N A PO I KON
puisse vivre? qu'on la fasse sur les propriétés du colonel Sinilli on
• Won à Hnsemar y-Hall. Mais je parie que ces offres ne sont que d'o- •■ dieuses im|>oslurcs. Tenez, dit-il, en m 'a menant près des fenêtres, j'ai >« fait remplaeer les rideaux par une paire de draps ; ces rideaux étaient " si sales, que je ne pouvais plus les loucher. E un Irist' uomo epeggio « tlrll' isola. Voyez sa conduite envers cette pauvre madame Bertrand; •• il l'a privée du peu de liberté dont elle jouissait ; on ne peut plus venir ■■< la voir. Cependant la compagnie était une distraction nécessaire à
cette dame, sur cet affreux rocher; et c'est parce qu'elle a écrit, sans « le prévenir, au marquis de Montchenu, que cette restriction est impo- « sée ! »
13. — J'ai communiqué à Uudson Lowe ce que m'a répondu Napoléon. Celte communication n'a pas paru lui plaire ; il m'a objecté que j dans les lieux désignés il ne pourrait pas exercer sa surveillance aussi facilement. •< Au contraire, lui ai-je répondu; cela serait beaucoup plus facile, puisqu'il serait placé au milieu de votre état-major : les lieux ! i nommés par Napoléon sont entourés de hauts rochers, inégaux entre eux ; des piquets pourraient être placés et rapprochés de ces lieux : ils empêcheraient toutes les tentatives d'évasion. Napoléon, que la vue de la garde afflige, ne la verrait pas. » Le gouverneur consentit d'abord ; mais l'instant d'après il songea qu'il ne saurait où loger le commissaire autrichien, qui s'était établi à Rosemary-Hall. Je fis observer qu'entre les commodités du baron Sturmer et celles du principal détenu il n'y avait [>as a balancer. I.e gouverneur ne me répondit pas.
Napoléon souffre beaucoup des dents. J'ai déjeuné avec lui. Pendant le déjeuner, il m'a entretenu des commissaires. « Madame Sturmer « m'u-l-ellc vu ù Paris? — Oui, lui dis-je, et elle désire beaucoup « vous être présentée. — Je veux bien les recevoir tous; mois qu'ils
• viennent comme de simples particuliers. Je serai charmé de recei voir celte dame. »
« Votre gouvernement nous a envoyé des habillements. Mais ce geô- - lier en fait une insulte, et nous le* envoie d'une façon avilissante.
• Nous les recevons sans être aucunement consultés, comme s'il jetait <• une aumône à des mendiants, ou des habits à des condamnés. Vera- « mente ha il cuore di boja; nul au monde, ù la place de ce boja, n'es-
« sayerait sans nécessité d'augmenter nos misères. Ses mains souillent < « tout ce qu'elles touchent. «
Sir Hudson l.owe est venu à l.ongwood, et a eu avec Napoléon une , très-courte entrevue.
17. — Napoléon m'a appelé dans le jordiu, pour m'apprendre qu'il m dit au gouverneur « qu'il avait, sans qu'il y eût besoin, augmenté « sa captivité; que c'était sans nul motif qu'il avait puni madame Ber- « trand; qu'il les avait tous insultés par l'envoi des objets nécessaires à leur usage; que si Bertrand ou Las Cases voulaient former une « conspiration avec les commissaires, ce qu'il paraissait craindre, il « n'avait rien de mieux à faire que de citer l'un d'eux à la tour d'a- « larme ; que c'était une infamie à lui, investi de l'autorité, d'insulter - un homme qui, comme Bertrand, était estimé de toute l'Europe, etc. »
Napoléon m'entretint ensuite de la nouvelle maison, et ajouta que s'il croyait habiter l'île plusieurs années, il désirerait qu'elle fût bâtie ù côté de Plantation-House. « Mais, conlinun-l-il, je pense que lorsque « les affaires de France seront réglées, et que tout sera tranquille, le « gouvernement anglais me permettra de retourner en Europe, et de ! • Unir mes jours en Angleterre. Je ne crois pas qu'ils soient assez fous ! pour dépenser huit millions par an pour me tenir ici, lorsque je ne <• suis plus à craindre; c'est pourquoi je m'inquiète peu de la maison.» Il parla de son évasion, et dit que « quand bien même il voudrait s eva- » (1er, il avait contre lui quatre-vingt-dix-huit chances sur cent. Néan- « moins, continua-t-il, ce geôlier m'impose autant de gène que si je « n'avais qu'à entrer dans un balenu cl à m'esquiver. 11 est vrai que « Uint qu'un homme existe, il est toujours à craindre qu'il ne s'échappe ; « et le seul moyen de prévenir sa fuite, c'est de le tuer. Les mor($ ne « reviennent pas. »
■18. — Sir Hudson Lowe est venu à Longwood ; il est convenu avec le général Montholon de quelques arrangements au sujet de la maison. Tous les changements à faire dans l'édifice ont été confiés au colonel Mynyard, qui sera aidé par le lieutenant d'étal-major Jackson.
19. — A peu près vers cinq heures du matin, on s'aperçut que le salon de Longwood-House était en feu. L'incendie fut arrêté en une demi-heure par le capitaine Poppleton et la garde, aidés des gens de la maison. Le feu était déjà parvenu à quelques pouces de distance du plafond, formé d'un double plancher.
