‹ Mémorial de Sainte-HélèneChapitre 27 sur 51 · K S A I N T K- II K I. K N E. «T · texte numérisé non relu

K S A I N T K- II K I. K N E. «T

» peuples retenus seulement par lu eruiule. A eluu|tie instant, ati premier !

1 « échec , ils pouvaient se déclarer. Je triomphais au milieu «les périls

- toujours renaissants ; il me fallait sans cesse uuDint d'adresse (pie de » force. Qu'il me fallut un étrange caractère dans toutes ces entreprises,

» un étrange coup d'œil, une étrange confiance dans mes combinaisons,

» désapprouvées |wr tous ceux peut-être q ni m'environnaient!

« Quels actes les allies opposeront-ils à de tels actes V Si je n'eusse i

■ vaincu à Austerlitz, j’allais avoir toute la Prusse sur les liras. Si je ! .n'eusse triomphé à lénu , l'Autriche et l'Kspagnc se déclaraient sur

' mes derrières. Si je n'ensse battu à W'agrnm, <pii ne fut pas une vie- ' i • toire aussi décisive, j'avais à craindre que la Itussie ne m'abandonnât.

; | que la Prusse ne se soulevât, et les Anglais élaientdéjà devant Anvers, j <• Toutefois quelles ont été mes conditions après lu victoire?

» A Austerlitz , j'ai laissé la liberté à Alexandre , que je pouvais faire " mon prisonnier '.

« Après léna, j'ai laissé le trône il la înuison de Prusse, que j'en avilis ( abattue.

« Après Wugrain, j'ai négligé de morceler la monarchie autrichienne.

« Attribuera-t-on tout cela il de la simple magnanimité? Les gens forts » et profonds auraient le droit de m’en blâmer. Aussi, sans repousser ee I

■ sentiment, qui ne m'est jais étranger, aspirais-je â de plus hautes » pensées encore. Je voulais préparer lu fusion des grands intérêts

•• européens, ainsi que j'avais iqiéré celle des partis au milieu de nous, i " J’ambitionnais d'arbitrer un jour la grande cause des peuples et !

•' des rois. Il me fallait donc me créer des litres auprès des rois, me [ " rendre populaire au milieu d'eux. Il est vrai que ce ne pouvait être « sans perdre uuprèsdes peuples, je lesentais bien ; mais j'étais tout-puis- » saut et peu timide. Je m'inquiétais peu des murmures passagers des " peuples, bien sùrquele résultat devait me les ramener infailliblement.

» Cependant,’ continuait l'Empereur, je fis une grande faute après * Wugram, celle de ne pas abattre l’Autriche davantage. Elle demeurait !

« trop forte pour notre sûreté ; c'est elle qui nous a perdus. Iaï leude- « main de la bataille, j'uurais dii faire connaître, par une proclamation.

« que je ne traiterais avec l’Autriche que sous la séparation préalable' des trois couronnes d’Autriche, de Hongrie et de Bohème. Et, le croi- " ra-l-on? un prince de la maison d’Autriche m’a fait insinuer plusieurs

• Depuis mm retour «:i Etin>|K?, «mi m'a assuré qu’il ciblait deux biUrtsan crayon, de l’empereur Alexandre, sollicitant anxieusement qu'on le latarit |>a»er. Si cela était vrai, quelle vicMlnde de ( fortune: I ai vainqueur magnanime aurait péri dans les fers . au loin tic l’Europe, privé de sa famille . et précisément au nom do vaincu qu’il avait si généreusement écouté !!?

« fois de lui en faire passer une, ou même de le mettre sur le troue de su « maison, alléguant que ccneserailqn’alorsque cette puissance marclie- « raitde lionne foi avec moi. Il offrait de ine donner en espèce d'otage » son fils pouraidedccnmpcn outre de toutes lesgarnntiesimaginnblrs.»

l.'F.mpereur disait s'en être même occupe. Il avait balancé quelque temps avant son mariage avec Marie-Louise. Mais depuis, continuait-il, il en eût été incapable; il se sentait des sentiments Irop bourgeois sur l'article des alliances, disait-il : » 1,'Autriebe était devenue ma famille, « et pourtant ce mariage m’a perdu. Si je ne m'étais pas cru tranquille » et même appuyé sur ce point, j'aurais retardé de trois ans la résur- « rection de la Pologne ; j'aurais attendu que l’Espagne fût soumise et « pacifiée. J’ai posé le pied sur un abime recouvert de fleurs, etc. , etc. . . »

l.'Knip'-n ur wMiffrant.— Premier jour tlt* rotnjilHr réclusion. - AmlMwiilitiiM persan et titre.

