S*X M KM O MAI
t-oniiue nous ne nous comprenions que des yeux et du geste, la scène • était des plus plaisantes. Le soir, l'impératrice , qui se (il expliquer In cause du liruit qu'elle avait entendu, en rit beaucoup, et gronda bien davantage. « C'était très-mal assurément, remarquait l'Empereur; mais aussi que diable venait-il faire là? — Sire, il venait faire su cour,
■ ainsi que son camarade le Turc; ils espéraient que Votre Majesté le
■ saurait , bien quelle fût peut-être alors ù einq cents lieues. » J'ajoutais que nous leur avions vu faire des actes de courtisanerie bien plus forts encore, quoiqu'il ne s'en fût peut-être pus ujierçu davantage. « Nous les ,
» avons mis', lui disais-je, après les grandes audiences diplomatiques du
« dimanche, suivre Votre Majesté à la messe, et partager les travées de ! • la ehuppllc avec des cardinaux de la sainte église romaine. — Quelle
" monstruosité pour eux! s'écriait l'Empereur. Quel renversement de tous leurs principes et de toutes leurs coutumes! que de choses extraordinaires j'ai fait faire! et pourtant rien de tout cela n’était com-
■ mandé, pas même u perçu ! »
La conversation continuant sur les deux Orientaux, je racontais qu'on m’avait dit que l'archichancelier Cambacérès leur avait un jour donne un grand dîner a tous deux ensemble.
Quoique des mêmes contrées et de la même religion fils montraient pourtant deux nuances fort différentes ; le Turc, disciple d'Omar, était le janséniste; le Persan, sectateur d’Aly, était le jésuite. On disait plaisamment qu'à ce repas ils s'observaient I un et l'autre à l'égard du 'in, comme deux évêques auraient pu le faire pour legrasdu vendredi.
Le Turc, atrabilaire et ignorant, fpt déclaré n'être qu'une grosse bête; le Persan, littérateur et fort causant, passa pour avoir beaucoup d'es- * prit. On observa qu'il prenait tous- ses mets à pleines mains, n employant que ses doigts pour manger, et il s'en serait peu, Ulu qu’il n’eût servi sis voisins de la sorte, lin de nos usages le frappa , c'était de nous voir manger du pain avec tous nos mets; il ne concevait pas que nous nous crussions obligés, disait-il. de manger constamment de lu même chose avec toutes choses.
Je dois avoir déjà dit que rien n'amuse et ne distrait plus complètement l'Empereur que le récit des mieurs et des histoires de nos suions. L'émigration, le faubourg Saint-Germain étaient des sujets sur les- ^
I quels il revenait avec moi le plus volontiers dès que nous étions en- | , semble; et il expliquait cela, me disant une fois; » J'étais au fuit des
- miens, mais j'ai toujours ignoré ceux-là. « C'était d'ailleurs eu lui, ajoutait-il, le penchant naturel de savoir ce qui se pussait chez le voisin .
DK S A I NTK-II K I.K N K.
In commérage dos petites villes. «Ce n'est pas, eoutinunil-il, qu'on lie
• m’en parlât nu temps de ma puissance; mais si l'on m'nn disait du liicn,
•• je me tenais aussitôt en garde , je craignais les insinuations; et si l’on » m'en parlait mal , je me déliais do la délation , et j'avais ii me détendre .. du mépris. Ici, mon cher, aucun de ces inconvénients; vous et moi,
• nous sommes déjà de l'autre monde, nous causons aux Champs-Ély-
• secs : vous êtes suns intérêts , et moi sans défiance. •
J'étais donc heureux quand l'occasion de raconter se présentait , et je In saisissais avec empressement. Du reste, l'Empereur me devinait à cet égard et m’en tenait compte; car, à la lin d’une de mes histoires, me pinçant l'oreille, il me dit d'un son de voix qui me ravissait : « J’ai trouvé
• dans votre Atlas qu'un roi du Mord avant été muré dans un cachot , un « soldat avait demandé et obtenu de s'v enfermer avec lui pour le désen- « nnyer, soit en le [aisanl parler, soit en lui racontant. Moucher, vous « voila ce soldat.
« Ia*s suions de Paris sont terribles avec leurs quolibets, ivmarqunit » alors l'Empereur, et cela parce qu'il faut convenir que la plujmrt sont « pleins de sel et d'esprit. Avec eux on est toujours battu en brèche, et il « est bien rare qu'on n’y succombe pas. — Il est sur, disais-je, que nous ■ ne respections rien, que nous nous attaquions même aux dieux; rien
• ne nous était sacré, et Votre Majesté suppose bien qu’elle-mème et
• l'impératrice n’étaient pas épargnées. — Ah! je le crois bien, ré- « pondait l'Empereur; mais n'importe, raconte/, toujours. — Eh bien, « Sire, on disait qu'un jour Votre Majesté, fort mécontente à la lecture » d'une dépêche de Vienne, avait dit à l'impératrice, dans sa colère et
• su mauvaise humeur - Votre père e»i une ganache. Marie-I.ouise, qui « ignorait beaucoup de termes français, s'adressant au premier cour- « lisan qui lui tomba sous la main : — L'Empereur me dit que mon père « est une ganache; que veut dire cela? A cette inter|>cllution inattendue,
• le courtisan, dans son embarras, balbutia que cela voulait dire un
• homme sage, de poids, de lion conseil. A quelques jours de là, et la
• mémoire encore toute frnichcdcso nouvelle acquisition, l'impératrice « présidant le Conseil d'État, et voyant la discussion plus animée qu'elle
• ne voulait , interpella , pour y mettre lin , Cambacérès , qui , à ses ctV . » tés, bayait tant soit peu aux corneilles. — C'est à vous à nous mettre
« d'accord dans celte occasion importante, lui dit-elle; vous serez notre
• oracle, car je vous liens pour la première, la meilleure ganache de « l'empire. » A ces paroles de mon récit, l’Empereur riait à s’en tenir les cétés. < Ah! quel dommage, disait-il, que cela ne soit véritable!
MK Muni U.
« Voyez-vous bien l'ensemble du tableau? l'emitesure compromise de " Cambacérès, l'Iiilartlé de tout le Conseil, et l'embarras de la pauvre • Marie-Louise, .épouvantée de tout sou succès. »
La eonversatibn avait duré longtemps ainsi, et peut-être y avait-il déjà plus de deux heures que j'étais avec l'Empereur. Je m'étais évertué à babiller tant et plus pour le distraire, et j'avais réussi. L'Empereur s'étail ranimé; il avait ri. Quand il me renvoya il était beaucoup mieux, et moi je partais heureux.
