DES SOMMAIRES DU SIXIÈME VOLUME
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lia famille anglaise; juste dette de reconnaissance de la part de l'émigration enyers les Anglais, etc. — Général Joubert — Pétersbourg. — Moscow; son incendie. Projet de Napoléon , s'il fût reyenu yainqueur. 9
Sur le couronnement, etc. — Décrets de Berlin et de Milan. — Grande cause de la haine des Anglais. 4^
Relation de la campagne de "Waterloo , dictée par Napoléon. 4î)
Projet de nouvelle défense politique de Napoléon par lui-même. y 9
Catinat; Turenne; Gondc. — De la plus helle bataille de r£mpereur. •— Des meilleures troupes. 8o
Blathilde de M"' Gottin, etc. — Pas un Français que Napoléon n'eût remué. — Desaix et Napoléon à Marengo. — Sidney-Smith. — Gause inyolontaire du retour du général Bonaparte en France ; historique de ce voyage. — Exemples bien bizarres de la Fortune. 86
Doutes historiques ; le duc d'Orléans régent ;4il''^ de Maintenon ; son mariage avec Louis XIV.' 97
Les ministres, etc. — M. Daru; anecdote. — Parures fanges de Sainte-Hélène. 100
TàBlE.
Campagfle de Saxe, ou de i8i3. — Violente sortie de Napoléon. — Réflexions; analyse. — - Bataille de Lutzen 9 Wurtcben. — Négociations.— -Batailles de Dresde; de Leipsick; de Hanau, etc., etc. io5
Trait de bienttiisance. — Voyage â. Amsterdam; les Hollandais, etc. — Massacres de septembre. — Sur les révolutions en général; fotalité contre Louis XVI. iHo
Sur les gardes-du-çorps ; un déserteur parmi nous. 171
bourrades de Napoléon ; la plupart calculées 5 etc.
— On marcbande notre existence. 1 7C Conversation confidentielle. — Lettres de M** de
Maintenon et de M"* de Sévigné. 1 ^tJ
F&utes. des ministres anglais; moyens laissés à PAn-
gleterre pour Tacquittement de sa dette , etc. —
Réductions du Gouverneur. 1^1 •
Cour de TEmpereur. — Présentation des femmes ,
etc. Sur Tfige des femmes. — Manuscrit de File
d'Elbe. 197
Mon ménage. — Intentions de l'Empereur dans ses
prodigalités, etc. ^42
Petitesse de son lit. — Le tic revenu. — Gardes de
l'aigle. — Le coucou. 2^6
L'Empereur continue d'être souffrant, etc. — Gaîté.
— Horrible nourriture ; vin exécrable ^ etc. i52 Poëme de Charjemagne du prince Lucien ; critique.
— Homère. 255 Màiique d^ nourriture. — Le vin ridiculement..
fixé, etc. !— Retour dei'île d'Elbe, etc. 209
Poëme de Charlemagne, etc. -^ Les frères et sœurs . de l'Empereur auteurs, ctc, * , «aSS^
TABLE. , 7
N0U8 manquons de déjeûner. — Sophisme de gafté.
«— Sur les impossibilités, etc. 287.
Calcul statistique ; population , des Israélites en \
Egypte , etc. . • 290
L'Empereur change et s'affaiblit. — • Argenterie brisée. 293^ r^ouvelle yexation du Gouverneur. — Topographie
de ritalie. . * 296
Fameuse créance de Saint-Domingue, r- Inspecteurs aux revues, etc. — Projets administratifs^ com-" , . position de Parmée. — Gandin , Hollîen, Defer* mont^ Lacnée, etc. — Ministre du Tréàor; Ministre^secrétaire d'État; leur important)e. ^•' 5i6
Intentions de Napoléon sur les classiques, t^ncienst
— Réyision et refonte des chapitres de Tarm^ ^^ d'Italie. . ' *536
Sur la sensibilité. — Sur les Occidei^a.ux «t les Orientaux; leur différence, etc. 35 1
Sur la Hollande et le roi Louis. -^ Humeur, •plaintes contre les siens, -^fiante politique , etc. *
— Lettre à son frère le roi Loui^. * t/^o Ferveur de travail. Idées et projets de Napoléon
. sur notre histoire, etc* — Sur les ouvrages pu* bliés, etc. — M. Héneval; détails curieux, etc. 558
Paroles caractéristiques touchant ma femme. — Dictée de l'Empereur pour une nouvelle partie de ses Hémoires. , ' • '5'yt
Sur un trou dans le jardin. * . 576
Mon Atlas. - — fatalisme, etc. — Le Coulbrpeur*^ insiste vainement pour être repu de l'Emj^reur. 589
Jurisprudence;* Code; Mertin, etc. — Monumens d^Egyfte» — Prejvt d'un temple égyptien à P§ri$; SqS '
TABLE
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Ressoiirces dans l'émigration; anecdotes, etc. — ' Communications officielles. — Nouvelles offenses. 599 L'empereur lit mon journal et me dicte. — Conférence entre le Grand-Maréchal et le Gouyerneur. 4^3
Mon Journal; circonstance particulière. —Empire
de Topinion. Talma; Crescentini, etc., etc. 4^^
Combat d'Dlysse et d'Irus. — rïoyerraz serait notre . Roi, etc. 4^3
Le Polonais aux arrêts par le GouTemeur. — Paroles de TEmpereur sur son fils et sur l'Autriche.
— Nouvelles vexations. — Nouveaux outrages.
— Paroles sur lord Bathurst. — Nouvelles res- Hrictions. — Observations dictées par Napoléon. 4*^
Résumé^de Juillet, Août, Septembre et Octobre. — De l'ouvrage de M. O' Meara ; procès qui lui est intenté en ce moment par sir Hudson Lowe. *^ Quelques mots en défense du Mémorial. 4^^
FIH i>B LA TABLE DU 8IX1EVK VOLVME.
Samedi 24 Août 18 16.
Ma famille anglaise ; juste dette de reconnaissance de la part de Témigration eayers les Anglais , etc. — Cét^rai Joubert — Pétersbourg. — Moscoir; son incendie. Projet de Napoléon , s'il fût rereriu yainqueur.
J'ai été sur les deux heures joîndre rEmpereur dans sa chambre. Il m'arait dès le matin fait demander mon Atlas. Je Faî trouvé achevant de parcourir la carte de Russie, et la partie de TAmérique avoîsinant les établissemens russes.
Il avait beaucoup souffert durant la nuit , beaucoup toussé. Cependant le temps était redevenu tout à fait doux. Il s'est habillé pour sortir. Durant sa toilette, il revenait souvent sur l'heureuse idée de l'Atlas, le mérite de son exécution, l'immensité des choses qu'il contenait, finissait comme de coutume, par dire : quel recueil!
quels détails ! quel ensemble ! etc. )
10 BIÉUOKIAL (Août 1816)
L'Empereur a gagné le jardin* Je lui ai dit que j'avais écrit le matin en Angleterre, et répondu à une lettre que je lui avais lue deux ou trois jours auparavant. « Votre famille anglaise , » m'a-t-il dit alors , semble composée de bien » braves gens ; ils vous aiment beaucoup et vous » leur êtes bien attaché. — Sire» ai-je répondu , » Je les ai soignés en France durant leurs dix an- » liées de captivité, et ils avaient pris soin de moi » en Angleterre durant mes dix années d'émi- » gration. C'est désormais entre nous tout à fait » l'hospitalité des Anciens. Je compte sur eux » en toute chose , et ils pourraient disposer de » tout ce que je possède. — Voilà une liaison » bien heureuse , a-t-il dît. Qui est-ce qui vous » l'a procurée ? Comment est-elle venue ?» Je lui ai fait alors l'histoire de ma connaissance avec cette famille.
«Jamais, lui disais-je, la planche de laquelle » le malheureux naufragé reçut son salut ne lui » fut plus chère que me l'est cette famille. Sire, » il n'est point de faveurs , il n'est point de tré- » sors qi)i pussent acquitter les soins que j'en » ai reçus, ni le bonheur qu'elle m'a donné.
(AoÛti8i6) DE SAINTE-HÉLÈNE, it
9 Qaaûtid les hideux excès de notre révolution » nous forcèrent d'aller ciierclier refuge en An-^ t gletèrre^ notre émigration y dausa la plus vive 9 sensation ; l'arrivée de tant d'illustres exilés , » leur fortune passée , leur affreuse condition » présente 5 occupèrent tous les esprits,, rem- • plirent tous les sentimens. Il en fut question > dans les assemblées politiques, dans les église, » dans les cercles, dans les ménages. Cette » catastrophe remua toutes les classes , excita » toutes les sympathies. Une foule généreuse et » sensible s'empressa autour de nous. Nous fû- » mes l'objet des soins les plus délicats et des » bienfaits les plus réels. Tel fut , il faut l*a- » vouer, le spectacle attendrissant que présenta » la grande portion de la société d'Angleterre , » en dépit même du dissentiment d'opinions, » C*est un témoignage que notre reconnaissance » doit à la vérité de l'histoire*
» Or, je me trouvais à Londres avec une cou- » sine de mon nom , que sa place à la Cour de » Versaîiles avait mise à même d'être agréable » à tout ce qu'il y avait de distingué en Europe, » lorsqu'elle était dame d'honneur de la prin-
\^ ftTÉMORIAL (Août 1816)
» cesse Lamballe, qui était elle-même sur-in^ » tendante de la maison de la Reine. Cette cir- » constance se trouva heureuse pour notre fa- 9 mille. La plus grande bienveillance entoura » ma parente; un grand nombre de personnes » accourut auprès d'elle, entre autres un jeune
* ménage : la femme était charmante, pleine » de manières nobles et grandes ; elle était fran- » çaîse*: le mari, doux, facile, plein d'honneur.