20. — Thomas Reade a envoyé des rideaux pour le lit de Napoléon. 24. — L'amiral a envoyé un lieutenant et un détachement de marins [
pour faire une tente avec une voile de bonnette; les arbres de Long- j wood ne donnent aucun ombrage. Le colonel Maunsell, du 53*, me ! pria de faire mes efforts pour procurer une entrevue avec Napoléon au docteur Ward, qui a été dix-huit ans dans l'Inde.
25. — J'ai dit à Napoléon qu'un vaisseau arrivé d'Angleterre, la nuit précédente, avait apporté la nouvelle que le général Bertrand, contu- j mace, avait été condamné ù mort. Il en parut un instant très-affligé ; i il se remit, et me dit que, « d'après la législation française, un homme « accusé d'un crime capital pouvait être jugé et condamné par contu- « mace, mais qu'on ne pouvait exécuter la sentence sans que l'homme « eût été jugé de nouveau, lui présent; et que si Bertrand se présen- « tait, il serait acquitté comme Drouot. » Toutefois cet arrêt lui laissa du chagrin ; il craignait l'effet que cette nouvelle pourrait produire \ sur madame Bertrand. « En révolution, dit-il, on oublie tout. Le bien 1 « que vous faites aujourd'hui, demain sera oublié. La face des affaires
une fois changée, reconnaissance, amitié, parenté, tous les liens se « brisent, et chacun cherche son intérêt. »
27. — Le colonel Keating, dernier gouverneur de l'île de Bourbon, a été reçu par Napoléon ; il a eu une entrevue qui a duré près d'une heure.
28. — J'ai prévenu l'Empereur que le commissaire de Russie n'avait pas signé, conjointement avec les autres commissaires, la demande officielle de le voir, adressée à lludson Lowe. Il me répondit que les commissaires ne seraient jamais reçus par lui comme des personnages officiels.
Changeant de sujet, il continua.
o M. Hobhouse avait adressé a sir Hudson Lowe un ouvrage de lui sur « mon règne, avec prière de me le faire remettre. Il y avait sur la reliure « cette inscription en lettres d'or : « A Napoléon le Grand, ou à l'empe- « reur Napoléon. » Cegaleriano n'a point voulu permettre qu'il me fût « envoyé, parce qu'il pensait que j'éprouverais quelque plaisir à voir que « tous les hommes ne lui ressemblaient pas, et que j'étais estimé par « quelques-uns de ses compatriotes : Non credero che un uomo poteva « ester e basto e vile a ta! segno. »
Depuis la présence de sir Hudson Lowe, on envoie un grand nombre de journaux à Longwood. Au lieu d'une série régulière de feuilles, il ne nous est parvenu que quelques numéros sans suite du Times et du Courier. Cette suspension a causé une grande inquiétude parmi les exilés de Ixmgwood. Sir George Cockburn envoyait ses journaux régulièrement, et même avant de les avoir lus.
2 août. — Les pourvoyeurs n'ont apporté à Lougwood, depuis quelques jours, que des pommes de terre. J'ai fait des plaintes.
Le colonel Maunsell a été présenté aujourd'hui par sir George Bingham. Napoléon s'est entretenu peu de temps avec ce dernier.
tf.— Le gouverneur désire inviter l'Empereur à un bal qu'il veut donner ù Plantation-House, pour célébrer l'anniversaire de la naissance du prince régent. Je lui ai dit que je croyais qu'il considérerait l'invitation comme une insulte, surtout si elle était adressée au général Bonaparte. II me répondit qu'il éviterait celte difficulté en faisant « l'invitation de vive voix. » Il me parla du livre de Hobhouse, me disant qu'il ne pouvait pas l'envoyer à Longwood, parce qu'il ne lui avait pas été adressé par le secrétaire d'état ; une autre raison le retenait. Cet ouvrage était injurieux pour lord Castlereagh ; il ne désirait point donner au général Bonaparte le plaisir de lire un ouvrage dans lequel un ministre anglais était traité de cette façon, ni laisser voir au général Bonaparte que cela est permis chex nous : t Je ne veux pas qu'il lise de semblables réflexions. » Je répondis que Napoléon désirait beaucoup voir cet ouvrage, et qu'il lui ferait un grand plaisir de le lui envoyer. La réponse de Hudson I^owe fut qu'il le garderait; qu'il le placerait dans sa bibliothèque.
f>. — Napoléon m'a parlé du livre que le gouverneur retient illégalement ; il ajouta que, quand mèma il serait prisonnier et condamné à mort, le gouverneur n'avait pas le droit de garder et de retenir un livre dans lequel il ne se trouve rien qui puisse blesser la loi, ni trahison, ni ! correspondance.
Un lieutenant, deux gardes-marine et un détachement de marins se sont occupés à réparer la tente, qui a souffert considérablement des mauvais temps. Napoléon est allé les voir, et s'est entretenu quelques moments avec les gardes-marine, dont l'un, par un étrange rapprochement, se trouve être le fils de M. Drake ', connu par sa conduite à Munich.
10. Sir I liaison Lowe est arrivé pendant que Napoléon déjeunait sous la tente ; il désirait le voir, mais il n'a pas voulu le recevoir.
