‹ Mémorial de SaintHélèneChapitre 28 sur 89 · DANS 1/ II XII.. »IU · texte numérisé non relu

DANS 1/ II XII.. »IU

« autres sujets ; je les soumettais à in conscription. Ces changements. " en partie réalisés, m'ont donné beaucoup de soldais et de fort bra- j « vos! Si j'étais resté sur le trône de Fiance, les Juifs en grand nombre ' » fussent venus, flattés d'être relevés, riches, actifs, habiter les Ktals

- français , chercher la protection de nos belles lois. Je souhaitais

• établir une liberté de conscience universelle. Mon système était de ;

• n'avoir point de religion prédominante, mais de tolérer tous les cultes;

• je voulais que chacun pensât à sa manière, et que tous les hommes, •< protestants, catholiques, mahomélans, déistes, etc., fussent égaux ; de

, • sorte que la religion ne put avoir aucune influence dans la distribution

• des emplois du gouvernement; qu'elle ne put contribuer à les faire

« accueillir ou repousser par un solliciteur; et que, pour donner un \

emploi à un homme, on ne put faire aucune objection tirée de sa « eroydnec, pourvu que d'ailleurs il fût capable. Je rendis donc tout in- j •< dépendant de la religion : les tribunaux, les mariages, les cimetières j « mêmes ne furent plus à la disposition des prêtres, et ils ne pouvaient « plus refuser d'enterrer le corps d'une personne d'un culte différent.

Mon intention était de rendre purement civil tout ce qui np|>artenait ù> « l'État et à la constitution, sans égard pour aucune religion. Je ue vou-

• lais accorder aux piètres aucune influence et aucun pouvoir sur les « affaires civiles; mais les obligera s'en tenir à leurs affaires spiri- « tuelles, sans se mêler d'autre chose. < Je lui demandai si les oncles et les nièces pouvaient se marier en France. Il répondit : « Oui ; mais il « faut qu'ils en obtiennent la permission spéciale. » Je lui demandai si cette permission devait être accordée par le pape. * Par le pape? dit-il ; « non. » Puis me pinçant le bout de l'oreille en souriant, il ajouta : ■> Je « vous dis que ni le pape, ni aucun de ses prêtres, n'ont le pouvoir de

j " rien accorder. Par le sou\craiu. •>

IN'apoléou, dans le même entretien, jugea sévèrement les franes-maçons; je lui demandais ce qu'il pensait de leur but ; il me répondit : • Ce

• sont, en géuéral, des oisifs, des gourmauds et des imbéciles qui se ras-

- semblent pour manger et faire des orgies. Cependant j'ai connu d'eux j « de temps en temps des actions honorables. Ils ont servi la révolution, !

- et contribué dernièrement à diminuer la puissance du pape et l'in- ! " lluence du clergé. Kemarquez ce fait, c'est que quand les sentiments | «d'un |>eup!e sont contre le gouvernement, toutes les sociétés parlicu- i ••Hères tendent à lui nuire. » Sur celle question, si les rruncs-maçous du continent ont quelque uftilialion ou ressemblance avec les illuminait : " .Non, fut sa réponse. C'est une société tout à fait différente;

» mais fil Allemagne die présente «les dangers pour l'ordre social. . J'ajoutai -< N'avez-vous pas pr<»léfîé les francs- maçons? — Oui,

• parce qu'ils s'étaient prononcés contre le pape. — Au riez-vous jamais

- permis le rétablissement îles jésuites en France? — Non, c'est la plus " dangereuse de toutes les sociétés ; elle a fait plus de mal à elle seule

• que toutes les autres ensemble. La doctrine des jésuites, c'est que leur "général est le souverain des souverains, et le maître du monde. Non,

non, je n'aurais jamais consenti qu'il existât dans mon empire une so-

- ciété placée sous la direction d'un étranger. Je n'aurais jamais voulu

• de frati: il y avait assez de prêtres pour ceux qui en avaient besoin, je n'avais pas besoin de monastères remplis de canaglic, mangeant, pillant s

" «ni se livrant à des crimes. » Je lui dis qu'il était à craindre que les prêtres et les jésuites ne prissent bientôt une influence fatale en Europe. Napoléon répondit. « Cela est trcs-vraiscmblable ; je le crains » comme vous. Dans les règnes qui ont précédé le mien, les protestants "étaient aussi maltraités que les Juifs; ils ne pouvaient acquérir

