MÉMORIAL (Août
Toute la retraite du maréchal Blucber , dans la matinée du dix-*sept fut à contre sens , puisque les deux armées 5 qui n'étaient qu'à trois mille toises l'une de Tautre pendant la soirée du seize ^ ayant pour communication une belle chaussée ^ ce qui les pouvait faire considérer comme réunies, se trouvèrent le soir du dix-sept éloignées de plus de dix mille toises, et séparées par des défilés et des chemins impraticables.
» Le général prussien a violé les trois grandes règles de la guerre : i* Tenir ses cantonnemens rapprochés; 2* donner pour point de rassemblement un lieu où ils puissent tous arriver avant l'ennemi } 3* opérer sa retraite sur ses renforts. Septième observation. — « i^Le duc de Wellington a été surpris dans ses cantonnemens ; il eût dû , le quinze mai , lès concentrer à hul t lieues autour de Bruxelles, tenant des avant-gardes. sur les débouchés de Flandres. L'armée française manœuvrait depuis trois jours à portée de ses avant-postes; elle avait, depuis vingt-quatre heures» commencé les hostilités; son quartier-général était depuis douze heures à Gharleroi, que le général anglais ignorait encore tout à Bruxelles ,
(ioût 1816) DE SAINTE-HÉLÈNE. 69
et tous les cantonnemens de son armée étaient encore en pleine sécurité , occupant un terrain de plus de vingt lieues.
» 2* Le prince de Saxe-Weimar, qui faisait par-^ lie de Tarmée anglo-hollandaise, était le quinze à quatre heures du soir , en position en a^ant de Frasne , et savait que Tarmée française était à Charleroi. S'il eût envoyé directement .un aîdede-<)amp à Bruxelles , il y serait arrivé à six heure» du soir ; et cependant ce ne fut qu'à onze heures du soir que le duc de Wellington fut instruit que Tarmée française était à Charleroi. Il perdit ainsi cinq heures dans une circonstance et contre un homme où la perle d une seule heure était d'une grande importance.
» 3** L'infanterie , la cavalerie et l'artillerie de cette armée étaient cantonnées séparément, de sorte que l'infanterie se trouva engagée aux Quatre-Bras, sans cavalerie ni artillerie, ce qui lui fit éprouver une grande perte, puisqu'elk fut: obli^^e de se tenir en colonnes serrées pour faire face aux charges de cuirassiers, et sous la mitraille de cinquante bouches à feu. Ces braves étaient ainsi à la boucherie, sans cavalerie pour.
jo MÉMORIAL (AoûtiSi6)
les protéger y et sans artillerie 'pour les venger. Gomme les trois armes ne peuvent pas se passer un moment Tune de l'autre, elles doivent toujours être cantonnées et placées de manière à pouvoir toujours s'assister.
n 4*" Le général anglais , quoique surpris, donna poujT point de réunion à son armée les Quatre- Bras, depuis vingt-quatre heures au pouvoir des Français. Il exposait ses troupes à être défaites partiellement et à mesure de leur arrivée ; le danger qu'il leur faisait courir était bien plus coosidérabl.e encore, puisqu'il les faisait arriver sans artillerie et sans cavalerie ; il livrait son infanterie , morcelée et sans l'assistance des deux autres armes, à son ennemi. Son point de rassemblement devait être Waterloo ; il aurait eu alors la journée du seize et la nuit du seize au dix-;sept, ce qui était suffisant pour y réunir toute sf^n armée, infanterie, cavalerie, artillerie. Les Français ne pouvaient y arriver que le dix-sept, çt eussent trouvé toute son armée en position..
^Huitième observation. — » i* Le général anglais a livré le dix* huit la bataille de Waterloo. Ce parti était contraire aux intérêts de sa nation ,
(Aaût iSiG) DE SAINIE-HÉLÊNE. 71
au plan général de guerre adopté par les alliés; il violait toutes les règles detla guerre*. U n'était pas de Imtérêt de l'Angleterre, qui. a be^ scinde tant d'hommes pour recruter ses anpées des Indes , de ses colonies d'Amérique , et., de ses vastes établissemens , de s'exposer de gaité de cœur à une lutte meurtrière , qui pouvait lui faire perdre la seule armée qu'elle eût, et lui coûter tout au moins le. plus pur de son sang. Le plan de guerre des alliés consistait à. agir en masse,, et à ne s'engager dans aucune affaire parlîelle. Rien n'était plus contraire à leur intérêt et à leur plan que d'exposer le s.uccès de leur cause dans une bataille chanceuse, à pe vêpres à force égale , où toutes les probabilités étaient contre eux. Si l'armée anglo-hollandaise eût été détruite à "VVaterloo, qu'eût servi, aux alliés., c^ grand nombre, d'armées qui se disposaieat à franchir le Rhin, les, Alpes et les Pyrénées?
n 2* Le général anglais , en prenant la résolution de recevoir la bataille à Waterloo , ne ,1a fondait que sur la coopération des Prussien^; mais cette coopération ne pouvait avoir lieu que dans l'après-midi ; il restait dçAC exposé seul
^a MÉMORIAL (Août 1816)
depuis quatre heures du matio jusqu'à cinq heures du soir^ c'est-à-dire peadaut tt^ixe heures : une bataille ne dure pas ordinairement plus de six heures ; cette coopëration était donc illusoire. » Mais , pour compter sur la coopération des Prussiens , il supposait done que l'armée française était tout entière vis-à-vis de lui , et si cela était , il ptétendak donc , pendant treize heures, avec quatre-vingt-dix mille hommes de troupes de diverses nations ^ défendre son champ de bataille contre une armée de cent quatre mille français. Ce calcul était évidemment faux ;. il ne se fût pas maintenu trois heures ; tout aurait été décidé à huit heures du matin y et les Prussiens ne seraient arrivés que pour être pris à revers. Dans une même journée les deux armées eussent été détruites. S'il comptait qu'une partie de Tannée française aurait , conformément aux règles de la guerre , suivi Tannée prussienne, îl devait dès-lors lui être évident qu'il n'en aurait aucune assistance , et que les Prussiens, battus à Ligny, ayant perdu vingt-cinq à trente mille hommes sur le champ de bataille , en ayant eu vingt mille d'éparpillés , poursuivis par trente-
(Août i^i«) DE SMNTE-HÉLÈNE. ^5
cinq ou quarante mille' Français victorieux, n* «e seraient pas dégarnis , et se seraient crus à peine suffisans pour se m^n tenir. Dans ce cas^ l'armée anglo-hollandaise aurait dû « seule soute* Tiir reflfortdc soixante-neuf mille jFrançais pen«dant toute la journée du dix-huit ; et il n'est pas d'Anglais qui :ae conyienne que le résultat de •cette hitte n'était pas douteux, et que leur armée n'était pas constituée de manière à supporter le choc de rairmée impériale pendant quatre heures.
» Pendant toute la nuit du dix-sept au dixinit le temps a été horrible , ce qui a rendu les terres impraticables jusqu'à neuf heures du matin. Cette perte de six heures depuis la pointe du jour , a été tout à l'avantage de l'ennemi ; mais son général pouvait -il faire dépendre le sort d'une pareille lutte du temps qu'il faisait dans la nuit du dix^sept au dix*-huit? Le maréchal Grouchy , avec trente - quatre mille hommes et cent huit pièces» de canon, a trouvé le secret, qui paraissait introuvable , dé n'être dans la journée du dix-huit , ni sur le champ de bataille de Mont-Saint-Jean , ni»sur Wavres- Maî^ 6. 5
74 MÉMORIAL (Août tSi6}
le général anglais ayait-il l'assuranoe de ce ma* réchal qvnl se fourvoierait d'une si étrange ma** nière ? La conduite du maréchal Grouchy était aussi imprévoyable que si, sur sa route, son armée eût éprouvé un tremblement de terre qui l'eût engloutie. Récapitulons. Si le. maréchal Grouchy eût été sur le champ de bataille de Mont-Saint-Jean , comme l'ont crû lé gêné* rai anglais et le général prussien , pendant toute la nuit du dix-sept au dix-^huit et toute la matinée du dix-huit , et que le temps eût permis à l'armée française de se ranger en bataille à quatre heures du matin, avant sept heures l'armée anglo-hollandaise eût été écharpé% éparpillée ; elle eût tout perdu ; et si le temps n'eût permis à l'armée française de prendre son ordre de ba*^ taille qu'à dix heures, à une heure après*-mîdi, l'armée anglo - hollandaise eût fini ses destins; les débris en eussent été rejetés au-delà de la forêt ou dans la direction de Hal; et Ion eût eu tout le temps, dans la soirée, d'aller à la rencontre du maréchal Blucher, et de lui faire éprouver un pareil sort. Si le maréchal Grouchy eût campé devant Wavres la nuit du dix -sept
(Août 1816) D& SAINT£-HÉ](i]^M£. ^5
au dix-huit, Tai^uée prussienne n'eût fait aucun* détachement pour sauver l'armée anglaise» et celle-ci eût été complètement battue par les soixante-neuf mille Français qui lui étaient opposés.
» S"* La position de Mont-Saint-Jean était mal' choisie. La preipière condition d'un champ de bataille, est 4e n'avoir pas de défilés sur ses derrières. Pendant la bataille, le général anglais ne sut pas tirer parti de sa nombreuse cavalerie, il ne jugea pas qu'il devait être et serait attaquépar sa gauche; i\ crut qu'il le semitpar sa droite. Malgré la diversion opérée en: 3^ fs^veur par les. trente mille Pru^iens du général Bulow , il eût deux fois opéré sa retraite dans la journée, si cela lui eût été possible. Ainsi, par le fait, ô étrange bizarrerie des événemens humains ! le mauvais choix de son champ de bataille, qui rendait tpute retraite impossible , a été la causef de son succès ! ! !
