‹ Mémorial de Sainte-Hélène (volume 5)Chapitre 5 sur 21 · moi, auquel il au-t · texte numérisé non relu

moi, auquel il au-t

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(Dec. i8i5) MÉMORIAL DE SAINTE-HÉLÈNE. 6t

' ▼ Enfin on a quitté Briars , on s'est mis en route pour Longwood. L'Empereur a monté Je eheval qu'on lufttvait fait venir du Cap : il. le voyait pour la première fois; il était petit, vif, assez siçentil. L'Empereur avait reprâ 'son' uniforme f des chasseurs de la garde; sa grâce et sa bonne m mine étaient particulièrement remarquables ce /m ' jour-là ; tout le monde en faisait Fob&ervatkm autour de nous, et je me^comphisais à l'entendre dire. L'Amiral lui prodiguait ses soins. Beaucoup de monde s'était réuni sur la roule pour le voir passer, et plusieurs officiers anglais, joints à J nous , grossissaient sa suite.

/ Pour se rendre de Briars à Longwood- on revient pendant quelque temps vers la ville, / puis tournant tout à coup à droite, on franchit, 9 à l'aide de trois ou quatre sinuosités, la chaîne '" qui forme un des côtés de la vallée; alors on se trouve sur un plateau un tant soit peu ascendant, et Ton découvre un nouvel horizon, de nouveaux sites. On laisse derrière soi la chaîne des montagnes pelées, et des rocs stériles qui caractérisent le côté du débarquement; on a en front une nouvelle chaîne transversale , dont

0» MÉWOKIAL (Dec. i8i5

le pie 4e Dôme «si le sommet 4e plu» élevé, ei même temps qu'il semble être la clef et le noyai de tout le système environnant; sur là gauche, qui est la partie orientale de l'île ou le coté d< Longwood, l'heriao* est fermé par la phaîw crevassée de rochers nus qui forment le contour tel la barrière de l'île; le sol se montre entier* ment eu désordre, inculte et désert : usais sur la droite l'œil plonge sur «m terrain âssea étendu, fort tourmenté il est vrai, niais du monte montrant de la *«durç , un assea grand noxubie d'habitations et toutes les tracer de Ja cplturo; de ce côté le tableau, il faut l'avouer, est tout à fait romantique et même ag*éab}e.

A/nstsure qu'on avance w «me route çp fort bon état» se creuse sur la gauche uue vallée parofoade. Au bout de deux mUles, la route fait brusquement un coude à gauche 9 à ee coude se trouve but 9 s*ga&e * mauvaise petite maison choir aie pour la demeure du Grand-Maréchal et 4e sa famille. A quelques pas de là , la vallée 4e gauche, qui va toujours, en se creusant, forme alors uji gouffre circulaire , auquel son étendue, âa< profondeur et spm ensemble gigantesque , ont

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fait donner 4e «on 4e JM*le~Pumh-du-Dwbiej la route étant fort rétréci© -en cet endroit par upe ^mineace à droite, on; se trouve obligé de prolonger à gauche et de très*>près v ce précipice jusqu'à ce qu'elle s'en détachepour atteindre Long* woed* qu'ôû rencontre bientôt sur la droite \ A k porte de Longwood «'est trouvé une garde sous les arme», rendant les honneurs prescrits à l'auguste Captif* Son cheval, vif 4 et indocile > peu aCcouttimé à tout ce spectacle et eflhyé par le tambour , se 'refusait obstinément à franchir le tfeuil s et ce n'est que par la force de l'épferOa que le cavalier est venu à bout de l'y lancer* et aloits aussi des regards significatifs se sont échangés involontairement entre ceux

* Ce serait pewé^êfre ici le lieu de placer la carte géographique qui a été promise; mais ayant été travaillée avec assez àe soin pour en foire une espèce de gravure , un a eu frdèe dé ne plus mettre dans lé Volume cette caitto, qui se trouverait gâtée par ses pli»; mais de la donner séparément, de manière à ce qu'on pût la faire encadrer , si on en avait la fantaisie.

ïl a été désèiriê aussi , et comme pendant à celte ciftè géographie, qdattê différentes vues ^e Sainte-Hélène, sous un même cadre, qu'on pSurra se procurer à volonté.

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qui formaient son escorte; et nous nous sommes trouvés enfin dans notre nouvelle demeure.

L'Amiral s'est empressé de tout montrer dans les plus petits détails'; il avait constamment tout dirigé, certains ouvrages étaient mêfne de ses mains. L'Jïmpereur a trouvé le tout trèsbien; l'Amiral s'en est montré des plus heureux; on voyait qu'il avait redouté te mauvaise huiûeur et le dédain; mais l'Empereur au contraire témoignait une bonté parfaite.

Il s'est retiré vers les six heures , et m'a fait signe de le suivre dans sa chambre. Il a parcouru alors divers petits meubles qui s'y trouvaient, s'informant si j'en avais autant; "sur la négative, il me les a fait emporter avec une grâce charmante, disant : t Prenez toujours; » pour moi je ne manquerai de rien, on me » soignera plus que vous. » Il se trouvait trèsfatigué ; il m'a demandé s'il n'en portait pas les traces. C'était le résultat de cinq mois d'un repos absolu : il avait beaucoup marché le matin , et venait de faire quelques milles à cheval.

