Mémorial de Sainte-Hélène
J'entreprends d'inscrire ici, jour par jour, toutcequ'a dit et fait l’empereur Napoléon , durant le temps où je me suis trouvé pri'S de lui.
Mois, avant de commencer, qu'on me pardonne un préambule qui ne me semble pas inutile.
Jamais je ne me suis attaché à aucune lecture historique, sans avoir voulu connaître le caractère de l'auteur, sa situation dans le monde, ses
ij MÉMORIAL DE SAINTK-IIÉI.È7IE.
relations politiques et domestiques, en un mot, les grandes eireonstanees de sa vie : je pensais que là seulement devaient se trouver la elef de ses écrits, la mesure certaine de ma eonlianee. Aujourd'hui je me liàte de fournir h mon tour, pour moi-mèine, ce que j’ai toujours recherché dans les autres.
Je vais donc, avant de présenter mes récits, mettre au fait de ce qui me concerne.
Je n’avais guère que vingt et un ans au moment de la révolution, je venais d'être fait lieutenant de vaisseau, ce qui correspondait au grade d’officier supérieur dans la ligne; ma famille était à la cour, je venais d’y être présenté moi-même. J'avais peu de fortune ; mais mon nom, mon rang dans le monde, la perspective de ma éhrrière, devaient, d’après l'esprit et les calculs du temps, me faire trouver, par mariage, celle que je pouvais désirer. Alors éclatèrent nos troubles politiques.
Un des vices éminents de notre système d’admission au service était de nous priver d’une éducation forte et finie.
Sortis de nos écoles à quatorze ans, abandonnés des cet instant à j nous-mêmes, et comme lancés dans un grand vide, où aurions-nous pris la plus légère idée de l’organisation sociale, du droit public et des obligations civiles?
Aussi, conduit par de nobles préjugés, bien plus que par des devoirs réfléchis, entraîné surtout par un penchant naturel aux résolutions gé- | néreuscs, je fus des premiers à courir au dehors près de nos princes, pour sauver, disait-on, le monarque des excès de la révolte, et défendre nos droits héréditaires que nous ne pouvions, disait-on encore, abandonner sans honte. Avec la manière dont nous avions été élevés, il fallait ' une tète bien forte ou un esprit bien faible pour résister au torrent.
bientôt l’émigration devint générale. 1,’Europc ne eonnail que trop cette funeste mesure, dont la gaucherie politique et le tort national ne sauraient trouver d’excuse aujourd’hui que dans le manque de lumières et la droiture du cœur de lu plupart de ceux qui l'entreprirent.
Défaits sur nos frontières ; licenciés, dissous par l'étranger ; repoussés.
PRÉAMBULE. üj j
proscrits par les lois de la patrie, grand nombre de nous gagnèrent l’Angleterre, qui ne tarda pas à nous jeter sur les plages de Quiberon. Assez heureux pour ne pas y avoir débarqué, je pus réfléchir, au retour, sur l’horrible situation de combattre sa patrie sous des bannières étrangères; et dés cet instant mes idées, mes principes, mes projets, furent : ébranlés, altérés ou changés.
Désespérant des événements, abandonnant le monde et ma sphère
naturelle, je me livrai à l'étude, et sous un nom emprunté, je refis mon ;
! éducation, en essayant de travailler à celle d’autrui.
Cependant, au bout de quelques années, le traité d’Amiens et l'amnistie I du Premier Consul nous rouvrirent l'es portes de lu France. Je n’y possédais plus rien, la loi avait disposé de mon patrimoine ; mais est-il rien qui puisse faire oublier le sol natal ou détruire le charme de respirer l’air de la patrie?
J'accourus; je remerciai d'un pardon qui m'était d’autant plus 1 cher, que je pus dire avec fierté que je le recevais suns avoir à me repentir.