Neuvième observation. — » On demandera :
Que devait donc faire le général anglais après la bataille de Ligny, et le combat des Quatre-Bras? La postérité o'aura pas deux opinions : il devait
76 MÉHORIAL (Âo&t iSi6)
traverser, dans la nuit du dix-sept au dîx-huît, la forêt àe Soignes, sur la chaussée de Charleroî; Tarmée prussienne la devait également traverser sur la chaussée de Wavres ; les deux armées se réunir, à la pointe du jour, sur Bruxell'es ; laisser des arrière-gardes pour défendre la forêt ; gagner quelques Jours pour donner le temps aux Prussiens^ dispersés par la bataille de Ligny, de rejoindre leur armée , se renforcer de quatorze régimens anglais qui étaient «n garnison dans les places fortes de la Belgique , où ils venaient dekiéburquer à Ostende, de retour d*Améri<jue, et laisser manœuvrer TEmpereur des Français comme il aurait voulu. Aurait -il, avec une armée de cent mille hommes , traversé la forêt de Soignes pour attaquer au débouché les deux armées réunies, fortes de plus de deux cent mille hommes et en position? C'était certainement tout ce qui pouvait arriver de plus avantageux aux alliés. Se serait-il contenté de prendre lui-même position? Son inaction ne pouvait pas être longue, puisque trois cent mille Russes, Autrichiens, Bavarois, etc. , étaient arrivés sur le Rhin: ils se-
(Août i8i6) DE SAINTE-HÉLÈHE. 77
raient dans peu de semaines sur la. Marae , ce qui l'obligerait à accourir au secours de. sa capitale. C'est alors que l'armée anglo-prussienne devait marcher et se joindre aux alliés sous Paris. Elle n'aurait couru aucune chance , n'aurait éprouvé aucune perte , aurait agi conformément aux intérêts de la. nation anglaise, au plan général de guerre adopté par les alliés , et aux règles àe l'art de la guerrei Du quinze au. dix-huit le duc de "Wellington a constamment manœuvré comme l'a désiré son ennemi ; il n'a rien fait de ce que celui-ci craignait qu'il fît. L'infaaterie anglaise a. été ferme et solide , la cavalerie pouvait mieux faire; l'armée anglo-hollandaise a été deux fois sauvée dans la journée par les Prussiens ; la première fois avant trois heures , par .l'arrivée du général Bulow avec trente millo hommes, et la deuxième fois par l'arrivée du maréchal Blucher avec trente et un mille hommes. Dans cette journée, soixante - neuf mille Français ont battu cent vingt mille hommes ; Jà victoire leur a été arrachée entre huit et neuf heures ; mais par cent cinquante mille hommes. » Qu'on se figure la contenance du peuple de
^B MÉMORIAL (Aoôt 1816)
Londres au moment où il aurait appris la calas* trbplie de son armée , et que Ton avait prodigué le plus pur de son sang pour soutenir la cause des rois contre celle des peuples, des privilèges contre Tégalilé, des oligarques contre les libéraux, des principes de la sainte-alliance contre ceux de la souveraineté du peuple ! ! ! »
Mardi 27.
Projet de nouvelle défense politique de Napoléon par lui-même.
J'ai été joindre l'Empereur sur les quatre heures. Il avait travaillé toute la matinée. Le vent était très-fort ; il n'a pas voulu faire le touc en calèche ; il s'est promené long- temps dans la grande allée du bois; nous y étions tous. Il plaisantait beaucoup un de la bande , qu'il agaçait fort, prétendant qu'il boudait, et l'accusait d'être trop souvent mécontent et de mauvaise humeur , etc. , etc.
L'Empereur, au sortir de table , revenant sur sa protestation récente contre le traité du deux août , et s'anîmant sut son contenu , disait , en marchant à grands pas dans le salon , qu'il allait
(Aoât 1816) DE SÂlNT£-HÉLKi\E. 79
en tracer une autre sur un cadre bien autrement vaste et important, contre le bill même de la législature britanniqtie. Il prouverait, disait-i], que ce bill n'était pas une loi , mais une violation de toutes les lois» Lui, Napoléon , y était proscrit , et n'était point jugé. Le parlement d'Angleterre avait fait ce qu'il croyait utile , et non pas ce qui était juste s il avait imité Thémistocle , sans vouloir écouter Aristide. De là , l'Empereur se mettait en jugement devant tous les peuples de l'Europe, et chacun d'eux l'absolvait successivement. Il a passé en revue tous les actes de son administration , et les a tous justifiés, c Les Français et les Italiens , a-t-il dit , gén missent de mon absence. J'emporte la recon-
• naissance des Polonais , et jusqu'aux regrets » tardifs et amers des Espagnols mêmes , etc.
» L'Europe pleurera bientôt la perte de l'équi-
• libre auquel mon Empire français était absolu lument nécessaire. Elle est dans 1b plus grand » danger; elle peut être à chaque instant inon-
• dée de Cosaques et de Tartares. Et vous, An- » glais , a-t-il dit en finissant, vous. Anglais, vous » pleurerez votre victoire de Waterloo! On amè-
8o MÉSIORIAL (Août r8i6)
» nera les choses à ce que la postérité , les gens » înstruîEy, les vraîs homiifes d'Etat, les vrais » hommes de bien , regretteront amèrement que » je n'aie pas réussi dans toutes mes entreprises, v L'Empereur a ea des momens sublimes. Je ne le suivrai point dans ses développemens. 11 a promis de les dicter, et a dit en avoir déjà arrêta le cadre et les bases en quatorze pavagraphesw
Mercredi 28.
Catinat; Turenne; Condc. — De la plus belle Bataille de l'Empereur. -—Des meilleures troupes, etc»
L'Empereur n'est sorti que sur les quatre heures. Il venait de passer troL& heures dans son bain. Le temps était fort aigre ;. il s'est contenté de quelques tours dans le jardin. Il venait de faire écrire au Gouverneur qu'il ne recevrait désormais personne , à moins qu'on n'admît à Langwood sur les passes du Grand-Maréchal , comme au temps de l'Amiral Gockburn.
Avant de se mettre aux échecs, l'Empereur a trouvé sous sa main un volume de Fénélon.
C'était la direction de conscience d'un Roi. Il nous en a lu bon nombre d'articles , les sabrant
(Août 1816) DE SAINTE-HÉLÈNE. 8»
tout d abord avec beaucoup d esprit et de gaîté* Enfin 9 il a jeté le livre , disant que le nom d'un auteur n'avait jamais influé sur son opinion; qu'il avait toujours jugé les ouvrages sur ce qu'ils lui faisaient éprouver, louant volontiers,, censurant de même , et qu'ici , en dépit du nom de Fénélon , il n'hésitait pas à prononcer que c'étaient autant de rapsodies ; et vraiment il eût été difficile de le contredire.
Après dîner , l'Empereur parlait de l'saicienne marine , de M. de Grasse, de sa défaite du douze avril. Il a voulu avoir quelques détails ; il a demandé le Dictionnaire des sièges et batailles» L'Empereur l'a parcouru ; il lui a fourni une foule d'observations. Catinat, pour son malheur, s'est trouvé sous sa main ; il l'a rabaissé infini* ment à nos yeux. Il l'avait trouvé , disait-il , fort au-dessous de sa réputation, à rinspectîon des lieux où il avait opéré en Italie , et à la lecture de sa correspondance avec Louvois. Sorti du tiers-état, observait-il, et du corps des avocats, avec des vertus douces, des mœurs, de la probité, afiectant la pratique de l'égalité j établi à Saint-Gratien , aux portes de Paris , il était de-
82 MÉMORIAL (Août 1816)
venu l'affectidn des gens de lettres de la capitale , des philosophes du jour , qui l'avaieBt beaucoup trop exalté. Il n'était nullement comparable à Vendôme , prononçait-iL
L'Empereur disait qu'il avait cherché à étudier de même Turenne et Condé, soupçonnant aussi de l'exagération; mais que là il avait fallu se rendre au mérite. Il avait même observé que dans Turenne , l'audace avait cru chez lui avec l'expérience. Il en montrait plus en vieillissant qu'à son début. C'était peut-être le contraire chez Condé , qui en avait tant déployé en entrant dans la carrière*
Et au sujet de Turenne^ de Condé et d'autres grands hommes^ j'observerai qu'il est assez bizarre que le hasard ne m'ait jamais laissé entendre le nom du grand Frédéric dans la bouché de Napoléon. Toutefois, la grosse montre ou espèce de réveil matin de ce prince , emportée à Sainte-Hélène, et placée à la cheminée de l'Empereur, l'empressement avec lequel Napoléon, ^ Potzdam , s'élança sur l'épée du grand Frédéric, en s'écriant : Que d'autres saisissent d'autres dépouilles : voici, pour moi, qui est supérieur
( Août 1 816) DE SAINTB-HÉLÈME. 83
à tou^ les millions! Enfin, la contemplation longue et silencieuse de Napoléon au tombeau de Frédéric , prouvent assez à quel haut rang ce prince était dans l'esprit de l'Empereur , et com^bien il avait dû remuer son âme *.
Dans le Dictionnaire des sièges et bataillas que feuilletait l'Empereur, il trouvait son nom à chaque page, mais entouré d'anecdotes tout à fait fausses et défigurées , ce qui le portait à se récrier sur toute la fourmilière des petits écrivains, et les indignes abus aè la plume. La littérature, disait-il, devenait une nourriture du peuple, lorsqu'elle eût dû demeurer celle des gens délicats. « On me fait, par exemple, à Arcole, durant » la nuit , prendre le poste d'une sentinelle en- » dormîe. Cette idée est sans doute d'un bour- » geois , d'un avocat , peut-être ; mais sûrement • pas ^celle d'un militaire. L'auteur me veut du » bien , nul doute , et n'imagine rien de plus
* Dans les temps qui ont suit! mon enlèvement de Longwood, Napoléon s'est occupé d'un travail spécial sur le grand Frédéric, de notes et de commentaires sur ses campagnes. ( Voyez les Mémoires de Napoléon , tome 8^ Bossange Frères, i8a5. )
B4 MÉMORIAL ^Aoit 1816)
B hean dans le monde qne ce qu'il me fait faire. » H a certainement écrit cela pour me faire bon*r nem* ; mais il ignorait que je n'étais guère ea- » pable d'un tel acte ; j'étais trop fatigué pour » cela ; il est à croire que j'étais endormi a\ant » le soldat dont il parle. »
On a alors compté cinquante à soixante gran^ des batailles données par l'Empereur. Quelqu'un ayant demande quelle était la plus belle. Il disait qu'il était difficile de répondre ; qu'il étail nécessaire de s^^expliqueFd abord sur ce qu'on entendait par la pluâ belle des batailles.. « Les j» miennes |. eontinuait-il ^ ne pouvaient- être ju.- » gées isolément. Elles. n'avaient point unité de » lieu , d'aetioH ^ d'intention. Elles n'étaient jar- » mais qu'une partie de très-vastes combinair- » sons. Elles ne devaient donc être jugées que » par leur résultat: Celle de Marenga^ si long- » temps indécise, avait donné toute rif^lie j celle » d*Utm avait vu disparaître toute une armée ; » celle d'Iéna avait Kvré toute la monarchie prus- » sienne; celle de Friedland avait ouvert l'em- » pire russe ; celle d'Ekmùlh avait décidé de toute » une guerre , etc. , etc.