- de propriété. Je les ai mis sur le même pied que les catholiques. L'enn>eretir Alexandre a pu sans inconvénient permettre l'entrée de

• son empire aux jésuites, parce qu'il est de sa |M»liliquc d'adirer dans

• son pa\s barbare des hommes éelairés, quelle que soit leur secte ;

• et d'ailleurs ils ne sont pas très à craindre en Russie, parce que la « religion est différente. Pourtant ils feront tant, qu'il sera forcé «le les

renvoyer. »

Il m'a fait ce portrait deCarnol « C'était un homme laborieux cl sincère. Il a dirigé les opérations de la guerre, sans avoir mérité les •< éloges qu'on lui a donnés, parce qu'il n'avait ni l'expérience ni l'habi- " tude de la guerre. Il n'a montré que peu de talent pendant son premier

- ministère; il a eu avec le ministre des linaiicesetla trésorerie plusieurs « querelles dans lesquelles il avait tort II quitta le ministère, convaincu » qu'il ne pouvait le conserver faute d'argent. Il vola ensuite contre l'éla-

- blissement de l'empire ; mais comme sa conduite a toujours été fran- « rlie, jamais il ne donna d'ombrage. Il ne me demanda rien pendant

j « la prospérité de l'empire; mais après les malheurs de la Russie, il sol- •- licila de l'emploi, et reçut le commandement d'Anvers, qu'il défcn-

i -dit fort bien. Apres mon retour de l'Ile d'Elbe, il fut nommé mi-

\ «nistrede l'intérieur ; et j'eus lieu d'être très-satisfait de sa conduite.

j - Lors de l'abdication, il a été membre du gouvernement provisoire; mais il fut joué parles intrigants dont il était entouré. Dans sa jeu- « nesse, il passait pour un original parmi ses camarades. Il détestait les

h AN S l/EXIL. .%<•..",

«nobles, et eiil.ii ce sujet, plusieurs querelles avec Kobespierre, qui -sur la lin en avait protégé plusieurs. Il était membre du comité «le •• salut public avec Robespierre, (ami thon, Snint-Jiisl, et ce fui le seul

• qu'on ne dénonça jamais. Il demanda à être jugé, pour sa conduite, «avec ceux qu'il appelait ses collègues, ce qui lui fut refusé; mais sa

• demande de partager leur sort lui lit un grand honneur.

« Barras, ajouta Napoléon, était emporté, il avait peu d'instruction « et de résolution. Il était léger et méritait peu sa réputation ; la brus- - querie de ses manières et les retentissements de sa voix, lorsqu'il •> commençait un discours, donnaient de lui une autre idée que l'idée

• généralement reçue.

Le gouverneur s'est présenté à Longwood. Je lui ai dilqu il y avait quelque amélioration dans la sauté de l'Empereur; que cependant je ne croyais pas ce mieux durable s'il persistait à garder la chambre; que, dans ce cas, je ne lui donnerais pas deux années a vivre. « Mais pourquoi ne sort-il pas ? demanda durement le gouverneur. — C'est parce que ■( trop d'entrnvcsgèiient sn liberté. Pourquoi des factionnaires à six heures du soir, avec ordre d'arrêter toute personne qui voudrait passer? C'est pourtant l'heure où la douceur de la température invite à sortir. — Mais, répondit le gouverneur, le soleil ne se couche pas à six heures.» Je lui répliquai que le soleil se couchait aussitôt après six heures, et qu'entre les tropiques le crépuscule était fort court. Ilu.lson Lowc fil appeler sir Popplcton, capitaine, et lui demanda des renseignements sur la pose des sentinelles. Popplcton nous dit que les ordres étaient verbalement donnés aux factionnaires, qu'il pouvait bien eu résulter |>ar moments quelque confusion, des désagréments pour les habitants. Iludsou Lowe dit qu'il trouvait bien étrange que le général Bonaparte refusât de sortir à cheval uvee un officier anglais. « Il sortirait vraiscm- | diablement, ajoutai-jc, mais ménagez les formes ; par exemple, lorsqu'il monte ù cheval, ne le faites suivre qu'à quelque distance. Vu seul officier peut surveiller ses mouvements; Napoléon connaîtrait sa mission, mais il ne paraîtrait pas y songer. Il serait avec cela aussi sûrement gardé que si cet officier courait a ses côtés. - lludson me dit qu'il \ réllechirnit, et m'engagea de lui transmettre par écrit mon opinion sur la Minté du général Bonaparlc. Il ajouta ; « La vie «l'un tel homme ne 1 peut pas entrer en balance avec le mal qu'il peut causer s'il parvenait à s'échapper, et que je ne devais pas oublier que le général Bonaparlc avait été le fléau du monde. «