12. — Grande rev ue au camp en l'honneur du prince régent. L'anniversaire de la naissance de Son Altesse est célébré ainsi dans toutes nos j c olonies. « Gia, gia, dit-il, naluralmente. » Il me demanda si j'étais invité à diner chez le gouverneur. « Non ; mais prié pour le bal. »
M. — C'est ce matin, pour la première fois, que l'Empereur est sorti ;i cheval. « C'était, disait-il, pour dissiper un affreux mal de lète qu'il • « s'était décidé à prendre cet exercice. Mais les limites sont tellement j
' Ceal celui <|til a été»l i-rwllctiieiit mystifié par M. H>hée de La Touche <|ui mm* a raconté âpiri- (nettement de «nielle manière il avait trompé ret agent anglak.
« étroites, que je ne puis courir pendant plus d'une heure ; et, pour nie » faire quelque bien, il faudrait que je pusse gailoper pendant trois ou " quatre heures. Ce sbirro ticiliano est venu; je serais resté une heure « de plus dans la tente, si j'eusse appris son arrivée. Mi répugna l'anima - il vederlo. 11 tremble comme un coupable, comme s'il avait un re- <- mords. •
15 août. — lin déjeuné sous sa tente avec les dames et toute sa suite, le Polonais Pionlowski et les enfants. Ce repas était simple. Dans la soirée, les domestiques anglais et français ont eu un grand souper, et on a dansé.
16. — I.e gouverneur a eu une entrevue avec le général Montholon. Il lui a parlé de la nécessité de diminuer les dépenses de Longwood. Il trouve, par exemple, que la maison de Bonaparte consume plus de tel blanc que la tienne. Les domestiques ne doivent employerque du tel gris.
On a reçu aujourd'hui une des machines pneumatiques de Leslie, destinées à donner de la glace. Quand elle fut mise en place, je prévins Napoléon ; je l'avertis en même temps que l'amiral était à Ixmgwood. Il me fit des questions ; il sait parfaitement les principes qui font mouvoir les pompes à air. Il admire les résultats de la chimie ! Quelle utilité! ! Il parla des grands progrés qu'elle avait faits depuis quelques années, et dit qu'il avait constamment encouragé ses recherches. Je le quittai et me rendis dans la chambre où était la machine, pour commencer l'expérience en présence de l'amiral. Au bout de quelques minutes, Napoléon, accompagné du comte Montholon, entra et aborda gaiement l'amiral, qui parut content de le voir. Une tasse d'eau fut glacée en sa présence, a peu près en quinze minutes, et on fit plusieurs tentatives inutiles pour glacer du lait. Napoléon prit le morceau de glace obtenu avec de l'eau. Il dit que celte découverte eût été reçue avec de la joie à l'armée d'Egypte. Ce fut cette machine qui fournit la première glace vue à Sainte-Hélène. Les yamttoclu, ayant vu cette glace se dissoudre, crurent seulement alors que la masse solide qu'ils tenaient dans leurs mains était bien réellement de l'eau.
\jc commandant du poste a consigné la sentinelle qui m'avait laissé > entrer à Hut's-Gate, on j'allais voir Bertrand qui était très-indisposé Je questionnai le sergent ; il me répondit que sa consigne était de laisser passer seulement l'état-major. Hudson l>ovve, qui s'était rendu, la veille, chez Bertrand, pour lui communiquer une lettre de lord Bathurst, annonçant que l'on réduirait à 8,000 livres sterl. par an les dépenses de l'établissement , avait lui-même donné cet ordre. On recevait par- ,
dessus lu muraille les provisious; car ceux qui les apportaient ne pouvaient pas même entrer.
Le comte de Monlholou a reçu du gouverneur une lettre où l'on demande 12,000 livres sterling pur un pour conserver le même truin de maison à Napoléon et à sa suite.
L'Empereur se promettait dans le jardin avec les comtes Bertrand et Monlholou, Las Cases et son lils, lorsque lludson Lowe, uccompagué de l'amiral, de sir Thomas Headeetdu major Gorrequer, lit demander une réception, qui lui fut accordée tout de suite. Le capitaine poppletou et moi nous suivions a quelque distauce Napoléon, lludson et sir l'ultney; cependuut uous étions assez près pour suivre leurs gestes. La conversation nous parut principalement soutenue par Napoléon, qui, par iulervalles, paraissait singulièrement s'auimer. Il s'arrêtait souvent, puis marchait très-vite et tout eu parlant à voix naule. L'amiral seul était calme; lludson paraissait Ires-ugilé. Une demi-heure après, nous vîmes lludson Lowe quitter brusquement Napoléon suns le saluer. L'amiral oui sou chapeau, s inclina et partit, lludson Lowe,
qui attendait ses chevaux, s'approcha de nous, et, après s'être piomené quelque temps dans la plus vive agitation, médit : « Le général
napoléon
•< Bonaparte m u injurié, et je l'ai quitté en lui disant : . Monsieur, vous
- n'êtes pas honnête ! >• 11 monta alors à » heval et partit au galop. Il était aisé de voir que la conversation avait été orageuse, car l'amiral était pensif et affecté.