Oriuteme Jour «le récit imoii. — L'Empereur rer«»U le gouverneur dans sa chambre. — Conversation caractéristique.
Marri. 20
Je devais aller dîner avec mon fils à tlriiirs, chez notre hôte, à notre ancienne demeure. Sur les trois heures et demie , je suis allé prendre les ordres de l’Empereur; il était eommehier, et n'avait pas le projet de sortir davantage.
Un instant avant d’arriver à Hut's-gate, chez madame Bertrand , j’ai reneontre le gouverneur qui allait à Longwood. Il m’a demandé comment se portait l'Emperpur. Je lui ai dit que j'en étais inquiet, qu’il n'avait reçu aucun de nous hier, qu'il m'avait dit ce matin être bien, mais qu’il son visage j'eusse préféré qu’il m’e.U dit être incommodé.
Vers les huit heures et demie nous nous sommes mis enroule pour revenir à Longwood ; il faisait très-obscur. Le temps s'est mis à une pluie battante, aussi vive, aussi mordante que la grêle; nous avons fait la course la plus désagréable, la plus pénible, la plus dangereuse; il chaque instant à la veille de nous précipiter dans les abîmes , |N>ree que nous galopions au hasard sans rien voir. Nous sommes arrive* transpercés. % ■
L'Empereur avait donné l'ordre de m'introduire chez lui à inon relour. Il était bien; maisjl n’était pas sorti plus que la veille, el n'avait pas reçu davantage. Il m’attendait, a-t-il dit, et avait beaucoup de choses ii me raconter.
Ayant appris que le gouverneur était venu, il l’avait admis dans sa chambre, bien que n’étant pas habillé et se trouva ni obligé de garder son canapé. Il avait parcouru vis-à-vis de lui , dans le calme le plus parfait, disait-il, tous les points qui pouvaient se présenter naturellement à l'esprit. Il a parlé de protester contre le traité du 2 août, on les monarques alliés le déclarent proscrit et prisonnier. 11 demandait quel était le droit de ces souverains de disposer de lui sans sa participation, lui qui était leur égal, et avait été parfois leur maître.
U K SAINTE-HÉLÈNE. <*t
S'il avait voulu se retirer en Kussie. disait-il, Alexandre, qui s'élait dit son ami, qui n'avail eu aver lui que des querelles politiques, s'il ne l'eût pas maintenu roi, l'eût du moins traité comme tel. I.e gouverneur n'en disconvenait pas.
S'il eût voulu, continuait-il, se réfugier en Autriche, l'Empereur Erançois, sous peine de flétrissure et d'immoralité, ne pouvait lui interdire non-seulement son empire, mais même sa maison, sa famille, dont lui Napoléon était membre. Le gouverneur en convenait encore.
» Enlin, si, comptant mes intérêts personnels pour quelque chose,
•• lui avait-il dit , je me fusse obstiné à les défendre en France les ormes » a la main, nul doute que les alliés ne m'eussent accordé par traité une !
foule d'avantages, peut-être même du territoire. » Le gouverneur, qui • était demeuré longtemps sur les lieux, est convenu positivement qu’il eût obtenu sans pei ne quelque grand établissement souverain. » Je ne » l'ai pas voulu , avait poursuivi l'Empereur, je me suis déridé à « quitter les affaires, indigné de voir les meneurs de la France la trahir t »on se méprendre grossièrement sur ses plus chers intérêts; iudi- « gné de voir que la masse des représentants pouvait, plutôt que de j » périr, transiger avec cette indépendance sacrée, qui .-non moins que i » l'honneur, est aussi tint i le escarpée et sans bords. Dans cet état de •• choses, à quoi me suis-je décidé? quel parti ai-je pris? J'ai été clier-
M É M O II I A I
« plier mi asiletlaiis un pays auquel on croyait des lois toutes-puissantes,
« chez un peuple dont, pendant vingt ans, j’avais été le plus grand en- « nemi. Vous autres, qu’avez-vous fait?... Vos actes ne vous lionore- « ront pas dans l'histoire! Et toutefois il est une Providence vengeresse;
» tôt ou tard vous en |*>rtorez la peine! lin long temps ne s'écoulera « |ms que votre prospérité, vos lois n’expient cet attentat! Vos ministres.
« par leurs instructions, ont assez prouvé qu'ils voulaient se défaire de » moi ! Pourquoi tes rois qui m'ont proscrit n’ont-ils |ms osé ordonner « ouvertement ma mort? 1,’un eût été aussi légal que l'autre! Une lin » prompte eût montré plus d’énergie de leur part que la mort lente il « laquelle on nie condamne. Les Calahrois ont été bien plus humains,
» plus généreux que les souverains ou vos ministres! Je ne me donnerai » pas la mort; je pense que ce serait une lâcheté; il est noble et eoura- “ geux de surmonter l'infortune! chacun ici-bas est tenu à remplir son « destin; mais si l'on compte me tenir ici, vous me la devez comme un » bienfait; car ma demeure ici est une mort de chaque jour! L'ile est » trop petite pour moi, qui chaque jour faisais dix, quinze, vingt lieues « à cheval; le climat n'est pas le nôtre, ce n’est ni notre soleil, ni nos « saisons. Tout ici respire un ennui mortel! la position est désagréable,
« insalubre; il n'y a point d'eau ; ce coin de l'ile est désert, il a re- » poussé ses habitants! »
le gouverneur ayant alors remarqué que ses instructions ordonnaient ces limites resserrées, qu'elles commandaient même qu'un officier le suivrait en tout temps : « Si elles eussent été observées ainsi, je ne se- « rnis jamais sorti de ma chambre; et si les vôtres ne |ieuvent point " accorder plus d'étendue, vous ne pouvez désormais rien pour nous, j » Du reste, je ne demande ni ne veux rien. Transmettez mes sentiments J - il votre gouvernement. ■■
Il est échappé au gouverneur de dire : Voilà ce que c’est que de don- ; lier des instructions de si loin , et sur une personne que l’on ne commit l»is. Il s'est rejeté sur ce qu'à l’arrivée de la maison ou du |>alais de bois qui est en roule, on |iourrait prendre peut-être de meilleures mesures; : que le vaisseau qui arrivait portail un grand nombre de meubles, des ‘ comestibles qu'on supposait lui être agréables; que le' gouvernement j faisait tousses efforts |>our adoucir sa situation.