On vient de briser de nouveau une partie de l'argenterie de Napo- i

léon, pour pourvoir ii In sustentation de l.ongvvood. Cet acte s'est exécuté déjà on présence d'agents onglnis.

La santé de l'Empereur s'améliore; il m'a fait plusieurs questions analomi<|ues et physiologiques ; il m'a dit qu'il avait étudié l'analomic pendant quelques jours, mais que la vue des cadavres ouverts l'avait i rendu malade, et qu'il avait abandonné celte science . Il exposa après ses idées sur l'Ame.

I/Empercur a répété qu'il ne songeait pas à s'échapper, mais il n'a point donné sa parole. Il ne la donnerait même pas, parce qu'alors il avouerait qu'il est prisonnier selon les lois ordinaires. Il ajouta qu'au lieu de restrictions qu'on lui inflige, il vaudrait mieux s'assurer, au départ de chaque vaisseau, s'il est présent dans l'île. « Sans doute il est

- nécessaire à ma santé que je fasse sept à huit lieues par jour ; mais j'y •• renonce s'il faut que j'aie derrière moi un oflicicr anglais. M»

! « maxime, c'est qu'un bon esprit brave l'infortune, que le plus noble

- courage est de lui résister. >•

•> Os palais qu'ils m'adressent, et il souriait, ne me serviront pas plus que de l'argent jeté à la mer. Je préférerais à tout cela l'envoi de quatre cents bons volumes. .Ne me faudrait-il pas des années pour ■ faire élever ce palais ? d'ici là je ne serai plus. D'ailleurs ce sont vos

- malheureux marins et vos soldats qui feraient ces travaux; j'en serais maudit, cl je ne veux leur laisser aucun souvenir |>énible. Je

•< préfère l'intérêt de ces braves «eus que mon sort attendrit tous les jours et qui me traitent avec respect. ■•

Il parla de quelques ofliciers anglais. >< Moore était nu brave soldat. " un oflicicr rempli de talents. Il a fait des fautes qui étaient probablc-

- inenl le résultat des difficultés qui l'entouraient, cl qui furent causées peut-être par la fausse roule que lui lirent prendre les informations

-• qu'il recevait. •< Il répéta plusieurs fois cet éloge, et rappela qu'il avait commande la reserve en Egypte, où il s'élail très-bien comporté, et avait déployé des talents. J'ajoutai que Moore était toujours un des premiers au feu, et qu'il avait eu constamment le malheur d'être blessé.

• Ah! dit-il. cela est nécessaire quelquefois; il esl mort héroïquement, j ■. il esl mort en soldat. Menou était un homme très-brave, mais il n'e-

< tail pas soldat. Vous ne deviez pas conquérir l'Egypte si kléber eût

• vécu; jamais vous ne l'auriez conquise, surtout avec une armée dé- i I ■■ pourvue «l'artillerie et de cavalerie. Les Turcs ne sonl rien. I.a mort j

•■ de Kléber fut une calamité pour la France. - Il me parla de quelques j officiers de In marine française. « Villeneuve, prisonnier, fut amené j

en Angleterre; >' tellement aflligé de sa défaite, qu'il étudia l*analomie pour se détruire; il acheta plusieui's gravures analomiqucs <lu MBUr, et les compara avec son propre corps pour s'assurer exactement île la position de cet Organe. A son arrivée en France, je lui ordonnai de rester à Hennés. Craignant d'être juge par un conseil de guerre pour avoir désobéi à mes ordres, cl conséqueminent pour avoir perdu la ilolte (car je lui avais ordonné de ne pas mettre à la \oile, et de ne pas s'engager avec les Anglais), il résolut de se donner la mort. En conséquence, il prit ces gravures du cœur, les compara de nouveau avec sa poitrine, lit au centre de la gravure une petite piqûre avec une longue épingle, fixa ensuite cette épingle, aillant que possible, à la même place contre sa poitrine, t'enfonça jusqu'à la téle, se perçu le cœur, et expira. Lorsqu'on ouvrit sa chambre, on le trouva

mort, l'épingle dans la poitrine, et la marque faite dans la gravure correspondant à la blessure de son sein. Il n'aurait pas du prendre cette résolution extrême : c'était un brave oflicier, mais sans talent.