11». — Mapoléon m'a reçu dans son cabinet de toilette. Il me demanda gaiement des nouvelles de Gourgaud ; lui ayant répondu que je lui avais prescrit une médecine, il me dit en raint : « Il ferait bien mieux " de se mettre à la diète pendant quelques jours, et de boire beaucoup
• d'eau. Les médecines ne sont bonnes à rien. »
Il ajouta : « Ce gouverueur est venu m'ennuyer hier. Il m'a vu me « promener dans le jardin, je n'ai pu alors refuser de l'écouler. Il
voulait entrer avec moi dans des détails de ménage pour affaiblir « nos dépenses. Il a eu l'audace de me dire que les choses sont main-
- tenant dans le même état qu'à son arrivée, et qu'il venait pour se jus- •< tilii-r ; qu'il s'était déjà présenté deux fois dans cette intention, mais
- que j étais dans le bain. « Non, monsieur, lui dis-je, je n'étais pas " dans le bain ; mais j'en avais un de commande pour ne pas vous
- recevoir. Vous aggravez vos loris en cherchant à les justifier. » Il « m'a dit que je le connaissais mal, et que si je le connaissais, je changerais d'opinion. • Vous connaître, monsieur! lui répondis -je,
• comment le pourrais-je i Les gens se font connaître par leurs actions, » en commandant dans les batailles. Vous n'avez jamais eu sous vos
■ ordres que des vagabonds et des déserteurs corses, des brigands na- . (Militai us et piénionlais. Je connais tous les généraux anglais qui se . sont distingués ; mais je ne vous ui jamais entendu nommer que « comme un scrivano de Blucher ou un chef de brigands. Vous ne pou-
■ vi z avoir commandé des gens d'honneur: vous n'avez jamais vécu avec eux. » Il me dit qu'il n'avait pas recherché son emploi. Je lui dis qu'il y avait des places qui ne se sollicitaient pas, qu'elles étaient
< données par les gouvernements aux gens qui s'étaient dishonorés pro- j fondemenl. « Le bourreau en fait autant que vous; mais lorsqu'il
• me met la corde au cou pour m'étrangler, est-ce un motif pour >« l'aimer, que de savoir qu'il agit d'après des ordres? Je ue crois •« aucun gouvernement assez vil pour douner des ordres semblables à « ceux que vous faites exécuter. » J'ajoutai que, s'il le voulait, il n'avait « pas besoiu de rien m envoyer à manger; j'irais m'asseoira la table « des braves olliciers du o.V; que j'étais sur qu'il n'en élait pas un qui « ne se trouvât heureux de douner place à un v ieux soldai ; qu'il n'y .. avait pus un seul soldat dans tout le régiment <|iii n'eût plus de caMir
DANS I. EXII. ",79
• que lui; que dans le bill inique du parlement, on avait décidé que
• je serais traité en prisonnier, mais qu'il me traitait plus mal qu'un
• criminel condamné ou un galérien! qu'il était permis à ces malhcu-
• reux de recevoir les journaux et les livres imprimés, et qu'il me pri- [ « vait de cette consolation. Vous avez plein pouvoir sur mon corps,
« ajoutai-je, mais mon àme vous échappera toujours, cette ame est
• aussi fière, aussi courageuse que lorsque je commandais à llùirope. « Vous êtes un tbirrosiciliano, et non pas un Anglais. » Je le priai enfin
• de ne plus se présenter devant moi, à moins qu'il ne m'apportât
• l'ordre de me dépêcher : « Alors vous trouverez toutes les portes « ouvertes : je serai prêt. »
« Je n'ai pas l'habitude d'insulter personne; mais l'effronterie de < : « cet homme m'a révolté, et je n'ai pu m 'empêcher de lui exprimer
• mon sentiment sur lui, quand il eut l'impudence de me dire, de- « vant l'amiral, qu'il avait tout laissé dans le même état que lorsqu'il
• était arrivé; je répliquai : * Mais faites appeler le capitaine d'ordon- « nance et interrogez-le ; je m'en rapporte ù sa décision. » Il se tut. *
22. — Je me suis rendu à Plantation - House sur l'invitation de ! Hudson Lowe. Il se promenait dans un chemin qui est à gauche de sa maison.
J'ai dit à Napoléon que l'entrevue qu'il avait eue avait été trop peu agréable à Hudson Lowe pour qu'il en recherchât d'autres. Il m'a | demandé si j'avais vu la lettre de Montholon au gouverneur, lettre * où les plaintes communes des prisonniers sont exprimées • Oui. — Kh
• bien, croyez-vous qu'il l'adresse à son gouvernement et la fasse « publier à Londres? Je ne crois pas qu'on veuille publier mes « lettres. Les ministres anglais ne le souffriraient pas. Si j'envoyais, « par exemple, une adresse à la nation française, on ne la laisserait « pas publier. Il ne fera pas imprimer ces plaintes, qui sont un si vif
• tableau de son infamie. Le peuple anglais désire savoir pourquoi | « je conserve le titre d'empereur après avoir abdiqué. Je l'ai expli-
« qué dans une lettre : que ne la publie -t-on? J'avais l'intention , en « demandant l'hospitalité du BeUéropkon , de vivre en Angleterre - en simple particulier; mais puisqu'ils m'ont envoyé ici, et qu'ils « veulent faire croire que je n'ai jamais été premier magistrat, ou em- « pereur de France, j'en conserve le litre. *** m'a rapporté qu'il avait « entendu dire aux lords Liverpool et Castlereagh, qu'une des prin- « cipales raisons pour lesquelles ils m'avaient envoyé ici était la peur «que je ne me mêlasse de quelque cabale de l'opposition. Ce n'est
3i*« NAPOLÉON
• pas le véritable motif, mais la crainte que je ne voulosse expliquer
■ beaucoup de faits ignorés de la longue lutte entre les deux nations; « ignorés chez vous , je les eusse dévoilés complètement , car toute
• leur influence n'eut pu faire que beaucoup de personnages distingués » ne se fussent liés avec moi. Je suis privé des journaux que je li-
■ sais avec intérêt. Je ne recois que des feuilles comme la Quotidienne « et la Gazette de France. »
Les fossés qui entourent le jardin de Longwood sont achevés, et les factionnaires sont augmentés et redoublent de vigilance.