Bientôt après , la monarchie fut proclamée de nouveau : alors ma situation, mes sentiments, furent des plus étranges ; je me trouvais soldat puni d'une cause qui triomphait. Chaque jour on en revenait à nos anciennes idées ; tout ce qui avait été cher à nos principes, à nos préjugés, se rétablissait, et |>ourlnnt la délicatesse et l'honneur nous faisaient une espece de devoir d'en demeurer éloignés.
En vain le nouveau gouvernement avait-il proclamé hautement la i fusion de tous les partis; en vain sou chef avait-il consacré ne vouloir plus connaître eu France que des Français ; en vain d'anciens amis, d'ancieus camarades m'offraient- ils les avantages d'une nouvelle carrière à mon choix; ne pouvant venir à bout de vaincre la discordance intérieure dont je me sentais tourmenté, je me condamnai obstinément à l'abnégation, je me réfugiai dans le travail, je composai, et toujours » sous mon nom emprunté, un ouvrage historique lyii refit ma fortune, ef* alors s'écoulèrent les cinq ou six années les plus heureuses de*'ina vie.
iv MÉMORIAL DE SAINTE-HÉLÈNE.
Cependant îles événements sans exemple se succédaient autour de ! nous avec une rapidité inouïe; ils étaient d’une telle nature, et portaient un tel caractère, qu'il devenait impossible à quiconque avait dans le cœur j l’amour du grand, du noble et du beau, d'y demeurer insensible.
Le lustre de la patrie s'élevait à une hauteur inconnue dans l’histoire d’aucun peuple : c'était une administration sans exemple par son énergie et par ses heureux résultats ; un élan simultané qui, imprimé tout à coup à tous les genres d’industrie, excitait toutes les émulations à la fois ; c’était une armée sans égale et sans modèle, frappant de terreur nu dehors et créant un juste orgueil au dedans.
A chaque instant notre pays se remplissait de trophées ; de nombreux monuments proclamaient nos exploits ; les victoires d’ Austerlitz, d’Iéna, de Friedland, les traités de Presbourg, de Tilsit, constituaient In France la première des nations et l’arbitre des destinées universelles : c’était 1 vraiment un honneur insigne que de se trouver Français! Et pourtant tous ces actes, tous ces travaux, tous ces prodiges, étaient l’ouvrage d’un seul homme.
Pour mon compte, quels qu’eussent été mes préjugés, mes préven- ! lions antérieures, j’étais plein d’admiration ; et il n’est, comme on sait, qu'un pas de l'admiration à l’amour.
Or, précisément dans ce temps, l'Empereur appela quelques-unes des , premières fumilles autour de son trône, et lit circuler, parmi le reste, j qu’il regarderait comme mauvais Français ceux qui s’obstineraient à demeurer à l’écart. Je n’hésitai pas un instant; j'avais, me disais-je, épuisé mon serment naturel, celui de ma naissance et de mon éducation ; j'y avais été fidèle jusqu’à extinction ; il n’était plus question de nos princes, nous en étions même à douter de leur existence. Les solennités de la religion, l’alliance des rois, l’Europe entière, la splendeur de lu France, j m’apprenaient désormais que j'avais un nouveau souverain. Ceux qui uous avaient précédés avaient-ils résisté aussi longtemps il d'uussi puis- j sauts efforts, avant de se rallier au premier des C.a pets? Je répondis donc, pour mon compte, qu’heureux par cet appel de sortir avec bon- I
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œurde lu position délicate où je me trouvais, je transportais désormais librement, entièrement et de bon cœur, au nouveau souverain tout le i \ zèle, le dévouement, l’anpMm, que j’avais constamment nourris pommes anciens maîtres* et h* résultat de ma démarche fut mon admission I immédiate à la cour.