(Août 1816) DE SAINTE-HÉLÈNE. 85
» Celle tie la Moskowa, disait-il, était une de » celles où Ton avait déployé le plus de mérite , » et obtenu le moins de résultats.
» Celle de -Waterloo y où tout avait manqué, n quand tout avait réussi, eût sauvé la France et » réassis TEurope f etc. > etc. » '
M°' de IVîontholon ayant demandé quelles étaient les meilleures troupes: «Celles qui gagnent » des batailles ^ Madame, a répondu l'Empereur. » Et puis , a-t-il ajouté , elles 'son't capricieuses » et jsourn aliènes comme vous, Mesdames. Les » meilleures troupes ont été Jes Carthaginois, » sous Annibal} les Romains ^ sous tes Scipions; » les Macédoniens^ sous Alexandre; les Prussiens ^ » sous Frédéric. » Toutefois, il croyait bien, di- » sait-il, pouvoir affirmer que les Français étaient » ceux qu'il ^tait le plus facile de rendre et de » maintenir les meilleures.
• » Avec ma garde complète de quarante à cin- » quante mille hommes , je me serais fait fort de » traverser toute l'Europe. On pourra peut-être » reprdduirç quelque chose qui vaille mon armée » d'Italie et celle d'Austerlitz ; mais, à coup sûr, » jamais rien qui les surpasse. »
%{y MÉMORIAL (Août 1816)
L'Empereur y qui s'était arrêté long-temps sur ce sujet qui lui était cher, reyenaut tout à coup^ a demandé quelle heure il était, — Onze heures» a-t-on dit — < Hé bien ! a-t-il repris^ en se le- » yant , nous ayons le mérite d'ayoir gagné notre » soirée sans le secours de la tragédie ni de la » comédie. »
Jeudi 29.
Mathîlde de A|"^ Cottîn, etc. — Paa ua Français que Napoléoa n'eut remué. -:-D^$aix et Napoléon à Marengo. — Sidney-Smith. ♦— Cause involontaire du retour du général Bonaparte en France; historique de ce yoyage. — Exemples bien bizarres de la Fortune.
Sur les deux heures , TEmpereur m'a fait appeler dans sa chambre^ et m'a donné quelques^ ordres particuliers •.,..•.• .^
 quatre heures j'ai été le retrouyer sous l» tente ; il était entouré de tous, assis et se balançant sur une chaise, riant, causant, se battant les flancs pour être gai , et répétant néahmoins souyent qu'iji se ^entait mou, lâche, ennuyé. Il s'est leyé et a fait un tour en calèche»
(Août 1816) DE SAINTE-HÉLÈNE. 87
Après dîner y Ton parlait de roman; on citait M"" Cottîn et sa Matbilde, dont le théâtre est en Syrie. L'Empereur demandait s'il avait vu M™* Cottin, si elle Taimait, si son ouvrage lui était favorable; et comme on hésitait.. « D'ail- » leurs , a-t-il dit, tout le monde m'a aimé et m'^ » hai ; chacun m'a pris , laissé et repris* Je croisi » qu'on peut affirmer qu'il n'est point un Fran- » çais que je n'aie remué. Tous m ont aimé, de^ » puis Collot-^'Herbois, s'il avait vécu, jusqu'au » Prince de Condé; seulement cela n'a pas été • en ipême temps, mais p^r intervalle et à des » époques différentes. J'étais le soleil qui par- » court l'écliptique en traversant l'équateur. A » mesure que j'arriYai9 dans le climat de chacun, B toutes les espérances s'ouvraient, on me bénis* » sait, on m^adorait; mais dès que j'en sortais, » quand on ne me comprenait plus , venaient » alors les sentimens contraires, etc. »
Plus tard, la conversation s'est arrêtée sur l'Egypte. L'Empereur a répété beaucoup de choses sur Kléber et Desaix. Il n'hésitait pas à prononcer que Kléber était le meilleur officier de son année après Desaiz> et il a raconté plusieurs
88 MÉMORIAL (Âo&t 1816)
circonstances de sa vîe et de son caractère. Jusque là, disait Napoléon, il avait passé généralement pour insubordonné; mais il n'en laissa jamais rien soupçonner vis-à-vis du jeune général en chef, ce qui étonnait fort, observait l'Empereur, les officiers de ré tat-major, accoutumés à une tout autre allure dans Kléber. L'Empereur revenait à le blâmer extrêmement de la conduite qu'il avait te nue dès qu'il s'était trouvé généralissime en Egypte : il s'était ennuyé, disait -il, de la perspective d'une telle situation, et n'avait songé qu'à revenir en Europe, ce qui l'avait porté à écrire au Directoire une lettre des plus ridicules, pleine d'assertions fausses et absurdes, qui , par la plus bizarre des circonstances , et bien. assurément contre toute prévoyance de la part de Kléber, vint tomber précisément entre les mains de celui contre lequel elle était principalement dirigée : Napoléon venait de succéder au Directoire *. Desaîx arriva près du premier
* Le volume I" de la publication du comte de Montholoii renferme, page 68 et suivantes, précisément une partie de ces mêmes objets, dictés par Napoléon , la
(Août 181O) D£ SÀI]ST£*9ÉL£NK 89
Consul^ au inoipfnt d^ Marenso. Napoléon lui demandait cpiniueut il avait pi| signer la capitu** lation de TEgyptei car Tarméa^ lui obseirait-il^ était suffisante pour la garder. Nous ne devions pluà la perdre. — « Cela est vrai, répondait De- » saiz, et Tarmée était certainement assez nom- > breuse pour cela; mais le général en chef ne 9 voulait plus y demeurer. Or, le général en chef, » à cette distance 9 n'est pas un seul homme dans 1 Tannée, il en est la moitié, les trois quarts, » les cinq sixièmes. Il ne me restait donc qu'à » le déposséder; mais il était douteux que j'eusse » réussi , et puis c'eût été un crime ; car, en pareil » cas> le lot d'un soldat est d'obéir, je l'ai fait. » Desaîx à Marengo, aussitôt après son arrivée, reçut le commandement de la réserve. Sur la fib de la bataille , et au mUeu du plus grand désordre apparent. Napoléon, arrivant près de lui : «Eh i bien ! lui dit Desaix, nos affaires vont bien mal , 9 la bataille est perdue; je ne puis plus qu'assurer
biographie de Kléber, et sa fameuse lettre au Directoire, âveâ^ ù!ù grânà itombre d'obaerrations fort curieuses de Napoléon en regard.
^ MÉMORIAL (AoAt i8t6)
h la r«lraite, n'esl^e pa8?-^Bïen au contfaîre; > lui iKt !e Premter Consul; pour moi la fcataîflc
• n'a jamais été douteuse ; tout ce que vous voyei » tn désordre; à <iroite -et à gauche, marche ponr » se former sur votre <jueue ; ta batarBe est ga- ^ gnée. Poussez votre colonne en avant; vous » n'avefc qu% recueillir le fruit de la victoire, t
• Plt*i tard, l'Empereur a beaucoup parié ^é sir Sidney-Smitb. Il venait, disait-îl^, de Kre dans le Moniteur les pièces de fa convention d'El-Arisk, et observait que Sîdney-Smrth y avait mis beaucoup d'esprit , et s'y était montré honnête hômmre. Il avait embêté Kléber, dïsait-il, par tous les contes' qu'il était venu à bout de lui faire croîi*e. Mais quand le refus de ratififcation de la part de son goifvemement » arriva , Sîdney-Smîth' s'en montra fort mécontent, et employa beaucoup de loyauté vîs-i-vis de Tarmée françaisfe. t Après tout,
• dissftt l'Empereur , Sidney-Smith n'est point un » méchant homme, j'en prends aujourd'hui uïic » meilleure opinion, surtout d'après ce que je vois » chaque jour de ses confrères. »
Ce fut sir Sidaéy qui, en comrnumqùaat les journaux d'Europe, amena le départ de Napo-
(Aoûti8i6) DE SAINTE-^HÉLÈNE. ^i
l^oa^ et par conséquent le dénouem^t de bru* mare» Les Français rerenanC de' Saint * Jeand'Acre j ignoraient tout à £ût ce qui s'était passé ea Europe depuis plusieui^ mois. Napoléon, aride d'appféndre quelques nouvelles, envoya. un ^ar*ieinentairQ à bord de l'Amiral turc, sous pcételtè^ de traiter des prisonniers qu'il Tenait de faire à Abouldr, se doutant bien que ce parlementaire serait arrêté par sir Sidney-Smith, qui mettait le plus grand soin à empêcher toute relation directe entre les Français et les Turcs. En effets le padementaire français reçut de sir Sidney*$milAL l'intimation de monter à son boifyl , et tout en* le comblant de bons tr^temens, sir Sidney^-Smid», acquérant la certitude que les désastres dltalîe étaient inconnus à Napoléon, se fit u& malin plai- ^ tte lui envoyer une suite de journaux*
Napoléon passa la nuit dans sa tente à dévorer ceci papiers, et résolut à l'instant sjême de passer en Europe, pour remédier, s'il en était tenips, aux maux de la patrie et la sauver.
L'amiral Ganthaume, <pii avait ramené Napdléon d'Égyi^ sur là frégate le Muiran^ m'a souvent raconté ison voyage. Cet officier était
9S MÉMORIAL (Août 1816)
' toujours demeuré au tjuartier-^néral depuis la déslmiction de la flotte àAboukirJlme disait que peu de temps après le retour de Syrie, et immé« diatement après une communication avec Tescadre anglaise, le général en chef le fit venir, et lui donna l'ordre d aller en toute hâte à Alexandrie ; d'y armer, avec mystère, et avec toute lacél^ité possible, une des frégates. vénitiennes qui s'y trouvaient, et de le prévenir aussitôt qu'elle >èrl»t prête.