Napoléon m'a demandé quelques renseignements sur une querelle entre madame Sturmer et l'envoyé de Ixmis XVIII, le marquis de Montchenu. Je lui en ai dit la cause. I,e marquis affirme que cette dame ne sait pas entrer dans un salon. 11 a beaueoup ri et puis levé les épaules. « Voilà les émigrés! Tout ce bruit contre madame Sturmer « vient de ce que son père était plébéien. •
Apres s'èlre promené un moment avec trouble, lludson Lowe m'a demandé si madame Bertrand avait parlé à des habitants et des officiers de sa conversation avec Bonaparte. « Je l'ignore, » fut ma ré|ionse. • Je « désire pour elle qu'elle se taise à ce sujet. Ses indiscrétions ne fe- « raient que gftler davantage sa position et celle de son mari. »
Il répéta avec colère quelques-unes des expressions de Napoléon, et dit * « I/C général Bonaparte vous a-t-il appris aussi que je lui avais dit « que je ne l'écouterais pas, parce que je trouvais ses observations gros- « sièreset injustes ? — Non. — 11 est mon prisonnier, qu'il y songe! et s'il « continue ses injures, je saurai le réduire. u II se promena avec une nouvelle agitation , en disant : * Les observations de Bonaparte sont « ignobles. <• Il était furieux. « Dites au général Bonaparte que si son « langage ne change pas, je serai forcé de restreindr e sa liberté » Après l avoir accusé d'nvoir fait périr des millions d'hommes, et de désirer recommenecr s'il était libre, il termina en disant qu'il lui préférait Ali-Pacha.
« La plus grande faute du gouvernement serait de ramener la no- « blesse dans les honneurs de l'armée. Noire époque est celle du « mérile; il faut laisser les fils des paysans monter par des talents et « des services au premier rang. Le gouvernement perdrait la vieille no- « blesse, s'il lui laissait envahir ou seulement empiéter sur les droits
■ sacrés du mérile. La noblesse, avant la révolution, se composait «en grande pnrtie d'hommes ignorants, frivoles, arrogants, corrom- « pus. Je n'en connais pas bien la composition présente, |K>ur être h
• même de juger de la vérité de ce mot : il» n'ont rien oppri$, ils n'ont « rien oublié. Je vois seulement que malgré les vingt-cinq années d'exil, ■ leurs prétentions sont restées grandes. S'ils parviennent à les faire
• admettre par le gouvernement , une révolution nouvelle est certaine.
• Je connais bien les Français: six, dix ans se passeront peut-être
• sans révolte ; mais, j'en suis sûr, une armée dont les principes blea-
• seraient l'égalité consacrée par la loi française serait massacrée et
• jetée dans la Seine. J'ai tiré la plupart de mes généraux de la foule. - Partout ou j'ai trouvé le talent et le courage, je l'ai élevé et mis à sa « place. Non principe était de tenir la carrière ouverte aux talents. J'ai
• élevé, il est vrai, quelques hommes de la vieille noblesse par esprit de « justice; mais on a beau dire, je n'ai jamais eu une grande confiance
• en eux.
• Les masses s'irriteront bien dangereusement si elles voient renait tre quelques institutions féodales, et, par exemple, si elles voient les
• grades s'écarter des mains des enfants du peuple. Elles n'ont pasabdi- «qué leurs droits. A ee sujet je me rappelle un fait caractéristique.