L'Empereur a répondu que tous ces efforts si1 réduisaient à bien |hmi
! de chose : qu'il avait prié qu'on l'abonnât au \fnrning Chroniele e tau Slateiman pour lire fa question sous les expressions les moins désagréables; on n’en avait rien fait; il avait demandé des livres, sa seule eon-
ÜE SAINTK-IIÉLÈNE
solution; neuf mois étaient écoulés, il ne les nvail point reçus; il avait tle- I i mandé «les nouvelles de sou lils, de sa femme, on était demeuré sans I répondre.
«Quant aux comestibles, aux meubles, au logement , avait-il con- » tiuué, vous et moi sommes soldats, Monsieur; nous apprécions res « choses ce qu'elles valent. Vous avez été- dans ma ville natale , dans mu « niuison peut-être; suns être la dernière de l'ile, sans que j’aie à en “ rougir, vous avez vu toutefois le |kmi qu’elle était. F.h bien! pour avoir « possédé un trône et distribué des couronnes, je n'ai point oublié ma «condition première; mon canapé, mon lit de campagne, que voila ,
« me suflisent. »
l.e gouverneur a fait l’observation que ce palais de bois et tout ce qui l'accompagne était du moins une attention.
« Pour vous satisfaire peut-être aux yeux de l'Ltirope, a repris I’Kiii- » pereur; mais à moi ils sont tout à fait indifférents et étrangers. Ce t « n'est point une maison, ce ne sont point des meubles qu'il fallait « m'envoyer; mais bien plutôt un bourreau et un linceul! Les uns me « semblent une ironie, les autres me seraient une faveur. Je le répète,
« les instructions de vos ministres y conduisent , et moi je le réclame.
« L’amiral, qui n’est |K>int un méchant homme, me semble à présent « les avoir adoucies; je ne me plains point de ses actes, ses formes seules j « m'ont choqué. « Ici le gouverneur a demandé si dans son ignorance il | u 'avait pas lui-métne commis quelques fautes : « Non, Monsieur, nous i « ne nous plaignons de rien depuis votre arrivée. Toutefois un acte nous i « a blessés : c'est votre ins|ieclion de nos domestiques , en ce qu’elle « était injurieuse à M. de Monlludon.dont c'étuil suspecter la bonne foi ;
petite, pénible, offensante envers moi, et peut-être aussi envers un gé- i « itérai nnglais lui-même , qui venait mettre le doigt entre moi e( mon ■ valet de chambre. «
Le gouverneur était assis dans un fauteuil en travers de l'Empereur, demeuré étendu surson canapé. Il luisait sombre, le soir était venu, ou ne sc distinguait plus bien. « Aussi, remarquait l'Empereur, est-ce inuti- I « lement que j'ai cherché à étudier le jeu de sa ligure et à connaître « l'impression que j«* pouvais causer en ce moment. »
Dans le cours de la conversation , l'Empereur, qui avait lu le matin la campagne de |8| 1 par Alphonse de Reaurhamp,dans laquelle Ions les bulletins anglais sont signés /.aire, a demandé au gouverneur si c'était lui. Celui-ci s'est bâté de iVqiondro , et avec un embarras marqué , qu'ils étaient de lui , et que cela avait été sa manière de voir.
484 MÉMORIAL ÜF. SA I INTE- B ÉLÉN F.
Kn sc retirant, sir Hudson l.ovve, qui dans le cours de la conversation avait plusieurs fois offert à l’Empereur son médecin , qu'il disait trèshabile , lui a réitéré de la porte la prière de trouver bon qu’il le lui envoyât ; mais l'Empereur le devinait, et l’a constamment refusé.
Après ce récit, l'Empereur a gardé le silence quelques minutes, puis il a repris comme pur suite de réflexion : " Quelle ignoble el sinistre fi- » pure que celle de ce gouverneur! Dans ma vie je ne rencontrai jamais » rien de pareil ! C’est il ne pas boire sa lasse de café, si on avait laissé » un lel homme un instant seul auprès!... Mon cher, on |Miurrait m’a- • voir envoyé pis qu'un geôlier
SUIT K UES FRAIiMEMS IlE I. A CAMI'AtiNE u'iTALIE
Kalaill** ilr üasltglionr. l>t|nu» l’invaHloii île Wunuser. te 2‘* juillet I7W. |uv|ii au Itlucu* île II aiiluur, le 21 août Miivaiit. espace île vingt-six jours.
% M Lr- m»l« PD Il>li<|iw wil dn rartrrlnu niau-rnl. dr I* main dp I K*)i*ri»i
K maréchal fVurmier quitte le commandement de l'armée d'Allemagne, et prend le commandement de l'arautrichienne en Italie. — L’armécd’l talie avait ou vert la campagne mi mois d’avril. On était en juin, cl 1rs armées du Nord, dn Itliin et de Snmbre-et-Meuse étuiciH encore inactives. Ces grandes et belles armées, de plus de deux cent mille hommes, taisant les principales forces de la république, tenaient tranquillement garnison en Hollande, sur Meuse et Rhin , cl dans l’Alsace.
lorsqu’on apprit l’arrivée des Français sur l’Adige et le blocus de Manloue , la cour d’Autriche renonça à l’offensive qu’elle avait projetée en Alsace et sur le Bas-Rhin , et ordonna an maréchal VVurmscr, qui
IKK
M E 'I < » Il I VI
avait été destine à celte operation , tle revenir en tonte tinte diriger les affaires d'Italie, et d'y amener trente mille hommes de ses meilleures troupes, qui, jointes aux renforts envoyés de toute la monarchie, di*vuient lui composer une armée de prés de cent mille hommes.
réarmée française d'Italie avait rempli sa liiehe en détruisant l'armée qui lui était opposée. Si les armées du .Nord en eussent fait autant, la grande lutte eut été terminée.
Cependant le hruil des préparatifs de la maison d'Autriche retentissait dans toute l'Italie. Toutes les nouvelles couGdenlielles des agents diplomatiques, toutes les lettres des ennemis de la France étaient pleines de détails sur l'immensité des moyens qu'on allait déployer, sur la certitude que l'empereur d' Allemnijuc avant la lin d'août serait maître «le Milan, et aurait chasse les Français de l'Italie.
II. Situation tle t'armée d'Italie. — Des la lin de juin le ijéuéral français suivait attentivement tous ces préparatifs , et en concevait de vives alarmes. Il faisait sentir au Directoire qu'il était impossible que trente mille Français pussent soutenirsculs l'effort de toute la puissance autrichienne. Il demandait <|u'on lui envoyât des renforts des armées du Ithiu.ou bien que ces mêmes armées entrassent en campagne sans délai. Il rappelait la promesse positive qu'on lui avait donnée, à son départ de Paris, qu'elles commenceraient à o|>érerle Ici avril ; il se plaignait que «leux mois se fussent écoulés sans qu'elles «‘lissent bougé.