* Ils avaient une grande fortune, un bon cœur; » leur maison devint presque aussitôt celle de » ma cousine et de tous les siens, qui durent s'y « croire d^insleur propre famille.
9 Ce digne ménage fut sans cesse plein de » prévenances et de soins pour nos réfugiés. On 1» voyait constamment chea eux ce que Témi- » gratioh avait de plus distingué. Nous sommes » un grand nombre qui contractâmes alors en- » vers eux une dette de reconnaissance , qui , 1» malgré toute son étendue, ne saurait -effrayer «mon cœur, dusse -je- l'acquitter à moi seul. » Je la léguerai à mes enfans^ qui, s'ils me res- » semblent, la tiendront pour sacrée et seront
(Août 1816) DE SAINÏE-HÉLÈNE. i3
» heureux de pouvoir jamais ^acquitter à leur » tour,
» L'élévation d'âme et le cœur français » étaient caractéristiques chez lady ***. Lorsi que le prince de Condé , arrivé à Londres , » cherchait une demeure à la campagne , elle » me dépêcha pour lui offrir la superbe maison » qu'elle possédait dans le comté de Durham.
» Le prince , après s'en être fait donuer les dé- » tails, ayant observé que cela lui coûterait sans n doute la rançon d'ua roi, fut agréahlenuent » ému d'entendre qu'elle lui était offerte par » une Française, qui croirait, disaitrelle, en avoir » reçu un prix inestimable si un Condé daignait n l'habiter; et il voulut aussitôt l'aller remerciei^ » en personne.
» Cette famille vint à Pariîs après ta paix d'A- » miens ^ et ce fut en contrebande au milieu* » d'elle , à la faveur de son intimité, que feres- » pîraî quelques jours plus tôt l'air de la patrie. • » Je sauvai par elle les longues et 'pénibles for- » malités que l'acte d'amnistie exigeait de rrkâ n à la frontière , et je* dus bi ces amis de pouv^oir
i4 MÉMORIAL (Août 1816)
> les remplir à Paris avec beaucoup plus de 9 facilité et moins de désagrément ; mais aussi » lors de la mesure d'arrestation contre les An- » glaisToyageurs, qui mit cette famille au nombre » des détenus^ j'eus le bonheur inestimable » d'adoucir à mon tour sa situation , et de de-^ » venir son répondant.
» Le temps 9 les événemens nous ont enfin » séparés ; mais ils n'ont rien pu sur mes sou- 9 yenirs , et Taiguille aimantée est moins cons- » tante ^ moins fidèle dans sa direction, que ne » le sont mes pensées et ma reconnaissance en- • vers ces bons et chers amis. Telle est, Sire, » ce que Votre Majesté appelle ma famille an- » glaise. »
Cependant, durant mon histoire, nous avions marché vers l'écurie et demandé la calèche.
L'Empereur a voulu qu'elle vînt nous joindre au fond du bois; elle s'est fait long^-teiops attendre, parce que M"* de Montholon s'était trouvée indisposée. Son mari est arrivé pour excuser ce retard, et l'Empereur a voulu qu'il* montât.
La conversfition a été, durant toute la course^
(Août i8i6) DE SAINTE*HÉLÈNE. i5
sur le général Joubert, dont M. de Mentholoa avait été le beau-frère et raide-^de-camp*
« Joubert arait une h ânM3e vénération pour » moi , a dît l'Empereur ; à chaque revers » éprouvé par la République, durant Texpédi- » tion d'Egypte, il déplorait mon absence* Se » trouvant en cet instant chef de l'armée d'Ita- » lie, il m'avait pris pour modèle , aspirait^ à me » recommencer, et ne prétendait à rien moins » qu'à tenter ce que j'ai exécuté depuis en Bru- » maire, seulement il eût agi avec les jacobins. » Les mesures. et les intrigues de ce parti, pour » le mettre sur la voie de cette grande entre- » prise, Tavaient porté au commandement en n Italie après les désastres de Scherer; de ce » Scherer, dilapidateur ignorant, digne de tous » les blâmes. Mais Joubert fiât tué à Novi dans » son preimier choc contre Suwarow i il n'eût » exécuté à Paris qu'une échauffaûrée; il n'a«- » vait point encore asseJE de. gloire, de consis- » tance, ni de maturité ; il était de nature à ac- » quérir tout cela; mais en cet.instant, il n'é^ » tait pas assez fait, il était trop jeune encore.
i6 MÉMORIAL (ÂoAt 1816)
» et cette entreprise était pour le moment au- » dessus de ses forces.
Du re^te, voici leP^ortraît de ce général dicté par l'Empereur, pour ses campagnes d'Italie, et dont je retrouve le brouillon.
• Joubertf né au département de l'Ain, dans l'ancienne Bresse , avait étudié pour le barreau. La révolution lui fit prendre le parti des armes; il servit à l'armée d'Italie, et y fut fait général de brigade. Il était grand, maigre, semblait naturellement d'une faible complexion ; mais il l'avait mise à l'épreuve des grandes fatigues , dans les Alpes, et s'y était endurci. Il était intrépide, vigilant, fort actif, marchant à la tète des colonnes. Il fut fait général de division pour remplacer Vaubois , dont il prit le corps d'armée. Il se fit beaucoup d'honneur dans la campagne de Léoben , commandant Taile gauche qu'il amena au gros de l'armée , des montagnes du Tyrbl , par les défilés du Putherstal. Il était fort attaché à Napoléon, qui le chargea de porter au Directoire les derniers drapeaux enlevés par l'ar^née d'Italie. Resté à Paris pendant la campagne d'É^^
(Août 1816) DE SAINTE-HÉLÈNE. 17
gypte, il j épousa la fille du sénateur Sémonvîlle , mariée depuis au maréchal Macdonald. Ce mariage le jeta dans les intrigues du Manège, et le fit nommer général en chef de Tannée d'Italie , après la défaîte de Scherer *. Il fut tué à la bataille de Novi. Il était jeune encore, et n'avait pas acquis toute Texpérience nécessaire. Il eût pu arriver à une grande renommée. »
L'Empereur n'a pu faire qu'un tour, il se trouvait trop fatigué ; il était loin d'être bien.
A huit heures et demie, l'Empereur m'a fait . appeler : il avait été obligé de se mettre au bain, m'a-t-il dît, et croyait avoir un peu de fièvre. Il s'était senti subitement enrhumé; mais il ne toussait plus depuis qu'il était dans l'eau : il y était depuis long-temps. Il y a dîné ; on a dressé pour moi une petite table à côté. L'Empereur est "revenu sur l'histoire de Russie. « Pierre-le- » Grand, disait-il, avait- il bien fait de fonder '
* Quelques-uns assurent qu'il j a ici anachronisme ; que ce n'est pas le mariage de Joubert qui fit jeter les yeux sur lui pour le porter à la tête des affaires; mais que ce fut bien plutôt le choix qu'on en avait déjà feH qui 9 au contraire ji amena le mariage^
8 MÉMORIAL (Août 1816)
une capitale à Pétersbonrg à si grands frais ? N'eût-il pas obtenu de bien plus grands résultats, sll eût dépensé tout son argent à Mescow? Quel avait été son but? L'ayait-il atteint? Je répondais : Si Pierre fût resté à Moscow , sa nation fût demeurée Moscovite ; un peuple tout à fait asiatique; il avait fallu la déplacer pour la réformer et la changer. Alors il s'était transporté sur les frontières mêmes enlevées à l'ennemi, et en y asseyant sa capitale, en y accumulant toutes ses forces , il la rendait plus invulnérable; il s'affiliait à la société euro* péenne; il .s'établissait dans la mer Baltique ^ d'où il tournait facilement ses ennemis naturels, les Polonais et les Suédois, pour venir s'allier, au besoin, avec les nations placées derrière eux , etc. , etc. »
L'Empereur disait n'être pas tout à fait satisfait de ces raisons. « Quoi qu'il en soit^ disait-il, » Moscow a disparu, et qui peut assigner les ri- » chesses qui y ont été dévorées? Qu'on se figure, » ajoutait -il, Paris avec l'accumulation de Tîn- » dustrie et des travaux des siècles. Son capital^ » depuis quatorze cents ans qu existe cette cité ,
(Août r8i6) , DE SAINTE-HÉLÈNE. / 19
» ne se fût-il accru que d'un million par an^ quelles » sommes! Qu'on joigne à cela les magasins-, le » mobilier, la réunion des sciences, des arts, » les correspondances d'affaires et de commerce • toutes établies, etc., etc.,,., et voilà pourtant » Moscow, et tout cela a disparu en un instant l » Quelle catastrophe! La seule idée n'en fait- » elle pas frémir!... Je ne pense pas que pour » deux milliards on pût le rétablir. >
L'Empereur s'est étendu .longuement sur tous ces événemens , et a Wssé échapper une parole trop caractéristique pour que je ne l'aie pas notée. Le nom de Rostopchin ayant été prononcé , j'ai osé observer que la couleur donnée dans le temps k son acte patriotique m'avait fort surpris^ car il m'avait ému loin de m'indigner; bien plus je l'avais envié!... A quoi l'Empereur a répondu avec une vivacité singulière, et dans une espèce de contraction qui trahissait le dépit : « Si beau-^ » coup à Paris eussent pu le lire, et sentir de » la sorte , croyez que je le leur aurais vanté ; » mais je n'avais pas le choix. » Et revenant à Moscow, il adit :
« Jamais, en dépit de la poésie, toutes les
30 MÉMORIAL (Août 1816)
» fictions de Tîncendie de Troie n égalèrent la > réalité de celle de Moscow, La ville était de » bois, le vent était violent; toutes les pompes » avaient été enlevées. C'était littéralement un » océan*de feu. Rien n'en avait été soustrait, » tant notre marche avait été rapide et notre 9 entrée soudaine. Nous trouvâmes jusqu'à des » diamans sur la toilette des femmes, tant elles » avaient fîii avec précipitation. Elles nous écri- » virent à quelque temps de là, qu'elles avaient » cherché à échapper ail premiers momens » d'une soldatesque dangereuse ; qu'elles recom- » mandaient leurs biens à la loyauté des vain- » queurs, et ne manqueraient pas de reparaître » sous peu de jours , pour solliciter leursbienfaits , » et leur apporter leur reconnaissance.