Cependant je désirais ardemment à mes paroles joindre quelques actions. Les Anglais envahirent Flèssingue et menacèrent Anvers; je I courus, comme volontaire, à la défense de cette place; Flessingue fut évaeuée, et ma nomination de rhaml>ellan me rappela auprès du prince, i A ce poste honorifique j'avais besoin, dans mes idées, de joindre quelque occupation utile; je demandai et j'obtins d’ètre membre du conseil j d’État. Alors se succédèrent des missions de confiance : je fus envoyé en Hollande, au moment de su réunion, pour y recevoir les objets relatifs il la marine; en lllyrie, pour y liquider la dette publique, et dans la inoitié de l'empire pour inspecter les établissements publics de bienfaisance.
Dans nos derniers malheurs, j'ai reçu de douces preuves qu'après moi j’avais laissé quelque estime dans les pays où j’avais été envoyé.
Cependant la Providence avait posé un terme il nos prospérités : on connaît lu catastrophe de Moscou, les malheura.de' Leipsick, le siège de Paris. Je comimmtlnis jlans cette cité une de ses légions qui s'honora, le trente et un mars,’de*la perte d’un assez grand nombre de citoyens. Au moment de la capitulation, je remis mon commandement entre les mains de celui qui venait après moi ; je me croyais, à d'autres titres, d'autres devoirs encore auprès de la personne du prince; mais je ne pus gagner - Fontainebleau à temps : l’F.mpereur abdiqua , et le roi vint régner.
Aloi-s ma situation devint bien plus étrange encore qu'elle ne l'avait été douze ans auparavant. Elle triomphait enfin cette cause à laquelle j'avais sacrifié ma fortune, pour laquelle j'étais demeuré douze ans en exil au dehors, et six ans dans l'ahnégntion au dedans ; elle triomphait enfin, et pourtant le point d’honneur et d'autres doctrines allaient m'empêcher d’en recueillir aucun bien !
j Quelle marche aurait été plus bizarre que la mienne? Deux révolutions ] j
Vj MÉMORIAL DE SAINTE-HÉLÈNE.
s'étaient accomplies en opposition l’une de l'autre : la première m'avait
coûté mon patrimoine, la seconde aurait pu me coûter la vie ; aucune des
deux ne me procurait d'avantageux résultats. Le vulgaire ne verra là-
dedans qu'une tergiversation fâcheuse d'opinions, les intrigants diront
que j’ai été deux fois dupe, le petit nombre seulement comprendra que
: j'ai deux fois rempli de grands et d'honorables devoirs, j II
Quoi qu’il en soit, mes anciens amis, dont la marche que j’avais suivie I
n'avait pu m’enlever ni l'affection ni l'estime, devenus aujourd'hui toutpuissants, m'appelaient à eux. Il me fui impossible d'écouter leur bien- ; vcillancc : j’étais dégoûté, abattu; je résolus que mu \ie publique avait
liai. Devais-je m’exposer au faux jugement de ceux qui m'observaient? i Chacun pouvait-il lire dans mon cœur !
Devenu Français jusqu’au fanatisme, ne pouvant supporter la dégrai dation nationale dont, au milieu des baïonnettes ennemies, j'étais chaque jour le témoin, j'essayai d'aller me distraira au loin des malheurs de la patrie : j'allai passer quelques mois en Angleterre. Comme tout m'y | parut changé! C'est que je l'étais beaucoup moi-méme!
J’étais à peine de retour que Napoléon reparut sur nos côtes. En un clin d’œil il se trouva transporté dans la capitale, sans combats, sans excès, sans effusion de sang. Je tressaillis ; je crus voir» 1a, souillure étrangère effacée et toute notre gloire revenue. Les destins en avaient ordonné autrement !
A peine sus-je l'Empereur arrivéde Waterloo, que j’allai spontanément me placer de service auprès de sa personne. Je m’y trouvai nu moment de son abdication; et, quand il fut question de son éloignement, je lui
demandai à partager ses destinées.