Wurmscr quitta le Ithin avec ses renforts vers le commencement de juin ; et vers la tin du même mois les armées du Ithin et de Sainbre-et- Meuse ouvrirent enfin la campagne. Mais alors leur diversion n'était plus utile à l’armée d'Italie : Wurmser vêtait déjà arrivé.
I.e général français réunit toutes ses forces sur l'Adigeet sur laChicsa; il ne laissa jiei'sonne dans les légations, ni en Toscane, si ce n'est un bataillon d«‘ dépôt dans la citadelle d<‘ Ferrare et deux il Livourne. Il affaiblit autant que possible les garnisons de Coni, Tortone et Alexandrie; il rassembla sous sa main tous les moyens disponibles de l'armée. Le siège de Mantoue commençait à donner des malades; et quel«|iie soin que l'on eût porté il mettre le moins de monde possible devant cette place malsaine, nos lier tes ne laissaient pus que d'ètre considérables.
1er yénéral eu chef ne put réunir en lujiie que trente mille hommes présents sous les armes. C'est avec, cette armée qu'il allait avoir il lutter contre la principale armée de la maison d'Autriche.
IjU correspondanee des divers puys de l'Italie étant très-active avec le Tyrnl,"où se réunissaient toutes ces forcés ennemies, on pouvait s'aperce-
DK SAINTE-HEI.KNK.
voir chaque jour de l'influence funeste de ers grands préparatifs sur les esprits. I.rs |Mirtisans dos Français (roinldnionl: roux do l'Aulrioho, nu contraire, riaient fiers ot menaçants. Mais fous sYloinmienl qu'une puis* sance comme In Krnnoo laissât une armée qui avait si bien mérité d’elle, sans secours et sans appui .('.es observations pénétraient jusqu'aux soldats mêmes, par leur linbituolle communication avec les linbitnnts du i>n\s.
A In fin de juillet, le général Soret avait son quartier général à Snlo : il était chargé de couvrir le débouché de la Chiesa, où passe une grande route qui communique deTrente à Brescia. Masséna ébiitù lîussolengo, faisant occuper la Corona et Montehaldo par la brigade Jouhert. et campait, avec le reste de sa division, sur le plateau de Itivoli. La brigade de Dallemngne était postée à Vérone; la division d'Augereoii occupait l’orlo-l.egnago et le bas Adige. I.c général Guillaume commandait à Peschiera , où six galères, sous les ordres du capitaine de vaisseau l.allemand, assuraient le Inc de Gunrdn. Enfin Serrurier pressait le siège de Mnntouc. Kilmaine commandait la cavalerie de l’armée.
III. Plan de rampai/ne de ll'nrmser. — tt'nrmter pouvait passer la Itrenta, déboucher par Yieenceel Padoue, sur l' Adige. Par là il évitait les montagnes; mais il se trouvait sé|>aré de Mantoue par l’Adige, et obligé de la passer de vive force devant l'armée française; ou bien il pouvait déboucher entre l' Adige et le lac de Gunrdn , s'emparer de Montebaldo, du plateau de Rivoli, faire venir son artillerie et ses bagages par la chaussée qui suit la rive gauche de l' Adige. Son armée se trouvait alors avoir franchi les montagnes et l' Adige, et n'avoir plus d'obstacles pour arriver jusqu'il Mantoue. Mais son artillerie et sa cavalerie ne pouvaient se joindre à son infanterie qu'apres la prise du plateau de Rivoli. Il pouvait donc si' trouver attaqué, et obligé de livrer une bataille décisive, avant d'être joint par son artillerie et sa cavalerie.
Cependant il ne tint |>as compte de cet inconvénient . et adopta ce dernier parti. ll'iirnMrr, instruit de la prise du camp retranché de Mantoue et des dangers de la place, précipita son mouvement de huit à dix jours. Il divisait son armée en trois corps ; le premier et le plus considérable, formant son centre, déboucha pur Monlehaldo et s'empara de tout le pays entre l' Adige et le lac deGuarda; il était composé de quatre divisions formant quarante mille hommes; le second formant sa gauche, coni|iosé dilue division d'infanterie de dix à douze mille hommes avec toute rurtillerie, lu cavalerie et les bagages, suivit la (‘haussée qui de Roveredo conduit il Vérone, le long de la rive gauche de l’Adige, et devait se réunir il l'armée en passant l' Adige, soit au plateau de Rivoli,
soit sur les pouls de Vérone; le troisième, rormanl sa droite, fort de trois divisions, eomposant treille à trenle-einq mille hommes, se dirigea sur In rive gauche du lae de Guarda, suivit le débouché de In Chiesa, en cétoyanl le lae d'Idro : par cette marche, ee corps avait tourné le Mincio, coupait une des grandes routes de l'armée française à Milan, et tournait tout le siège de Mantoue. Ce plan était , de la part de l'ennemi, le résultat d’une extrême confiance dans ses forces et dans j ses succès. Il comptait tellement sur notre défaite, qu'il s'occupait déjà de nous couper toute retraite. Ainsi Wurmser, en perspective, cernait d’avance l'armée française; la croyant enchaînée à la nécessité de défendre le siège de Mantoue, il pensait que cerner ce |H>inlfixe, c'était cerner l'armée française, qu'il en regardait comme inséparable.
IV. I Vurmser débouche par Monlebaldo , par la chaussée de Roveredn à Vérone , et par celle de la Chiesa , 29 juillet. — A la lin de juillet , le quartier général de l'armée française fut transporté à Brescia. Le 28, à 1 dix heures du soir, le général français partit de Brescia |tour visiter ses avant-postes. Arrivé le 29 à la pointe du jour à Pesrhiera , il y apprit
que la Corona et Monlebaldo étaient attaqués par des forces considérables. Il arriva à huit heures du matin à Vérone. A deux heures après midi, les troupes légères de i'euneini se montrèrent sur le sommet des montagnes qui séparent Vérone du Tyrol , et s'engagèrent avec nos troupes. Le général en chef rétrograda toute la soirée, et porta le quar-
DK SAIN TE - IlKLÉNE. 48!)
lier général a Caslel-.Novo, entre l'Adige et le Minci». Il étnil la plus il |K>rlée de recevoir les rapports de toute la ligne.