• Ce moknent arrivé, le général en chef, qui faî- ^t une tournée d'inspection, se rendit sm* une pl&ge non fréquentée , avec un escadron de ses -guides ; des canots s'y trouvèrent pour les recevoir^ et les conduisirent à la frégate, qu'ils ga-* giièrent,^ en évitant de passer par Alexandrie.
On appareilla le soir même , afin d'avoir disparu au jour devant les croiseurs anglais, et leur flotte mouillée à Âboukir. Malheureusement le c^Imé survint quV>n était encore en vue des cotés, et que du haUt des mâts, on pouvait distinguer -les vaisseaux anglais au mouillage.
^Bans cette situation , l'inquiétude fatgram^e ; ^ en proposa lûème. de rentrer à Ali&xandrie ; mais
(Ao6it8i6) DE SAINTE-HÉLÈNE. ^
Napoléon s^ opposa. Les dés étaient jetés^ et bientôt on fut assez heureux pour se trouver tout à fait au large.
La traversée fut fort longue et très-défavorable; on s'effraja souvent des Anglais : personne ne connaissait les intentions du général , chacun fei* sait sa conjecture; on était fort agité : Napoléon seul' paraissait ûalme et tranquille , renfermé la plus grande partie du jour dans sa chambre, ou il lisait, dit Ganthaume, ioMôt la Bible, tantôt VAlcaran. S'il paraissait sur le pont, c'était de l'air le plus gai, le plus libre, et causant des choses les plus indifférentes*
Le général Menou était le dernier auquel, Na-* poléon eut parlé sur le rivage , et Ton a su plus tard qu'il lui avait dit : » Mon cher, tenez-vous » bien vous autres ici , si j'ai le bonheur de mettre » le pied en France, le règne du bavardage est » fini. » 4 .
Le sentiment de Napoléon sur nos désastres, après la lecture des papiers fournis par sir Sid« ney-Smith, était tel, qu'il ne 4outait pas .que l'ennemi n'eût franchi les Alpes, et n'occupât déjà plusieurs de nos départemens méridionaux. Ailssi^
^4 MÉMORIAL (Août 1816)
<piaiid on approcha d'Europe , fit-il gouverner ior CoUioure et le Port^Yendre , d^uiis le fond du golfe de Lyon. Un coup de vent l'en repoussa, tt le fit rabattre sur la Corse. Alws on ente>a à Ajaceio , où l'on se proeura les nouvelles.
- Gaathaume me disait avoir vu là la maison de lunille, le salon patrimonial de Napoléon.
La célébrité du compatriote^ a)outait-41, avait mis aussitôt toute 1 île en mouvement ; il pleuvait une nuée de cousins^ la rue en était pleine y eoc€Hnbrée<
£n remettant k la voile, on gouverna eette fois vers Marseille et Toulon ; mais au moment d'àborder, en se crut encore perdu. Sur le fianc l^che du 'vaisseau, lors du coucher du soleil, el précisément dans ses rajens, on compta jusqu'à trente voiles qui arrivaient vent arrière. Gan- IhauQ^e, dans son effroi, proposa au général d'ar- ^ mer le grand canot de la frégate de ses meilleurs matelots, et d'essayer, à la faveur de la nuit, de gagner la terre de sa personne. Napoléon s'y reftisa , observant qu'il serait toujours temps de pirendrf ce parti , et commanda de continuer la route comme si de rien n'était. Cependant la
(Août 1816) DU SAPNTl^HKLÈiNE. 9^
Quit s'éfàit faite., et plus tard l'on entendit le9 QOUfSi de caAipn , signaux de lennemi; mais ai^ loin et de Tarrière , preuve évidente qu'on n'ea avait pas étë aperçu. Au. jour ^ on mouilla dans Fréjus. On sait le reste.
L'Empereur a fini la soirée en citant trois exemples bien bizarres de fortujae arrivés ver;§ ces mêmes parages, et à peu près dans les mêmes temps.
Un caporal, déserteur d'ua dçs régimens de Tannée d'Egypte , <}ui s'était mia dans les Ma-* meloucks y est devenu Bey. Il a écrit depi^s à son ancien général. *
Une grosse vivandière de l'armée est devenue farorite du pacha de Jérusalem : elle ne savait l^oint écrire, mais» elle a fait fairet des compH^ mens , et ^assurer qu'elle n'odbJîecaU jaoïais sa aatioa,et protégerait toujours les Français et les chirétiens. « C'était,, disait l'Empeçeur, la Zaïre » du jour. »
Snfixi, une j^ime paysaiw^du cap Corse, saisie dans i|n bateau pêcheur par des barbaresques, a été gpu^^erner le souverain de Maroc. L'Empereur , aprèâ quelques communications des re-
06 MÉMORIAL (Aoati8i6)
lations extérieures , wfaki, diâàiWty fait venir de Corse à Paris le frère de cette paysanne, Tayait tant soit peu décrassé, nippé convenablement , et Tarait envoyé à sa s<pur ; mais il n'en avait jamsds entendu reparler depuis.
L'Empereur s'est retiré tard : il avait causé plus de trois heures.
Vendredi 3o.
Sur les quatre heures j'ai été joindre l'Empereur. U venait de travailler sous la tente. Le Gouverneur avait répondu aux différentes lettres dictées par l'Empereur à M. de Montholon.
A la première , contenant la protestation contre le traité du deux août, et une foule de griefs, il n'a trouvé d'autres réponses, que de demander quelle lettre il nous avait retenue. Nous ne pouvions le lui dire précisément , puisque nous ne les avions jamais vues. C'était nous qui le lui demandions ; lui seul le savait.
Quant à la seconde lettre , qui portait que l'Empereur ne recevrait plus jamais personne que par les passes du Grand-Maréchal, comme au temps de l'amiral Cockburn,le Gouverneur a. ré-
CAoAi 1816) DE SAINTE-HÉLÈNE. 97
pondu qu'il était fâcbé que W général Éonaparte se trduvèt importuné de vîéîtés indiiscrètes à Longwood, et qu'il allait s'empresser d y remédier; ironie révoltante et sans nom dans la position où se trouve FEmperéur, et le sens dans leqael lui avait écrit M« de Montholon!
Après le dîner, l'Empereur a gagné le salon , et nous a fait asseoir autour de la même table , en séance académique, disait-iL U s'est mis à dicter quelques objets , qu'il a rejetés après leur lecture , et la conversation alors a repris et s'est fort prolongée, partie sérieuse, partie gaiewU était près d'une heure quand l'Empereur s'est retiré. Depuis quelque temps nous veillons plus que de coutume-: c'est bon signe, l'Empereur est mieux portant , plus gai , plus causant*
Samedi 3i.
Doutes historiques; le duc d'Orléans régebt ; U** de MaintenoD ; son mariage avec Louis XIV*
L'Empereur s'est l#vé de très-bonne heure»
Il a fait le tour du parc tout seul. A son retour, ne voulant, disait-il, faire réveiller personne,^ il avait saisi mon fils, qu'il avait trouvé debout ,
9« NlIllOaiAL (août 181&)
et lui a dicté deux heures 9011» la tente. Nou$ aTOBS tou$> déjeuné arec lui ; puis est y^au la pr(h oaeaadQ eacalèche* Durant la^ course l'Empereur pad^ 4e douter bis^iques t ap^ès plusieurs cita4ioB& assea curieuses , il a conclu par une cir« constance personnelle ai| RégeAU < Si Loiui$ XY »4tlit mort eniEsiint^ disait-il, et ri^n n'était si » pos^iUe, qui eût douté que le. duc d'Orléans «^i^'e^t-été )*0qip«U0noeur de tjE>iat^ ta uMtisoa
• royale? Qui eût.os4>ledé£endre2 U a £allu qu'un » enfant très^délicat survécut ^^ pour qu'on pûl » sur ce pcMotreadre }i|4tice à œ Prince, j^ L'Ed3î pereur : alors MTenaît sur, te caractère du duc d'Orléans, et surtout sur; sei^ torts» dans Tafiairç 4(06 princes légiiîiaes^. « U s'y était dégradé, ré^ » pétait-IH et ce n'est pas que la cause de ceux* » ci ne fût mauvaise : Louis XIV usurpait un droit » en les appelant à la succession. La nation, à » Kfextinctîon de la maison royale , rentre îndu- » bitablement dans ses droits : c'est à elle à choiisir. L'acte de Louis XIY n'était sans dpute »■ quWe erreur de sa? grande éléyatîo9 s il pepisait
• que tout ce qui sortait dj^ lui devait être gxand, » et il semblait se douter pourtant que tout le
(Ao&\ i8t6) DE SAINTE-HÉLÈNE. gr^
» monde ne penserait pas caimne luî; ear H aivait- » pris ses précautions pour affermir son Ofovrage ^ • en donnant sen filles natoreUes ma. princes de » son sang / et faisant épouser à ses bâtards dea » princesses de sa maison. Quant à la régenee , 1 il est bien sfir qu'elle rerenait de drottan duo » d'Orléans. Le testament de Louis XiV n'était » qtt^ane niaiserie : il yiélait nos lois fondamen-" » taies ; nous étions une monarchie , et il nous* » donnait une république pour régence, etc. m ^ De là, passant à M*"* de ^fkintehon, rEmpe*^
' reur lui trouTait une des carrières le» plus extra^ ordinaires; c'était la Bianea CapeHù ^ du temps,
' disait -il; moins romancière» saais aussi pas si amujsante. Et poursuivant ses doutes historiques^^
* Noble Vénitienne d'une grande beauté , dont la carrière et les aventures font une bîstotre toute romanesque et fort dramatique. Echappée de chez son père, errante à la suite d'ba jetme marchand âofeathi, plongée dans la. plus proibftde. misera, elle deyient Grande-Duchesse de Toscane; et, dans cette situation , s'empoisonne froidement à tablé, d'embarras et de dépit de vQλ 4M \^m% l^.CrrfM94^0^9 fi^^rvi^d'w flatefl»-) poisonné qu'elle avait préparé contre son beau-frère, le cardinal de Médicis, lequel avait persiste de s'en abstenir par défiance.
loo MÉBIORIAL (Sept. 1816}
il ne revenait pas du mystère de son mariage» Il était parfois tenté de le regarder comme ua problème '9 malgré tout ce qu'en ataient dit les mémoires du temps.
