereur, me disait-il , dans » son Coqij^i^-Pri'^^ 5 se ! montrait un jour fort » monté. contre le général La F...,., et fit une » sortie des plus ^ vives contre ses opinions, ses
(Août i«i6) DE SAINÏE-HÉLÈNE. 209
» principes, qu'il disait capables de mettre un Etat en complette dissolution; ef, s'animànt » par degrés; il se mît en une véritable colère. » Je me trouvais un des membres de ce Conseil ; » nouvellement admis et peu fait encore aux » manières de l'Empereur , bien qu'arrêté par » mes deux voisins , je pris aussitôt la parole >' en défense dé l'accusé,, assurant qu-'on l'avait » calomnié auprès du souverain , qu'il vivait pai- » siblè dans ses terres avec des opinions per- » sonnelles qui ne causaient aucun dommage.
« L'Empereur, dans son état de -colère, reprit » tout d'abord pour insister avec violence; mais » au bout de lanq à six mots, il s'arrête tout » court, me disant : Mais c'est votre ami. Mon- » sieur , -et vous avez raison. é... Je l'avais ou-
» blié Parlons d'autre chose. — Et pourquoi,
» dîsais-je , ne nous faisiez-vous pas connaître, » dans le temps , tout cela? — Par une fatalité » qui semblait tenir à l'atmosphère de Napoléon, » soit prévention, soit autrement, .notre esprit » était tel qu'on ne pouvait le raconter qu'à ses » intimes;. car; si on^en eût fait grand bruit, on » eût passé pour uu. hâbleur grossièrement cour-
Googl^
310 MÉUOniAL (ÂoAt 1816)
» tisan , q^i eût dcbité ^ i)oo. ce qu'il croyait vrai ; » mais ce <]u'il imagmait propre à lui mériter de » la faveur et des récompenses* » •
Mais puisque j'en suis à ce graud-<^ier de la couronne « ^us^i distingué d'ailleurs pw> Ie& grâces de son esprit et l'aménité àe ses mœurs que par la noblesse de son caractère » voici une de ses réponses à Napoléon ^ d'un, goût aussi 6n que d'une flatterie délicatç, L'Ëmper^r ^ k un de ses levers, s'étant trouvé dans le caa de Vattendre , 3'en montra fort choqué , et lui fil une scène à son airivée^ en présence de toWr Or, c'était le moment où cinq ou six Jloîs,.eptre autres ceux de Bavière , de Sa» , de Wurtemberg, se trouvaient k Pçrîs» « Sire , répondît le » coupable ^ j'ai un million d'excuses sans doute » à présenter à Votre Majesté ; mais aujourd'hui » on a'est pas toujours maître de circuler dans » les rues» Je viens d'avoir le malheur de doaner 9 dans un embarras de RoU dont je n'ai pas pu » sortir plus tôt ^ voilà la cause de ma n«^gU- » gence. » Chacun sourit, et FEmpereur, d'une voix fort radoucie , se contenta de dire : * Quoi » qu'il en soit , Monsieur , prenez dorénavant
(Août i8i6) DE SAINTE-HÉLÈNE. âii
» vos précautions , et surtout ne me faites plus- » attendre, i
Samedi 3.
Vojrafe Sentineotal de, Ntqpoléoii* *-^ Esprit poblio du temps. — Journée du lo août.
Le temps est derenu un peu meilleur ; l'Empereur a essayé de se promener au fardin. Le général Bingham et le colonel du 53* ont fait demander à voir l'Empereur ^ qui les a gardé» asse* long-temps. L'apparition du Gouverneur a inîs tout en foi te. Le général Bingham a disparu , et nous , nous avons gagné le bois , pour nous éloigner du terrain.
L'Empereur , dans sa prpmen^tde , a beaucoup causé d'un voyage qu'il avait fait en Bourgogne, au commencement de la révolution.
C'est ce qu'il appelle son Vcynge Sentimental à Kutts ; il y aUa souper chez son camarade Gob-^ tmdi j alors eapitaine dans son régiment , et fiaarié assez richement à la fille d'un médecîa du lieu. Le jeune voyageur ne tarda pas, disailil , à s'apercevoir du dissentiment des opiniona t^oliiiques du beau*père et du gendre i le gen-
/ ai 3 MÉMORIAL (Août 1816)
tilhomme Gassendi était aristocrate comme de raison , et le médecin , chaud patriote. Celui-rcî trouva dans le convive étranger un auxiliaire puissant ^ et en fut si ravi ^ que le lendemain il était au point du jour chez lui en vi&ite de reconnaissance et de sympathie. L'apparition d'un jeune officier d'artillerie d'une bonne logique et d'une langue alerte^ disait l'Empereur, était une recrue précieuse et rare pour l'endroit. II fut aisé au voyageur de s'apercevoir qu'il faisait sensation. C'était un dimanche , on lui tirait le chapeau du bout de la rue. Toutefois ce triomphe ne fut pas sans échec. Il alla souper chez une M"* Maret ou Mure^, auprès de laquelle un autre de ses camarades ^ semblait fort bien établi ; or , c'était là le repaire de l'aristocratie du canton , bien que la dame ne fût que la femme d'un lïiarchand de vin ; mais elle avait une grande fortune , les meilleures manières , c'était la duchesse de l'endroit , observait l'Empereur. Là se trouvait toute la gentilhommerie des environs. Le jeune officier avait donné dans un vrai guêpier, disait-il , îMui fallut rompre force lance?; la partie n'était pas égale. Au plus
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fort de la mêlée, on annonce le maire. «Je brus » que c*ëtait un secours que le Ciel m'envoyait » dans ce moment de crise, disait l'Empereur j « mais il se trouva. le pire de tous. Je vôts en- » core ce maudit homme > dans son bel accou- » trement du dimanche, bien boursoufflé sous » un grand habit cramoisi : c'était un misérable. » Heureusement la générosité de la maîtresse » de la maison , peut-être uiie secrette sympa- » thîe d*opinions , me sauvèrent. Elle détourna » constamthent , avec esprit, les coups qui eiis'- » sent pu pdyter^; elle fut sans cëssQ la bouclier » gracieux sur lequel les armes. venaient perdre » leurs forces ; ^enfin, elle me préserva de tottte • blessure, et il m*est toujours resté d'elle un » agréable souvenir pour le service que j'en » reipus dans cette espèce d'échauffourée. »
» Cette diversité d*opinîons, observait l'Empe- » reur, se retrouvait alors flans toute la France. » Dans les salons , dans la rue , sur les chemins , » dans les auberges, tous les esprits étaient » prêts à s^enflammer, et rien de plus facile que » de sefhéprendre sur la force deis partis et de )> Topinion, suivant les localités où l'qij se pJa-
sii4 MÉaioaijkL (Aoati«i6}
9 çait Àin^ , un patriote s'en laissait impo^r fsH > cilement s'il se trouvait dans les $àloQ& ou
• parmi les raâsemblemens d'offîçii^rs, tant il se » voyait en minorité; mais sitôt qu'il était dama » ]a«rue ou paraû les soldats, il se retrouvât » alors au milieu de là nation tout entière» Les » sentimens du jour ne Passèrent pas que de ga- » guer jusqu'aux officiers^ mêmes ^ surtout après »le fameux serment <l Ifl Nation^ à la l/)i et 9 au Mou Jusque '- là, continuait TEmpereur , sî » j'eusse reçu l'ordre de tourner mes canons » contre le peuple,, je ne doute pas que lliabî- 9 tude, le iM^éjugé, l'éducation, le nom du Roî ,
• ike m'eussent porté à obéir; mais le serment 1 national une fois prêté, c'eût été iini, je n'eusse 1» plus connu que la nation. Mes penchans natu- » rels se trouvaient dès-lors en harmonie aivec 9 mes devoirs , et s'arrangeaient à merveille de ^ toute la métaphysique de TAspemblée, Toute- » fois , les officiers patriotes^ il faut en cqnveiiir , «» ne composaient que le petit nombre; mais > avec le levier des soldats, ils conduisaient le » régiment et faisaient la loi. Les camafades du
• parti ppposé, les chefs mêmes recouraient à
(Août i8i6) DE SAINTE-HÉLÈNE. < ii5
» nous dans tous les momens de erise. Je me «fiouvieùs, par exemple, disait-il, d'avoir ar- » TBché h la fureur de la populace un des nô- 9 très ) doût le crime était d'ayoir entonné , des '» fenêtres de notre salle à manger, la célèbre » romance de 6 Richard I ô mon Roi! Je me dou* » lais bien peti alors qu'un jour cet air serait » proscrit aussi de la sorte à cause de moi. C'est » comme au dix août, voyant enlever le chà-* » tenu des Tuileries et se saisir du Roi, j'étais » assurément bien loin de penser que je le » remplacerais , et que ce palais serait ma de- » meure. •
Et «'arrêtant sur cette journée du dix août , il a dit : « Je me trouvais , à cette hideuse épo- ' » que, à Paris, logé rue du Mail, place des Vic- » toires. Au bruit du tocsin et de la nouvelle » qu'on donnait l'assaut aux Tuileries, je cou- » rus au Carrousel, cbee Fauveîet, frère de Bon- » rieme, qui y tenait un magasin de meubles. Il • avait été mon* camarade à TÉcole Militaire de » Brienne. C'est de cette maison , que par pa^ » rentiièse je n'ai jamais pu retrouver depuis » par les grands changemens qui se sont opérés.