Dans le courant de In nuit, il apprit que Jouhert, attaqué à la Corona |wr toule une armée, avait résisté tout le jour, mais qu'il venait de se replier sur le plateau de Rivoli , que Massénn occupait en grande force ; que des lignes nomlireuses de feu couvraient toutes les montagnes entre le lac de Guarda et l'Adige; que, sur les hauteurs de Vérone, les feux indiquaient qu'à la lin du jour les troupes ennemies s'y étaient augmentées; que du coté de Montebello, Yicence, Bassnno, Legnano, il n'y avait ni mouveinenLs ni ennemis; mais que du côté de Brescia, trois divisions ennemies avaient débouché par la vallée de la Chiesa. L’une couvrait les hauteurs de Saint-Osetto, semblant se diriger sur Brescia; l'autre avait pris position à Gnvardo, et paraissait se porter sur Ponte-Suint- Marco et Lonnto; la troisième avait pris sur Salo, où l'on se battait déjà.
Un peu plus lard, il fut instruit que la division ennemis de Saint- Osello avait déjà envoyé son avant-garde à Brescia, où elle n'avait trouvé aucune résistance, puisqu'on n’y avait laissé que trois cenLs convalescents pour la garde des hôpitaux. Ainsi lu communication de l'armée avec Milan, (uir Brescia, se trouvant interceptée, on ne pouvait plus correspondre avec cette ville que par Crémone.
Des coureurs ennemis se faisaient déjà voir sur toutes les routes qui de Brescia vont sur Milan, Crémone et Mantoué, annonçant partout qu'une armée de quatre-vingt mille hommes avait débouché pur Brescia, en même teni|>s qu'une autre de cent mille déliouchait par Vérone.
Il apprit aussi que la division ennemie, dirigée sur Salo, eu était venue aux mains avec Soret, et que celui-ci, ayant eu connaissance des deux autres divisions qui se portaient sur Brescia et sur Lonato , avait craint de se trouver coupé et de Brescia et de l'armée, et avait jugé à propos de se replier sur les hauteurs de Dezencano, ulin de conserver ses communications; qu’il avait laissé le général Guieitt a Salo avec quinze cents hommes dans un antique château , espèce de forteresse à l'abri d'un coup de main; que la division ennemie de Cuvardo avait envoyé quelques coureurs sur Ponte-Saint-Marco , mais qu'ils ) avaient été contenus par une compagnie de chasseurs qui s'y trouvait.
V. Grande et prompte résolution que prend le ijèniral français. Combat de Salo. Combat de Lonato, 31 juillet. — Des ce moment, le pluu d'attaque de Wurmser se trouvait dévoilé. Seule contre toutes ces forces, l'armée française ne pouvait rien : ou u'était pas un contre trois. Mais seul contre chacun des corps ennemis, il y avait égalité.
fï2
I.c general fiançais pri I son parti siir-lr-rhamp. I.'ennemi avait pris l' initiative . (|u'il espérait conserver; Ir général français résolut de déconcerter scs projets on prenant lui-même eette initiative. Wurmser sup|Kisait l’armée française fixée a lu position de Manloue. .Napoléon décida aussilôt de In rendre mobile, en levant le siège de cette place, sneriliunt son équipage de siège, et se porlunl rapidement, avec toutes
les forces réunies de l'armée, sur un des corps de l’armée ennemie.
|mnr revenir successivement contre les autres corps. I.n droite de l'armée autrichienne, qui avait délHiuclie par la chaussée de la (’.hiesa et Brescia, étant la plus engagée, il marcha d'abord sur elle.
Serrurier brilla scs affûts cl ses plates-formes, jeta ses poudres à l'eau.
I enterra ses projectiles, eucluun ses pièces, et leva le siège de Manloue dans la nuit du ôl juillet au I" août.
Ailgereau se porta de Ijtgnauo sur le Minrio a llorghcllo. Mnssénu défendit, toute la journée du 50, les bailleurs entre l'Adigc et le Inc de ti iinrdn. Dallcmngnc se dirigea sur l.onalo.
U général en chef se rendit sur les hauteurs, eu arriére de hc/cn/ano.
Il fit marcher Sorel sur Sain, pour dégager le général Guieux, qui se
trouvait eomproinis dans la mauvaise position ou il l'avait laisse. Cependant ce general s'ctail battu <|iinrante-huit heures contre toute une
DK S Al. N T K- H EU; N K.
division ennemie; cinq fols on lui avait livré l'assaut, et cinq lois il avait ! rouvert les avenues de cadavres. Soret arriva au mninenl mémo où | l'ennemi tentait un dernier effort : il tomba sur ses flânes, le délit entièrement, lui prit des drapeaux, et dégagea Guieux.
Dans le même moment, la division autrichienne de Gavante s'était \ portée sur l.ouato, pour prendre position sur les hauteurs, et lécher | d'opérer sa jonction avec Wurmser sur le Mineio. Le général en chef mena lui-même la brigade de Dullrmagnc contre cette division. Cette brigade fit des prodises de valeur, la 5£* en luisait partie. L'ennemi fut Irottu , mis en déroute, et éprouva une grande |ierlc.
Ces deux divisions ennemies, battues pur Soret et Dallcmagne, se rallièrent à Guvardo. Soret craignit de se compromettre , et revint prendre une position intermédiaire entre Solo et üezenzano.
Pendant ce temps, Wurmser avait fait passer sur les |K>nts de Vérone son artillerie et su cavalerie. Maitre de tout le pays entre l’Adige et le laide Guurda , il plaçait une de ses divisions sur les bailleurs de Peseliiern. pour masquer cette place et garder ses communications, lien dirigeait deux autres, avec une partie de sa cavalerie, sur Borghotto, |mhii- i s'emparer du pont sur le Mineio, et délmneher sur la Cliiesn, alin dise mettre en communication avec sa droite. Lutin , avec ses deux dernières divisions d'infanterie cl le reste de sa cavalerie, il marchait sur Mautoue, pour faire lever le siège de celte place.
Depuis vingt-quatre heures, les troupes françaises avaient tout évacué ! de devant Mautoue: Wurmser y trouva les tranchées et les batteries : encore entières, les pièces renversées et euclouécs, et partout des débris (
d’affûts, de plates-formes et de munitions de toute espèce. Lu prceipi- (atiou qui semblait avoir présidé il ces mesures dut le réjouir agréable- j meut; tout ce qu’il voyait autour de lui semblait bien plus le résultat < de l’épouvunte que les suites d'un plan calculé.
Masséna, après avoir contenu l'ennemi toute lu journée du 50, passa dans lu nuit le Mineio à Pèse h i cru, et continua sur Brescia. La division autrichienne qui se présenta devant Pescliiera trouva la rive droite du j Mineio garnie de tiruilleurs fournis par la garnison et par une arrièregarde laissée |mr Masséna, laquelle avait ordre de disputer le passage du Mineio, et, lorsqu'il serait forcé, de se concentrer sur Lonulo.