« Le fait est 9 observait-il, qu'il n'existe et n'a » jamais existé aucune preuve officielle et au- » thentique. Or^ quel pouvait être le motif de » Louis XIV, de tenir cette mesure si strictement «secrète pour son temps et pour l'avenir; ou » comment la famille des JNosdUes, parente de » M"* de Maintenon, n'a-t-elle jamais rien laissé • percer à cet égard, surtout encore ]JI"* de » Mfiintenon ayant survécu à Louis XIY, tetc» »
L'Empereur se sentant fatigué, s'est retiré aujourd'hui de bonne heure : il paraissait souffrant, triste, abattu.
Dimanche i Septembre.
Les minimes, etc. t- M. Daru; anecdote. — . Perure» fanées de Sainte-Hélène.
Sur les trois heures , l'Empereur est sorti : il disait avoir été mou, dégoûté toute la jouHtée, pesante Nous avions tous été de même : c'était le temps. Nous avons gagné la grande allée du
f Sept. i8i6) DE SAINTE^ÉLÈNE. lot
bois^ tandis qu ou attelait la calèche. Rendus à l'extrémité, la pluie est survenue : elleta été assez forte pour que l'Empereur fût obligé de cher-* cher un abri au {»ed d'un arbre à gomme, ce qui n'était pas d'un grand secours, vu le peu de feuillage de cet arbuste* La calèche est accourue nous prendre. Nous revenions au galop , quand nous avons aperça le Gouverneur qui arrivait de son côté. L'Empereur a aussitôt ordonné de tourner, disant que de deux maux il fallak savoir choisir, le moindre; et nous avons fait deût tours au grandissime galop, en dépit de l'orage et de la plqie; mais nous ayons échappé sir Bvid*^ son Lowe,^ c'était encore un gain.
.Avant le dîner j l'Empereur dans sa chambre passait en revue les personnes qui l'avaient servi dans sa maison, au Conseil d'Etat, dans les minis- , tères. Il a dit de M. Daru, que c'était un homme d'ane extrême probité, sûr et grarfd travailleur. A la retraite.de Moscow, la fermeté'de M. Daru s'était fait particulièrement remfar^ier; et depuis^ l'Empereur répétait sourant qu'au travail du bioeuf il Joignai^t le coiBrs^e.dulion.
Le travail semblait l'élément de M. Daru , il
tos ^ MÉUORIIL (Sept. 1816)
wmà toii|oiin teaqpli tous ses iasf ans ; û bien qu€ fttOBd 9 fut dei€na namistre seerëtaire d'Eua^ quelqu'un le .plaignant de l'immensité de tranrûl qvL devait l'absorber désormais : « Bien au con-^ • traire, répondit-* il plaisamment, c'est depuis « mes nourelles fonctionsi» qu'il me semble n'a* » voir plus riea à faire. » Il s'y trouva pourtant jpns une fois; L'£mperenr Tarant demandé après minuit pour travailler^ M. Dam était tellement accablé de fatigue, qu'il savait à peine ce qu'il écrivait, et que, la nature l'emportant, il s'endormit sur son papier^ Après un sommeil profond, venant à rouvrir les yeux, quel fut son saisissement d'apercevoir l'Empereur travaillant trantpiillement à ses côtés. L'état des bougies l'avertissait assez que son absence devait avoir été longue. Âttéré, confondu, ses yeux incertains vinrent rencontrer ceux de l'Empereur, qui lui 4it : « lËh bien oui , Monsieur , vous me voyez » faisant votre travail, puisque vous n'avez pas » voiilu le faire. J'ai pensé que vous aviez bieai » soupé, passé une bonne soirée; mais encore » faudrait^il que le travail n^eii souffrit poifit.— • Ah l Sire ^ lui dit alors M. Dairu , moi avoir passé
(Sept. 1816) DB SAINTE-^BÉLÈNE. * ^ iù5 » uneboûoe soirée! Voilà piodeiirs nuil&i>lan«bes » que je passe au trarail, et Votre Majesté tk&t » d'en Toîr la triste conséquence, qui Hd'af- • flige crHellemenL — Eh ! que ne »e disîet^ » vous cela 3, lui dit l'Ë&pereur , je n'ai point «b- » vi^ de TOUS tuer; alless voua coucher : bonne » n^ît, Monisieur Daru. » Voilà Certes uti trait caractéristique et bien propre à détrotiaper deâ fausses idées dans lesquelles nous étions géné«ràlefiaent dànë ce temps-Jà sur le naturel intrâi*table de Napoléon. Msàs jé ne sais par quelle fatalité, je le répète sans cesse, les traits dé cette nature demeuraient perdus au milieu de nous, tandis que circulaient avec tant d'activité au con*traire les fables et les absurdités qui pouvaient lui être défavorables. Serait-ce que les courtisans réservaient pour le château seul leur courtisannerîe , et cherchaient un contre-poîds au-dehors dans une apparence d'oppositîoû et dlndépendauce ? Ce qu'il y a de certain , c'est qu'il en était ainsi, et que celui qui se serait complu à répéter ces traits dans les salons, se serait et^ tendu dire probablement qu'illes avait inventés.
io4 MÉMORIAL (Sept. iBiC)
pu y aurait passé pour un benêt d'avoir pu les croire.
Le Grand-Maréchal et sa femme sont venus dîner comme de coutume : c'était leur jour ; ils venaient tous les dimanches.
Durant le dîner , TEmpereur plaisantait sur la parure fanée de ces dames. Ce serait bientôt) disait-il , celle de ces vieilles avares qui se pourvoient chez les rerendeuses. Ce n'était plus la fraîcheur ni l'élégance des Leroi , des Despeaux^ des Herbault. Ces dames demandaient de l'indulgence pour Sainte-Hélène. Les maris rappelaient à l'Empereur combien il était difficile pour elles aux Tuileries. C'était le fléau, disait-on, la ruine des ménages. L'Empereur riait , il n'en convenait point. « Cela avait été imaginé par ces » dames, disait-il, comme prétexte ou justi&ca- » tion auprès de leurs maris; » De là on s'est étendu sur notre luxe ici. L'Empereur a dit qu'il avait commandé à Marchand de lui, fair^ porter l'habit de chasse qu'il avait en ce moment ^ jusqu'à extinction ; et certes il est déjà bien avance
Avant et après le dîner , l'Empereur a fait
(Sept, 1816) DE SAINTE-IIÉLKNE. io5
quelques parties d'échecs : il était ennuyé , décousu , nerveux ; il s'est retiré de bonne heure.
Lundi 2.
Campagne de Saxe, ou de i8i3. — Violente sortie de Napoléon. — Réflexions; analyse. -^Bataille de Liitzen , Wurlchen. — Négociations. — Batailles de Dresde; de Leipsick; de Hanau, etc., etc.
Il y a eu aujourd'hui courses de chevaux au camp : un de nous y a assisté.
L'Empereur est sorti assez tard, et a voulu aller gagner la calèche à pied. Le vent était très-fort; îl a renoncé à sa course, et s'est réfugié sous la tente ; mais il ne s'y est pas bien trouvé encore, lî a été dans sa bibliothèque, y a pris les lettres de M™* de Châteauroux , et a parcouru l'expédition de Bohème , analysé le maréchal de Belle-Isle, etc. , etc. Il a essayé ensuite de nouveau quelques tours dans le jardin ; Hiais il est rentré presque aussitôt, et je l'ai suivi dans sa chambre.
Prenant alors un ouvrage qui traitait de nos dernières campagnes, il l'a parcouru quelque^ temps, puis l'a jeté, disant : « C'est une véritable 6. 7
]r.G MÊMOniÂL <Sept. 1816)
» rapsodic, un tissu de contresens et d'absur- » dites. » SWrètant alors sur ce sujet de conver^ satioo , il a causé longuement sur la trop fameuse campagne de Saxe. Ses observations ont été principalement morales , peu ou point militaires. Voici ce que j'en ai recueilli de plus saillant. « Cette mémorable campagne , disait-il , » sera le Jrîomphe du courage inné dans la Jeu- » nesse française ; celui de Tintrigue et de las- » tuce dans la diplomatie anglaise ; celui de l'es- » prit chez les Russes; celui de l'impudeur dans » le cabinet autrichien : elle marquera l'époque » de la désorganisation des sociétés politiques, » celle de la grande séparation des peuples avec f leurs spuveraias; enfia la flétrissure des pref mières vertus militaires : la fidélité, la loyauté, ^ l'honneur. On aura beau écrire, commeater, » mentir, supposer, il faudra toujours en arrivai ver à ce hideux et triste résultat ; et le temps » en déroulera la vérité et les conséquences !
» Mais ce qu'il y a de bien remarquable ici, « c'est que les infamies au fond demeurent étran- # gères aux Rois , aux soldats et aux peuples, i» Elles ne scmt l'ouvrage que de quelques tia^ri-
(Sept. 1816) DK SAÎNTE-UÈLfeNE. 107
gans à épée, de quelques casse-cou politiques, qui , sous le spécieux prétexte de secouer le joug de Tétranger , et de reprendre Tindépendance nationale, n'ont au fait que rendu et livré sciemment leurs maîtres particuliers à des cabinets rivaux et convoiteurs. Les vrais résultats ne se sont pas fait long-temps attendre : le roi de Saxe y a perdu la moitié de ses États ; le roî de Bavière s'est vu forcé à des restitutions bien précieuses. Qu'importait aux traitées? Ils tenaient leurs récompenses, leurs richesses. Et -ce sont les cœurs les plus droits , les âmes les plus innocentes qui présentent le spectacle solennel des plus grands châtimens. C^est un roi de Saxe , le plus honnête homme qui ait jamais tenu un sceptre , qu'on dépouille de la moitié de* ses provinces ; c'est un roi de Dûnnemarck, si fidèle à tous ses engagemens, dont on saisit une couronne ! Voilà pourtant ce qu'ils ont prétendu le retour à la morale, sou
triomphe! Et voilà la justice distributive
d'ici bas L..