• Je revenais d'Italie; ma voiture descendait la côte de Tarare; je la «suivais à pied, quand tout à coup je me trouvai devant une vieille « femme inûrme, boiteuse. Elle cherchait, appuyée sur une béquille, à « gravir la montagne; elle ne me reconnut pas. « Ma bonne, où allez-
• vous, avec une vitesse si peu en rapport avec votre âge? Qu'est-il
• arrivé ? — Ma foi, on m'a dit que l'Empereur ullait passer, je veux le
• voir avant de mourir. — Bah ! bah ! lui dis- je, qu'avex-vous besoin de
• le connaître ? qu'avez-vous gagné avec lui? c'est un homme comme un
« autre. — Monsieur, c'est peut-être vrai? mais c'est du moins un roi fait j « parle peuple; nous l'avons choisi! — Ah ! — Et puisqu'il faut que nous
• ayons un maître, il est tout simple que nous nous réservions le droit
• de le choisir. »
« Voilà au fond les Français ; ils ne suivent constamment que les « hommes qu'ils aiment; ils ne veulent avoir de maître que de leur « consentement. »
Ayant entendu plusieurs personnes porter très-haut les talents militaires du maréchal Soull , et donner à cet officier le second rang après Napoléon, j'ai pris la liberté de lui demander si ce jugement était exact. Voici la réponse de Napoléon : « Soult est un excellent ministre de la
• guerre ou un précieux major général. Il entend mieux les disposiu lions d'une armée que la manière de combattre. »
J'ai vu Napoléon le soir : il avait un violent mal de tète ; il m'avait 1
fait appeler. Il était dans sa chambre à coucher, assis devant un feu de bois dont la Homme, brillant et s'étcignant tour à tour, donnait par instants à sa physionomie l'expression la plus touchante et la plus mélancolique. Ses mains étaient croisées sur ses genoux ; sa déplorable position était le sujet de ses réflexions. Il ne rompit le silence que quelques minutes après mon arrivée. « Dottorc, potete dar qualchc coiaa far « dormire un uomo chc non puo ? Ma souffrance est au-dessus de voliv « art. J'ai essayé, mais je ne puis prendre de repos. Il m'est impossible « de m expliquer la conduitede vos ministres. Ils dépensent GO ou 70,000 « livres sterling pour envoyer des meubles, du bois et des matériaux « de construction pour mon usage, et ils donnent dans le même temps « l'ordre de me mettre à la ration. Ils chassent mes domestiques. Vous ! « voyez sur ce rocher des aides de camp qui stipulent pour une bouteille i « de vin et deux ou trois livres de viande, avec aulant de gravité que s'il « s'agissait de distribuer des royaumes. D'un côté, des frais énormes et « sans résultat; d'un autre, une petitesse et une vilenie impossibles à « raconter. Pourquoi ne me laissent-ils point le soin de me fournir de ! « tout ce qui m'est nécessaire, plutôt que d'avilir le caractère de la na- « tiou anglaise? Ils ne veulent pas fournir à mes serviteurs ce à quoi ils
• ont été accoutumés, et ne veulent pas non plus que j'y pourvoie, en
• envoyant des lettres cachetées à une maison de commerce de leur dési- ; « gnation. Nul homme en France n'oserait répondre à une de mes lel-
« très, s'il savait que la sienne dût être lue par vos ministres, et ceux-ci ne manqueraient pas de le désigner aux Bourbons, qui le feraient em- « prisonner et voleraient ses propriétés. Vos ministres en confisquant « l'argent que j'avais sur moi, à bord du Bellérophon, n'ont montré « qu'un avilissant esprit de rapine. Ne feraient-ils pas la même chose « relativement a ce qui me reste, s'ils en connaissaient le dépôt? Peut-on « se confier à la probité de ces hommes-là ? Les envois inutiles { et on sait « qu'ils seront inutiles) ont pour objet de mentir à la nation anglaise.
• Jean Taureau •, en contemplant ces beaux meubles dans les ports d'An- <■ gleterre, me suppose traité comme un roi. S'il savait la vérité, il au- ■ rait honte. » Quelques moments après, il m'a demandé si je connaissais l'officier général qu'il a vu passer avec le gouverneur. • C'est le « général Meade, arrivé depuis quelques jours ; j'ai servi sous ses ordres « en Égypte : il y a été blessé très-grièvement. — Avec Abererombie? —
• Non, pendant l'attaque de Rosette. — Quel homme est-ce? — Il a une « excellente réputation. »
' Peuple anglaî».
Napoléon est malade : il garde la diète et boit de l'eau de poulet, i
Le jeune Las Cases et Pionlowski se sont rendus aujourd'hui à la ville. Ils ont parlé longtemps avec les commissaires russe et français. Dès leur \ arrivée, sir Thomas Reade donna l'ordre au lieutenant qui les accom- i pagnait de les empêcher de se sépai er, de les suivre et d'écouter ce qu'ils | disaient. Pendant qu'ils causaient avec Rose Bud (Bouton de Rose, jeune fille nommée ainsi à cause de la fraîcheur de son teint), un des soldats < d'ordonnance de Thomas Reade, d'après les ordres de celui-ci, emmena leurs chevaux. Il leur dit que s'ils ne quittaient la ville aussitôt, Reade ! punirait leur domestiqua soldat, lequel s'était enivré. Le jeune Las Cases demanda avec calme l'ordre écrit a ce sujet. Moins maître de lui, Piontowski dit fermement qu'il répondrait à coups de cravache à celui qui essayerait d'emmener les chevaux.
Napoléon, après avoir parlé un instant de ko santé, m'a dit que le I gouverneur, pendant que le jeune Las Cases parlait au commissaire , russe, rôdait pour les épier autour de la maison où ils étaient. « Je n'ai | i « jamais pensé, poursuivit-il, qu'un lieutenant général, un gouverneur, [ * pût s'abaisser jusqu'à fuire le métier de gendarme. Dites-le-lui la pre- •• mi ère fois que vous le verrez. »
Napoléon se plaignit du vin qu'on lui servait a Longwood, ajoutant que, lorsqu'il était sous-lieutenant d'artillerie, sa table et son vin valaient infiniment mieux.
Napoléon s'est levé à trois heures du matin : oprès avoir écrit jusqu'à six, il s'est recouché. A cinq heures du soir, le général Bertrand est allé dire au capitaine Poppleton, qu'il a trouvé encore en habit du matin, ! que Napoléon désirait lui parler. Le capitaine a été introduit dans la salle de billard sans avoir eu le temps de changer de vêtement; il y a trouvé Napoléon debout, le chapeau sous le bras.