» Lja population, observait l'Empereur, était » loin d'avoir comploté cet attentat. C'est môme 9 elle qui nous livra les trois ou quatre cents 9 malfaiteurs échappés des prisons, qui l'avaient » exécuté. — Mai^, ai-je osé demander. Sire , si » Moscow n'eût pas été livré aux flammes , Votre » Majesté comptait-elle y prendre "ses quartiers? » — Sans doute , a répondu l'Empereur, et j'au-^
(Août 1816) DE SAINTE-HÉLÈNE. 91
» rais alors donné le spectacle singulier d une » année hivernant paisiblement au milieu d'une » nation ennemie qui la presse de toutes parts : » c'eût été le vaisseau pris par les glaces. Vous » vous seriez trouvé en France privés plusieurs » mois de mes nouvelles ; mais vous fiissiez de* » meures tranquilles, vous eussiez été sages; » Cambacérès, comme de coutume, eût mené yt les affaires en mon nom , et tout eût été son » train comme si j'eusse été présent. L'hiver, » en Russie , eut pesé sur tout le monde ; l'en- » gourdissement eût été général. Le printemps » fut revenu aussi pour tout le monde. Chacun » se fût réveillé à la fois, et l'on sait que les » Français sont aussi lestes qu'aucuns.
» Au premier retour de la belle saison , j'eusse » donc marché aux ennemis ; je les eusse battus; » j'eusse ét-é maître de leur Empire. Mais Alexan- » dre , croyez le bien , ne m'eût pas amené jiis- » que-là. Il eût passé avant par toutes lés con- » ditions que j'eusse dictées; et alors la France » eût enfin commencé à pouvoir jouir. Et vrai- » ment, cela a tenu à bien peu de chose! car » j'avais été pour combattre des hommes en
il MÉMORIAL (Août 1816)
» armes, et non la nature en courroux : j'ai défait f des années ; mais je n'ai pu vaincre les flammes , » la gelée, Tengourdissem^nt, la mort! Le des* » tin a dû être plus fort que moi. Et.pourtani , » quel malheur» pour la France, pour l'Europe ! » La paix dans Moscow accomplissait et termî- » nait mes expéditions de guerre. C'était, pour » la grande cause , la fin des hasards et le com- » mencement de la sécurité. Un nouvel horizon^ » de nouveaux travaux allaient se dérouler, tout » plein du bien-être et de la prospérité de tous.
• Le système européen se .trouvait fondé; il n'é- » tait plus question que de l'organiser.
» Satisfait sur ces grands points, et tranquille » partout, j'aurais eu aussi mon congrès et ma » sainte- alliance. Ce sont des idées qu'on m'a
• volées. Dans cette réunion de tous les souve- » rains , nous eussions traité de nos intérêts en » famille, et compté de clerc à maître avec les » peuples.
» La cause du siècle était gagnée, la révolution » accomplie ;^il ne s'agissait plus que de la ra- » cotnmoder avec ce qu'elle n'avait pas détruit. » Or, cet ouvrage m'appartenait; je l'avais pré-
(\oût 1816) DE SAlNïE-HÉLÈNE. s3
» paré de longue main aua: dépens de ma pojmla^ » rite peut-être. N'importe. Je devenais l'arche » de l'ancienne et de la nouvelle alliance , le mé- » diateur naturel entre l'ancien çt le nouvel ordre » de choses. J'avais les principes et la confiance » de l'un; je m'étais identifié avec l'autre; j'ap- » partenais à tous les deuic; j'aurais fait en cons- » cîence la part de chacun.
» Ma gloire eût été dans mon équité. »
Et après avoir ^numéré ce qu'il eût proposé de souverain à souverain, ejt de souverains à peuples : « forts comme nous l'étions, continuait- » il , tout ce que nous eussions concédé eût sem- » blé grand. Il nous eût mérité la reconnaissance » des peuples. Aujourd'hui, ce qu'ils arracheront 9 ne leur semblera jamais assez, et ils ne cesse- » ront de se défier, ni d'être mécontens. »
Il passait ensuite en revue ce qu'il eût proposé pour la prospérité, les intérêts, la jouissance et le bien-être de l'association européenne. Il eût voulu les mêmes principes, le même système partout; un Code européen; une Cour de Cassation européenne, redressant, pour tous, les
»4 MÉMORIAL (Août 1816)
erreurs, comme la nôtre redresse chez nous celles de nos tribunaux. Une même monnaie sous des coins difierens; les mêmes poids, les mêmes mesures, les même^ loiâ, etc., etc.
«L'Europe, disait-il, n'eût bientôt fait de la » sorte véritablement qu'un même peuple ^ et » chacun en voyageant partout, se fût trouvé » toujours dans la patrie commune. »
Il eût demandé toutes les rivières navigables pour tous ; la communauté de mers ; que les grandes armées permanentes fussent réduites désormais à la seule garde des souverains, etc.
Enfin , c'était une foule d'idées, la plupart nouvelles ; les unes des plus simples , d'autres tout à fait sublimes, sur les diverses branches politiques, civiles, législatives; sur la religion, les arts , le commerce : elles embrassaient tout.
Il a conclu : « De retour en France ,• au sein » de la patrie, grande, forte, magnifique, tran- 9 quille , glorieuse, j'eusse proclamé ses limites » immuables; toute guerre future, purement dé^ vfferisive; tout agrandissement nouveau, anti-- » nationaL J'eusse associé mon fils à l'Empire ;
(Août iSiti) DE SAINTE-HÉLÈNE. 25
» ma dictature eût fiai, et son règne constitua » tionael eût commencé... •
• Paris eût été la capitale du monde, et les
• Français l'envie des nations!...
» Mes loisirs ensuite et mes vieux jours » eussent été consacrés, en compagnie de Tlmpé- 9 ratrioé et durant l'apprentissage royal de mon V fils, à visiter lentement et en vrai couple cam- » pagnard, avec nos propres chevaux, tous les
• recoins de l'Empire , recevant les plaintes , re- » dressant les torts, semant de toutes parts et » partout les monumens et les bienfaits ! 1 !..«• » Mon cher, voilà encore de mes rêves ! ! ! ^
L'Empereur avait beaucoup parlé de Tinté'* rieur de la Russie , de la prospérité de laquelle nous n'avions nul soupçon^ disait-il:; il s'était ar* rèté beaucoup iSurMoscow, qui l'avait fort étonné sous Ions les rapports, et pouvait supporter: sans embarras le parallèle avec toutes les capitales de l'Europe , dont il surpassait le plus grand nombre. Malheureusement je ne trouve ici que des indi-' cations^ et je ne saurais plus aujourdliai reproduire aucun des dévèloppemens^
Les clochers dorés de Moscow avaient surtout 6. %
M MÉMORIAL (Août 1816)
frappé 6es regards, et c'est ce qui le porta, lors de son retour ^ à faire redorer le dôme des InTatide^ *; il se proposait d'appliqaer Cet embellissement à beaucoup d'autres édifices de Paris.
iV, B: Comme la tille de Moscow semble avoir été si différente de Ildée que nous nous en for« BUfeions en général, dans notre occident, je pense qu'il sera agréable d'en trouter ici la description fournie par un témoin oculaire , personnage important de rexpëdilion^ le baron Larrey, chirurgien en cbèf de la grande armée. Je tire cette description d'un ouvrage de ce sayalit célèbre (les Mémoires de la Chirurgie Militaire) , peu ré|>andu, peut-être, à cause de sa nature parti* cUlièrement scientifique.
C'est au moaient de se mettre en route pour
* Depuis la pabbeâtion do Mémerial , on m'a fait obseryer^ qu'il y àyait. ici anachronisme ; la dorure du dôme des inyalides ayant été commencée en effet avant la camjpagne de Russie. Ce seront les minarets du Caire , et non les ddchers de Moscow qaî en auront donné Tidée à Napoléon; el c'est sans doute ce qu'il aura touIu dire; mais cette méprise de sa part,^ dans une conversation j courante , et sans but spécial , est facire à comprendre ; j il en arrite de pareilles à tout le monde.