3i6 .. MiSlUORIAL (Août 181G)
» que je pu$ voir à mon ^ise tpu$» }cs détails de » la jpumée. Avant d'arriver au Carrousel, j'a- >ivais été rencontré dans la rue des Petits- » Champs par un groupe d^hommes hideux, pro- >Mnenant une tête au bout d'uue pique.. Me' » voyant pass9:blement vêtu, l^tm^ t^ouyautTair »/d'un mpasipur, ils étaient Veiius à;^îoî p<>ur »!«ie. faire crier. P^ive la. NationJ] ce que je fis, \ )»- sans peine ,' comme on peut; bien le croiiie*
* Le. thâteau ^e trouvait aUaqt^é.pjar. la plus n vile canaille. Le Roi, avaiit asi^urément pour sa 9 déifense ail moins, autant de troupes qu'en eut » depuis la Convention au treize vendémiaire, » et îes çnnemîs de celler-ci étaient, bien autrett ment disciplinés et redoutables. La plus grande » partie: de la garde nationale se; mpptra pour le » Roi : on lui doit cette justic^, » ; , •
- Ici le Grand -Maréchal a obsgrvé qu'il était précisément d'nn des bataillons qui se montrèrent les plus dévoués. Il avait JÇailli être massarc.ré plusieurs fois par le peuple, en regagnant isolén\ent sa , demeure. Nous observions- ^^ de notre côté , qu'en général, la igs^rde nationale à Paris avait constamment montré les vertus^, de
(Août 181O) DE SAINTE-HÉLÈNE. ^j^
son état.: lamour de lordre , le dévouement à lautorité, la crainte du pillage et la haine de l'aparchie ; et c'était ''aussi l'opipiioii de l'Empereur,
» Le palais forcé , et le Roi rendu dans le \ » sein de TAssemblée , s^t-il continué , je ^ me \ » hasardai à pénétrer dans le jardin. Jamais de- I » puis, aucun de mes champs de bataille ne me .- » donna Tidée d'autant de cadavres que m'en » présentèrent les masses de Suîsi^es / soit que » lapetitefsse du local en fît j^essprtir le nombre, » soit que ce fût le résultat de la. première îm- » pression que j'éprouvais en ce genre. J'ai. v]u » des femmes bien mises se porter aux dernières » indécences sur les cadavres des Suisses. Je par- » courus ..tous /les cafés du voisinage de l'Assem- ;> blée : partout l'irritation était extrême; la rage » était dans tous les coeurs, elle se montrait » sur foutes les figures, bien, que ce ne fussent » pas du tout des gens de la classe du peuple ; » et ii faljait que tous ces lieux fussent journel- A.lement remplis des mêmes habitués , car bien • que je n'eusse rien de particulier ^^nf ma » toilattc^. ou peut-être <3taît-ce encore, p^rce ^ ' 5. V/f
Gbogle
v\^ MÉMORIAL , (Août 1816)
» que mon visage était plus calihey il m'ét^l » aisé de rbit' que j'ekcitais maints regards hos^ » tiles et défiSii^ , nôtoHà^ l{uèl^u'ûn d'ibcônnu » ou de suspect. »
Diinanchè 4.
Bals masqués. — M'* de Mégrigny. — • Le Piémont et les Piémontais. — Canaux de la France. — Rêves sur Paris. -^ Versailles, — Fontainebleau, etc.
Le tèfa]pte était dèyétiu hieillenr. L'EtiiJ)epeut a detfiilkkdé éa càtèc)i\é , et à marché fott loin ftiscjfulà éè i^'èlle Vînt le îôiiidré. Nous avon^ Ait dfeùt tours.
On parlait des bals màscjûés : rEmpét^tir les aittiait j^articulièt^meni, et eb demahdaît soit- Véfel. Il f était toujours sôr d\lA tertàiti rébdèi^'^ ^ùtB/s ^lii né lui hiaàqûail jamais ï il s^ trouvait, disat^^l, entrepris ehaque année pair un même inteqâëy <(|^ii lui ra^pékit d'ântieliiieé illimités, « U iéollîcitaît atèc ardéui^ de vouloir bien le *ë(rèvW*, et Tadniettrt à sa Cour : c'était une femâié très-aitnabfè, t^^ès-^bbAnè et itës-belle, à qui beîBiucoup devaient certainèâkebt beaucoup.
(Août 1816) D£ SAINTEr-HÉLÈNE. 319
L'Empereur^ qui ne Uiss^it paç^ que de raffec*tio&ner, loi répùadait toujoiMP : «Je ne nie pas É que vou& soyen chariM^te ; maJig yçyea? un » peu queUe eat v<^tre dens^ande; Jugiez*^ là vous*- » même 5 et pr^aonctez? Y^^s aveiz ^eux oh l^oU » maris ^ et des en%ns dé tout le mondi^. Qa 9 tiendrait à bonheur sans doute d ayoir élé
• oomjPitiee de la première faute;. ou $e fôchc^^r
• Fait de la fieconde , on la pardonac^raj.i peiiU 1 être; m^s ensuite ^ et pui$, ^ puia!, ,«•<*..♦« A
• présent soyez TËmpereur, et fùgei^ 4 qujg fet- « rîes»-YOus à ma place, moi qui suta tenu à&ire » ienàttre un certain décorum? 9. Âl^rs, la b^l'e solliciteuse gardait le sâlenbè , oit hu àimt : » Du moins ne m'ôtez pas respëranee* » El tvnvoyait à Tannée suivante à être plu^.heoreijise. <Bt chacun de nous deux 9 diisait rjBmper^tir» » étah eûct à ce aouTeau rendeertvoq^ 9
A ces hais, l'Empereur atmaîtf{taFti0uiî^^ifefr meiat à se faire insukcr, disait^i^^ le réo^ieiw ehait^ Un^olir, ehèa Csàïibâcérès^ il f It h^s^ucoup ^ s'entendre dire par une M"* de ***„ quïl prér tend que sa nature portait d'aill^Un^ fapîl^inint; à l'aigreur, * qu'il y avait des geps au J^ffl. q^'ijl
320 MKMOIUAL (Août 181G)
» faudrait mettre à la porte , qu'ilss^ n-W^ient pu •» y entrer, sans"d€*ite.,'<ja*avec'desbiilêts volés.» • Une autre foîs^, il «avait porté ja dotice et tîn&îde M"* de M^grigny à se lever et à s'éloigner avec colère et les larmes aux yeux , disant qu'on abusait assurément vis-à-v^ d'elle de la liberté que donnait un bal masqué. L'Empereur venait -de lui rappeler une faveur très ^remarquable qu'il lùî avait accordée jadis, en ajoutant que personne no doutait qu'elle ne l'eût pay^e par le droit du seigneur. « Or, il n'y avait que moi, » disait l'Empereur, qui pût le kii dlre.sans Tin- '^ sultet, parce que cela se disait^. il est vrai; » teais que j'étais bien 4sûr qu'il n'en était rien.» Voici l'histoire.