Tels avaient été jusque-là le désintéressement, la simplicité, quelquesuns diront la niaiserie de ma conduite, que, malgré mes relations journalières comme officier de sa maison et membre de son conseil, il me connaissait à peine. « Mais savez-vous jusqu'où votre offre peut vous n conduira? me dit-il dans son étonnement. — Je ne l’ai point calculé, » répondis-je. Il m'accepta, et je suis à Sainte-Hélgne.,
apprends le retour de l'Empereur à l'Élysée, et je vais spontanément y reprendre mon service. Je m’y trouve avec MM. de Monlalemliert et de Montholon, amenés parle même sentiment.
L’Empereur venait de perdre une grande bataille; le salut de la France était désormais dans la Chambre des représentants, dans leur confiance et j leur zèle. L’Empereur accourait avec l'idée de se rendre , encore tout , couvert de la poussière de la bataille, au milieu d’eux; là, d’exposer nos dangers , nos ressources ; de protester que ses intérêts personnels ne- I seraient jamais un obstacle au bonheur de la France, et de repartir
Mank "20 juin IHir»
Itrloiir tir rKni|*nviir * l‘KI\ »rr .i|»rr» Waterloo.
aussitôt. On assure que plusieurs personnes l'en ont dissuaduè, en lui faisant craindre une fermentation naissante parmi les députés.
Du reste , on ne saurait comprendre encore tout ce qui se répand sur cette malheureuse bataille : les uns disent qu'il y a eu trahison manifeste; d’autres, fatalité sans exemple. Trente mille hommes, commandés par Grouchy, ont manqué l'heure et le chemin; ils ne sc sont pas trouvés à la bataille; l’armée, victorieuse jusqu'au soir, a été, dit-on, prise subitement, vers les huit heures, d’une terreur panique, elle s’est fondue çn un instant. C’est Crécy, Asineourt, etc. * .. Chacun tremble, on croit tout perdu !
\hdiralion.
Mrrrmh ‘il
Tout hier soir cl durant la nuit la représentation nationale, ses membres les mieux intentionnés, les plus influents, sont travaillés par certaines personnes, qui produisent, à les en croire, des documents authentiques, des pièces a peu près officielles, garantissant le salut de la France par la seule abdication de f Empereur.
Ce matin cette opinion était devenue tellement forte qu’elle semblait i iri’ésislible. Le president de l’assemblée, les premiers de l’État . les meilleurs amis de l’Empereur, ' ienneut le supplier de sauver la France en abdiquant. L’Empereur, peu convaincu , répond néanmoins avec magnanimité : il alidique!
Celte circonstance occasionne le plus grand mouvement autour de l’Élysée; la multitude s’v presse, et témoigne le plus vif intérêt; nombre ; d’individus y pénètrent, quelques-uns même de la classe du peuple en | escaladent les murs : les uns en pleurs, d’autres avec les accenls de la démence, viennent faire à l’Empereur, qui se promène tranquillement
* Il y avait au leste une véritable fournée des Éperons. Je itr dois |>a* |*w ici «sms silence ce qui en a ramené la radiation :
L'Einjrrrur, à Sainte-llélènr . qui seul savait que je tenais un journal . voulut un jour que je lui en lusse quelque* pages. A cette expression tir journée de» Éperons , jetée par négligence . il s'écria avec chaleur : « Ali ! malheureux ! qu'avez-vou» écrit U ! Effacez , Monsieur, effacez hlm vite T... l ue journée
« «le» É|*erom !.... Quelle erreur! quelle calomnie! I!ne journée «k> Éperons! nqiélalldl. Ali!
« pauvre armée! braves soldats, vous ne vous étiez jamais mieux battus! » El, après une panse «le quelque* instant*. Il reprit avec un accent dont l'expression venait «le loin : • Nous avons eu de grand»
• misérable» parmi nous! que le ciel le leur pardonne ! Mais pour la France! s'en relèvera-t-oHe
• jamais! *
dans le jardin, des offres tfc tonie espèce. L'Empereur seid reste calme , et répond toujours de porter désormais ce zèle et cette tendresse au salut de la patrie.