(Août 1816) DE SAINTE-HÉLÈNE. ay
Moscow^ aptes la bataille de Mozaîâk o^ de la Mo^owfli
« A peine ëtiofid^ood, y est-il £1^ éloignés de quelques tnilles de MozmâL ^ que nous iusiès tout étonnés de nous trouver, nlalgré le Toisi^ nage où l'on était d'un^des plus grandes eapiialefi du monde, sur une plaine sablonneuse, arid^ et complètement déserte. L^jaspect lugubre de eetie solitude qui jetait tous les soldats dakis le déootitragement, semblait nous présager la désertion entière de Moséow , et les tialheurs qui nous, at^ tendaient dans eetie eité>, dont la ric^^se (^ait nous promettre un autre sort.
* L'armée traversa cet espace avec |^eme. Les chetaûx étaient haras^sés, épuisés par la laiib et la soif; carreau était aussi rare que les fodrrage& Les hommes eurent aussi bèfaucoup à souffrir. On était en effet accablé de faiigues et privé de subsistances. La troupe n'avait; reçu di^i« lo&g^ temps aucune distribution , et le peu de rèssonr^ ces que Ton trouva dans Mozaisk, né servit qu'à la jeune et la vieille garde. Un assez grand nom^ bre de conscrits de ce premier corps- furent victimes de l'abus qu'ils firent du ehenaps (eâu-^e*-
a8 MËttORIAL (Août i«i6>
vie du pays. ) On les voyait 6'élcigner à quelques pas de leurs compagnons , chanceler , tourner sur eux-mèmeis, puis tomber sur leurs genoux ou s'asseoir involontairement; ils restaient immobiles dans cette attitude , et expiraient bientôt après^ sans proférer une seule plainte. Ces jeunes sujets étaient prédisposés aux efiets pernicieux de cette liqueur^ par Tenn^i » les privations et lés fatigues etceissiveâ*
» Cependant nous arrivâmes le quatorze septembre au soir dans Tun des faubourgs de Mos^ cow; nous y apprîmes que Tannée russe, à soa passage d^ns la ville, avait entraîné avec elle tous les citoyens et les fonctionnaires publics ; il n'était resté que quelques ^ens du bas-peuple et de la domesticité : en sorte qu'en parcourant les principales rues de cette grande cité, où nous entra* mes le lendemain au matin, nous ne rencontrâmes presque personne : toutes les maisons étaient entièrement abandonnées. Mais ce qui nous surprit beaucoup, ce fut de voir le feu se manifester dans plusieurs quartiers éloignés, où aucun de nos soldats n'avait encore para , et par- 4iculièiiement dans le bazar du Kremlin, bâti-
(Août t8i6> DE SAINTE-HÉLÈNE. %q
méat très-vaste , garni de portiques qui ont quelque ressemblance avec ceux du Palais-Royal à Paris.
» D'après ce que nous avions vu sur notre passage ça traversant la petite Russie , nous res* tâm.es ëtonnés de la grandeur de MosCow, du grand nombre d églises et de palais qu'il renfermait , de la belle architecture de ces édifices , de la distribution commode des malsons principales , de la richesse de Tameublement et de tous les objets de luxe que Ton trouvait dans la plupart. Les rues sont généralement spacieuses , régulières et bien percées. Rien ne semblait être en discordance dans cette cité. Tout annonçait son opulence et le commerce immense qu'elle faisait des produits des quatre parties du monde.. » La construction variée des palais , des maisons et des églises, ajoutait infiniment à la beauté de la ville. Il y avait des quartiers qui , par le genre d'architecture des différens édifices, indi^ quaient par quelles nations en général ils étaient habités : ainsi, on distinguait facilement le quaiv tâer des Francs , celui des Chinois ou Indiens , celui des AcUemands^ Le Kremlin pouvait être
5o MÉMORIAL (Août 1816)
considéré cqmme la citadelle de Moscow : il est au centre de la ville , sur un promontoire assez élevé , entouré d'une muraille à créneaux , et flanqué^ de distance en distance, par des tours armées de canons. Le bazar, dont nous avons parlé , ordinairement rempli de marchandises de rinde et de fourrures précieuses, était devenu la proie des flammes, et Ton ne put profiter que des qbjets qui avaient été emmagasinés dans les caves où les soldats pénétrèrent après l'incendie qui consuma presque tput l'extérieur de ce bel édifice. Le palais des Empereurs , celui du Sénat, les archives, Tarsenal, et deux temples fort anciens; occupent le reste du Kremlin. Ces divers monumens , d'une riche architecture , se présentent majestueusement tout autour de la place d'armes. On s'imagine être transporté sur la place publique de l'antique Athènes , où l'on admirait, d'un côté, l'aréopage et le temple de Minerve ; de* l'autre , l'académie et larsenaK Entre les deux temples s'élève une tour cylindrique, en forme de colonne, désignée sous le nom de la tour d'Yvan : c'est plutôt un minaret égyptien , dans l'intérieur duquel on a suspendu plu«
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sieurs cloches de diverses grandeurs. Au pied de cette tour , on en voit une d'une grosseur prodigieuse j dont il est parlé par tous les. histor riens. Du haut de la tour on découvre toute la ville ^t ses environs : elle se dessine sous la formje d'une étoile à quatre branches biiurquées* Les . - couleurs variées des toits des maisons i l'or et l'argent qui recouvrent les dômes et les chapiteaux des clochers , dont le nombre est considérable, donnent à cette cité l'aspect le plus pittoresque. Kien n'égale la richesse de l'un des temples ou églises du Kremlin (c'était le tombesiu des Empereurs ) : ses parois sont recouverts de plaques de vermeil de cinq à six lign0s d'épaisseur, sur lesquels est représentée , en relief, l'histoire, de l'Ancien et du Nouveau Testament : les lustres et les candélabres d'argent massif étaient surtout remarquables par leurs proportions extraordinaires.
» Les hôpitaux , qui fixèrent particulièrement mon attention , sont dignes de la nation la plus civilisée du monde : je les distingue en hôpitaux militaires et en hospices civils. Le grand hôpital militaire est divisé en trois parties présentant
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<*nseDibIe un paraltélogramcoe. La principale partie a été construite sur le bord d'une grande route, en face d'une caserne immense, qu'oBL peut comparer à TEcoIe Militaire de Paris. Deux bâtimens latéraux , en coupant à angles droits le premier, forment Tenceinte de la cour, d'où l'on communique dans un beau et yaste jardin qui sert de promenade aux malades. Un portique , à colonnes d'ordre composite , forme la façade de ce bâtiment , élevé de deux étages. On entre d'abord dans un vestibule spacieux , où correspondent les portes d'entrées de» salles du rez-de-chaussée 3 et o^i est placé un grand et magnifique escalier qui conduit aux étages supérieurs. Les salles occupent toute la longueur du bâtiment : elles sont percées,^ de chaque cèté^ de fenêtres qui vont du plancher jusqu'au plah fond : elles sont à double châssis de vitres , comme dans toute, la Russie , et parfaitemeat closes en hiver : des ppëles sculptés sont placés dans l'intérieur aux distances convenables. Il rè^ gne dans les salles quatre rangs de lits uniformes , séparés par les espaces que commande la salubrité; chaque rang est composé de cinquante
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lits^ dont le nombre total pouvait 86 monter à plus de trois mille : les trois corps-de-logis de rhôpital renferment quatorze salles principales , à peu près de la même étendue. Les usines, la pharmacie, la cuisine et tous les accessoires sont établis très - commodément dans autant d'endroits isolés , à portée des salles» Cet hôpital est un des mieux construits , des plus vastes et des plus beaux que j'aie [atnais vus. «
» Les hospices civils sont également digues d'attention. Les quatre principaux sont l'hôpital de Cheremetow, celui de Galitzin, l'hôpitald'Alexandre , et celui des Enfans trouvés.
» Le premier, remarquable par s» forme, sa construction et ses distributions intérieures , fut destiné à recevoir les blessés et malades de la garde.
» Cet hospice, élevé de trois étages, a la forme d'un croissant : derrière cet édifice se trouvent les accessoires. Un beau portique , qui fait saillie au centre de cette demi-lune, forme l'entrée d'une chapelle qui occupe le milieu du bâtiment; cette chapelle, surmontée d'un dôme, autour de laquelle corre^ndent les principales
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«aUes destinées aux malades , renferme le mausolée du Prince fondateur : elle est ornée de colonnes de stuc, de statues et de beaux tableaux. La pharmacie est une des plus belles et d^ plus riches que je connaisse.
» L'hôpital des Enfans trouvés , situé sur le bord de la Moskowa , protégé par le canon du Kremlin ^ est saus contredit le plus vaste et le plus bel établissement de ce genre qu'il y ait en Europe. Il se compose de dedR portions d'édifices : la première, où est la porte d'entrée , est destinée au logement du Gouverneur , pris parmi les anciens généraux d'armée ; à celui de l'administration , des officiers de santé , des bureaux et de toutes les personnes attachées au service de l'hospice ; la deuxième forme un carré parfait. Au milieu de la cour, qui est très-grande, lest une fontaine à réservoir, qui distribue l'eau de la rivière dans tout ThôpitaL Chacun des côtés se compose de quatre grands étages, autour desquels règne un corridor régulier, peu large, assez spacieux cependant pour que l'air et les individus y circulent librement. Les salles occupent le re^te de la largeur et toute la longueur
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de chaque aile du bâtiment. Dans chaque salle sont placés deux rangs de lits' à rideaux : leur grandeur est relative à celle dés enfàns; le quartier des garçons est séparé de celui des filles; la plus grande propreté et le plus grand ordre régnent partout.