> L'Empereur allant se faire couronner à Milan;, coucha à Troyes. On lui présenta. les autorités*, et parmi elles une jeune pétitionnaire À laj veille de 'se marier,, et qui venait solliciter de lltii une faveur dei fortune. Or, commit l^mpèrieur désirait^ disait- il , foire cptelque chose quî fôt, avec éclat, agréable ^ au pays,:Ja circoÉistancè hii parut fàvoral^fle^ et.il la saisit avec to^tc la grâce imaginable. La jeune, personne
(Aoûti8i«) DE SAINT£-IIÉLKNE 321
(c'était inadàâie de Mégrigny) âpparleûait aux premières familles de la provia4:e, mais était tout à hi\ Fuioiée par rémigration. A peiné étaitelle de retour au logis misérable de ses parent, qu'un page y entrait avec fracas, apportant le décret de rEmpereùr qai leur rendait trente mille francs^ de rente , ou plus, Oo« pge» du bruit et de l'effet -d'un tel événement.: Toutefois, comme rien n'était pluâ:charm,anjt,^ plus complètement )oli> disait TEmpereur^. que larjeune flollicitetisey oa voulait que se^i attraits eussent été pour quelque chose dans sa galanterie, bien qu'il eût quitté la .ville quelques heures après y et qu'il n'y eût plus songé ; c'était égal. On sait comme se font les histoires; et comme elle était femme d'un de ses éouyers, qu'elle vint eonséquemment à la Cour , on. avait, mêlé tout cela comme de coutume ;, si bien qqe nonir mée depuis^ sons-gouirernante du Roi de Rome, le choix scandalisa un moment la sévère madame de Montesqurou , qui craignait , disait l'Empereur, de n'y voir qu'un arrangement.
L'Empereur dit qu'il renoi^ela à Turin la galanterie gracieuse de Troyes, daiis la pcr-
!i3d UÉMORIAL (Aoûti8t6)
sonne de 8f** de Lascaiis ; et dans les deux endroits, dû rettle, il croit àToir eu à se louer de sa Itbéridité , et en avoir recueilli le frœt Les deu^ familles se sobt montrées attachées et re« Connaissantes.
Il se demandait à ce sujet, quels auront pu être' les sentimens du Piëtnont à son égard. Il atait une affectioti particuiière ^ disait-4l, pour cette prëvîttce. M. d« Saint - Marsan , quH croyait lui avoir été fidèle jusqu'à là fin , Tar vah assuré au moment de nos désastres , disaitil , que -ce pajrs se monfa?erait une de ses meilleures provîncéB.
«Au fml, cbntîmiait l^mpereur, les Pién montais n'aimcaent point i être un petit État; » leur Rôî était im Vrai seigneur féodal qu'il » fallait courtiser ou éraindre. Il avait j^s de » pouvoir, plus d'autorité que moi , qui , Em- » pefeur des Français, n^étais qu\in magistrat » suprême , faisant marcher lés lois, et ne poun vaut en dispenser! Auràis-^'e pu empêcher un » couiliîsan d^être poursuivi pour ses dettes P » Auràis-je pii%rrèter îVctîon des lots sur qui » que ce fôt? etc., etc.
(Août 1816) DE SAINTE-HÉLÈNB. «a3
Dai|S la coQversatipo c|u dîaer , TEmpereiir 4eiQan4ait si ou ayait calculé la quantité 4'ea^ fluvial^ qui «Qtrait daas la Méditerr^péç et d^ps la Mpr Noire, ce qqi l'a conduit h désirer qu of^ calculât la qu^^ti^é d'e^i^ fluyjiale 4^ i^otrç )^i^rope , et qu'où gSi^ignât }# proport^pu 4^ p^iaque vallée e% dç çjiarpiç ygr^gnt. Il regf^tt^it £01! de u'avoîr pas présenté pette sériQ de quesr tîoii3 scieptifiques. C'était )^ SfOn g^^à ^ys^è^çue , disaitr*il. Lui yeu^it-oil u^ia i4ée ^ti}^9 curi^iise , lutéressapte ; « A mçs levers 01^ daps lues çpi^^L- 9 fuupiçatiQuç f^tinilière^ ^ je ppsj^i3 ^^sif^e^rn lions ^ualpgu/ss à mes p^ejul^res de l'iQs^î^^t, » avec ordre de ipe les ré;50udre. J^a çp^utjioii » fiU éta||: I^cée dans le public j /ç^Ie J étçiit 9 aoalysée, combattue, ^dopté^ oju r^pqn^e; » et il n'e^st rien qu'on i^'objtienne de 1^ sorj:^ ; » c'est là la grande vpîç de$ progrès 4ws une » grapde n^tipflt douéf de be^coup d'i^sprit et 9 de ))eauçpup de lu^ilè^ep. p
]L*Pmpereur observait ^epiçpfe à ce sujet qu'op n'avjait janiais été plus fort en géogr^pJiie qu'aujour4'hui ,, let qu Qij lejl^ devait qyp)qjiie cbose à ses expéditions. Il a parlé ensuite des
iî4 MÉ3Î0ÎIÎAL ' (Août 1816)
canaux qu'il avait fait faire en France. 11 citait surtout celui de Strasbourg à Lyon, qu'il espérait avoir lassez avancé pour qu'on fût obligé de le finir. Il pensait que sur trente millions , il devait y en' avoir déjà vingt-quatre d employés/ « Aujourd'hui on communiquait , par Tinté- » rieur, de Bordeaux à Lyon et à Paris.. J*avai.s » construit un grand nombre de canaux; j'en » avais projeté bien davantage. » L'un de nous' ayant dit qu'on en avait proposé à l'Empereur un très-avantageux, mais qu'on l'avait trompé pour l'empécheir d'accepter les offres faites à ce sujet. « Sans doute que le plan n'aura été avan- » tageux que sur le papier, disait l'Empereur; » mais qu'en dernière analyse, il m'aurait- fallu » donner de l'argent; ce qu'on m'arrachait dif- » ficilement. — Non, Sire, répondait-on, le fe- » fus n'a été que l'effet d'une intrigue. On a » trompé Votre Majesté. — Cela n'était pas pos- » sîble sur ce point. Vous parlez légèrement.— » Mais j'en suis sûr; j'ai connu le plan, les of- » fres , les souscripteurs ; mes parens y étaient » pour des somnaeis considérables. Il s'agissait » d'unir la Meuse à la Majne. Le canal aurait
(AoGti8i6) - DE SAINTE-HÉLÈNE. aaS
» eu moins de sept lîeués, — Mais vous né dîtei^ » pas tout; peut-être avec cela exigeait-on que » je concédasse d'immenses forêts nationales » dans les environs? ce que je n'aurais pas vou- » lu. — I^on, Sire, c'était seulement une intri- » gue de vos ponts et chaussées, — Mais encore » faudrait-il qu'ils eussent opposé quelques rai- » sons , quelque apparence d'intérêt public. Que » disaient-ils? — Sire, que les bénéfices au- » raient été trop grands. — Mais alors ils me » l'eussent proposé eux-mêmes , disait l'Empe- » reur, et je l'eusse exécuté. Je vous répète que » vous ne sauriez avoir raison ; vous parlez ici » à l'homme de la chose même , qui s'en occu- » pait sans cesse. Les ponts et chaussées, de » leur côté , n'étaient jamais plus heureux que » de faire. Jamais un particulier ne m'a proposé » un pont , qu'il n'ait été pris au mot. S'il me » demandait un péage de vingt-cinq ans, j'étais » disposé à le lui accorder pour trente, llm'im- » portait peu qu'il fût utile , s'il ne devait me » rien coûter. C'était toujours un capital dont » j'enrichissais le sol. Au lieu de refuser des ca- ^^ naux, je courais après. Mais, mon cher, rien
!I2G MÉAIOIIIAL (Août 1816)