. Dans ce jour je lui ai préseuté la députation des représentants : elle venait le remercier de son dévouement à la chose nationale.
Les pièces et les documents qui ont produit une si grande sensation , et amené le grand événement d’aujourd’hui , sont , dit-on , des communications régulières de MM. Fouché et Metlernich, dans lesquelles ce dernier garantit Napoléon II et la régence , si l'Empereur veut abdiquer. Ces communications se seraient entretenues depuis longtemt>s il I insu de Napoléon.
I MK MO Kl Al.
Il faut qui' M. Fouché ait un furieux penchant aux opérations clandes-
tines. On sait que sa première disgrâce , il y a quelques années , i ienl d'avoir entamé de son chef des négociations avec l'Angleterre, sans que l'Empereur en sût rien. Dans les grandes circonstances il a toujours eu quelque chose d'oblique. Dieu veuille que ces actes ténébreux d'aujoiir- ] d’hui ne deviennent pas funestes à la patrie!
t*| lutation ilf l.i i.li.inilirr |Mirs. Gaulai no mil. - Kuuctit*. *
JrMtil **
Je reviens passer queh|ues heures chez moi. Dans ce jour ou a présenté la députation de la Chambre des pairs.
I.e soir ou avait déjà nommé une portion du gouvernement provisoire ; MM. de Caulaincourt et Fouché, qui étaient du nombre, se trouvaient au milieu de nous, au salon de service. Nous en faisions compliment au premier, ee qui n'était au vrai que nous féliciter pour la chose publique; il ne nous a répondu que par de l’effroi. Nous applaudissons, disions-nous, aux choix déjà connus. « Il est sûr, a dit Fouché d’un ton léger, que moi « je ne suis pas suspect. — Si vous l’aviez été, repartit assez brutalement « le représentant Boulay de la Meurthe qui se trouvait là, croyez que nous ne vous aurions point nommé. »
« •iHJ«riiMliH‘ii( |irmi*mv préxrntr à rEni|M*ircir.
Vcnlmli <3 «n samedi S-i
Les acclamations et l'intérêt du dehors continuent à l'Élysée. Je présente le gouvernement provisoire à l'Empereur, qui, en le congédiant, le fait reconduire par le ducDerrès. Les frères de l’Empereur, Joseph, Lucien et Jérôme, sont introduits plusieurs fois dans le jour, et s'entretiennent longtemps avec lui.
Cependant une nombreuse population s’agglomérait tous les soirs uu-
La fermentation de la capitule était extrême; l'Empereur résolut de s'éloigner le lendemain.
t.'Kui|N'rt!ur aile l’Klyaét-.
Iliuuoibe lù
•l'accompagne l'Empereur, qui se rend à lu Maluiaison, et lui demande à ne pas le quitter dans ses destinées nouvelles. Ma proposition semble l’étonner, je ne lui étais encore connu que par mes emplois; il l’agrée.
Lumji Sli
Ma Femme vient me trouver; elle a pénétré mes intentions; il devient délicat de les lui avouer, difficile de la convaincre. "Chère amie, lui
tour de l’Élysée; elle allait toujours croissant. Ses acclamations, son intérêt pour l’Empereur, donnaient des inquiétudes aux factions opposées.
mt
! (i MEMORIAL
« dis-je, en m'abandonnant au devoir dont uton cœur se trouve plein,
« j’ai lu consolation de ne pas heurter tes iutérêts : si Napoléon II doit I « nous gouverner, je te laisse de grands titres auprès de lui; si le ciel ! « eu ordonne autrement, je t'aurai ménage un asile bien glorieux, un
| « nom honoré de quelque estime; dans tous les cas, nous nous retrou-
\ « verons , ne fût-ce que dans un meilleur monde. »
i Néanmoins, après des pleurs et des reproches qui ne devaient m'être que doux, elle se rend, et, dès cet instant, je ne trouve plus en elle que l'exaltation, le courage qu'il m'eût fallu, si j'en eusse eu besoin.
la* iiiinislrc la inariov tinit à h Malituit<»ri.