» A peine avions nous pris possession de la ville , et étions-nous parvenus par nos efforts à éteindre le feu que les Russes avaient allumé dans les plus beaux quartiers , que , par suite de deux causes majeures, l'incendie se renouvela d une manière plus vive , se propagea rapidement d'une section de la ville à l'autre , et embrasa toute la cité. La première de ces causes est justement rapportée à la volonté, bien prononcée, d'une certaine classe de Russes que l'on dit être les individus détenus dans les prisons , dont les portes avaient été ouvertes au départ de l'armée : ces misérables, excités soit par un ordre supérieur, soit par un mouvement spontané , dans la vue sans doute d'exercer le pillage, se portaient aux yeux de tout le monde, d'un palais à l'autre , ou d'une maison à une autre, pour y mettre le feu. Les patrouilles fran-
S6 MÉMORIAL (jlout 1816)
çdiises, qaoiqae nombreuses et fréquentes, n'avaient pu les en empêcher. J'ai vu prendre plusieurs de ces misérables sur le fait ; on avait saisi: dans leurs mains des mèches allumées* et des matières combustibles. La peine de mort, appliquée à ceux qu'on prenait en flagrant dé* lit^ ne faisait nulle impression sur les autres;, et rincendie continua trois jours et trois nuits sans interruption. En vain nos soldats coupèrent les maisons pour l'arrêter ; la flamme franchissait bientôt les espaces , et en un clin - d'œîl les bâtimens ainsi isolés étaient embrasés. La deuxième cause devait être attribuée aux vents impétueux de l'équînoxe, toujours très -forts dans ces contrées, et à la faveur desquels le feu croissait et se déployait avec une activité extraordinaire.
» Il serait difficile , dans quelque circonstance que ce soit, d'avoir un tableau plus horrible que celui qui affligeait nos regards. Ce fut surtout pendant la nuit du dix -huit au dix -neuf sep^tembre , époque où l'incendie était au plus haut degré , que ces effets offraient un spectacle étonr nant ; le temps était beau et sec , 4<ss vente^.
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n'ayant cessé de régner de l'Est au Nord , ou du Nord à FEst Pendant cette nuit, dont Ti* tnage effrayante restera toujours gravée dans mon souvenir, toute la cité était embrasée; des gerbes épaisses de flammes de couleurs variées s'élevaient de toutes parts jusqu'aux nues, couyraîenl en entier l'horizon , portant m loin une lumière éclatante et une chaleiir brûlante. Ces gerbes de feu , projetées dan6 tous les sens , et entraînées par la violence des vents , étaient accompagnées dans leur ascension et dans leur marche rapide par un sifflement épouvantable et par des détonations foudroyantes, résultat de la combustion des poudres, du salpêtre, des huiles , résines et eaux-de-vie , dont la plupart des maisons et des boutiques étaient remplies. Les plaques de tôle vernissée, qui recouvraient les b&timens , se. détachaient brusquement par l'effet de la chaleur , et. allaient jaillir au loin^ Des portions très -considérables de poutres ou de solives de. sapins enflammées, lancées à de très-grandes distances, servaient à propager l'incendie jusqu'aux maisons que l'on croyait les moins exposées à cause de leur •élolgnement.
5S MÉMORIAL (Août 1816}
L'épouyante et la tei^eur avaient frappé tout le monde. La garde, le quartier-général et le chef de Tanuée quittèrent le Kremlin et la cité^ et allèrent établir un camp à Pétrowski, château de Pierre-le-Grand^ sur la route de Pétersbourg. Je restai avec un très-petit nombre de mes ca* marades dans une maison bâtie en pierre 5 isolée, et située au sommet du quartier franc ^ près du Kremlin : je pus facilement observer de là tous les phénomènes de cet épouvantable embrasement. Nous avions envoyé nos équipages* au camp , étant toujotirs sur le qui-vive , pour parer aux événemens ou pour les prévenir.
» Les hommes du bas peuple , qui étaient restés dans Moscow, pourchassés d'une maison à Tautre par Tincendie, jetaient des cris lamentables; très-jaloux de sauver ce qu'ils avaient de plus précieux, ils se chargeaient def balots^ qu'ils avaient peine à porter, et que souvent on les voyait abandonner pour se soustraire aux flammes. Les femimes , conduites par un senti-ment d'humanité bien naturel , emportaient ua ou deux enfans sur leurs épaules^ traînaient les autres par la main; et, pour échapper à la mort
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qui les menaçait de toutes parts,, couraient, les fupes retroussées^ se réfugier dans les recoins des rues et des plaees ; mais TactÎTltë du feu les forçait bientôt d'abandonner cet asile et de fuir précipitamment de tous côtés sans pouvoir quelquefois sortir de cette espèce de labyrinthe, où plusieurs d'entre elles trouvèrent une fin malheureuse. J'ai TU des vieillards , dont la longue barbe avait été atteinte par les flammes, traîné» sur de petits chariots par leurs propres enfans^ qui s'empressaient de les enlever de ce véritable Tartare.
» Quant à nos soldats , tourmentes par la faim et la soif, ils bravaient tous les dangers pour ravir du fcHid des cave^et boutiques embrasées , les comestibles , les vins , les liqueurs ou autres, objets plus ou moins utiles. On les voyait courir dans les rues ^ pèle-mèlÉavec les habitans désespérés, emportant tout ce qu'ils avaient pu arracher aux ravagea de cet afifreux incendie. Enfin, en huit pu dix jours , cette immense et superbe cité fut réduite en cendres, à l'exception du palais Kremlin , de quelques grandes maisons et de toutes tes églises : ces édificjes sont bâtis en pierre..
4o MÉMORIAL (Aoi&l iSi6)
» Cette calamité jeta Farinée dans une gratide consternation , et nous présagea de plus grands malheurs. Nous crûmes tous ne pouvoir plus trouver ni subsistance, ni étoffes , ni les autres objets nécessaires à Thabillement des troupes, et dont on avait le plus pressant besoin. Quelle idée plus sinistre pouvait se présenter à notre imagination! Cependant le quartier-général vint, après l'incendie , s'établir de nouveau au Krem- Un , et la garde se logea dans quelques maisons du quartier franc qui avaient été épargnées.
Chacun reprit l'exercice de ses fonctions.
» On découvrit, à force de recherches, des magasins de farine, de viande , de poissop salé , d'huile , d'eau-de-vie , de vins et de liqueurs. On en fil quelques distributions aux soldats ; mais on voulut beaucoup trop épargner ou emmagasiner ; et cet excès Ve prévoyance, qui n'est quelquefois qu'un prétexte , conduisit à brûler par la suite ou à laisser dans ces magasins des denrées de tout genre, dont on aurait pu tirer les plus grands avantages, et qui auraient même suffi aux besoins de l'armée pendant plus de six mois , si l'on lut resté à Moscow. Il en fut
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ainsi, princ!t>alement pour les étoffes et les four* rures qu'on aurait dû s'empresser de faire confectioaaer , de manière à fournir à nos troupes tous les vêtemens capables de les préserver^ le plus possible , de la rigueur du froid auquel il fallait s'attendre. De leur côté , les soldats^ qui ne songent jamais à l'avenir, loin de suppléer, pour leur intérêt, à ce défaut de précaution, ne s'occupaient qu'à recueillir les vins, les liqueurs, les matières d'or et d'argent, et méprisaient tout le reste.
» Cette abondance inattendue, qu'ils devaient à leurs infatigables recherches, altéra la discipline de l'armée et la santé des hommes intempérans. Ce seul motif aurait dû nous faire presser nçtre départ, pour la Pologne. Moscow devint pour nos troupes une nouvelle Capoue. Les chefs de l'armée ennemie entretenaient les nôtres dans des espérances de paix : les préliminaires devaient être signés d'un jour à l'autre. Cependant des nuées de Cosaques couvraient nos cantonnemens , et nous enlevaient tous les jours un grand nombre de Iburrageurs. Le général Kutusoff rassemblait les débris de son 6, 3
4;s MÉMORIAL (Août 1816)
armée et la fortifiait des recrues qu'il reccivait de toutes parts. Insensiblement et sous divers prétextes de pacification, ses ayant-gardes se rap-, prochèrent des nôtres. Enfin , le terme des négociations étai^ arrivé , et c'est au moment où l'ambassadeur français devait obtenir une .première décision , que le corps d'armée du prince Joachim fut enveloppé. Notre général ambassadeur put à peine franchir les obstacles qu'il rencontra pour se rendre à Moscow. Déjà plusieurs portions de nos troupes et quelques pièces de canons avaient été enlevées. Néanmoins , les divers corps de cette avant-garde , d'abord dis*perses , se rallient , rompent la colonne russe qui les cernait, prennent une position favora-^ ble, et s'élancent tour à tour sur la cavalerie nombreuse de l'ennemi , qu'ils repoussent avec force en reprenant une partie des pièces d'artillerie et des soldats faits prisonniers dans la première attaque^ Enfin , l'arrivée du général Laûriston et des blessés nous confirma , au quartier-général , la reprise des hostilités. Des ordres sont aussitôt donnés pour le départ subit de l'armée ; la générale se fait entendre : tous lès corps
{Août 1816) DE SAINTE-HÉLÈNE. 45
se disposent à exécuter ce mouvement précipité. On se hâte de faire quelques provisions, et l'on se met en marche dansr la journée du dix-neuf octobre. »
Dimanche 26.
Sur le couronnement, etc. — Décrets de Berlin et de Milan. — Grande cause de la halne^des Anglais.