» ne se ressemble moins qu^une çor^versation de » saiftn et un conseil 4'adininistration. Llipmme » à projets , 4ans un salon ^ ^ toujours raison ; » ses résultat)^ 3€!raient magnifiques , infaillibles, » si on récoutaît, et pour peu qu'il puisse lier » le refus q^'il éprouve à quelques pofe-de-vin, » à quelque jptrîguç de feipme ou de maîtresse, » le romau e#t eomplçt; or, voilà ce <jue vous » aurez énteildu. Mais il n'en est pas ainsi dans » un eoqseil d'administratipà ^ parce qu'on n'y » décide quç sur des faûts et le compas à la maîp. » Quel est vjQtre canal ^ j^v,ez-vous dît? i^ ne sau- » rait ip'être ét^s^:^&v. — Sire, de la Meuse à » la Marne , et dç ^ept lieues seulement. -^ Eh » bien ! mon cb^er , c'est de la Meuse à l'Aisne » que vous vo^le;ç dire , et il eût été de moins » de sept lieue.s. C^Ja va me revenir ; mais il n'y » a qu'une pftîte difficulté, c'est qu'eçi cet ins- » tant njême U est encore doute u:s: qu'il spit » praticable. JLJi, comme ailleurs, Hyppocrjite » dit pui^ et Oallien dit nçn. Tarbé l'assurait » impossibljç; niant qu'il y eut assez d'eau au » point du partage. Je vous répète, continuait 9 r(£n)pereur , que vous parlez k celui du monde
(Août 1816} DE SAINTE^HëLëNE. 907
» qui s'esl le plus occupé de ces objets , surtout » aux ehTirous de Paris. H eu-brail: dans mes rè* » ves perpétuels d'en fiaiire la y^ritable capitale » de l'Europe ; parfois je voulais (fu'elle devînt » une ville de deux, trois ou quatre millions » 'd'habitans, par exemple , en un mot quelque » chose de fabuleux , de colossal 9 dlaconnu » jusqu'à nos jours /et dont les établis$emens » publics eu6$ei!it répondu à la population. »
Quelqu'un ayant observé alors , que si le Ciel eût donné & l'Empereur un règne de soixante ans^ comme à JiOuis XIY, il aurait laissé de bien grandes choses. « Si le Ciel m'eût donné V seulement vingt «ins et un peu de loisir , à re- » pris vivement l'Empereur, on aurait cherehé 9 vainement l'ancien Paris; il n'en fût pas resté 9 de vestiges ; et j'aurais changé la face de la 1» France. Arcbimède promettait tout , si on lui | » laissait poser le bout de son levier; j'en eusse » fait autant partout où l'on m'eût laissé po5er % mon énergie , ma persévérance et mes bud- » jets. . . Avec les budjets on créerait le monde. . . « J^aurais montré la différence d'un Empereur n coni»titutionne1 à un !Roi de France. Les Roia
naS MÉMORIAL (Août 1816)
» de France h'odI jamais rien eu d'administratif » ni de municipal...,. Ils ne se sont jamais mon- » très que de grands seigneurs que ruinaient » leurs gens d affajreSé
» La nation elle-même n'a dans son caractère » et ses goûts que du provisoire et dp gaspil- » lage. Tout pour le moment et le caprice , » rien pour la durée.. ^•.. voilà notre devise et » nos mœurs en France* Chacua passe sa vie à » faire et à/ défaire; il ne reste jamais rien.... » N est-il pas indécent que Pans n*ait seulement » pas un Théâtre-Français, un Opéra, rien digne » de ces destinations !
» J ai souvent combattu des fêtes que la ville » de Paris voulait me donner ; c'étaient * des » dîners, des bals, des feux d'artifice de quatre, » de six , de huit cent mille francs , dont les 9 préparatifs obstruaient plusieurs jours le pu- » blic, et qui coûtaient ensuite autant à défaire » qu'ils avaient coûté à construire. Je -prouvais » qu'avec ces faux fraiîs ils auraient fait des mo- » numens durables magnifiques.....
» Il faut avoir fait autant que moi ppur con- » naître toute la difficulté de faire le bien. Il
(AoûtTaiÔ) DE SAINTE-HÉLÈNE. 239
»: fallait parfois toute ma puissance pour pou-^ » voir réussir. S'agissait - il .de cheminées , ^e « cloisons^ d'ameublçmens dans les palais im- » périaux pour Quelques. particuliers, on courait « à pleines voiles ; mais s*agîssait-il <le prolonger { » le. jardin des Tuileries, d.'assainir quelques j» quartiers, de désobstruer quelques égouts, «d'accomplir un bien publie qui n'intevessât -# pas. directement quelques particuliers , il fallait . » tout mon caractère, écrire six, dix lettres par » jour, et.se fâcher tout rouge. C'est ainsi que , » j'ai employé jusqu'à trente millions en égouts, » dont personne ne oie tiendra jamais compte. , » J'ai abattu pour dix-sept millions de maisons » en face 4es Tuileries pour former le Carrousel » et découvrir le Louvre. Ce que j'ai fait est » immense, ce que j'avais arrêté, ce que je pro- » jetais encore l'était bien davantage. »
Alors quelqu'un faisait la remarque que les travaux de l'Empereur ne^ s'étaient bornés ni :à Paris ni à la France; presque. toutes- les villes .d'Italie présentaient des traces, de sa création. Partout où l'on voyageait , au pied comme à la cime des Alpes, dans les sables de la Hollande $
!k5o MÉMORIAL C^oût 1816)
sur leé rireâ du Rhîd ; Ton retrouvait Napoléon , toujours Napoléou.
' A cela il a observé qu'il avait décidé de des- ^cher les matais Poûtins. « César, a-4-il dît, » allait s en occuper quand il périt. » Et revenant à la France : « Les Rois 5 disait-il ^ avaient
• trop de maisons de campagne et d'objets inu- ^ tileif. Un historien impartial aura le (jbroit de » blâmer Louis XIV dans ses efifroyables et inu- » tiles dépenses de Versailles, surtout avec ses » guerres , ses impositions, ses malheurs : il s'est
• épuisé pour ne créer après tout qu'une ville » bfttaf de. » L'Empereur a alors analysé les avantages d'une ville administrative , c'est-à-dire , faite pour la réunion des administrations, et ils lui Semblaient vraiment problématiques.
Je regrette bien ici de n'aVoir pas consigné , dans le temps, la suite de ces raisons; elles étaient si multipliées, si ing4tiieuses I Aujourd'hui mon eiactitude ne me permet pas de prétendre les reproduire. Dû reste, ce sont en moi des regrets qui malheureusement n'ont que trop souvent l'occasion de se renouveler» Si on aperçoit de Nombreuses lacunes dans les raisonne-»
(Août iSiÔ) DE SAINTE-HÉtÈNE. aSi
mens de rEmpereur, et surtout dans là suite de ses développéitiéti^, c'est qû^à Sainte-fiélène je consignais en hâte , me fiant sur ma mémoire pour développef» éù temps opportun , ou bien je me contentais éticoré d*abf étiâtioni , de signes iiyéroglipiiiqués ; je àaVais qUe J*étaîs h la source; knâîs àujourd*iiiii il âWÎVè que j'ai oublia , ou que je nfe mè retrouve plus dans mes propres signes. Ce doit être mon elcuse pour bien des choses.