«Monsieur Poppleton, lui dit-il, vous êtes, je crois, le plus ancien « capitaine du 53"? — C'est vrai. — J'estime beaucoup les officiers et les - soldats du 53e, ce sont de braves gens qui font leur devoir. On m'a ■• appris que le bruit courait, dans le camp, que je ne voulais pas en « recevoir les officiers; voulez-vous avoir la bonté de leur assurer que «veux qui leur ont rapporté cela ont dit une fausseté? Je n'ai jamais » dit ni pensé rien de pareil : je serai toujours charmé de les voir. On «m'a dit aussi que le gouverneur leur avait défendu de me rendre vi- « site. » Le capitaine Poppleton dit qu'il pensait que ce qui lui avait été dit n'était point exact; que les oflieiers du 53' seraient vivement flattés désabonne opinion sur leur compte; qu'ils avaient tous pour lui un
profond respect. Alors Napoléon, répliqua en souriant : «Je ne suis pas « une vieille femme. J'aime un brave qui a subi le baptême du feu, à « quelque nation qu'il appartienne. »
31 . — Napoléon s'est longuement entretenu avec sir George Bingham et le major Fehrsen du 53*.
Gorrequer est venu à Longwood pour s'entendre avec le général Monlholon, au sujet de la réduction proposée dans les dépenses; il m'a prié «l'y assister. Le major a dit que le gouvernement britannique, croyant au départ de quelques-uns des officiers généraux qui forment la maison du général Bonaparte, avait tixé le maximum des dépenses à 8,000 livres sterling. Ce départ n'ayant point eu lieu, le gouverneur, sur sa propre responsabilité, avait alloué, pour toutes les dépenses, une somme de 12,000 livres sterling; que par conséquent le général Monlholon devait savoir qu'on ne pouvait, sous aucun prétexte, dépenser plus de 1,000 livres sterling par mois. Il ajoutait que Napoléon était le maître de payer l'excédant des dépenses dépassant cette allocation par des traites sur des banquiers de l'Europe ou sur ceux de ses amis qui voudraient les acquitter. Montholon a répondu que Napoléon était prêt à payer toutes les dépenses de l'établissement, si on voulait lui laisser les moyens de le faire, et si l'on permettait à une maison marchande ou à une maison de banque de Sainte-Hélène, Londres ou Paris, choisie par le gouvernement anglais, de recevoir et envoyer des lettres cachetées ; que, d'un autre côté, il engagerait son honneur, si l'on regardait cette correspondance comme sacrée , que les lettres ne traiteraient que d'affaires pécuniaires. Le major Gorrequer répondit que cela serait refusé; qu'aucune lettre cachetée ne pouvait sortir de Longwood.
Le major Goi-rcquer ajouta que la diminution aurait lieu à partir du 13 du présent mois, et le pria de s'entendre avec M. Balcombe, chargé de l'approvisionnement, sur la dépense de 1 ,000 livres sterling par mois. M. Monlholon lui dit que cet objet lui était indifférent ; que le gouverneur pouvait agir comme il voudrait; qu'on ne leur fournissait rien de superflu ; que des réductions seraient une infamie monstrueuse. « Pour- « quoi les ministres anglais déclarent-ils à l'Europe que Napoléon ne « manque de rien, et refusent- ils les offres des puissances coalisées «de les défrayer d'une partie de ces dépenses ? »
Gorrequer insista : il fallait faire de grandes réductions, diminuer j la consommation du vin; il fullait que In maison entière se bornât ù dix bouteilles devin rouge et une de madère. A quoi Montholon répliqua
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que les Fronçais huvuient peu comparativement aux Anglais • qu'il avait ' déjà Tait à la table de Napoléon ce qu'il n'avait fait chez lui de sa vie; qu'il avait fait reboucher les restes d'une bouteille pour qu'elle servît ! encore le lendemain sur la table ; que le soir il ne restait jamais un morceau de viande dans toute lu muison. 12,000 livres sterling à Sainte- Hélène ne représentent que 4.000 livres à Londres. L'affaire fut renvovée au samedi.
Aux conférences nouvelles, Gorrequer dit que sept domestiques i S seraient renvoyés.
U» gouverneur est venu inspecter la garde de Longwood. 15. — Napoléon se rétablit; il est mieux. Il s'est entretenu avec \l. Balcombe des dépenses de l'établissement.
On a pesé une grande quantité de vaisselle plate pour la briser et la vendre. Le capitaine Poppleton est allé en instruire sir Hudson Lowe. Le comte de Montholon et Cipriani se sont plaints de l'état déplorable de l'étainage des casseroles de cuisine
Napoléon est incommodé par le vin de l'approvisionnement ordinaire. Cipriani a prié le capitaine Mansell de lui procurer douze ou vingt- j quatre bouteilles de celui que boit le capitaine Poppleton.
Les officiers dueampdu ft3# régiment, pour satisfaire au désir exprimé par Napoléon, de se procurer de meilleur vin, se proposaient de lui en offrir une caisse. Hudson Lowe, J'ayantsu, défendit cet envoi. Gorrequer, l'envoyé du gouverneur, me dit que Bonaparte devait se I contenter du vin qu'on lui offrait, ou s'en abstenir.