Le temps s'est remis tout à fait au hesm^^ L'Empereur a déjeûné sous la tente; il nous y a tous fait appeler. La conversation a conduit à parler des cérémonies du couronnement. Il deinandait desfrënseignemen& à l'un de nous qui y avait assisté, et qui n'a pu les donner. Il les a demandés à un autre; mais celui-ci n^ avait pas été. « Où étiez-vous donc alors, lui a dit l'Em- » péreur ? — Sire , à Paris. — Et comnient ! vous » n'avez pas vu le couronnement ?-^Non , Sire;' • L'Empereur alors le regardant de travers et saisissant son oreille , Ifii a dit : « Vous seriez-vous » avisé de faire l'aristocrate à ce point? —». Mais , • Sire, mon heure n'était pas venue. — Mais vous 9 avez du moins vu le cortège ?^^ — Ah ! Sire , si » ma curiosité l'eût emporté, j'aurais couru dii
44' MÉMORIAL (Août 1816)
9 moins à C€ qu'il y avait d€ plus digne, de plus • précieux i voir, et je ne dois rien diminuer ici 1» de mon mérite ou de mes torts. J'avais pourtant » un billet , et faimai mieux en faire hommage » à la dame anglaise dont je parlais dernièrement » à Votre Majesté / laquelle , par parenthèse, y i» attrappa Un rhume dont elle manqua mourir. » Moi , je reistaî tranquillement chez moi. — Ah ! >€'est||;opfor|:, dit l'Empereur, le vilain aristo- 9 crate ! Comment? Vraiment , vous en étiez à ce » point? — Hélas! oui. Sire , a repris l'accusé , » et pourtant me voici près de vous , et à Sainte* j> Hélène. 9 El l'Empereur^ lâchant l'oreillp, a •»3ouri.
' Apres déjeûner, il m^est venu un capitaine de 4'artillerie anglaise, ayant été six ans à l'île de France. Il devait partir le lendemain pour l'Europe. Il m'a suppKé , sous mille formes et mille manières , de lui obtenir le bonheur de voir l'Empereur, Il eût , disait «il , donné tout: au monde pour une telle fevéur-; sa reconnaissance serait ^ns bornes , ^tc. Nous avons causé fort longtemps : l'Empereur faisait son tour en- calèche 9 je n'avais pas été 4^ la coui;se. A sa rentrée ^
(Aoûti8i6) DE SAINTE-HÉLÈNE. 45
j'ai été^ assez heoreux pour reoij^lir l^& v(b€ijc de ro£Scier «igkis. Il a été reçu pluis 4'4in^iiart dlieure par rEmpereur ; il en était îvre àe salisfactioa , nlgûorlint pas que cette faveur dèvè'* naît cha<]ue jour plus rare. Tout f^vait frappé , disait-il , au dernier degré dans Napatéoû : sies traits^ soa afiabâifé, le son de sa reix^ ses expressions , les questions q[u'â eVaît faites ; e^^était , me âisail-H , un héros , un dieu !. . . .
Le temps était délicieux. L^Empej^éût*^ «côltt*-^ tînué de se promener dans le jardin , eiitôuréde nous. Il discutait st^r le non succès de la négo-^ ciation de Tun de nous; chose que FËmpereur avait jugée dés plus simples, et qui s'hait trouvée 3es plus délicates pour le négociateur. Il- avart 3û proposer un papier à des offitiérb anglais^ pour qu'ils le publiassent en Angleterre. •
L'Empereur s^acquittait de sa ^^ensure ayec sa logique ordinaire , avec Tès^rh et le sel qui lui sont familiers; toutefois, il en était' forl^Con* trarié ; sa cotiversati^on est deTenne forte , i! Ta poussée jusqu'il ITiumeur, et c'était pour la première fois peut-être quelle pa^ettt. en éprouvait les marquer. « EnfinV^''^~i^'^^^^9 ce^Ue
4^; HÉSIOfilAL (Août 1816)
» vous proposiez là à d autres ^ Monçieulr^ après » tout 9 TOUS Teus^iez accepté Vous-xuèine h leur « place ?-rNon , Sire. — ;CoiiiBiènt rioo ? Eh bien! 9 a~t41 ajouté d une manière réprobatiye , vous » ne seriez pas mon ministre de la police. — • Et » Votre Majesté aurait raison , a répliqué yîve- » ment celui-là , qui s'était émU à son .tour ; je sue me sens aucune disposition popr .un tel » poste. » Un inst^t avant le d^ner^ l'Empereur , le Toyant entrer au salon , a dit : , «• Ah l » voilà notre petit officier de police. Vene^V ap- > prochez, mon petit officier de police ; » çt lui a pincé Foreille. Bien que des heures se fussent écoulées; depuis la conversation vive , T^lmpe* j^eur se. la rappelait; il savait celui qui en avait été l'objet ti^ès-sens9>le ; et il était visible qu'il voulait en effacer l'impression. Yoilà, des nuances caractéristiques ; et celles qui ressortent des objets les plus petits sont les plus naturelles ^ les plus sûres.
Apirès le dîner ^ la conv^sation a conduit l'Em* pereur à parcourir .le ^ujet: spécial de s^ querelle maritiip«.awc Magie terre. « La préteh- » tion du blocus :^iftr le papier,, disait- il , lui
(Août i8if>) DE SUfITE-HÉiiÈNE. ^7
ft valut xDon fameux décret de BerUù. Le conseil » britannique^ dan» âa oolève / lance ses arrêts ; » il établissait un ociroi sUr les mers. S^iposté » aussitôt t>ar Ifts célébrés décrets de Miliai!, ^ui • dénationalisent tout pavilloa qui se spumet-* » trait aux actes anglais; et c'est alors que la » guerre devint, en Angleterre, vr^iidçnt perp sonnelle. La rage oontre/noi saisilf tous ceux » qi|i tenaient au commerce.- L'AngleterriB s'in- » digna d une kitte et d'une énergie qu'elle ne » connaissait pas. Elle avait toujours trouvéceux i qui ça 'avaient devancé plus complaisans. j»
L'Emperexir, plus «ta^d, a développé les : me* sures par lesqi\elles il avait forcé l^s ^mériedîns à se battre contre les Aaglais^ Il avait trouté le moyen, 4îsait<^il9 d'attaéher leurs intérêts» à leurs» droits ; car c'est pour les premiers <Ju'on se bat, disait-- il, beaucoup plus que pour Les seconds.
Aujourd'hui l'Enipereur s'atlandait , disiât-il^ à quelques tentatives prochaînes des. Anglais sur la souveraineté des mers, à quelque octroi universel , etc. , etc. « C'eal pour eux, disait-il , un » des grands mojens'^d'acquitter leurs* dettes ,
4» HÊHORrAL (Août 1816)
9 de serlîr ée Tabiuie où ils se trouvent plon- » gés ; en u» mot^ ée se tirer d-affaire»- S'ils ont » parmi eux un génie kardi , une tète forte , 9 ik doivent entreprendre q^uel^e chose de la » sorte^ Personne ne saurait s'y opposer, et ils 1^ peuvent présenter la chose avec une espèce B de justice. Bs- ont à 'faire valoir que c^est pour » le salut de TEuropa qfu'ils en sont arrivés ïk; » <{U'ils ont réussi ; qu'on leur en doit quelque » récompense. Etpuis^^ il n'est plus en Europe » devaisseau^de guerre que les leurSé Ils régnent » aujourd'hui de fait sur les mers. Il n'existe » phis de droits publies quandr l'équilibre est » rompu 9 etc. , etc.
» Les Anglais- peuvent être tout aujourd'hui, » s^ils veulent se réduire à rentrer dans leurs w vaisseaux. Mais Us exposeront leur supéribrit^, » complîqueronl'leu)*s affaires , et perdront in- » sensiblement jusqu'à la considération , s'ils • s'obstinent h conserver dés soldats sur le > continent. »-
(Août iai6) DE SAINTE-JBÉLÈNE. 4i>
Lundi 26.
Relation de la campagne de Waterloo , £ctêe par Napoléon.
L'&bpereur est.aorti de très -grand matin ^ mèfiie avant sept heures ;. il iv'a y«u1u faire lever aucun de nous. Le temps ^t(ât fort beau ; il s'est mis à travailler seul dans le fardîu^ sous la tente, où il nous a fait appeler tous pour déjeuner. Il y est 'demeuré jusqu'à deux heures.
A dîner , il a beaucoup parlé de notre situation dans l'île. Il ne voulait pas, disait-il , bouger de LoDgw(y)d; ne se souciait d'aucune visite; mais il désirait que nous prissions quelque diversion ; que nous cherchassions à nous égayer. Il nous aurait vus avec plaisir, disait-il, nou^ mouvoir et nous produire. davantage^ etc.
L'Empereur a fait lire ses premières dictées sur la bataille de Waterloo au génjéral Gou^rgaud. Quelles pages !.••« Elles font mal!. ••• Les^destinées de là France ont teiui h si peu de chose !!! ••
N. B. La dernière rédaction a été publiée, en
5ô MÉUORIAL (Août 1816)
Europe , en 1 8ao *. Oa était venu à bout de la faire sortir furtivement de Sainte - Hélène , en dépit de toute vigilance. Dès que cette relation de Waterloo parut dans le monde , personne ne se trompa sur son auteur. On s'est écrié : Napoléon seul pouvait la décrire de la sorte ; et l'on assure que c'est précisément ainsi que s'est exprimé le généralissime son antagoniste luimême. Quels beaux chapitres !...•• Il serait impossible d'en essayer une analyse ; il faut lire l'original. Toutefois nous transcrivons littéralement ici les dernières pages , contenant , en ». - ^
fonne de résumé , neuf observations de Napo-^ léon , sur les fautes qu'oii lui a xeprachées dans cette campagne. .