L'Empéréur tié sô dissimulait pas que la demeuré de la capitale n'était parfois pas tenable pour leâ souverains; mais d'un autre côté Versailles Ue rétait pas pour les grands, le* ministres liî les éourfîsanis. C^était dôttt uUe faute de Louis XIV, s'il n*avait éûtfepris Versailles que pour le séjout" des rois , loi'Sque Saint -Oermain était tout trouvé sôué sa maîn : la nature sem- Waîl l'aVoiif fait exprès pour la véritable demeure des rois de PraUcc. Lui-même, Napoléon, avait iait dés fautes à éêt égard ; car il ne fallait pas , disait -il , fie louei" dans tout ce qu'on avait fait, ïl aïifait dû retrancher Compiégné , païf è]ç:em*pie , et îi regrettait d'y avoir fait son mariage :
a32i MÉMORIAL (Août i8i6)
îl eût voulu l'avoir fait à Fontainebleau. Et voilà, .» disait-il encore, en s'arrê tant sur Fontaine- «bleau, la vraie dem/eure des Rois, la maison » des siècles ; peut-être n'était-ce pas rigoureu- » sèment un palais d'architecte, mais bien assu- » réroent un lieu d'habitation bien calculé et » parfaitement convenable. C'était ce qu'il y » avait sans doute de plus commode, de plus » heureusement situé en Europe pour le souve- » raîn , etc. »
11 passait alors en revue les capitales qu'il avait visitées, les maisons des rois qu'il avait .parcourues, et nous donnait de beaucoup la jsupériorité. Fontainebleau, ajoutait-il encore, était aussi en même temps la situation politique et militaire la plus convenable. L'Empereur se reprochait les dépenses qu'il avait faites à Versailles ; mais fallait-il bien encore, disait-il, l'empêcher de tomber en ruines. Il avait été question , dans la révolution , de détruire en grande partie ce palais ; d'en enlever le milieu , et dé séparer par-là les deux côtés. « On m'eût » rendu un grand service , disait-il; car rien n'est » dispendieux, ni véritablenient inutile comme
(Août 1816) DE SAINTE-HÉLÈNE. is3S
» vcette multitude de palais $ et si pourtant on 9 m*a vu entreprendre celui du Roi de Rome , ^ c'est que ) avais des vues à moi ; et puis en- » core c'est qu'au vrai je n'^ jamais songé qu'à » préparer le terrain : je m'en fusse tenu là *.
» Mes erreurs en dépenses de ce genre , ajou- » tait-il, ne pouvaient après tout iètre grandes» » Grâce à mes budjets , ces erreurs s'aperce- » valent et se corrigeaient de force ehaque année ; » elles ne pouvaient jamais allejr au-delà d'une » petite quotité de la faute principale. »
L'Empereur avait eu toutes les peines du
* Tout le monde sait, ou devrait avoir su ( si par une fatalité toute particulière à Napoléon, la plupart de ses actes les plus recommandables n'eussent été , dans le temps, étouffés sous le poids de la malveillance et des libelles), l'histoire de cette misérable cahute enclavée \\ dans l'enceinte du palais du Roi de Rome , dont le pro<priétaîre demanda successivement dix, vingt, cinquante, cent fois la valeur réelle. Arrivé à ce taux ridicule, l'Empereur , de qui on prenait les ordres à cet égard, ordonna tout à coup de se refuser désormais à tout marché quel- ^ conque , s'écriant que cette misérable échoppe , au milieu de toutes les magnificences du palais du Roi de Rome , serait, après tout, la vigne de Naboth , .le plu5 grand témoignage de sa justice, le plus beau trophée de son règne. ! . ^
à34 iHÉUORlÀL (Àoûlil$i6)
monde , boqs a^urait-il, ii faire comprendre -et adopter son système de budjets eh bâtisses et autres grandes entreprises pareilles, t Mé pfw- * posait-*on un plan de trente millions , qui me » convint? Accordé^ disais-^je; mais à faire en « vi^gt ans ^ c'est-^-dire » à quinze cent miUe » francs par an. Cela allait très<^bien jusque-là; n mais que me donnerez*vous , ajoutais-je , pour ^ ma première année ? car si je veux que ink ^ dépense sOit morcelée , je veux néanmoins que » le résultat 9 le travail mVrrive entier et fifti., h Aiusi je veux d^d:>ord .^n albrî^ ^ne chambre, » un appartement , n'importe quoi ; mais quel- » que chose de complet pour mes quinze cent '» mille franesi Les architectes ne voulaient plus » y entendre ; cela gênait leur grandiose , leur » grana effet. Us auraient voulu d'abord produire ^ toute une façade long-temps iauiile ^ et vous ^» engrainer ainsi dans des dépenses immenses , » qui > si elles étaient interrompues^ ne vous lais^ » salent rîenw
» C*eA avec cette manière à moi, et en dépit ^» de tan]t de circonstances politiques et mili-' » taires , que j'ai fait néanmoins tant de chosçs*'
(Août i8i6) DE SAINTE-HÉLÈNE, iSS
* J'avais r^Uûî quarante milIioiH de meubles à là » couronne , quatre millioiis au ia<Ans d'argen-^ » lerie. Que de palais f aï restaurés ! Peut-être » trop : Yj reviens. Grâce à ma manière de Mré, » j'ai pu habiter Fontainebleau dès la première » année de travail ; il n^ m'en coûta pas plus de » cinq à six cent mille francs. Si f y ai dépensé de-i > puis six millions, éela n'a été qu*en six ans; j'en » aurais dépensé bîeii davantage avec le temps! » Mon but principal aVaît pour objet que la dé^ » pense fût insensible, et le résultat étemel.
» Amesvoyagesde Fontainebleau, disait l'Em-, » pereur, douze à quinze cents personnes étaient » îtivîtées , logées et meublées ; jpkts de troîlj » mille pouvaient ytrouver à dîner, et ceci n'avait » rien de coûteux pour le souverain, ou très-peu, » grâce à Tordre étd^li ; Duroc Favait rendu ad- » mîrable. Plus de vingt ou vingt-cinq princes , 9 dignitaires ou ministk*es étaient contraints d^ » tenir maison.
» Je condamnais Tersailles dans sa création^ » reprenait l'Empereur ; mais dans mes idées » parfois gigantesques sur Paris , je rêvais d'en » tirer partie, et de n'en faire > avec le temps,
a36 MÉMORIAL . (Août 1816)
» qii'une espèce de faubourg,. un jeirte voisin, un 9 point ide yue de la grande capitale ; et pour 9 l'approprier dayantage'àcet objet, J'avais co^nçu » une singulière idée, dont je m'étais même fait * présenter le programme. .
» De ces beaux bosquets , je chassais toutes' » ces nymphes de mauvais goût, ces omemens 9 à la Turcarei, et je les . remplaçais par des te panoramas, en maçonnerie, de .toutes jes caf pitales où nous étions entrés victorieux , de » toutes les célèbres batailles qui avaient illus- P tré.nos arn^es. C'eût été autant de monumens » éternels de nos triomphes et de notre gloire 9 nationale , posés à la porte de la capitale de 9 l'Europe , laquelle ne pouvait manquer d'être » visitée pai: force du reste, de l'univers. » Et laissant tout à coup cela, il s'est mis à nous lire le Distrait , dont le volume était depuis longte];Dps sous sa main; mais il l'a presque aussitôt interrompu, soit qu'il ait été remué de^es propres pensées , soit qu'il s'y vît contraint par une toux nerveuse qui depuis peu lui revient souvent après son dîner. Il est certain qu'il change beaucoup , et que sa santé se perd tout à fait.
(Août i8i6) I>E SAINTE-HÉLÈNE. aS;
Lundi 5. ,
Projet d*une histoire européenne.— Sélim Ill^r- Farce» d'un Sultan turc. — Les Mameloucks. — Sur la Régence» «
L'Empereur n'est sorti qu'à près de eîh^ heures ; il était souffrant*, avait pris un bain , que la 'venue . de sir IL Lowe avait . trop prolongé , tt'ayànt voulu en sortir qu'après que ce Gouverneur eut disparu de l'établîssenaent.