En scdirigeunl sur Brescia, Augereau avait passé le Mineio à Borgbetlo.
Il avait coupe le |mnl et laissé aussi une arrière-gu rde pour border la riv ière, avec ordre de se concentrer à Gastigliouc lorsqu'elle serait forcée, j
Toute la nuit du ôl juillet au I" août, le général en chef marcha avec
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les divisions Augereau et Masséna snr Brescia, où l'on arriva à dix heures du matin. J.a division ennemie de Brescia, instruite que toute l'armée française débouchait surelle par toutes les roules, n’eut sarde d'attendre, et se retira en toute hâte. Les Autrichiens, en entrant dans Brescia, y avaient trouvé tous nos malades et nos convalescents ; mais ils y restèrent si peu, et furent contraints d’en sortir si précipitamment, qu'ils n’eurent pas le temps de reconnaître leurs prisonniers ni d'en disposer.
Le général Despinois et l’adjudant général Herbin , chacun avec quelques bataillons, furent mis à la poursuite des ennemis sur Saint-Osetto et les débouchés de la Chiesa.
Les deux divisions Augereau et Masséna retournèrent , par une contremarche rapide, du côté du Mincio, d'où elles étaient parties pour soutenir leur arrière-garde.
VI. Hataille de Lonato, 3 août. — Le 2 août, Augereau, formant la droite, occupait Hontechiaro ; Masséna, formant le centre, était campé il Ponte-Marco, se liant avec Soret, qui, formant la gauche, occupait une ! hauteur entre Salo et Dczenzano, faisant face en arrière pour contenir toute la droite de l'ennemi.
Ce|>endant les arrière-gardes qu’Augereau et Masséna avaient laissées sur le Mincio s'étaient retirées devant les divisions ennemies qui avaient |>assé cette rivière. Celle d'Angereau , qui avait ordre de se réunir à Castiglione, quitta ce |M»sle avant le temps, et revint en désordre joindre son corps.
Napoléon, mécontent du général Valette, qui la commandait , le destiluu devant les troii|>es pour n’avoir pas montré plus de fermeté dans cette occasion. Quant au général Pigeon, chargé de l'arrièregarde de Masséna , il vint en lion ordre sur Lonato, qui lui avait été indiqué, et s'y établit.
L'ennemi , profitant de la faute du général Valette, s'empara de Castiglione le 2 même, et s’y retrancha.
Le 3, eut lieu lu bataille de Lonato : elle fut donnée par les deux divisionsde Wurmser venues de Borghetto, et par une des brigades de la division demeurée sur Peschiera , ce qui, avec la cavalerie, pouvait composer trente mille hommes. Les Français en avaient vingt à vingttrois mille; aussi le succès ne fut pas douteux. Wurmser, avec les deux divisions d'infanterie et la cavalerie qu'il avait conduites à Manloue, ne put s'y trouver.
A l'aube du jour, l’ennemi se porta sur Lonato, qu'il attaqua vivement : c'est par là qu'il prétendait faire sa jonction avec sa droite, sur
laquelle, du reste, il commençait à eoneevoir des inquiétudes. L'nvanlgarde de Masséna fut culbutée; l'ennemi prit l.onaln. Le général en chef, qui était à Ponte-Marco, marcha lui-même pour reprendre Lonato. Le général autrichien , s’étant trop étendu, toujours dans l’intention de gagner sur la droite, alin d’ouvrir scs communications avec Salo, fut enfoncé, Lonato repris au pas déchargé, et la ligne ennemie coupée. Une partie se replia sur IcMincio, l’autre se jeta sur Salo; mais elle rencontra le général Soret en front, et avait le général Saint-Hilaire en queue.
Tournée de tout côté , elle fut obligée de mettre bas les armes. Si nous fumes attaqués au centre, ce fut nous qui attaquâmes à la droite. Au jour,Augereau aborda l’ennemi qui couvrait Castiglionc, et l’enfonça après un combat opiniâtre où la valeur des troupes suppléa nu nombre. L’ennemi éprouva beaucoup de mal, perdit Castiglionc, et se retira sur Mnntouc, d’où lui arrivèrent les premiers renforts, mais seulement quand la journée était déjà linie. Nous perdîmes beaucoup de braves dans cette affaire opiniâtre ; l’armée regretta particulièrement le général Beyraud et le colonel Pourailles, officiers très-distingués.
VIL Reddition des trois divisions de droite de l'ennemi, et d'une partie de. son centre. — Les trois divisions de droite de l’armée ennemie eurent nouvelle dans la nuit de In bataille de l.onoto; elles en entendaient le canon : leur découragement devint extrême. Leur jonction avec le corps principal de l’armée devenait impossible. Elles avaient vu d’ailleurs sur elles plusieurs divisions françaises, et les croyaient toujours mumruvrnnt contre elles. L’armée française leur semblait innombrable, elles la voyaient partout.
Wurmser avait, de Manlouc, dirigé une juirlie de ses troupes vers .Marcaria , pour poursuivre Serrurier. Il fallut perdre du temps pour faire revenir ces troupes sur Castiglione. Le T, il ne sc trouvait pus en mesure. Il employa toute la journée à rassembler ces cor|is,à réorguni- | ser ce qui avait combattu à Lonato, et à réapprovisionner son artillerie.
Quand le général français, sur les deux ou trois heures apres midi, vint observer sa ligne de Isitaille, il la trouva formidable; elle présentait encore quarante millecombnttnnts.il ordonna qu'on se retranchât à Castiglione, et partit lui-même pour Lonato, afin de veiller en personne nu mouvement de scs troupes, qu’il devenait delà plus haute importance de rassembler dans la nuit autour de Castiglione. Toute In journée, Soret et Ilerbin d’un côté, Dnllemngnc et Snint-llilnirc de l’autre, avaient marché à la suite des trois divisions ennemies de In droite, el de celles
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coupées du centre à la journée île Lonatn, les avuienl poursuivies sans relftchc, Taisant des prisonniers il chaque pas. Des bataillons entiers avaient posé les armes à Saint-Osetto, d'autres à Gavardo, d'autres enfin erraient incertains dans les vallées voisines.
Quatre ou cinq mille de ceux-ci sont instruits par des paysans qu’il n'y avait que douze cents Français dans l.onato; ils y marchent dans l'espoir de s'ouvrir un chemin vers leMincio. Il était quatre heures après midi; Napoléon y entrait de son côté, venant de Custi^lione. On lui annonce un parlementaire ; il apprend en même temps qu'on prend les armes, que des colonnes ennemies débouchent par Pou le-Sain t-Marcu, qu'elles veulent entrer dans l.onalo, et font sommer celte ville de se • rendre.