Berné, que vous avez pris sur le Rivoli, était un brave et tresl>on officier. Dans l'expédition d'Kgypte , nprès être débarqué , et

i«C NAPOI.KON

• «li's que nous nous fûmes rendus maîtres d'Alexandrie <-n quelques ■

- heures, je lui donnai l'ordre de sonder le passa ce pour la flotte. Il j » parvint à faire entrer dans le porl un vaisseau vénitien de soixante-

» quatre, et un autre de einquaiite eanons ; je suppose que vous les v

« avez vus. On disait que les cros vaisseaux de liane ne pourraient j

- pas y entrer. Barré m'assura qu'il y avait assez d'eau pour rein, dans « une partie du ennal; Brueys aflinnait qu'il n'y en avait pas assez |*»ur

] les vaisseaux de qnatre-vinïls ranons. Barré persista diins son dire, j - Pendant ee temps, je m'étais avancé dans le pays à la poursuite des

- Mamelucks. Toute eonirmmieation entre l'armée et la ville fut in- ! - terceplée par les Bédouins, qui prirent les courriers ou les tuèrent

« tous. Mes ordres n'arrivèrent pas, sans quoi j'eusse obligé Brueys « d'entrer; ear j'avais le commandement de la flotte aussi bien que de « l'armée. Pendant ee temps, Nelson arriva et battit Brueys et sa flotte; « ee qui m'apprit ensuite que Barré avait raison, ear vous a\ez fait en- « Irer /<" Tigre et le Canopus. «

J'ai eu soeiété pour dîner chez moi, hier. Ce malin, l'Empereur m'a fait quelques questions sur notre réunion. Je le lui ai dit. « Vous vous êtes ! « grisés?— Non. — Bal»! bah! — Nous n'étions pas dans cet état, mais le j « capitaine Boss y est toujours. Celle réponse le fit sourire et il ajouta : j « Boss est un bon enfant, et l'équipage du vaisseau est Irès-beureux de » l'avoir pour capitaine. »

I n vaisseau est armé d'Angleterre. J'en ai prévenu Napoléon; il | jouait aux quilles dans le jardin avee ses généraux. Je lui appris «pie, conformément aux désirs de lludson, le |>ariemeut avait adopté un bill qui conférait aux ministres le pouvoir de le retenir à Sainte-Hélène. » Ce bill a-l-il été combattu? Fort peu, Jui dis-jc. Brouebamel Burdett « n'ont-ils pas parlé? Je dis que je n'avais pas lu les journaux. »

Dans un autre entretien du 7 juin. Napoléon a parlé du cérémonial relatif au mariage. En Angleterre, lorsqu'un protestant et un catholique se marient, la cérémonie est en premier lien célébrée par un ministre protestant, et ensuite par un prêtre de l'Église romaine. « Il » y a là un tort, répondit-il; le maria te est un contrat purement civil ;

- et lorsque les parties ont paru devant un magistral, et qu'en présence ■- de témoins elles ont pris un engngement.elles doivent être eonsidé- « rées comme mari et femm;\ C'est ce que j'ai fait eu France. S'ils veu- « lent, ils peuvent faire recommencer celte cérémonie par un prêtre. « Ma maxime constante était que les cérémonies religieuses ne devaient

- jamais être nu-dessus des lois. J'ai voulu aussi que les mariages con-

• tractés par des Fronçais en pays étrangers Hissent valides nu retour » dans la pairie. *

Napoléon m'a fait, il y a quelque jours, plusieurs questions sur Londres. Je lui en ai prêté une histoire. Il parait connaître déjà l'ouvrage, bien qu'il ne l'ait vu que depuis quelques jours; il explique ses gravures, et répète plusieurs cris des marchandes des rues. Il disait : Si j'avais été roi d'Angleterre, j'eusse voulu faire eonstruire une grande « rue ou plutôt un beau quai deeliaque côté de la Tamise et un autre «depuis Saint-Paul jusqu'à la rivière. •

Trois commissaires sont arrivés sur le Newcasite : ce sont le comte Balmaine |>our la Russie ; le baron Slurmer, accompagné de son épouse, pour l'Allemagne; le marquis de Monlchenu, pour lu France, et le capitaine Gor, sou aride de «imp. Le baron Slurmer est accompagné d'un botaniste allemand.