Cette nouvelle demeure se trouvait garnie d'une baignoire que 1 Amiral était, venu à bout

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de faire exécuter, tant bien que mal, par ses charpentiers. L'Empereur, qui avait été privé de bains depuis la Malmaison , et pour qui ils étaient devenus une des nécessités de la vie , a voulu en prendre un dès l'instant même. Il m'a dit de lui tenir compagnie durant ce temps , et là il traçait les petits détails de notre établissement nouveau; et comme le local qu'on m'avait assigné était des plus mauvais, il a voulu que je m'établisse, durant le jour, dans ce qu'il a appelé son cabinet topographique, attenant à son propre cabinet. Le tout, disait-il, afin que je me trouvasse moins éloigné de lui. Tout cela était dît avec une bonté qui me pénétrait. Il la poussée même jusqu'à me dire , à plusieurs reprises, qu'il -fallait que je -vinsse le lendemain prendre aussi un bain dans sa baignoire ; et sur ce^que mon attitude s'en excusait par un respect profond et une retenue indispensable : « Mon * cher, a-t-il dit, en prison il faut savoir s'en- » tr'aider. Je ne saurais après tout occuper cette » machine tout le jour, et ce bain vous ferait » autant de bien qu'à moi. » On eût dit qu'il cherchait à me dédommager de ce que j'allais

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le perdre, de ce que je ne semis plusle «evl auprès de lui» En effet, tant de bonté nie dot> nait du bonheur 9 il est vrai; mais ce n'était pas sans quelque tristesse. Tout ce que faisait là l'Empereur était te prix de aaes assiduités de firiars, sans doute i mais cela m'annonçait ausff peut-être la £n de cette habitude jounaahtèrt que j'avais due à notre solitude profonde*

Après son bain , l'Empereur ne voulant pas *e rhabiller , a dîné dans sa chambre et m'a re* tenu avec lui; nous étions seuls 9 la conversation a conduit à une circonstance toute particulière > dont le résultat pouvait être d'une grandi importance, il m'en a demandé mon avis et m'a, chargé de lui en présenter le lendemain mes idées». .«...«••.,...*....

Lundi ït au Jeudi 14.

Description de Longwood, etc. — Détail des. Appartenons.

Enfin se déroulait pour nous une portion nouvelle de notre existence , sur le malheureux rocher de Sainte-Hélène. On venait de nous établir dans nos futures demeures et de nous

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assigner les limites de notre sauvage prison* L,ONGwoôi), dans le principe, simple ferrtie de la compagnie, abandonnée au sous-gouve*»»

ueur pour lui tenir lieu de maison de campagne, se trouve dans une dès parties les plus élevées de File. Le thermomètre anglais marque dis degrés de différence en moins avec la Vallée où nous avions débarqué. C'est un plateau asse* étendu sur la cote orientale, et asses près du rivage* De* vents éternels , parfois violens et toujours de la même partie, en balayent constamment la surfaces des nuages le couvrent presque toujours j le soleil qui y paraît rarement^ n*n a pourtant pas moins d'influenee sur l'atmosphère s il attaque le foie, si on ne s*en préserve *vec soin*; des pluies abondantes 'et soudaines achèvent d empêcher qu'on ne distingue ici aucune saison régulière; il n'en est point k Longwood, ce n'est qu'une continuité de vent, de nuages, d'humidité; toujours une température modérée et monotone qui pressente <ta reste peut-êtire plus d'ennui que d'ifc-

* Voyet l'ouvrage du docteur O'Méara. (Becliet aine 9 1&24* V

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salubrité. L'herbe, en dépit des fortes pluies, disparaît rongée par le vent ou flétrie par la chaleur ; l'eau y est amenée par un conduit , et se trouve si malsaine que le sous-gouverneur, que nous avons remplacé, n'en faisait usage, pour lui ou pour ses gens , qu'après l'avoir fait bouillir; nous avons été contraints d'en faire autant nous-mêmes! Les arbres qu'on y voit , et qui de loin lui prêtent un aspect riant , ne sont que des arbres à gomme, arbuste ehétif et bâtard qui ne donne point d'ombre. Une partie' de l'horizon présente au loin l'immense mer; le resté n'offre plus qtie d'énormes rochers stériles s des abîmes profonds, des vallées déchirées, et au loin la chaîne nuageuse' et verdie du Pic-de-Diane. En résutaé, J'aspect de Longwood ne saurait être agréable qu'au voyageur fatigué d'une longue navigation , pour qui toute terre a des charmes. S'il s'y trouve transeporté par un beau jour , frappé des objets bizarres qui s'offrent soudainement à sa vue , H peut s'écrier même : que c'est beau ! Mais cet homme n'y est que pour un instant ; et quel supplice sa fausse admiration ne fait-relle pas.

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éprouver . alors aux captifs condamnés à y demeurer toujours!