— Anec.lolc*.

*■ Lundi *9

Sur les cinq heures, le grand maréchal m'a fait une petite visihrdans ma chambre; il n'avait pu voir l'Empereur, qui était reste enfermé toute la journée, étant souffrant, et n'ayant voulu voir |>crsonne. Sur lu fin du jour, je suis allé me promener dans les allées que l'Emjiereur parcourt d'ordinaire vers ce temps; j'étais triste de m'y trouver seul. Nous avons diné sans lui.

Sur les neuf heures, au moment où je calculais que la journée si' serait écoulée sans que je le visse, il m'a fuitdcmunder ; je lui ai témoigné de l’inquiétude. Il m'a dit qu'il était bien ; » qu'il ne souffrait pas ; ■ qu'il lui avait pris fantaisie de demeurer seul ; qu'il avait lu toute la

• journée, et qu'elle lui avait paru courte et d'un calme parfait. » Cependant il avait l'air triste, ennuyé. Dans son désœuvrement, il a

pris mon Atlas, qui s'est ouvert à la mappemonde ; il s'est arrêté sur lu Perse. « Je l’avais bien judicieusement ajustée, a-t-il dit. (Jucl heureux « point d'appui pour mon levier, soit que je voulusse inquiéter la Itussie » ou déborder sur les Indes! J'avais commencé des rapportsavecce pays,

- et j’espérais les amener jusqu’à l'intimité, aussi bien qu’avec la Tur-

- quie. II était à croire que ces animaux eussent assez, compris leurs

• intérêts pour cela ; mais ils m'ont échappé l'un et l'autre au moment « décisif. L’or des Anglais a été plus fort que mes combinaisons! fjuel- « ques ministres infidèles auront, pour quelques guinées, livré l'exis- « tence de leur pays ; résultat ordinaire sous des monarques de sérail ou

- des rois fainéants! «

De là, l'Empereur, laissant la liante politique, est |Kissé à des auec-

ri'Uniuit le coin de In cheminée. On lypuva gai de le lui soutirer doucement, do sorte qu'il manqua glisser tout de son long, et ne se retint qu'en taisant un bruit effroyable. C’était relui des deux qui entendait le

mieux la plaisanterie. Cependant celte fois il se fâcha violemment; et,

dotes de sérail, puis aux Persans de Montesquieu et à ses Lettre s, qu'il disait pleines d'esprit, d'observations fines, et surtout la satire sanglante du temps. Il s'est ensuite arrêté sur les ambassadeurs turc et |>ersan qui ont demeuré à Paris sous son règne. Il me demandait quelle impression ils avaient produite dans la capitale; s'ils y faisaient des visites, s'ils recevaient du monde, etc., etc.

Je répondais qu'un moment ils avaient oeeupé la capitale, et fort longtem|>s fait le spectacle de la cour, le Persan surtout. A son arrivée, fl reee\uit volontiers, et comme il distribuait facilement des essences et allait même jusqu’aux châles, il veut fureur parmi les femmes; mais le grand nombre le força bientôt de borner sa lil>érnlité, et dès lors, et le moment de la vogue |iassé, il ne fut plus question de lui. J'ujoutais à rKmpereur qu’à la cour, et quand Sa Majesté n'y était pas, nous nous étions permis parfois, très-inconsidérément sans doute, quelques espiègleries à leur égard. lin Jour, entre antres, à un concert de l'impératrice Joséphine, Askerkan, avec sa longue barbe peinte, s'ennuyant sans doute de cette musique, s’endormit debout adossé à la muraille, scs pieds un tant soit |>cii en avant, appuyés à un fauteuil que

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