» Du reste, j'aime à le répéter pour iTionneur » de rbumanité , et môme des trônes, au milieu
io8 MÉMORIAL (Sept. 1816)
i> de tant d'infamies, jamais ne se trouvèrent plus ». de vertus. Je n'eus pas un instant à me plaindre » de la personne indÎTÎduelle des princes mes » alliés ; le - bon roi de Saxe me demeura Fiji dèle jusqu'à extinction ; le roi de Bavière me n. fit loyalement prévenir qu'il n'était plus le »i maître; la générosité du roi de Wîrtemberg ». se fit particulièrement remarquer ; le prince * de Bade ne céda qu'à la forcé , et au dernier » instant. Tous, je leur dois cette justice, m'a- ».vertirent à temps, afin que je pusse megaran* « tir de l'orage. Mais, d'un autre côté , que d'à- » bominations dans les subalternes !... Les fastes » militaires se dessouilleront-ils jamais de l'acte ». des Saxons , se retournant dans nos rangs pour » nous égorger fil est demeuré proverbe chez les » soldats : Savonner ^ parmi eux , veut dire à pré-» » sent une troupe qui en assassine une autre. » Et, pour comble de douleur, c'est un Fran- 9.çais,un homme à qui le sang français à pro- » curé une couronna, un nourrisson de la France, » qui nous porte le coup de grâce. Grand Dieu !. .. . » Et ce qu'il y avait de pire dans ma situa- » j^on , ce qui comblait mon supplice , c'est que
(Sepl. >8i6) DE SMNTE-HÉ^LÈNE. iol|
» je voyais^ clairemeùt arriver Theure décisive. »» L'étoile pâlissait, je.seatais les^rénes m'éohap- » per, et je n y pouvais rien. Un coup 'de tpn- » nerrie pouvait seul nous sauver, car traiter, » conclure^ c'était se livrer en sot à renncmi. Je » le voyais, distinctement ; et là suite a suffisant-^ » ment prouvé que je ne me trompais poinL^ 11 » ne restait donc qu'à combattre; et chaque jour, » par une fatalité ou une aiitre, nos chances di* » minuaient. Les mauv aisée intentions commen- » çaient.à se glisser parmi nous; la fatigue, le » découragement gagnaient le grand nombre $.
* mes lieutenans devenaient mous, gauches, ma- » ladroits et conséquemment 'malheureux ; ce
• n'était plus là les hommes du début de notre » révolution, ni ceux de mes beaux momens; » Plusieurs ont osé répondre à cela, m'assui*e-^ » t^on, que c'est qu'au commencement on se bat- » tait pour la république , pour la patrie ; tandis » qu'à la fin on ne se battait plus que pour un » seul homme,. ses seuls intérêts, son insatiable 9 aplbition , etc. , etc. , etc.
- » Indigne subterfuge!.... £t qu'on demande 1 à ceVte immensité de jeunes et braves soldats,
iio MAaOIUAL (Sept. i8i«]
» à eélte foule (Toflioien intersiédiaires» s'il leur j rlnt yaoïaîs l'idée d'un semblable calcul , si » )amaîs ils rirent autre chose devant eux (jae » Tennemi ; en arrière , qne Thonneur, la gloire, » le triomphe de la France? Aussi ceux» là ne » s'étaient^ils jamais mieux battus L... Pourquoi w dissimuler? pouvqfuoi ne pas le dire franche- » ménl? he rrai est qu'en gênerai les hauts » généraux n'en voulai^it plus; c'est que je les jf avais gorgés de trop de considération , de trop » d'bonneiurs, de trop de richesses. Hs avaient » bu à k coupe des jouissances ^ et désormais » lis ne demandaient que dn repos : ils Teussent » acheté à tout prix. Le feu sacré s'éteignait : » ils eussent voulu être dfis mwéchaux de Louis • XV. » Si les paroles ci -dessus avaient besoiû de commentaire ; si le sens demeurait , ainsi que dans tant d'autres parties dé mon journal , en quelque chose incomplet, que l'on ne m'en demande pas davantage : j « recueilli ce qui se prononçait, je ne sais pas au-delà. J'ai déjà avetii maintes fois que quand l'Empereur causait, je ne me piermettais ni de questionner , ni de disserter sur l'ol^'et de ses récits. ToutdSois, je
(Sept. •Si6) DE SAIWïE-flÉLEîNE. m
pi*is ajouter louchant cette célèbre campagne de 1 8 1 3, 'i^ae , par divers fragmens de conrersations éparses de Napoléon que jd n'ai point tracés en leur place ^ j*aî pu me convaincre en effet qu'il éèak loin de s'abuser sur la crise qui menaçait la France , qu'il jugeait fort bien toute l'immensité^ du péril dont il se trouvait entouré <piand il otwpt la campagne. Dès son retour de Moscoir,'ll avait vu le danger, disait-il, et s'était appliqué à le conjurer. Dès cet instant même , it fut constamment décidé aux plus grands sa* cpîfioes ; mais le moment de lés proclamer lui semblait délicat, e^ c'est ce dernier point qui l'occupait surtout. Si sa puissance matérielle était grande^ observait-il , sa puissance d'opinion l'était bien davantage encore ; elle allait jusqu'à la magie : or il s'agissait de ne pas la perdre , et une fausse démarche , une parole gauche pronOBcée mal à propos, pouvaient détruire à jamais tout le prestige. . Une grande circonspection, une confiance extrême apparente dans ses forces lui étaient donc commandijes.. Il lui fallait surtout voir venir.
Sa grande faute,- son erreur fondamentale a
11!^ MÉIUOIUÂL (Sept. 1816)
été de croire toujours k ses adversaires autant de jagemenii et de connaissance de leurs vrais in* tirets qu'à lui-mêmo. Il soupçonnait bien l'Autriche dès le principe, disait— il, de chercher à profiter du mauvais pas où il se trouvait engagé, pour lui arracher de grands avantages,, et il y était au fond tout à fait décidé ;. mais il ne pouvait se persuader quïl y eut assez <j|^veu> glement dans le monarque, assez de trijnson dans .ses meneurs pour vouloir l'abattre tout à fait, Jui, Napoléon , et livrer par là leiir propre pays à la merci de la toute-puissaneé , non contrôlée désormais , de la Russie. L'Empereur faisait le même raisonnen>enl à l'égard de la confédération du Rhin , qui pouvait bien , conve^ nait-il, avoir à se plaindre de lui, peut-être; mais qui devait cependant redouter bien davan^ tage encore de retomber sous la sojjétion de TAulriche et de la Prusse. La Prusse elle-même, dans la pensée de JNapoléqn, ne se trouvait pas en dehors de ces raisonnemens : elle ne pouvait, selon lui, vouloir détruire tout à fait un contrepoids nécessaire à son indépendance, à son exis-' tence même. Ainsi Napoléon, admettait bien de
(Sept. i8i6) DE SAINTE-HÉLÈNE. j i3
la haine daos ses ennemis, et de rhumeùr/.dè la malveillance peut-être chez ses .alliés ; maier il ne pouvait supposer «lux uns ni aux autresi le désir ^de le détruire tout à fait, tant il.se sen-? tait nécessaire à tous; et il marchait en CQn^-? quence. ;
Voilà ridée dominante de Napoléon dans, toute cette grande circonstance. Elle est la clef cons* tante de sa conduite jusqu'au dernier moment» à celui même de sa chute. Il ne faut pas la perdre de vue , elle explique bien des choses, peut-être tout; son attitude hostile, ses paroles fièresy ses refus de conclure, sa détermination de corn-»battre , etc. , etc^..» <r
S'il avait des succès, disait -il, il ferait dès^ lors des sacriûces avec honneur, et la paix avec gloire; les prestiges de sa supériorité. demeur reraient intacts. S'il éprouvait, au contraire,. de trop grands revers, il serait, toujours alors. temps d'effectuer ses sacrifices; et l'intérêt vital de l'Autriche, celui des vrais. Allemands était là pour le*soutenir de leurs armes ou de leux^ diplomatie^ tant il les supj^osait imbus , ainsi qu'il l'était lui-même, que son existence politique.
ti4 MÉMORIAL (Se^l. i«>6}
éUtt dbwhimeBl m<lîsp«asable à la fitraclure , au repm ^ à k $meié de l'Europe. Héia»! ce
^ dont îl pouvait douter fut ce qui lui réussit: h^ victoire lui demeura fidèle; «les premiers sueces flonl surpreuffiBS , admirables; lirais ce q<if kii semblait infaillible fut précisément ce <|i»i kit ttmi^qita : ses alliés naturels le trabkcnt et le
' précipitèrent.
• A fappui de ce qoe je viens de dire> et peur lameilleut^ iolelligeoce des paroles pronçneéeé plus baut par l'Empereur , je vais rassembler icf un léger résumé des événemens et des actes de cette- fatale campagne* Aussi bien dans le temp^ nous ne connûmes guère en France que ses ré* suhats; les bulletins nous disaient fort peu de éboses, et nous ne recevions aucune publication étrangère ; et puis d'ailleurs ,/il y U si longtemps, tant d'autres grandes circonstances sont survenues, que ces détails ne sauraient être anjîtmrd'bui bien présens môme à ceux qui les avaient sus ; les voici donc dans leur ordre pÈflrOûotegî^ue.
Je pinse ce résumé dans un ouvrage de M. de Monivéfw y publié en 1 820.
(9ept. i8i6) D£ SÀIllïE-HÉfcÈNE. %ii
Celte prodaetioB , locit; réoewmmM écrile ^ porté le caractère d'un très-grand sein 4aiis la recherche des pièces officielles et des docimieiis authentiques. L'auteur s -est aidé de to«e se»de* vanciers. J'ai donc dû croire que c'était îadiir* bitabieitle&t ce qu'il j ayait de mieux^ L'écii^ ▼ain eût loia d'être favorable à Naporléoa; tottto* fois ou lui doit la justice de eonyenir qu^oiie grande impartialité à cet égard henore son C2h ractère , ea mémo temps qu'elle ajoute à loos les autres genres de mérite qui recommaadônt cet ouvrage*
Événemens: — «Le deux mai ^ Napoléon ouvre la campagne de Saxe par la victoire de Lutaeaa. Chose surprenante et d'un immortel honn,eur ! une armée toute nouvelle et sans cavalerie marche aux vieilles bandes russes et prussiennes; le génie du chef , la valeureuse jeunesse qu'il commande suppléent à tout. On n'avait point de cavalerie ; mais les masses d'infanterie s'avancent en carrés flanqués d'une immeilse artillerie, et les Vbîlà autant de forteresses mouvantes! Quatre - vingt - un mille fantassins français ou rhénans et quati^ mille cavaliers seulement
ii6 MÊMOniAL (Sept. 1816)
battent ôent sept mille Russes ou Prussiens, dont [rfus de vingt mille de cayalerie ! Alexandre et le roi de Prusse y étaient en personne , et leuivgarde célèbre n'a pu tenir contre nos jeunes conscrits.