Ce sont des points qui demeureront classiques , et nous avons pensé qu'on ne Serait pas fâché de retrq/aver ici des objets qui deviennent, toutes les fois que l'occasion s'en présente, le sujet de vives et'iniporlantes discussions.
* Mémoires pour servir à rUstoirede France en i8i5. P£^rls, chex^Barroifl aîné^ fSao.
(ioât 1816) DE SAlNTE-sHËLÈNE. Si
Nous fn^oDs précéder ces^obsenratioDs, et toujours de la dictée de Napoléon, du tableait des ressources qui restaient encore à la France après la perte de la bati^ille.
« La position de la France était critique après la bataille de Waterloo ; mais non désespfécée. Tout avait été préparé da^s ITiypolhèse -qu'on échouât dans l'attaque de la Belgique. Soixante^ dix mille hommes étaient ralliés le vipgt-sept , entre Paris et Laon , vingt-cinq à treinte mille homihes, y compris les dépôts de la" garde , étaient en marche de Paris « et des dépôts ; le général Rfipp^ avec vingt- cinq mille hommes de troupes d'élite, devait être arrivé dans Jed premiers jours de juillet, sur la Marne; toutes les pertes du matériel de l'artillerie étaient re* parées. Paris seul «contenait cinq cents, pièces dq canon de campa^e , et on n'en n'avait perdu que cent soixante*dix. Ainsi, une armée de cent vingt mille hommes , égale k celle qui avait passé la Sambre le quinze, ayant ifn train d'artillerie de trois cent cinquante bouches à feu , couvrait Paris au premier juillet. Cette capitale avait indépendamment de cela, pour sa défense, trente-
54 MÉMORIÂl^ (Août 1816)
duc de Wellington entrèrent sur deux colonnes sur le territoire français. Le vingt-deux, leTeu prit au magasin à poudre d'Avesnes; la place se rendit. Le vingt-quatre , les Prussiens entrèrent dans Guise , et le duc de Wellington â Cambray. Le vingt -six, il était à Péronne. Pendant tout ce temps , les places de première , deuxième et troisième lignes de la Flandre étaient investies* Cependant ces deux généraux apprirent, le vingtcinq, l'abdication de l'Empereur, qui avait eu lieu le vingt-deux; l'insurrection des Chambres, le découragement que ces circoùstances jetèrent dans l'armée, «et les espérances qu'en concevaient les ennemis intérieurs. Dès lors ils île son«gèrent plus qu'à marcher sur la capitale, sôus les murs de laquelle ils arrivèrent les derniers jours de juin, avec moins de quatre-vingt-dix mille hommes; démarche qui leur aurait été funeste et eût entraîné leur ruine totale, s'ils l'eussent hasardée devant Napoléon ; mais ce Prince avait abdiqué ! ! ! Les troupes 4e ligne qui se trouvaient à Paris, plus de six mille hommes des dépôts de la garde, les tirailleurs de la garde nationale, choisis dans le peuple de cette grande
(Août 1816) DE SAINTE-HÉLÈNE. 55
capitale , lui étaient tous dévoués ; il pouvait foudroyer les ennemis intérieurs! ! ! Mais pour
développer les motifs qui ont réglé sa conduite dans cette occasion si importante, et qui a eu de si funestes conséquences pour lui et pour la France, il faut reprendre le récit de plus loin.
Première observation. — « On a reproché à l'Empereur : i** de s'être démis de la dictature au moment où la France avait le plus grand besoin d'un dictateur; a* d'avoir changé les constitutions de r£mpire dans un moment où il ne fallait songer qu'à le préserver de l'invasion; 3* d'avoir souffert que l'on alarmât les Vendéens, qui d'abord avaient refusé de prendre les armes contre le régime impérial; 4* d'avoir réuni les Chambres lorsqu'il suffisait de réunir les armées; 5"* d'avoir abdiqué et laissé la France à la merci d'une Assemblée divisée et sans expérience ; car> enfin, s'il est vrai qu'il fût impossible au Prince de sauver la patrie sans la confiance de la nation, il ne l'est pas moins que la nation, dans ces circonstances critiques, ne pouvait sauver ni son honneur ni son indépendance sans Napoléon, t
50 MÉUORUL (A0&M816)
INous ne ferons aucune réflellôn sur des matières qui sont approfondies , et longuement traitées dans le livre X,
Deuxième observation* — « L'art avec lequel les mouvemens des divers corps d'armée ont été dérobés à la connaissance de l'ennemi ^ au début de la campagne, ne saurait être trop remarqué. Le maréchal Blucher et le duc de Wellington ont été suipris ; ils n'ont rien vu , rien su de tous les mouvemens qui s'opéraient près de leurs avantpostes*
» Pour attaquer les deux armées ennemies , les Français pouvaient déborder leur droite, leur gauche et percer leur centre. Dans le premier cas ils déboucheraient par Lille , et rencontreraient l'armée anglo-hoUandaise ; dans le second, ils déboucheraient par Givet et Charlemont, let rencontreraient l'armée prusso-saxonne.Ces dedx armées restaient réunies puisqu'elles seraient pressées l'une sur l'autre, de la droite sur la gauche, et de la gauche sur la droite. L'Empereur adopta le parti de couvrir ses mouvemens par la Sambre , et de percer la ligne des deux armées à Chai'leroi, point de leur jonction^ manœu-
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vrant avec rapidité et habiîeté. Il trouva ainsi daiïs les secrets de Tart des moyens supplémentaires q»i lui tinrent lieu de cent mille hommes qui lui manquaient. Ce plan fut conçu et exécuté avec audace et sagesse.
Troisième obsetvatiott^ — « Le caractère de plusieurs généraux avait été détrenipé par lés événement de i8i4; îls avaient perdu quelque chose de cette audace , de cette résolutiofi et de cette cotifiance qui leur avaient valu tant de gloire, et avaient tant contribué au suécès dès campagnes passées.
» 1** Le quinze juin, te troisième corps devait prendre les armes à trois heures du matin , et arriver devaut Charleroi à dix heures; il n'arriva qu'à trois heures après-midi.
> 2"" Le même jour, l'attaque des bois en avant de Fleuras , qui avait été ordonnée pour quatre heures après midi, n'eut lieu qu'à sept heures, La nuit survint avant qu'on pût entrer à Fleurus; où le projet du chef avait été de placer scmijuartier-géaéral ce même jour. Cette perte de- sept heures était bien fâcheuse au début d'une cam^ pagne.
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» 3* Ney reçut Tordre de se porter le seize , avec quarante - trois mille hommes qui composaient la gauche qu'il«commandait, en avant des Quatre-Bras , d'y prendre position à la pointe du jour, et même de s'y retrancher. Il hésita, perdit huit heures. Le Prince d'Orange , avec neuf mille hommes seulement, conserva, le seize , jusqu'à trois heures après midi , cette importante position. Lorsqu'enfin le maréchal reçut à midi l'ordre daté de Fleurus, et qu'il vit que l'Empereurallait en venir aux mains avec les Prussiens , il se porta sur les Quatre-Bras, mais seulement avec la moitié de son monde, et laissa l'autre moitié pour appuyer sa retraite à deux lieues id^errière; il l'oublia jusqu'à six heures du soir, où il en sentit le besoin pour sa propre défense. Dans les autres campagnes > ce général eût occupé à six heures du matin la position en avant des Quatre-Bras , eût défait et pris toute la division belge ; et eût ou tourné l'armée prussienne en faisant, par la chaussée de Namur, un détachement qui fïit tombé sur les derrières de la ligne deibataille ; ou , en se portant avec rapidité sur la chaussé^e de Gennapes, il eût surpris en
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'marche et détruit la division de Brunswick et la cinquième division anglai3e , qui venaient de Bruxelles, et de là eiyit marché à la. rencontre des première et troisième divisions anglaises qui arrivaient par la chaussée de Nivelles, lune et l'autre sans cavalerie ni artillerie , et harassées de fatigue. Toujours le premier dans le feu, Ney oubliait les troupes qui n'étaient pas sous ses yeux. La bravoure que doit, montrer un général en chef est différente de celle que doit avoir un général de division, comme celle-ci ne doit pas être celle d'un capitaine de grenadiers.
• 4* I-'^vant-garde de l'armée française n'arriva, le dixrsept devant Waterloo qu'à six heures du soir I sans de fâcheuses hésitations, elle y fût arrivée à trois heures. L'Empereur en parut fort contrarié : il dit , en montrant le soleil : » Que ne donnerais -je pas pour avoir aujour- » d'hui le pouvoir de Josué, et retarder sa marche » de deux heures. »•
» -Quatrième observation. --^ Jamais' lè soldat français n'a montré plus de courage, de bonne volonté et d'enthousiasme ; il était plein du sen* timent de sa supériorité sûr tous les soldats dé
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l'Europe. Sa confiance dans TEmpereur était tout entière , et peut-être encore accrue ; mais il était ombrageux et méfiant envers ses autres che&. Les trahisons de i8i4 étaient toujours présentes à son esprit; tout mouvement qu'il ne cOfnprenait pas Tinquiétait ; il se croyait trahi. Au moment où les premiers coups de canon se tiraient près de Saint-Amand, un vieux caporal s'approcha de l'Empereur, et lui dît : « Sire, mé- » fiez - vous du maréchal Soult ; soyez certain 9 qu'il nous trahit. — Sois tranquille , lui ré- » pond ce prince, j'en réponds comme de moi. » Au milieu de la bataille, un officier fit le rapport au maréchal Soult, que le général YandaoQiine était passé à rennemi ; que ses soldats demandaient à grands cris qu'on en instruisît l'Empereur. Sur la fin de la bataille, un dragon, le sabre tout dégoûtant de s^ng, accourut criant : » Sire , venez vite à la division , le général Dhé- » nin harangue les dragons pour passer à l'^ai^ » nami. — t as-tu entendu? — Non , Sire, roaîs » un of&cier qui vous cherche l'a vu et m'a » chargé de vpus le dire. » Pendant ce temps , le brave général Dhénin recevait un boulet de
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canon qui lui emportait une cuiBse^. après "avoir repoussé une charge ennemie.