1K. — J'ai dit à ."Napoléon que j'étais allé a la ville, et que les commissaires pour la Russie, la France et l'Autriche étaient arrivés. « Avez-

vous vu quelqu'un d'eus i — Oui, j'ui vu le commissaire français. — « Quelle espèce d'homme est-ce? — C'est un vieil émigré, le marquis de

Monlchenu. Il est un peu diriicile, mais ses manières sont douces; il « uime heaucoup à parler, et son extérieur prévient assez en sa faveur.»

J'ai appris à Napoléon que Drouot avait été acquitté. Sa joie fut visible Il parla avec chaleur des talents et des hautes vertus de Drouot, I et ajouta que, d'après les codes français, il ne pouvait être condamné pour sa conduite.

20. — Le contre amiral sir Pullney-Malcolm, le capitaine de pa\illoit Meynel, et quelques autres officiers de marine ont été présentés à Na|M)léon.

21. — J'ai vu Napoléon se promener dans le jardin; je lui ai offert un livre que je m'étais procuré pour lui. Après m 'avoir fait plusieurs questions sur madame Pierie, dame Irès-àgée et très-respectable à qui je donne des soins, il me dit qu'il avait vu le nouvel amiral. « Voilà •■ un homme qui a réellement une physionomie agréable, ouverte, - franche et noble; c'est là la ligure d'un Anglais. En vérité, j'éprouve « autant de plaisir à le voir que si celait une jolie femme; il n'a rien « de sombre, de louche, ni de dissimulé. Sa physionomie dit quel cœur ■« il porte, et je suis sûr que cet homme est bon. Je n'ai pas vu un « homme de qui j'ai conçu aussi vite une bonne opinion ! Quel l>caii « vieillard, à l'air ntarlial! Il porte la tète haute, dit franchement et » hardiment ce qu'il pense, sans craindre de vous regarder en face;

N APOI.KON

• sa IL'iire fait désirer n tout h» momie de le connaître, et rend rail |

• l'Iiomme le plus soupçonneux confiant avec lui. »

La conversation s'engagea cusuilc sur In protestation <|iii avait été faite pur llolland contre le hill pour In détention de N»|io!eoii '. (ieluiei exprima I opinion favorable <| ti " i t avait de lord llolland, de ses talents distingués cl de sa générosité. Il fut charmé d'apprendre que le due de Susscx s'était réuni a lui pour protester, et il dit «pie lorsque In voix des passions actuelles serait éteinte, la conduite de ces deux pairs serait couverte de gloire, et celle des auteurs de la proposition serait chargée d'ignominie.

Li réduction de notre armée Tut une question qu'il examina. « Si le j " pied de guerre était tel qu'on voulut tenter d'ériger la nation en puis- » sauce militaire, la tentative était ahsurde ; In nation n'étant |M>int ns- « sez nombreuse pour se donner le pied de puissance militaire en ra|>- « port avec celui des grandes puissances du continent, et même des

- puissances du dernier ordre. Comment, vos ministres négligent et

• dédaignent la marine, qui est la véritable force et le rempart de l'An- ;

• glcterre! Mais cette erreur vous perdra.

2". — Plusieurs caisses de livres qui avaient été dirigées par Bertrand sur Madère, et apportées sur le iïewcatlle, par sir Pultney Maleolm, ont été envoyées hier à Napoléon. Je le trouvai dans sa chambre, entouré de volumes; sa physionomie était changée; il était d'une humeur charmante. Il avait passé la nuit a lire. Il médit, en me montrant les livres qu'il avait, selon son habitude, jetés sur le plancher après les avoir lus : • Je lis quarante pages de français pendant le

- temps qu'il me faut pour en comprendre deux d'anglais »

Je m'aperçus ensuite qu'il avait ouvert lui-même les caisses, tant son empressement à voir les livres avait été grand.