Cependant nous étions toujours maîtres de Salo cl de Gavurdo ; des i lors il devenait évident que ce ne pouvait être que des colonnes perdues qui cherchaient à se frayer un passeur. Napoléon fait mouler à cheval son nombreux état-major : il se fait amener l'officier parlementaire, et
Il K SAINTK-HKI-KNK.
, « huit minutes pour poser les armes. Il se trouve au milieu de l’urméc
« française; passé ec temps, il n'aurait rien à espérer. «
Harassés depuis trois jours, errants, incertains, ne sachant plus que devenir, persuadés qu’ils avuient été trompés par les paysans, ces quatre ou cinq mille hommes posèrent les armes. Ce seul trait peut donner une idée du désordre et de In confusion de ees divisions autrichiennes , qui, liutlnes à Solo, à l.onnto, à Gavardo, poursuivies dans toutes les directions, étaient désormais à peu près fondues. Tout le reste du -t el la nuit entière se passèrent à rallier In totalité des colonnes el à les concentrer sur Castiglione.
Mil. Bataille de Castiglione , 5 août. — Le ii , avant le jour, l'armée française toute réunie, forte de vingt-cinq mille hommes, y compris la division Serrurier, occupa les hauteurs de Castiglione , excellente position. le général Serrurier, avec la division du siège de Mnntoue , avait reçu l'ordre de marchei* toute la nuit, et de tomber au jour sur les ! derrières de la gauche de Wnrmser; son attaque devait être le signal de la bataille. On attendait un grand succès moral de cette attaque | inopinée; et, pour la rendre plus sensible, l'armée française feignit de reculer.
Aussitôt qu'on entendit les premiers coups du corps de Serrurier, qui, étant malade, avait été remplacé par le général Fiorella, on marcha I vivement à l'ennemi , et l'on tomba sur des gens déjà ébranlés dans leur i confiance, et n’ayant plus leur première ardeur. Un mamelon, nu milieu I de la plaine, formait un fort appui pour la gauche ennemie, i.'ndjudnnl [ général Verdier fut chargé de l’attaquer; l’aide de camp du général en chef, Marmont, s'y dirigea rtvee vingt pièces d'artillerie . le poste fui enlevé. Mnssénn attaqua la droite, Augcreau le centre, Fiorella prit la gauche à revers ; partout on fut victorieux , l'ennemi fut mis dans une déroute complète; l'excessive fatigue des troupes françaises put seule sauver les débris de Wurmser : ils fuirent en desordre au delà du Mincio, où Wurmser espérait se maintenir : il y eût trouvé l'avantage de rester en communication avec Mantoue. Mais la division Augcreau se dirigea sur Borghelto, celle de Massénu sur Pcschiera.
I>c général Guillaume, commandant de celte dernière place, qui y avait été laissé avec quatre cents hommes seulement, en avait uni ré les portes pour s'y mieux défendre. Il eût fallu quarante-huit heures pour les désencombrer. les soldais durent sauter por-dessus les remparts pour aller à l'ennemi. 1 es troupes autrichiennes qui bloquaient Pcschiera étaient fraîches. Files soutinrent longtemps le combat contre la 18“ de ligne.
Kilos furent enfin enfoncée»., perdirent dix-huit pièces de canon, et Iteiiucoup de prisonniers.
Le général en chef marcha avec la division Serrurier sur Vérone. Il y arriva le 7 dans la nuit; Wurmser en avait fait fermer les portes, voulant gagner la nuit pour faire filer ses bagages, mais on les enfonça à coups de canon, et l'on pénétra dans la ville. Les Autrichiens y perdirent lieaucoup de monde. La division Augcreuu, éprouvant des difficultés ii opérer son passage à Borghetto, revint passer il Peschieru.
Perdant l'espérance de conserver la ligne du Minoio, Wurmser essaya de conserver les positions importantes du Montcbaldo et de la ltocn d'Anfo. Ix- général Saint-llilaire marcha sur la Roca d'Anfo, attaqua l’ennemi dans la vallée de London , et lui fit beaucoup de prisonniers. Un s'empara de Riva, et Wurmser fut obligé de brûler sa flottille. Masséna marcha sur le Montcbaldo et reprit lu Corona. Augereau remonta la rive gauche de l’Adige, en suivant les crêtes des montagnes, et arriva jusqu'à la hauteur d'Ala. L’ennemi éprouva des pertes considérables dans les tentatives dont il accompagna sa retraite. Ses troupes n’avaient plus de moral.
Après la perle de deux batailles comme celles de l.onato et de Castiglione, Wurmser aurait dû comprendre qu'il ne pouvait plus disputer ce qu'il convenait aux Français d'occuper pour s'assurer de la ligne de l'Adige. Il se retira à ltoveredo et à Trente. L'armée française avait ellemème besoin de repos. Les forces de Wurmser, après ses défaites, étaient encore égales aux nôtres, mais avec cette différence que désormais un bataillon de l’armée d'Italie en mettait quatre des ennemis en fuite, et que partout on ramassait du canon, des prisonniers et des objets militaires.
Wurmser avait ravitaillé la garnison de Mantoue, il est vrai; mais il ne ramenait |ms en ce moment , de toute sa lie] le armée; , y compris sa cavalerie, plus de quarante à quarante-cinq mille hommes. Du reste, rien ne saurait être comparable au découragement et à lu démoralisation de cette belle armée, après ses rêvera, si ce n'est l'extrême confiance dont elle était animée ntl commencement de la campagne.
Ix1 plan de Wurmser, qui |iouvnil réussir dans d'autres circonstances, ou contre un autre homme que son adverauire, devait pourtunt avoir l'issue funeste qu'il a eue; et, bien qu'au premier coup d'oeil la défaite de cette grande et belle armée, en si peu de jours, semble ne devoir être attribuée qu'à l'habileté du général français, qui improvisa sans cesse ses mameuvres contre un plan général arrêté à l'avance, il faut convenir que
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ce plan reposaitsur des bases fausses. C'était une faute que de faire as il' seimrément des corps qui n’avaienl entre eux aucune communication visi à- vis d'une armée centralisée, et dont les communications étaient faciles.