^ L'Empereur avait lu dans son bain deux volumes de l'Histoire Ottomane. Il avait conçu l'idée, disait -il, et regrettait fort de n'avoir pu l'exécuter, de faire composer toutes les histoires de l'Europe depuis Louis XIV, sur les pièces mêmes de nos relations extérieures où se trouvent les rapports réguliers de tous les ambassadeurs.
» Mon régne, observaît-îl , eût été une époque, ». parfaite pour cet objet. Là supériorité de la » France, son indépendance^ sa régénéra tîoïi," » mettaient le gouvernement actuel à même de » publier tous .ces objets sans înconvénieiâti »^ C'eût été: comme si rbù' eût publié l'histoire » ancienne : rien a'eût été plus précieux. »
258 MÉMORIAL (i^oôt 1816)
Et de là , passant à Sélim III , il disait lui avoir écrit un jour : « Sultan, sors de ton sérail, mets- » toi à la tète de tes troupes , et recommence » les beaux jours de ta monarchie. »
Sélim, îe Louis XVI de» Turcs ^ disait f Empereur, qui nous étant trèa^attaohfé et très*favorable d'ailleurs, se contenta de lui répondre que c'était honr pour les premiers princes de sa dynastie, que les mœurs de ce temps étaîenl bien loin , que de pareils actes seraient aujourd'hui hors de saison , et tout à fait sans fruit.
L'Empereur ajoutait néanmoins que piersonne ne connaissait, sans doute, la force de la développée^ le débordement subit dont $erait capable un sultan de Gonstantinople qui saurait se placer à la tête de son peuple, le retremper, et mettre en marche sa multitude fanatisée.
Plus tard, il disait que , pour son propre compte, si en Egypte il eut pu à ses Français joindre les Mameloucks, il se serait regardé Comme le maître .du monde* « Arec cette poignée choisie » et la canaille^ afoutait-ii en riant, recrutée * sur les lieux ,' pour être dépensée au besoin.
f Août 1816) DE SiViNTPrffÉfaENE. 9^9
a je ne connais rien que Je n'eusse f^^rw^é.
* Alger ea trembla^ 9
« -^ Mais ii jdn^aU il prenait fantaisie à ton f» Sultan , disait un jour le Dejr d'Alger ap consul
• français^ de \snif nous yisiter, qttel|e serait é. notre sftp^té; car H a défait les Maméloucks? » » C'est que les Maméloucks, dans tout rOrient, » observait TEmpereur, étaient en effet des objeU » de rénération et de terreur, c'était une milice 9 regardée jusqu'à nous comme invincible* »
L'Empereur, en attendant son dîner ^u milieu de nous, a ouyerj; un livre qui se trouvait à côté de lui sur le ^canapé : c'était la Régei^ce. Il a dit que c'était là une d^ épocjues les plus hir denses de nos annales; i\ pétait X^é cpiojx l'eût peint.e avee la lég/èf été du lemps , et npn pa* avec la sévérité ^e rjbistpif^, Q^j^pif, ]et44^ssu$ les fleurs ^iji ])Q^ tçm ,et U vernis deà grâées', au Lieu d'w fa^^ U^(^ fi^mile |usf ice^ La l.égence au vrai, pbpejRra^tril , :^mi Hé te jrègne Ae la jdépray^iQil d^ eopftp, éin dév^argondage d^ J'esj^i^jt, de Vipàfs^^^lij^ J^ f^^s prpfonde en *out genre; c'était au point qu'il croyait, disait-il,
94o HÉttORIAL ( Août 1816)
à toutes les horreurs., à toutes les abominations qu'on reprochait aux mœurs du Régent ^ dans le sein dé sa propre famille ; tandis (pt'il ne le croyait pas de Louis XY » qui , bien que plongé dans le plus sale y le plus hideux libertinage , ne lui laissait pourtant pas Iç droit d'ajouter foi à des choses si révoltantes et si monstrueuses ; et il le justifiait très - bien de certaines imputa* tions qui eussent touché de fort près à la per^ sonne d^un de ses anciens aides-de-camp ^ de lui , Napoléon. De là il est revenu à dire que l'époque du Régent avait été le renversement de toutes les fortunes, la perte de la morale pu-* blique. Rien n'^avait été sacré, ni dans les mœurs, ni dans les principes. Le Régent s'était personnelliement couvert d'infaïnié. Dans l'affaire des princes légitimes, il avait montré la dernière bassesse , et commis un grand abus d'autorité. Le Roi seul pouvait autoriser un te! jugement , et lui Régent s'était plu' à se déshonorer gratuitement dans la personne de sa feihme , fille naturelle dé Louis XIV, qu'il avait trouvé trèsbien néanmoins d épouser quand ce Roi régnait.
(Août 1816) DB SAINTE-HÉLÈNE. 941
• Mardi 6.
Pour essayer là tente, qui venait d'être achevée , on y a dressé la table de service , et nous avons invité à déjeûner avec nous lès officiers anglais qui avaient surveillé le travail.
L'Empereur m'a fait appeler dans sa cbambre; il a fait sa toilette, je l'ai accompagné à sa sortie jusqu'au fond du bois, où nous nous sommes promenés quelque temps : il discutait des objets graves , etc., etc.*
L'Empereur est revenu vers la calèche pour la demander, et nous avons continué la prome-
* Je dob avoir dit qu'en travaillant mon journal à Longwood, la circonspection et la prudence m'ordonnaient souvent d'exprimer mystérieusement ma pensée. Aujourd'hui, depuis le' temps que tout cela a été écrit,, l'intervalle* qui m'en sépare, les différentes situations où je me suis trouvé, font qu'il est bien des choses que je ne sais plus m'expliquer à moi-même. Par exemple, il J avait dans cet endroit des initiales et autres caraetères dont je n'ai pu, eu dépit dé tous mes efforts, soupçonner, en quoi que ce fût, la véritable significa-tion. Il est pourtant sûr quelles devaient exprimer des choses d'autant plus importantes et plus délicates, que i'ai mis plus de soin à les rendre inintelligibles.
$4» HÉMOIUAIi (Aoûlx8i6)
nade jusqu'à ce qu'elle nous ait rejoints. En finissant le premier tour, on a dit que rAmphitrion (était là. L'Empereur Fa fait demander, et nous avons fait deux tours de plus. En revenant, l'Empereur a visité la tente , et a dit quelques mots de satisfaction à l'ofEcier et aux matelots qui la finissaient.
Mercredi 7.
Campagnes d'Italie, etc.— Epoque de i8i5, etc. — Gustave III. — 'Gustave IV. r— Bernadette. — Paul I".