Il en coûte aux ennemis dix-huit mille hom* mes;. mais notre perte est de douze mille, et notre manque de cavalerie nous prive des fruits habituels de nos victoires. Toutefois le résultat moral est immense. Le sentiment de nos soldats a repris sou ascendant, et la puissance d o* pinion revient toute à l'Empereur. Les alliés se retirent devant lui sans oser risquer une nouvelle bataille *.
* La victoire de Lutzen fut pour l'Empereur Iç inoment d'une perte sensible , celle du maréchal duc d'Istrie, le brave et loyal Ikbâlères, qui lui était si sincère-' mt'nt dévoué. Le digne Uoi de S^xe lui a fait élever un monument au lieu même où il fut frappé; et, par un bien glorieux rapprochement, il a été fait semblable à celai do G uMave- Adolphe, et se trouve non loin de celui-ci. Une simple pierre cntourrée de peupliers. Et cet exouiple, du reste, n'est pas le seul d'étrangers reiidaut à la mémoîre de nos braves un hommage négligé par les ualioaaux.
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Le neuf* — INàpoli^on rentre victorieux dans Dresde y ramenant le souverain , ce Roi de Saxe ^ que le sentiment de ses vrais intérêts,- que sa fidélité à ses engagemens en avaient fait sortie à l'approche de& alliés , dont il avait réfusé consr lamment toutes les propositions. .
Le vingt et un juin et le vingt-deux. — Napoléon triomphe de nouveau à Wurichen et à Bautzen.
Les alliés avaient choisi leur terrain ; les belles campagne^fe de Frédéric l'avaient rendu classique. Ils s'y étaient* retranchés , et se croyaient inexpugnables ; mais tout cède aux grandes vues, aux belles dispositions du général français , qui , en commençant le combat^ se déclaré' déjà sur de la victoire.
Les alliés perdent encore dix-huit ou vingt inille hoftiines, et ne tiennent plus ; ils se retirent en désordre. L'Empereur les poursuit. Il a déjà franchi la Lusace, traversé la Silésre; il est sur rOder. Alors, les alliés demandent une armistice pour traiter de la paix , et Napoléon ,* croyant tenir l'instant favorable , l'accorde.
Quatre juin. — Armistice de Pleissvitz si jdé-
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cisiM éaem Ik cause de nos malheurs , nœud fatal oà se rattachent toutes les chances et les destinées de la campagne.
• L'Empereur derait-il accorder cette armistice, ou poursuivre ses avantages? Ce put être à Finstant même un véritable problème , que le temps seul et les conséquences sî terribles pour nous nont résolu que phis tard. L*Empereur, victorieux, s'arrêta vîs-à-vîs d'ennemis abattus, auxquels il pouvait concéder désormais sans embarras : ses sacrifices ne seraient plus que de la. modération, L'Autriche, jusque là incertaine, frappée de nos succès, nous revenait. Napoléon pouvait donc raisonnablement se flatter de voir conclure une paix qu'il désirait, et il ne voulait pas compromettre une occasion aussi heureuse, au hasard d'un échec qui eût tout perdu, et qui pouvait d'autant plus avoir lieu , que son armée, était arrivée là en courant, et fort en désordre; que ses derrières étaient à découvert et parcourus par Tennemi ; et il se disait que larmistice, dans tous les cas j lui donnait les moyens de resserrer et de biao orgiiniser ses troupes 5 de nettoyer et d'as-
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surer ses commaaîealio&s avec 'la Erattee; qu'il recevrait d'immeases renforts, et se cl'éerait uiif cay alerte , etc.
Malbeurenseoiieal: , au rebours des combkiaî't «cas de VEmferem^, eette fatale annisliee ne fut avaûtageuse qu'à nos ennemis; elle se piroloiigea près de trois mois, et ne iservît qu'à organiser leur triomphe et notre destructionv L'Autriehe, en* core notre alliée, et qui, par une déception que l'histoire caractérisera ^ mettait ce titre à profit pour nous combattre avec plus d'avantage, ayant besoin d'un délai, l'obtînt. Les russes, qui attendaient une armée , la reçurent ; les Prussiens se doublèrent, les subsides anglais arrivèrent et Tarmée suédoise rejoignit. On remua les associations secrètes, on opéra le soulèvement de toute la population allemande, la défection des cabinets rhénans, la corruption des officiers alliés, etc* *
* Il y avait dans cet endroit et dans plusieurs autres du- même chapitre, divers passages relatifs à M. le général Jomini. Ils étalent exprin^s avec touta la sévéf Ué que la morale impose aux historiens. Le général s'est récrié avçc chaleur, désavouîint l'acte qui lui était imputé, et sur lequel, disait -il, j'avais ^ni être induit ëli eri'ettr
lao MÉMOllLVL (Sept. 1816)
L'Empereur a bien réconnu , par révénemenl , toutes les fautes de cette armistice , et qu'îl eût mieux fait de pousser obstinément en avant ; car s'il eût continué d'être heureux, les alliés, effrayés de se trouver séparés du secours de TAutriche, avec laquelle ils ne seraient plus entendus,
par des documens officiels, H est vrai, mais faux; invoquant, à cet égard, le témoignage de Napoléon même * récemment publié par M. de Montholon.
Me trouvant entièrement étranger à M, lé général Jomini ; n'ayant puisé au fait en cette occasion que dans des relations publiques ; ne m*étant exprimé qu'en mon privé nom sur un sujet sans relation aucune avec le caractère de Napoléon , unique but de Touvrage ; n'ayant autorité, ni mission pour être juge , mais tenant grand compte d'un désaveu honorable, et goûtant une sartisfaction intérieure à me croire dans le cas d'avoir à effacer, je l'ai fait.
'* Napoléon , parlant de ce général dans une dé ses notes sur un ou' Ynge publié en AUemasnè att sujet de la campagne de Saxe , dit r > Cest » à tort que Fauteur de ce livre attribue au général Jomini d'avoir porté » aux Alliés le secret des opérations de la campagne et la situation da » corps de Nej. Cet officier ne connaissait pas le plan de TEmpereur ; Tordre m du mouv*ement général qui était toujoui-s envoyé à chacun des Maréchaux, » ne lui afait pas été communiqué ; et, Teùt-il connu , TEmpereur ne Tac- » cuserait pas du crime qu'on lui impute. Il n*a pas trahi ses drapeaux » comme Piehegru et plusieurs antres. Il avait à se plaindre d'une grande » injustice ; U a été aveuglé par un sentiment honoi'able. Il n'était pas » Français ; l'amour de la patrie ne l'a pas retenu. » ( Mémoires de Napoléon , par le général comte Montholon , tome i , page 1 , Bossange frères 1 Paris, 18»».)
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coupés du Prince de Suède, demeuré en arrici^e, voyant les places de l'Oder débloquées , et la guerre reportée en Pologne, aux portes de Dant* zick, au milieu d'un peuple tout prêt à s'insurger en masse, les alliés se seraient infailliblement exé* eu tés, et auraient conclu. Qiie si nous eussions éprouvé un échec, les conséquence^ n'en pouvaient pas être plus fi^estes que ce qui est arriVé. Les sages calculs de l'Empereur le perdirent; ce qui lui sembla inconsidération, témérité, leût probablement sauvé.
Congrès de Prague , le vingt-neuf juillet. — Ouverture, après deux mois de difiicultés et d'incidens, du congrès, sous la médiation de l'Autriche, si touCe&is on peut donner le nom dQ congrès à une réunion où il ne se traita rien , et où l'un des deux partis était résolu d'avance qu'il en serait ainsi.
Le<médiateur et les adversaires étaient également nos ennemis, tous se présentaient d'accord contre nous, et avaient déjà arrêté la guerre. Mais pourquoi s'y présentaient-ils donc? C'est qu'il fallait à rAutricbe, par un reste de pudeur, un prétexte dans les débats, pour nous déclarer 6. 8
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la guerre y et <pe la Prusse et la Russie , de leur i^ôté, croyaieat devoir à ropinion de TEurope cette démoostration illusoire de leur désir et de leurs efforts pour la paix. Tous ensemble ne faisaient là que sceller le système de leurs machia« véliques combinaisons.
Le véritable congrès pour eux ne fut pas Tins»tant où on se réunit à PragiK ; mais bien les deux mois qui l'avaient précédé. Le temps nous a livré depuis les documens authentiques de leurs intrigues et de lents machinations, de leurs trsur lés, même durant cet intervalle. On y trouve en «ffet que l'armistice n'a été employéepar les amis appai^ns et les ennemis déclarés, qu'à cimenter "urtificieusement l'union qui devait renverser Na*poléôn , à créer ce triumvirat destiné à peser sur l'Europe qu'il prétendait délivrer.
L'autriche avait par intérêt retardé long-temps l'ouverture de ce congrès. Résolue de réparer ses pertes à tout prix, elle n'hésitait pas à sacrifier son honneur, pour mieux assurer son succès.