La droite ne pouvnit communiquer avec le centre que par Roveredo cl Lodron. Ce fut une seconde foute encore que de subdiviser le corps de la droite et de donnerdes buts différents à ces différentes divisions. Celle qui fut à Brescia ne trouva person ne contre elle, et celle qui atteignit l Lonoto eut affaire aux troupes, qui, la veille, étaient ii Vérone devant la gauche autrichienne , laquelle dans ce moment n'avait plus rien devant elle. L'armée autrichienne comptait de très-bonnes troupes, mais elle en 1 avait aussi de médiocres ; tout ce qui était venu du Rhin avec Witrmser ;
! était excellent et animé de l’espoir de la victoire, mais tous les cadres de j l'ancienne armée de Beaulieu, battue dans tant de circonstances , traînaient avec eux le découragement. Une des dis|H>sitions de Wurmser, que les circonstances rendirent des plus funestes, c'est que la plus grande i partie de sa droite se trouva composée de Hongrois, troii|>cs lourdes qui, [ une fois déroutées, ne surent plus comment se tirer de ces montagnes,
I et qui, à cause de leur langage, ne purent se faire entendre.
IX. Second siéye de Manloue. — Les premiers jours de la levée du blocus de Manloue furent employai par la garnison à défaire les ouvrages j
des assiégeants, à faire entrer les pièces et les munitions qu’ils trouvèrent. Mnis les prompts revers de Wurmser ramenèrent bientôt les Français
devant la place. La perte de l'équipage d’artillerie ne laissait plus d'espérance de pouvoir en faire le siège. Cet équipage, formé à grande peine de pièces recueillies dans les différentes places de l'Italie, était presque : entièrement perdu. D'ailleurs la saison devenait trop mauvaise, l'ouver- ! ture et le service de la tranchée eussent été trop dangereux pour les troupes, au moment où la malignité du climat allait exercer scs ravages. Le général français, n'ayant donc pas sous la main un équipage de siège qui pût lui donner l'assurance de prendre Mantouc avant six semaines, ne voulut pas songer à en former un second , qui n’eût été prêt qu'au moment même ou de nouveaux événements pouvaient l'exposer à le perdre de nouveau, en le forçant de lever le siège une seconde fois II se contenta donc d'un simple blocus. Le général Sahuguet en fut chargé; il attaqua Governolo , et le général Dallemagnc Borgo-Forte : ils s’en emparèrent ainsi que de tout le Séroglio, rejetèrent l’ennemi dans la place et en resserrèrent étroitement le blocus. On s'occupa de multiplier les redoutes et les fortifications autour de la ville, afin d'y employer le moins de monde possible ; car tous les jours les assiégeants diminuaient par le ravage de la lièvre , et l'on prévoyait avec effroi que ce ravage ne ferait qu’accroitre avec l’automne. Il était vrai que la garnison était soumise aux mêmes maux et à la même diminution.
X. Conduite des différents peuples d’Italie durant cette crise. — Cependant la position de l’Italie, dans le peu de jours qui venaient de s’écouler, avait été une véritublc révélation. Toutes les passions s'étaient montrées nu grand jour; chacun se démasqua. Le parti ennemi se montra à Crémone, h Casal-Major, et quelques étincelles se laissèrent voir à Pavie. En général , la Lombardie montra un bon esprit ; à Milan surtout presque tout le peuple témoigna une grande constance et beaucoup de fortitude : ils gagnèrent notre confiance, et méritèrent les armes qu'ils ne cessaient de demander avec instances. Aussi le général français leur écrivait-il dans sa satisfaction : » Lorsque l'armée battait en retraite, que les par- « tisons de l’Autriche et les ennemis de la liberté la croyaient perdue « sans ressource, lorsqu’il était impossible à vous-mêmes de soupçonner « que celte retraite n'était qu'une ruse, vous avez montré de l'nttaehe- « ment pour la France , de l'amour pour la liberté; vous avez déployé » un zèle et un caractère qui vous ont mérité l'estime de l'armée , et - vous mériteront la protection de la république française.
« Chaque jour votre peuple se rend davantage digne de la liberté. Il « acquiert chaque jour de l'énergie. Il paraîtra sans doute un jour avec « gloire sur la scène du monde. Recevez le témoignage de ma satisfaction
« i't du v«»u sincère que fait le peuple français pour vous voir libres el « heureux. »
I.es |>euples de Bologne , Ferrare , Reggio , Modène , montrèrent un véritable intérêt pour notre cause. Panne demeura fidèle à son armistice, mais la régence de Modène se montra ouvertement notre ennemie.
A Rome, les Français furent insultés dans les rues, on y proclama leur expulsion de l’Italie. On suspendit l’accomplissement des conditions de | l’armistice non encore remplies. Le général en chef eût pu punir une 1 pareille conduite, mais d'autres pensées le portaieht ailleurs , et l'obligeaient d'ajourner le châtiment, si les négociations n'amenaient le repentir.
Le cardinal Mattey, archevêque de Ferrare, témoigna sa joie à la nouvelle de la levée du siège de Mantoue. Il appeja les peuples i) l’insurrection contre les François. Il prit possession de la citadelle de Ferrare, et y arbora les couleurs du pape. Le pape y envoya aussitôt un légat, et par là viola l'armistice. Après la bataille deCastiglione, le général français fit arrêter Mattey et le fitconduireà Brescia. Le cardinal, interdit, ne répondit que par ce seul mot : Peccavi! ce qui désarma Napoléon , qui se contenta de le mettre trois mois dans un séminaire à Brescia. Depuis ce cardinal a été plénipotentiaire du pape à Tolentino. Le cardinal Mattey était d’une famille prineière à Rome : c'était un homme borné, de peu de talent, mais qui passait pour être d'une dévotion sincère. Il était minutieusement attaché aux pratiques du culte. Après la mort du pape Pie VI , la cour de Vienne s'agita beaucoup au conclave de Venise pour le faire nommer pape , mais elle ne réussit point. Chiaramonli, évêque d'hnola, l'emporta, et prit le nom de Pie Vil.
N. B. écrit sous dictée. — Le rapjiort ne donne que vingt mille hommes amenés du Rhin parWurmser. Le chapitre dit trente, et celui-ci a raison. L’inégalité des forces a toujours été telle entre les deux armées , que le général français, dans ses rapports, croyait être obligé souvent de diminuer les forces de l'ennemi pour ne pas décourager sa propre armée. C'est ce qui explique la différence des nombres qu'on rencontre parfois entre l'ouvrage et les pièces officielles.
Bataille .l'Arcole- — Depuis t'olTcnslve il'AU Irul , le 2 novembre 1796 , jusqu'k l'entlere expulsion «le non armée, le 21 «In même mol# : espace «le «lix-nenf jonr#.
I. Le maréchal Altinti prend le commandement de la nouvelle armée l autrichienne; sa force. — Les armées françaises du Rhin et de Sambreet-Meuse avaient été battues en Allemagne; elles avaient repasse le Rhin, j