Depuis deux mois on n'avait pas cessé de travailler pour mettre Longwood en état de nous recevoir;- toutefois les résultats étaient biçn peu de chose.

On entre à Longwood par une pièce, qui venait d'être bâtie,, destinée* à servir tout-àla- fois d anti-chambre et de salle à manger; de là on passe dans une pièce attenante, dont on avait fait le salon ; on. entre ensuite dans une troisième fort obscure , en travers sur cellesci ; on l'avait désignée pour recevoir, les cartes et les livres de l'Empereur : ellp est devenue plus, tard la salle à manger. En tournant à droite* dans cette chambre , on trouvait la porte de l'appartement de l'Empereur; cet appartement consistait en deux .très-petites pièces égales* à la suite l'une de l'autre , formant son cabinet, et ^a chambre à coucher; un petit corridor; extérieur , en retour def ces deux pièces , lui servait de salle de bain. A l'opposite de l'appartement de l'Empereur, a l'autre extrémité du bâtiment , était le logement de madame de

jfe MEMORIAL (Dec. i8i5)

Mcmtholoti , de soû mari et de son fils , local qui a formé depuis la bibliothèque de FEmpereur. En dehors de tout cela , et au travers d'issues informes, mie petite pièce carrée, au rez-de-chaussée, contiguë à la entame * fut ma demeure. Au travers d'une trappe pratiquée au* plancher, et à Faïde d'une échelle de vaisseau, on arrivait* au gîte de mon fîls> véritable grenier qui ne renfermait guère que" la place de son lit. No» fenêtresf et no* Kts demeuraient sans rideaux; le peu de meubles de nos chambres provenant évidemment de ce dont les habitons s'étaient défait dans cette circonstance; heureux, sans doute, de trouver cette occasion dfe les placer à profit- pour les renouveler ensuite avec avantage.

Le Grand-Maréchal, sa femme et ses enfant avaient été laissés à deux milles en arrière de nous , dans un abri tel que dans le pays même , il porté le nom de Hutte (Hùt's-gate).

Le général Gourgaud fut mis sous une tente , ainsi que le médecin * et l'officier préposé àr

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* Ce médecin était le docteur O'Méara, du Northumberîand, qui voyant Napoléon partir pour Sainte-Hélène,

fOée. iSiS) DE SAINTE-HÉLÈNE. 71

noire garde , e» attendant que l'ea eêt qche*é leur» chambres, que construisaient à ht hâte* les matelots dit Northumberland.

Une espèce de jardin régnait auteur de nous ; mais le défaut d'eau, la nature du climat, le peu de soins que nous pouvions lui donner >.

faisaient qu'il n'en avait réellement que le nom. En fyœ de nous, et sépara par un ravin assez profond, était capppé, à une assez petite distance, le 53% dont divers postes couronnaient les sommité» voisines 2 tpl était notre nouveau séjour.

Le doua», je rendis compte à» l'Empereur de" l'objet particulier sur lequel il m'avait dit, deux jours auparavant, de lui présenter mes idées; il ne décida rien, croyant la chose tout-à-fait ifMAtUe» l'avait osé insister parce que, dans le

sans médecin, s'offrit généreusement, aux grands applaudissement de tous les siens, et à la rive reconnaissance de nous tous. Les ministres anglais seuls semblent s'en être irrités : tout le monde sait les outrages, les injustices révoltantes > le» persécutions que leur froide et barbare fiim <mt apoumujés plus tard sur la tête de ce digne Anglais, qui n'avait fait pourtant qu'honorer l'humanité, son pays et son cœur.

7 s MÉMORIAL (Dec. i8i5)

doute même , il n'y avait du moins rien à risquer ni à perdre : c'était se donner la chance dé la loterie sans la dépense de la mise. L'événement a prouvé du reste qu'il avait bien jugé; la chose eût été parfaitement inutile; elle n'eût pu amener aucun résultat

Le même jour le colonel Wilks, ancien gouverneur pour la compagnie , que l'Amiral était venu déplacer, vint faire sa visite à l'Empereur; je servis d'interprète. Le lendemain ou le surlendemain , le Minden fit voile pour l'Europe ; j'en profitai pour écrire à Londres et à Paris.

Vendredi i5. — Samedi 16.

Régularisation de la maison de l'Empereur. — Situation morale des captifs entre eux, etc. — Quelques nuances du caractère de l'Empereur. — Portrait de Napoléon par M. de Pradt, traduit d'une gazette anglaise. — Réfutation.

La maison domestique de l'Empereur, au départ de Plymouth^ se trouva composée encore de onze personnes. Je me fais un plaisir

(Dec i8i5) DE SAïNTEnHiXÈNE. fj

de* consacrer ici leurs noms ; je le dois à leuir dévouement*

Quelque nombreuse que se trouvât cette mai-* son de l'Empereur , on pourrait dire cependant que, depuis notre départ d'Angleterre, durant notre traversée , et depuis notre débarquement à Sainte-Hélène, elle avait cessé d exister pour lui *♦

Notre dispersion , les incertitudes de notre

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