Après le déjeuner, que l'Empereur a fait sous la tente , il lui a pris fantaisie de revoir quelques chapitres de la Campagne d'Italie ; il a fait venir mon fils , dont le pied était enfin beaucoup mieux , et les jevpL en meilleur état. U a doni^é la demièiie main aux chapitres de Pavie et de Livoume qui portent, l'un les fruits d'une heureuse témérité, l'autre ceux d'une sage prudence, L'au4^ce9 la vigueur etla célérité qui enlevèreat Pavie y étou^ fèrent l'étincelle d'une insuirection générale qui eût pu priver des merveilles de la campagne « tandis que la lointaine et diplomatique o€CU«>
(Aoat 1816) DE SAINTE-HÉLÈNE. î45
paUôâ de Lîvoume mamtmt la neutSralité de la Toscane, >
. L'Effipereur s eat easuile promené vers I« fond du bois , ayant commandé que la calèche vînt l'y joindre. Chemin faisant l'Empereur dît gaitYegarder les Campagnes d'Italie et d'Egypte comnie entièrement finies , il les croyait en état d.*être données au public ; et ce serait, disaît-îl, sans doute une chose bien agréable àiix Français et aux Italiens ; c'était le livre de leur gloire' et de leurs droits, etc. Il ne croyait pas néan-' riioîns qu'il dût y mettre son nom, et répétait <Jue les diverses époques de ses Mémoires consacreraient ceux de «es compagnons fidèles , etc.' ' A l'arrivée dé la eàlèche, la convfersationf continuant sur le même sujet, on Ta fortement pressé de finir i8i5; on en a vivement déve-» loppé l'importance, la gravité, lés résultats. Bfr
* bien ! à-t-il dit en souriant , il faut que je m'y »Veihette tout à fait : cela fait plaisir de se voii** «-encourager; mais eoicore faut-il de la bonne «rhuniiéur pour travailler. L*on ne nous abreuve': »• ici. que de d^oûts et de tracasseries ; on sein-
* ble nous pnvîei: l'air que nous respirons; »
a44 MÉMORIAL (Août 1816)
' Rentré dans;sk*chsiïùbre, où je Faî isuivi,' la conversation a été des plus intéressantes et fort remarquable. Il a été question de Gustave III , de la Suède, dé la Russie ; de Gustave lY, de Bernadotte, de PauLI", etc., etc. / . ^
J'ai raconté ; qu'à Aîx 7 la - Chapelle , Ge»tate m vivait au milieu de nous : en .simple particulier^ sous le nom de comie de Haga. Il faisait le charme de la société ; par la vivacité de son esprit et l'intérêt de ses récits. J'avais oui de sa bouche su fameuse révolution rfe 1772, et j^étais dans la posrtioa la plu« faeureuse^ppur connaître à fond cette époque de l'histoire de Suède ; je :mè trouvais fort de; connaissance dans le même , temps avec le Suédois baron de Sprengporten, qui, laprès avoir été/ fort zélé pour Gustave , av^it ^u> le malhseurde passer en Russie pour rçvenir à la tête des étrangers combattre sa patrie. Il en était résulté qu'il, se troqvait , par ce fait , sous ime condamnation à mort en Suède. Or, il était ausâ à- Aix-la-Chapelle en ce moment, ,et s'en était banni: par courtoisie, dîsaîtril, à l'arrivée dé, Gustave.: Il ne s^'était pourtant pas éloigné 4e. plus d'une
(AoûtiSiÇ) DE SAINTE-HÉLÈNE. 245
demMiéuc , de sorte que tout ce que j'enten-. dais raconter au Roî dans la soirée, m était, le lendenlain à déjeûner, combattu, modifié ou confirmé par le baron. Il avait été fort avant dans la confiance de ce prince.
L'Empereur observait que, ce même Sprengporten avait été précisément l'envoyé de Paul auprès de lui lors de son consulat. Et sur Gustave IV, il a dit que ce prihce s'était annoncé au début pour un héros; et n'avait fini que com^e un fou; qu'il avait marqué de bonne h«ure par des traits fort remarquables. Encore enfant, on l'avait vu, disait-il,- insulter Catherine pai' le refus de sa petite-fille, au moment même où cette grande Impératrice , sur son tmne et au milieu de sa Cour, n'attendait plus que lui pour la cérémonie du mariage.
Plus tard , il n'avait pas moinis insulté Alexandre, en refusant, après la catastrophe de Paul, l'entrée de ses États à un des oflSciers du nouvel Empereur; et répondant aux plaintes officielles qui lui étaient adressées à ce sujet, qu'Alexandre ne devait pas trouver mauvais que lui, Gustave, qui pleurait encore l'assassinat
^46 MÉUORIAL (Août 1816)
de son père^ fermftt l'entrée dé ses Etats à Vum de ceux que la voîx pubKcjue accussât d*avoîr immolé le sien (de lui Alexandre).
« A mon apparition à la souveraineté , disait » l'Empereur, il se déclara mon grand antago- » niste ; on eût dit qu'il ne voulait rien moins » que recommencer le grand Gustave- Adolphe, a II courut toute l'Allemagne pour l'ameuter » contre moi. Lors de la catastrophe du duc n d'Enghien, il jura de le venger de sa personne, ^ et plus tard renvoya insolemment l'aigle noir au 9 roi de Prusse, parce que celui-ci avait reçu m ma. légion d'honneur, etc , etc.
» Enfin son moment fatsd arriva, disait l'Em* » pereur ; une conspiration peu commune l'aivi » racha du trône , et le déporta hors de ses » États. L'unanimité contre lui prouve ses torts » sans doute. Je veux qu'il fut inexcusable, » même fou; toutefois est-il ' extraordinaire et » sans exemple que , dans cette crise , il ne se » soit pas tiré une seule épée pour sa défense ,' » soit par affection, par reconnaissance, par » Vertu, ou par niaiserie même si l'on veut; et
(Août i8i6) DE SAINTE-HÉLÈNE. ^4^^
p vraiment c*est là une circonstance qui honoré » peu Fatmosphère des roiSé »
. Ce prince, balloté, trompé par lès Anglais, qui voulaient en faire leur instrument, repoussé par ses proches , parut Vouloir renoncer au monde, et, comme s'il eût senti son existence flétrie par son mépris des hommes et son dégoût des choses, il fut volontairement se perdre tout k fait dans la foule.
L'Empereur disait qu'après la bataille de Leîpsick, Gustave lui avait fait parvenir .qu'il lui en avait voulu beaucoup sans doute ; mais que de^. puis long-temps il était celui des souverains dont il avait le moins à se plaindre, et que depuis bien long-temps aussi , il n'avait plus pour lui qu'admiration et sympathie; que les malheurs du moment lui permettaient de l'exprimer sans embarras; qu'il s'offrait pour être son aide-deçamp*, et lui demandait un asile en France,
* Je dois felre eonbaître que M. le colonel Gustafsson ( Gustave IV ) s*est élevé contre l'inexactitude de ce faiit. Mais par sa lettre même on pourrait être conduit à penser que Terreur ne provient que d'une interprétation
2i4S MÉMORIAL (Août 1816)
• Je fus touché , observait TEmperear ; maïs » je considérai bientôt que si je raccueillais , il » était de ma dignité de faire des efforts en sa » faveur. Or, je ne gouvernais plus le monde; » puis les esprits communs n'auraient pas man* » que de voir dans mon intérêt pour lui , une » haine impuissante contre Bemadotte ; enfin , » Gustave avait été déchu par le vœu du peuple , » qui /moi y m'avait élevé ; il y aurait eu inconsé- » quence en moi, désharmonie de principes, à » prendre sa cause* Bref, je craignais de com-* n pliquer encore les affaires , et fis taire la géné-
* rosité. Je fis répondre que j'appréciais ce qu'il » m*offrait, et que j'y étais sensible ; mais que » la politique de la France ne me permettait
forcée , donnée A ses paroles véritables ; or chacun sait combien cette inexactitude est facile , même habituelle , lorsqu'il sagît d'un fait qui ne peut avoir été transmis qu'à Taide de plusieurs intermédiaires. Dans la crainte d'avoir mal entendu moi-même , ce qui eût été possible, je n'aurais pas hésité un instant à prendre l'erreur sur mon compte ; mais chaque lecteur jugera que l'étendue de la conversation de Napoléon, le développement de ses idées sur le sujet ne pouvaient me laisser aucun doute. \
(Août i8i6) DE SAINTE-HÉLÈNE. ^49
• pas de me livrer à mes sentimens particuliers ^ ' » qu'elle m'imposait même la douleur de lui », refuser pour le mom^ent l'asile qu'il deman- 9 dait.' Que du reste il se tromperait fort s'il » me supposait d'autres sentimens qu'une bien- » veillance extrême et des voeux sincères pour M son bonheur, etc., etc.