J'ai expliqué ensuite à sir Hudson Lowe lui-même, et à son contentement, l'affaire du vin entre le capitaine Mansell, Cipriani et moi.
Presque toute la vaisselle plate de Napoléon a été brisée ; on a conservé les aigles et les armes impériales. Le général Montholon, voulant vendre sou argenterie, a demandé au capitaine Poppleton de le faire accompagner ii James-Town par un officier. Sir Hudson Lowe, prévenu, lit dire au comte Montholon que l'argent que produirait cette vente serait déposé, pour l'usage de Ronaparte, entre les mains de M. Balcombe.
Pultney Malcolm, devant partir incessamment pour le cap de Bonne- Lspérance, est venu prendre congé de Napoléon. Il en a été très-bien reçu. Ils ont causé longuement sur les sièges de Scheldt, d'Anvers, sur les guerres d'Allemagne, sur les Polonais, etc.
Madame Bertrand m'a fait écrire hier au soir à sir Thomas Rende, pour savoir si elle pouvait, sans inconvénient, demander au gouverneur
il Tî
îis<; NAPOLÉON
In permission de faire vendre un Cap un plinétou acheté par Napoléon, et que ce dernier lui a donné.
Voici une anecdote curieuse sur le général Vandaintnc ; je la tiens de Napoléon. Tombé au pouvoir des Russes, et conduit devant l'emiiereur Alexandre, qui ordonna sa translation en Sil>érie, il répondit à l'autocrate qui l'accablait d'injures : • Il se peut bien. Sire, que j'aie pillé le
|Wya ennemi ; mais il est des crimes bien plus grand* qui n'ont jamais souillé ma main !... «
Les aides de camp de l'empereur l'entraînèrent.
Poppleton a montré au gouverneur les volailles données aujourd'hui à Longwood ; il les a trouvées mauvaises.
Les commissaires sont venus u l ongwood, et ont voulu pénétrer. Leur laissez-passcr ne spécifiant point Longwood, mais tous les lieux par où un oflicier pouvait passer, ils ont été arrêtés par l'officier de garde.
Napoléon lit le grand ouvrage de Itenon sur l'Kgypte, et en fait luimême des extraits.
4*' octobre. — J'ai rapporté à Napoléon ce que Hudson Lowe m'avait dit le 23. Il a répondu . « Si j'avais été libre, je serais resté comme
simple particulier dans quoique partie de l'Angleterre, sans me mè-
- 1er jamais au grand monde. Je ne serais jamais allé à Londres, je | - n'aurais fréquent»; que peu de personnes. Je me serais lié avec quel-
« ques savants. Je ine serais promené tous les jours à cheval, et je serais « revenu « mes études. • Je lut lis observer que s'il persistai! à prendre le litre de majesté, le f ministre anglais saisirait ce motir pour le détenir à Sainte-Hélène. Alors il me dit : « Mais ils m'y obligent. Je voulais arriver ici incognito, «je l'avais offert à l'amiral ; ils persistent à m'appeler général Bona- « parle. Je n'ai pas, Dieu le sait, a rougir de ce nom ; mais je ne veux « pas le reprendre, donné par eux comme une dégradation. Si lu répu- « blique n'a jamais existé légalement, elle n'a pus eu plus de droit « de me nommer général que premier magistrat. Si l'amiral fût resté,
• continuo-t-il, peut-être les choses se seraient-elles arrangées. Il avait du | « cœur et était incapable d'une action vile. Croyez-vous, ajoula-t-il, qu'il
« nous nuise en urrivnnl en Angleterre? » Je lui dis : « Lu manière dont « il a été traité lu dernière fois qu'il est venu vous voir avec le gouver-
- neur, me fait penser qu'il ne vous rendra aucun service. Mais il dira «la vérité: pourtant il exprimera franchement la rancune qu'il peut «vous garder. — Pourquoi cela? répliqun-l-il ; nous étions très-bien
• ensemble à bord du vaisseau, yue peut-il dire de moi? que je voudrais « échapper pour remonter sur le trône de France? Si la nution fran- <> çaise n'a pu me faire empereur, elle n'a pu me faire général. Un « homme à In tète d'un faible parti, pendant les troubles d'un pays, est « appelé chef de rebelles ; mais lorsqu'il réussit, qu'il fuit de grandes « actions et élève son pays et lui-même, on le nomme générai, souve- « rain, etc. C'est le succès seul qui lui don ne ce titre; s'il eût été mal- « heureux, il eût continué d'être rhef de rebelles, et eut péri misérnblc- « ment sur un échafuud. Voire nation a longtemps appelé Washington •■ un chef de rebelles, el refusé de le connaître, lui ou lu constitution de «son pays; mnis ses victoires vous ont obligé de reconnaître l'un et «l'autre. >•
llûtensuite les plus grands éloges du noble dévouement que montraient les comtes Bertrand, de Moulholon, de Las Cases, et les autres personnes de sa suite. • Ils uuraienl pourtant, continuu-l-il, un excellent prétexte « pour sortir de l'île, eu refusant de signer l'écrit, où je suis appelé
• Napoléon Bonaparte, et que je leur ai défendu de signer. Mais, non, « ils auraient signé liranno Bonaparte, ou tout autre nom flétrissant, " pour rester avec moi, ici, dans la niisere, plutôt que de retourner eu