C'est sous le manteau même de l'amitié qu'elle masque sa perfidie. Se disant toujours notre alliée , empressée à nous complimenter à chaque
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nouveau triomphe , elle iasiste arec IVr du p^jus wi£ intérêt 9 pour être médiatrice ^ }ors même qu'elle est déjà eouvenue avec nos ennemis de faire cause commune avec eux. On Tacceptci; mais il lui fallait encore gagner du temps poi^r se trouver prête , et dès*lors, ce furent chaque jour des incidens nouyeaux^ traité$ avec la dernièjfe lentear. •
Daqs le principe elle ne s'était ofierte que comme*, médiatrice s mais changeant de ton à mesure qu'elle poussait ^é arméniens ^eUe parla ensuite d'être arbitre, de prononcer eptre les deux partis , laissant entrevoir qu'elle attendait de grands avantages des services qu elle pourrait rendre y etc^ Enfin , au bout de deux mois d armistice, quand elle se crut prête, et qae tout se trouva d'accor4 entre les coalisés, ils ou- Irrirent le congrès, non pour y traiter de la paix et ramener l'amitié, mais pour mettre leurs véritables jsentimens au grand jour, et insulter à visage découvert. Les Russes surtout s'y firent r^* marquer par un manque d'urbanité qui ne leyr était pw habituel. Ce n'étaient plus ces Kusses sollicitant anxieusesient une armistice après les
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déroutes de Lutzen^Wurçhen, Bautzen ; c'étaient les Russes se regardant désormais, et déjà devenus eni effet par Tesprit de leur diplomatie^ Faveuglement de leurs co-assocîés, leur position géographique , enfin par la force des choses, les dictateurs de TEurope, Qui Alexandre y envoiet-il pour traiter ? Précisément quelqu'un qui , par ses circonstances personnelles, et d'après les lois françaises, ne pouvait y paraître, un homme né Français. Certes il était difficile d'offrir un outrage plus personnel , plus direct ; et Napoléon le* dévora.
Dans de telles dispositions , le congrès ne. pouvait aller loin; aussi le peu de jours qu'il dura ne laissa voir de la part de nos ennemis, qu'une suite de notes plus ou moins acrimonieuses; et,
' de la part de l'Autriche , qu'une partialité révol-
■ tante.
Le dix août ; douze jours seulement après la réunion des négociateurs , les Russes et les Prussiens se retirèrent avec hduteur; et le surlendemain, l'Autriche, cette alliée fidèle, cette amie si obséquieuse, si dévouée, ^ui avait sollicité si vivement d'être notre médiatrice, notre
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arbitre^ qukte toat à coup ces titres pour nous . déclarer la guerre, sans autre intervalle de temps que celui de la signature de son manifeste, ténébreusement concerté depuis deux mois avec:
ses nouveaux alliés! ! 1 manifeste, da.reste, qui consacre la dégradation et la honte, en, ce qull avoue le sacrifice d'une archi-duchesse , par la nécessité de se plier en apparence à une alliance détestée. L'histoire prononce sur de tels actes. Toutefois, il est à crpire , pour l'honneur du trône et de la morale , que la plupart de> ces transactions , et surtout la véritable marche des aflaires demeurèrent inconnues à J'Empereur François, réputé en Europe le plus doux, le plus droit, le plus moral, le plus religieux des princes. Lé'fait est qu'il a été dit que beaucoup de cesactes se traitèrent à son insu , que d'autres lui furent présentés entièrement dénaturés. On doit en attribuer l'odieux à l'or britannique , à la finesse, de la diplomatie russe, aux passions de l'aristocratie autrichienne, excitées par la faction anglaise , qui remuait et dominait en cet instant toute l'Europe.
On se sépara avec une irritation réciproque
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eltrètne; alors l'Empereur s^exprimà dans les pièces officielles et publiques avec la plus grande force et le ton de la plus haute supériorité. C'était pour les peuples ; car il demeurait tellement maître de lui , que, bien que courant aux armes^ il n'en fit pas moins demander de reprendre les négociations , ce qui eut lieu à Prague. Il ne fkllait pas , pensaît-î! , se priver de communications constantes ; rthitriche devait être facile à détacher, si nous avions de grands succès; elle devait être facile à convaincre $i nous avions de trop grands revers. TeJ fut ce qu*oa appela le congrès de Prague.
• A présent, on se demandera peut-être % Napoléon a-t-il donc été dupé dans ce congrès et ses accessoires? Non, ou du moins! pas entièrement. S'il n'eût pas connaissance de tous les faits^ il tte douta jamais des intentions, ni des véritables sentimens.
Napoléon, dès l'instant de sa première victoire à Lutzen , avait proposé authentiquement un congrès général. C'était là, selon lui , la seule et unique manière de pouvoir traiter franchement du repos uriiveri^l , él assurer l'indépen-
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dance de la Fraace et la garantie du systèmç moderne* Toute autre voie de négociation ne lui semblait qu'un leurre ; .et si! sembla dévier de ce principe , en acceptant la médiation de TAu-triche et les conférences de Prague , c est qu'à mesure que le temps s*écoulait, les affaires s'étaient compliquées, La défaite de Yittoria^^ l'évacuation de l'Espagne , et l'esprit de la Fn^nce qui se détériorait ^ avaient empiré de beaucoup M2L situation, U^devii^ait bien qu^elIe serait l'issu^ de ces négociations ; mais il lui fallait gis^gner du temps à soi^ tour, attendre les événemens. Il ne s'abusait nullement sur le i:ôle de l'Autriche ; et y sans connaître précisément jusqu'à quel point elle pouvait porter la déception , il avait fort bien su démêler sa conduite tortueuse , ses lenteurs,, sa déi^ertnination. Il avait eu à Dresde mèine des conversations personnelles avec le premier négbciateur de cette puissance , qui s'était suffisamment laii^ pénétrer. L'Empereur lui ayant dit qu'il avait, après tout ^ huit cent mille Jiommes à présenter à ses ennemis, ie négociateur , disait-do » s'était empressé .d.'^jou^ ter : « Votre Majesté pourrait dire douz^ cent
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» mille ; car il ne tient qu'à elle de pouroii^ y » joindre tous les nôtres. » Mais à quel prix roo- Iait»on les faire acheter! il ne s'agissait de rien moins que de la restitution de Tlllyrie; de la cession du duché de Varsovie , de la frontière de rinn, etc., etc. « Et sur quoi, je vous prie, au- 9 rais-je pu compter davantage après tout cela, » disait l'Empereur? Accorder toutes ces choses, » n'était -ce pas se déconsidérer pour rien, et » fournir à l'Autriche les moyen« de nousde- » mander encore , ou de nous combattre ensuite ;» avec pltts d'avantages? » Et il reitenait toujours à penser que les vrais intérêts de TAutricho se trouvant étroitement liés à notre péril , nous la retrouverions plus sûfement par nos malheurs que nous ne l'attacherions par nosconcessions.il fut donc sourd à toutes les demandes ; mais il doutait si peu des engagemens déjà pris par l'Autriche avec nos ennemis, qu'il lui arriva, assuret-on, de dire, moitié gatté, moitié indignation, à son négociateur, qu'il traitait d'ailleurs avec une certaine familiarité ; « Ah ça, un tel,«com- » bien vous a-t-on payé pour cela? Avouez-moi » cela, à moi, etc. , etc.
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T4iKit ce, quil dut néanmoins en coûter à Napoléon en cette occasion ! k quelles épreuies se fut pas mise sa patience ! lui qu'on a tant accusé dans le temps de n'avoir pas voulu la paix!
« Quelles n'étaient pas mes ù-ibulations , disait- » il à ce sujet, de m^iftrouver tout seul à juger » de l'imminence du danger, et à y pourvoir ; de V me voir placé entre les coalisés, qui mena- » çaient notre existence, et l'esprit de Tinté- » rieur ^ qui, dans son aveuglement, semblait » faire cause commune avec eux; entre tios en- » nemis, qui s'apprêtaient à m'élouffer, et lesha- » rassemens de tous les miens, de mes ministres » même, qui me poussaientàme jeter dansles bras » de ces mêmes ennemis !.., et j'étais obligé de » faire bonne contenance dans une si gauche pos-« » ture, de répondre fiè;*ementauxuns, et de rem- • barrer avec dureté les autres, qui me créaient » des difficultés sur les derrières, entretenaient » la mauvaise pente de l'opinion au lieu de l'éolai- » rer, et laissaient le cri public me demander la » paix , lorsqu'ils eussent du convaincre chacun » que le seul moyen, de l'obtenir était de me » pousser ostensiblement à la guerre, » ;
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«Da reste> moa parti était priis^ j atteadais ■ les érénemens, biea résolu de ne pas me prè« » ter à des concessioas ou à des traités qui n'au^ » raient présenté qu'un replâtrage momentané » et d une conséquence inévitablement funeste* » Tout parti mitoyen m*étfit mortel ;âl n'était 9 de salut que dans la victoire qui me continue- » rait la puissance ^ ou dans la catastrophe qui » me rendrait des alliés^ etc» , etc. »
Je prie de s'arrêter sur cette dernière pensée, qufe j'ai déjà indiquée plus haut : peut-être trouvera-t-on que je m'y appesantis beaucoup ; mais c'est que je sens le besoin de la rendre intelligible; car bien que je la saisisse à merveille aujourd'hui, je fus long-temps à Longwood à la comprendre, tant elle me paraissait paradoxale et subtile.
c Quelle situation, continuait l'Empereur! Moi » qui voyais que la patrie, ses destinées, ses dpc- » trines, son avenir tenaient à ma seule personne! » — Hais,. Sire, me permis-je d'observer alors, » c'est bien atissi ce que chacun se disait, et » plitôieurs nuances de partis vous en faisaient le » reproche, ajoutant avec aigreur : Mais pour-
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quoi s*est-îl donc mis dans le cas de tout rattacher à sa senle personne ? — Accusation banale et vulgaire, a repris virement l'Empereur; cette situation n'était pas de mon choix; elle ne ve-^ nait pas ^e ma faute; elle était toute dans la nature et la force des circonstances , dans la lutte de deux ordres de choseâ opposés. Ceux qui s'exprimaient ainsi, s'ils étaient de bonne foi , auraient-ils mieux aimé se reporter avant brumaire, où la dissolution intérieure était complète, l'invasion de l'étranger certaine, la destruction de la France inévitable. A compter du jour où, adoptant l'unité, la concentration du pouvoir', qui seule pouvait nous sauver; à compter de l'instant où , coordonnant nos doc-^ trines, nos ressources, nos forces, qui nous créaient une nation immense , les destinées de la France ont reposé uniquement sur le ca-»
râctère, les mesures et la conscience de celui qu'elle avait revêtu de cette dictature accident telle; à compter de ce four, la chose publique, YÉtatj ce fut moi; ce mot, que j'avais prononcé pour ceux qui pouvaient me comprendre, a été fortement censuré par les esprits bornés et