J'ai rencontré Napoléon dans le jardin. Je lui annonçai que j'avais reçu, pour lui, de sir Thomas Kende, sept caisses de livres, et que le [gouverneur y avait joint pour son usage deux fusils à percussion,

. San» avoir é|tard .m cir.irlere ou à U conduite ilr la perxmne qui e»l l'objet <lu présent hlll , je df «approuve U m*»urc<ju'il «anclionne et qu'il proroge.

• Condamner % nu cill lointain <-( i rciiiprt»oniieiiieiii un elief «'traiter cl captif. <|ui, apre« l'abdication de son autorité, cl complaiil sur la gruero^lé de» AogUk», »e»t rendu Ji «ou» de prefrrinre i »e» autre» ennemi», eut indique <lr la magnanimité d'uu grand |ieuple; et le* trains, par lequel» nom itou» «omme* engage» i le tenir enfermé . d 'après le mu de» m.un. r .in» a >tui il ne « riait jamais rendu, nie paraiuent contraires J ton» principe* d c.iuilc el tout a (ait inutile».

/'.otr.M/K.H i..il>r /.. wmJf lr,lnrc du Ml -Ir -1(1. ut.on <Vr />«ii4|'jplf

• « »s>ât MotLon. •

A la troisième lecture . le «lue de Sn»«e\ |Htite>ta par le» même» motif».

DANS I.'EXII SU»

dont j'avais à lui expliquer le mécanisme. * Il est inutile, dit Napoléon, « de m 'envoyer des fusils de chasse loi'sque je suis confiné dans un cn- ■ droit où il n'y a pas de gibier. » Je lui appris que M. Baxter était venu dans l'espoir d'obtenir l'honneur de lui être présenté. Il me pria de l'appeler. En le voyant entrer, il lui dit en souriant : « Eh bien, 'n aignur medico, combien avez-vous tué de malades dans votre vie? » Il s'entretint avec lui pendant près d'une heure.

28.— Hudson Lowe a répandu une proclamation dans laquelle il déclare que toute personne qui entretiendrait quelque correspondance ou relation avec Napoléon Bonaparte, ses ofliciers ou domestiques, qui en recevrait des lettres ou leur en ferait passer, qui leur ferait, sans l'au-

i lorisation du gouverneur, une communication, serait coupable de désobéissance aux actes pa rlemen ta i res concerna n t la dé ten tion d « Na poléon , et serait poursuivie selon toute la rigueur des lois. Il déclarait que quiconque fournirait au susdit Napoléon Bonaparte, ses officiers ou dômes-

j tiques, de l'argent ou d'autres moyens à l'aide desquels il pourrai! s'échapper, serait considéré comme complice de son évasion, et jueé comme tel.

juillet. — l ue lettre adressée par sir Hudson Imwv nu comte Bertrand interdit toute espèce de communication, écrite ou verbale, avec les habitants de l'île, excepté avec ceux qui auraient été préalablement désignés au gouverneur par l'officier d'ordonnance.

Depuis l'arrivée des livres, Napoléon a employé constamment plusieurs heures, chaque jour, à lire, à relever des dates et rassembler d'autres matériaux pour l'histoire de sa vie, à partir de son arrivée en France jusqu'à son retour d'Egypte, Ijù brouillard, la pluie et les vents qui soufflent continuellement sur l'habitation de Ixmgwood avec toute leur fureur l'empêchent de sortir. Cette résidence est inhabitable. Napoléon exprime de nouveau le désir d'être transféré du côté de l'île qui est plus chaud et défendu contre le vent piquant et continuel du sud-est.

4. — Sir Pultney et lady Malcolm ont eu uue entrevue de près de deux heures avec Napoléon, qui a paru charmé de ces personnes. Suivant la conversation, il a fourni de longs détails sur la bataille de Waterloo, sur les manœuvres de mer, etc. Les officiers du NcwcattU lui ont été présentés. \a viunde est si détestable, que le capitaine Poppleton l'a renvoyée, et a adressé une plainte au gouverneur.