» Le quatorze au soir, le lieutenant- générât
B , le colonel C..,.,, et l'officier de letat-
raajor V..,., , avaient déserté du quatrième
corps ; et passé à Tennemi. Leurs qpms seroni en exécration tant que le peuple français formera une nation. Cette désertion avait fort augr mente Tinquiétude du soldat. IL paraît à peu *près constant qu'on a crié sauve qui peut à lat quatrième division du premier corps, le soir de la bataille de Waterloo, à l'attaque éxt village de La Haye , par le maréchal Blucher. Ce village n'a pas été défendu comme il devait l'être \ Il est également probable que plusieurs officiera porteurs d'ordres ont disparu. Mais si quelques officiers ont déserté , pas un seul soldat ne s'est rendu coupable de ce crime. Plusieurs se tuèrent
* M. le lieutenant-général Durutte , mutilé dans cette désastreuse journée , et qui commandait la quatrième d.vision mentionnée ici, déclare qu'il y a erreur de nu-i^ méro, sans doute, dans la dictée de Napoléon, ou qu'il y aurait eu inexactitude ou malveillance dans le rapport qu'on lui aurait fait, ( Voyez sa lettre insérée dans lo GoDstitutionnel du a5 janvier 1820. ).
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sur le champ de balaille., où ils étaient rester blessés, lorsqu'ils apprirent la déroute de Tarmée.
Cinquième observation. — » Dans la journée du dix-sept, l'armée française se trouva partagée en trois parties : soixante -neuf mille hommes, sous les ordres de TEmpéreur, marchèrent sur JBruxelles par la chaussée de Charleroi; trente-, quatre mille hommes, sous les ordres du maréchal Grouchy, se dirigèrent sur cette c&pitale par la chaussée de Wavres , à la suite des Prussiens; sept à huit mille hommes restèrent sur le champ de bataille de Ligny, slavoir : trois miHe hommes de la division Girard, pour porter secours aux blessés, et former, dans tous les cas imprévus , une réserve aux Quatre-Bras ; quatre à cinq mille hommes formant les parcs de réserve restèrent à Fleurus et à Charleroi. Les trente -quatre mille hommes du maréchal Grouchy*, ayant cent - huit pièces de canon , étaient suffisans pour culbuter l'arrière - garde prussienne dans toutes les po$itipns qu'elle prendrait, presser la retraite de larmée vaincue, et la contenir. C'était un l>eau résultat de la vie-
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toire de Lîgny, de pouVoir ainsi opposer trentequatre mille hommes à une armée qui avait été de cent vingt mille gommes. Les soixante-neuf mille hommes sous les ordres de l'Empereur, étaient suffisans pour battre l'armée anglo-hollandaise de quatre-vingt-dix mille hommes.
La disproportion «qui existait le quinze entre f les deux masses belligérantes , qui pétaient alors dans le rapport d'un à deux, était bien changée ; elle n'était plus que dans le rapport de trois à quatre. Si l'armée angio - hollandaise avait battu les soixante-neuf mille hommes qui marchaient contre elle, on eût pu reprocher à Napoléon d'avoir mal calculé ; mais il est constant, "" même de l'aveu des ennemis, que < sans l'arrivée du général Blucher,. Farmée anglo^ hollandaise aurait perdu son. champs de bataille entre huit et neuf heures du soîr. Sans l'arrivée du maréchal Blucher à huit heures du soir, avec ses premier et deuxième corps, la mffrc^e sur Bruxelles, sur deux colonnes, pendant 1^ joui^ née du dix-sept, avait plusieurs avants^es. La gauche poussait et contenait l'armée anglo-hollandaise; la drqile, S€Kis 1<^ ordres du maréchal
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Grouchy, poursuivait et cAitena^t Tarmée prusso* saxonne ; et le soie, toute Taniiée française devait se trouver réunie sur une ligne de cinq petites lieues, de Mont -Saint -Jean à Wavres, ayant sçs avant-postes au bord de la forêt Mais la faute que fit le maréchal Girouchy de sarrêter le di^i-sept à Gembloux, n'ayant fait dans la journée que, deux petites lieues , au lieu de continuer jusque vis-àrvîs Wavres, c'est-à-dire d'en faire encore trms, fut aggravée et rendue irréparairable par celle qu'il fit Je lendemain dix-huit, en perdant douz^ heures, et n'arrivant qu'à quatre heures après midi devant Wavres,^au lieu d'y arriver à jsix heures du matin.
» i? Chargé de poursuivre le biaréchal Blacher, Grouchy le perdit de vue pendant vingtquatre heures, depuis le dix -sept à quatre heures après midi jiïsqu'w dix-huit à quatre heures après midi* -
1» a''L# mouvement de la cavalejîe sur le platçauj pendant que l'attaque du général Bulow n'était pas encore repouâsée , fut un accident fâcheux. L'iAt^nUôiî M chçf était d'ordonner ce mouvement, mais une heure phte tard, et de
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le faire soutenir par les seize bataillonsi d'infanterie de la garde ^ et eent pièces de canon*
> 3"* Les grenadiers à ohetal et les drag<Mi9 de la garde, que commiindait |e général Guyot, s'eoh gagèrent sacns ordre. Ainsi à cinq heures^ après midi, Tarmée se trouva sans avoir une réserve de cavalerie. Si à huit heures et demie cette rés€#ve eût existé , l'orage qui bouleversa le champ de bataille eût été conjuré, les charges de cavalerie ennemie repoussées, les deux armées eussent couché sur le champ de bataille , malgré rarrîvée successive du général Bulqw et du maréchal Btucher; l'avantage eût encore été pour Tarmée française , car les trente-quatre mille hommes du maréchal Grouchy ayant cent huit pièces de c^oion, étaient frais et bivouaquèrent sur le champ de bataille. Les deux armées ennemies se fosseBt dans la nuit couvertes par la forêt de Soignés. L'usage constant dans toutes les ba^ tailles, éta^ que la division des grenadiers et dragons de la garde ne perdît pas de vue l'Smpe-^ reur, et ne chargeât qu'en vertu d'un cwdre donné verbalement par ce prince au général qui la comiâandaitt '
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Le maréchal Mortier, qui conuoaiidait en. chef la garde « quitta ce commandement le quinze à Beamnont /comme les hostilités commençaient : il ne fut pas remplacé , ce qui eut plusieurs in^ conyëniens.
Sixième observation. — » l"" L'armée française mAœuvra sur la droite de la Sambre le treize et le quatorze. Elle campa la nuit du quatorze au quinze à une demi -lieue des avant -postes prussiens; et cependant le maréchal Blucher n'eut connaissance de rien ; et lorsque lé quinze dans la matinée , il apprit à son quartier-général de Namur, que l'I^pereur entrait à Charleroi, Tannée prusso-saxonne était encore cantonnée sur une étendue de pays de trente lieues ; il lui fallait deux jours pqùr se réunir, ir eût dû, dès le quinze mai , porter sen quartien-général à. Fleurus ; concentrer les cantonnement de son armée dans un rayon de huit lietxes, tenant de& avant-gardes sur les débouchés de la'Meuse et de la Samb*re. Son armée eût pu alors être réunie à Ligny le quinze à midi , y attendre l'attaque de l'armée française, ou, dans la soirée du quinze,, marcher contre elle pour la jeter dans la Samhre^
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» 2"^ Cependant , quoique surpris, le maréchal Blucher persista dans le projet de réunir son armée sur les hauteurs dèLigny , derrière fleurus, bravant la chance d'y être attaqué avant que son armée n'y fût arrivée. Le seize au matin, il n'avait encore réuni que deux corps d*année , et déjà l'année française était à Fleuras. Le troisième corps rejoignit dans la journée ; mais le quatrième , que commandait le général Bulow, ne put arriver à la bataille. Le maréchal Bluchër eût dû^ aussitôt qu'il sut les Français à Gharieroi, c'està-dire dans la soirée du quinze, donner. pour point de rassemblement à son armée , non Fleurus, non Ligny, qui se trouvaient déjà sous le canon de sdn ennemi ; mais Wavres, où leâ Fran« çais ne pouvaient arriver que le dix-sept. Il eût eu de plus toute la journée du seize et la nuit' du seize au dix -sept pour opérer le rassemblement total de son armée.
» 3"* Après avoir perdu la bataille de Ligny, le général prussien , au lieu de faire sa retraite sur Wavres, eût dû l'opérer sur l'armée du duc de Wellington, soit sur les Quatre -Bras, puisque celui-ci s'y était maintenu, soit sur Waterloo.