(Uni, «. ,
Je vuis un moment à Paris avec le minisire delà marine, venu a lu ■ Mulnuiisou au sujet des frégates destinées à IT.inpereur. Il me lit les instructions qu'il leur envoie, me dit que l'Empereur compte sur moi, i qu’il m'emmène, et il me promet sa protection pour ma famille.
Napoléon II est proclamé pur lu législature.
J’envoie chercher mon fils à son lycée, résolu de l'emmener avec moi. j Nous faisons un très-petit paquet de linge et de vêtements, et nous retournons à la Malmaison; ma femme nous y accompagne, et revient le , soir même. La roule commençait a être difficile et périllleuse; l’ennemi approchait.
Mercredi SR.
Je voulais revoir ma femme encore quelques instants; la duchesse de Itovigo me conduisit, ainsi que mon fils, à Paris. 1/ agitation , l'ineer- , titude devenaient extrêmes dans Paris; l’ennemi était aux portes. — En | arrivant à la Malmaisou, nous vîmes le pont de Cliatou en flammes. On plaçait des postes autour de nous; il devenait prudent de se garder. J'entrai chez l'Empereur; je lui peignis ce que m'avait paru la capitale; je lui dis qu'on peusait généralement que Fouché trahissait effrontément ; que l'espoir des bous Français était que lui. Napoléon , se jetterait cette nuit même dans l'armée qui le demandait. — L'Empereur m’écoula d’un air pensif.
!.c gumtrittiimil |iruvi*jirvnirt iLiopcmir la franl** «lu Kvwr.il Btrkvi .
Napolvnu quitte la Malnwivjn. — Il pari pour Hovlivfort.
Jeudi îÿ, vendrr.li 30
Toute la matinée le grand chemin de Saint-Germain n’a cessé de re-
[> E SA1NTE-IIEI.ENE.
Ipnlir dos cris do rire l'Empereur C'élnionl dos troupes qui passaient sous les murailles do la Malmaison.
Vers le milieu du jour, le général Broker, envoyé par le gouvernement provisoire, est arrivé; il nous a dit, avec indignation, avoir reçu la eommission de garder Napoléon et de le surveiller
* A mon retour on Europe, Icliasard a min on mm mains les |>ièces suit autos; jo los transcris irl. parer que jo les omis inconnue*. Elle* ont été copiera sur los originaux. J'oii altandnnne la lecture aux rtrurs
honnête»! ! ! Elles n'ont pas besoin «le commentaire*.
Copie de la lettre de la eommiuinn du gouvernement a M. le maréchal prince d‘ KckmUhl . minitire de la guerre.
Part» , e« il i«*in lit J.
■ Monsieur le maréchal . 1rs circoiislancos sont toiles, qu'il est indis|ienvahle que Napoléon ar «lécidc à l»arlir pour se rendre à nie d'Aix. S’il no s’y résout pas, à la notiliralion que vous lui ferez fairo de l'arrêté
•rl-jolnt , vous devez le faire surveiller à la Malmaisnn . tic manière à ce qu'il ne |Hii**e s’eu évader. En conséquence , vous mettrez h la disposition du général Becker la gendarmerie et les troupes nécessaires |M»ur garder les avenues qui aboutissent île tontes parts ver» la Malmaison. Vous donnerez à ret effet tirs tinlres au |trrmicr iusfteclrur général île la gendarmerie. Ces mesures doivent demeurer sécrétés autant qu’il sera possible.
■ Cette lettre, monsieur le maréchal , est pour vous; nuis le général Becker, qni sera chargé de remettre l’arrêté i Napoléon , recevra do Votre Excellence des iastrurtlon* particulières; elle lui fera