\jos domestiques de Longwood, qui apportaient des provisions au comte Bertrand, ont été arrêtés par des sentinelles; on leur refuse

"ri

l'entrée dans la cour ; les viandes ont été passées au bout de longues perches, par-dessus la muraille, en présence d'un factionnaire qui n'a

pas\oulu permettre qu'on penWràl dans l'intérieur. Une pareille scène avait déjà eu lieu, lorsque mon domestique apporta quelques médicaments pour celui du général Bertrand, dangereusement malade. Ils étaient dans une bouteille qu'entourait une prescription écrite de ma main pour faire connaître l'application du médicament. Cette ordonnance était en français, et le factionnaire ne l'entendant pas, crut de son devoir de l'arracher. \ n soldat a été envoyé au camp pour être jugé par un conseil de guerre, pour avoir seulement permis a un nègre d'entrer dans la cour de Bertrand, où il avait bu de l'eau.

!». — Une lettre de représentation a été envoyé*» ce matin à sir Hudson l.owe. Il est question, à LoDgwood, d'une machine à faire de la glace, que quelques officiers du Nettcaêtlt ont dit avoir été envoyée par ladv llolland a .Napoléon ; cette machine n'a pas encore paru.

Les parties alimentaires de la provision en vin . volailles, diminuent sensiblement chaque jour. On a réclamé. .

J'étais à llut'x-(iaie, lorsqu'un sergent venant de la pari de sir Hudson l.owe est entré; il m'a prié de le suivre cher, le gouverneur. Celui-

DANS L'EXIL. VH

ci me faisait appeler pour me demander si je savais dans quelle partie de l'ile le général Bonaparte désirait que fa nouvelle demeure fût construite. Je répondis qu'il préférait les Briars. lludson Lowe m'a dit que cela ne se pourrait pas, que c'était trop près de lu ville. Il parait blessé de ce que Napoléon ait refusé de recevoir les commissaires des puissances étrangères. Il m'a demandé si je connaissais ce que les Français désiraient savoir du marquis de Montclieuu. J'ai répondu que madame Bertrand désirait s'informer de la santé de sa mère, et que M. de l^as Cases devait aller le rejoindre à Hul's-Gate, et qu'il paraissait très-impatient de savoir des nouvelles de sa femme, ayant appris que le sieur de Monlchenu l'avait vue très-peu de temps ataut de quitter Paris.

J'ai communiqué à Napoléon ma conversation d'hier avec le gouverneur. J'ai ajouté qu'il m'avait chargé de lui demander quels étaient les lieux de l'ile qu'il aimait le plus. 11 dit vouloir vous faire construire une résidence plus commode que celle-ci, ou faire ajouter quelques chambres au logement de Longwood, si cette augmentation pouvait suflire. Je lui dis que le gouverneur désirait une réponse : « A quetta « casa, in questo luvgo tristo, non voglio niento di lui. Je déleste Loug- » wood, sa vue seule me donne de la mélancolie. Qu'il me place dans « quelque endroit où Ton trouve de l'ombre, de la verdure et de l'eau. « Il souffle ici un vent furieux, plein de pluie et de brouillard , che . mi laglia l'anima, ou bien il sole mi brucia il ccrvcllo, faute d'ombre, « lorsque je sors. Qu'il me mette du côté de l'ile où est située Planta- « tion-House, s'il pense réellement à faire quelque chose pour moi. Mais « pourquoi venir ici me faire des offres qui ne seront pas remplies? La « maison de Bertrand n'est pas plus avancée qu'à son arrivée. L'ami- « ral avait au moins envoyé son charpentier; il pressait lui-même les •• travaux. » Je lui répondis que le gouverneur m'avait assuré ne vouloir rien entreprendre qu'avec la certitude de lui être agréable ; qu'il lui demandait un plan pour cette maison ; qu'alors il donnerait a tous les ouvriers de l'ile, ainsi qu'à un certain nombre d'ingénieurs, l'ordre de travailler à Longwood. Le gouverneur dit craindre qu'en faisant travailler uu hatiment où vous êtes, vous ne vous trouviez incommodé par le bruit. «Oui, certes, cela me gênerait. Je ne lui demande aucun - changement à cette maison bâtie sur un abominable lieu. C'est de « l'autre côté de l'ile que j'en désire une ; j'y serai heureux si j'y trouve « de l'ombre, de la verdure et de l'eau, et si je puis y être à l'abri de « ce vento agro. A-t-on l'intention de me construire uue maison où je

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