» Quelque temps après l'expulsion de Gus- » tave , disait encore l'Empereur , et la succes- » sion au trône vacante , les Suédois , voulant » m'être agréables, et s'assurer la prptection » de la France, me demandèrent un Roi. Il fut » question un moment du Vice -Roi; mais il » eût fallu qu'il changeât de religion; ce que^ » je trouvais au-dessous de ma dignité ^t de » celle de tous les mieas« Puis je ne jugeais pas 9 le résultat politique assez grand pour excuser » un acte si contraire à nos mœurs. Toutefois » j'attachai trop de prix, peut-être, à voir un » Français occuper le trône de Suède. Dans ma » position 5 ce fut un sentiment puérile. Le vrai » Roi de ma politique , celui des vrais intérêts de » la France, c'était le Roi de Danemarck, parce » que j'eusse alors gouverné la Suède par mon 5, 16
aSo JHËMORUL (Août 181O)
» simple contaet avec les provinces danoiseï;. » Bemadom fut élu, et il le dut à ee que sa » femme était sœur de celle de mon frère Joseph ^ » régnant alors dans MadridL
» Bernadette , affichant uae grande dépen* » dance , vint me demander mon agrément , pro- » testant avec une inquiétude trop visible ^ qu'il » n'accepterait qu'autant que cela me serait » agréable.
» Moi, monarque élu du peuple, j'avais à ré-^ » pondre que je ae savais point m*opposer aux » élections des autres peuples. C'est ce que )e » dis à Bemàdotte ^ dont toute l'attitude trahis- » sait l'ansLÎété que faisait naître l'attente de ma » réponse, ajoutant qu'il n'avait qu'à profiter de B la bienveillance dont il était l'objet , que je » ne voulsds avoir été pour rien dans son élec- » tion , maïs qu'elle avait mon assentiment et » mes voeux. Toutefois ^ le dirai-je , j'éprouvais » un arrière instinct qui me rendait la chose » désagréable et pénible; efi effet, Bemàdotte » a été le serpent nourri dans notre sein ; à » peine il nous avait quittés, qu'il était dans le » système de nos ennemis , et que nous avions
(Août i8i6) DE SAINTE-HÉLÈNE. ,5i
» à le surveiller et à le crai&dre. Plus tard îl a » été une des grandes, causes actives de nos mal* » heurs ^ c'est lui qui a donné à nos ennemis la » clef de notre politique , la tactique de nos
• arasées ; c'est lui qui leur a montré les cli«i- » miâs du sol sacré ! Vainement dirait - il pour
* excuse^ qu'en acceptant le trône de la Suède » il n'a plus dû être que Suédois; excuse ba- » a^e ^ bonne tout au plus pour la multitude à et le yulgair^ des ambitieux. Pour pr<sndre » femme on ae renonce point à sa mère , «cp- » core moins <est-on .tenu à lui percer )f seiu et » à lui déchirer les entrailles. Ou dit qu'il s'en » eat Kpenti plus tard^ c'estr^ndire ^ quand il 9 n'était plus temps et que le mal était accom^ » |)U. Le fait est qu'en se retrouvant au milieu » die nous, il s'est aperçu que l'opinion en fai- » sait justice ; il s'est senti frappé de mort. Alors » ses yeux se sont dessillés; car ou ne sait pas, » dans son aveuglement , à quels rêves n'auront p pas pu le porter sa présomption et sa vanité , » etc. , etc. » Et comme à la suite de cela et de beaucoup d'autres choses encore, |'ai osé me
953 MÉMORIAL (Aoûti6i6)
permettre de lui faire observer comme un jeu du hasard, bien bizarre, bien extraordinaire', que le soldat Bernadette , appelé à une couronne où le protestantisme était de rigueur, se trouvait précisément né protestant , et que son fils , destiné par là à régner sur des Scandinaves, se présentait au milieu d'eux précisément avec le nom natiidnal d*Oscar. Mon cher, a repiris TEmpereùr : « C'est que ce hasard tant cité, ce » hasard dont les Anciens faisaient un dieu, qui » nous étonne chaque jour, nous frappe à chaque » instant, ne nous apparaît, après tout, si singu- » lier, si bizarre, si extraordinaire, que parce to que nous ignorons leis causes secrettes et toutes » naturelles qui Font amené ; et pourtant il sufiBt » de cette seule combinaison occulte pour créer » du merveilleux et enfanter des mystères; ici, » par exemple, quant au premier article, de s'ê- » tre trouvé né protestant, n'en faites pas hon- » neur au hasard : rayez celui-là. Quant au » second, le nom d'Oscar; c'est moi qui fut le » parrain; et quand je le nommai, je radotais » d'Osslan : il se présenta donc tout naturelle*
(Août 1816) DE SAINTE-HÉLÈNE. a55
» m^nt. Vous voyez à présent combien est sîm- » pie ce qui vous. étonnait si fort, etc. , etc, * » Sur la fin de la conversation , I^mpereur est revenu sur Paul ; il a parlé des fureurs que lui causèrent^ dans le temps, la déloyauté du mi* nistère anglais. On lui' avait promis Malte dès qu'on s'en serait çmparé ; aussi s'empressa-t-il de s'en faire nommer grand-maître^ Malte rendue, les ministres anglais nièrent le lui avoir promis. On assure qu'à la lecture de ce honteux mensonge y Paul &e montra si indigné , qu'en plein conseil , saisissant la dépêche , il la perça*^ de son épée , ordonnant qu'on la renvoyât en cet état, pour toute réponse. < Si c'est une » folie, disait l'Empereur, il faut convenir que » c'est celle d'une belle âme ; c'est l'indignation » de la vertu, qui jusque là n'a pu soupçonner » une telle bassesse. »
* On trouve dans les Mémoires publiés par M. le gé*nëral Moatholon, tome 1*', page 209, des notes bien curieuses , dictées par Napoléon , touchant le prince de Ponté -Corvo, sa nomination à ce titre, sa conduite à U bataille d'Iéna, son élection au trône de Suède, eto.
«54 MÉMOBIAL (Août 1816)
Dan» le même temps, les ministres wglais trai* taiit avec nous de rechange des prisonniers, re-. fusaient d'y comprendre, sur la même échelle , les prisonniers russes faits en Hollande, au propre service I et pour la seule cause des Anglais. « J'ayais deviné, disait l'Empereur, la trempe B du caractère de Paul, Je saisis Toccasion aux » cheveux; je fis réunir ces Russes; je les ha- » billai et les lui renvoyai pour rien. Dès-lors ce » cœur généreux fut tout à moi ; et comme je » Q^avaîs aucun intérêt opposé à la Kussie , que V je n'aurais jamais parlé que justice et procé- * dés, nul doute que je n'eusse disposé désor-^ » mais du cabinet de Saint - Pétersbonrg. Nos » ennemis sentirent le danger , et l'on à vouhr » que oette bienveillance de Paul lui ait été fa- » neste : cela pourrait bien être ; car il est des » cabinets pour qui rien n'est sacré. »
Napoléon, plus tard, a dicté les détails de la fin tragique de l'infortuné Paul. L'importance et le crédit d'une telle source nous porte à les transcrire ici : « Paul fut assassiné dans la nuit » du vingt-trois au vingt-quatre mars 1 80 1 . Lord » Withworth était ambassadeur à sa Cour; il
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» était fort lié nete le çowte***, \p gépérsà*** y » )eg**% left***^, et w^es personnes authei^tique-
• mçnt reconaiies pour ètrô les auteurs et ac- « teurg de cet honible parrieide. Ce niOQiaisque » atait indisposé contre lui^ par un caractère » irritable et très-susceptible^ une partie de la
• noblesse russe. 14a haine de la révolution fran- » çaise avait été le caractère distinctif de sou » règne* Il considérait comme une des causes » de cette. révolution la familiarité «du souvç|?ain » et des princes français, et la suppression de » rétiquette à la Cour. Il établit donc à la sienne 9 unç étiquette très-sévère, et exigea des mar- » ques de respect peu conformes à nos mœurs
> et qi|i révoltaient généralement. Être habillé ^ 4W frac^ avoir un chapeau road, ne point » descendre de voiture quand le Gzar ou un
• des princes de sa maison passait dans les rues « ou prpmenades i enfin , la moindre violation » des moindres détails de son étiquette e:£citait
> toute son animadversion , et par cela seul 9 on était jacobin. Depuis qu'il s'était rappro- « ché du Premier Consul, il était revenu sur » une partie de ses idées; et il est probable
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