‹ Mémorial de SaintHélèneChapitre 31 sur 89 · NAPOLÉON DANS L'EXIL · texte numérisé non relu

NAPOLÉON DANS L'EXIL

•• restées ; elles savaient qu'à Berlin et il Vienne il n'avait été fait nuitCtloe insulte aux habitants. Tout le inonde comptait sur une prompte « paix. Nous espérions jouir de nous-mêmes dans des quartiers d'hiver, « avec tout espoir de sucées au printemps. Deux jours après notre arrii vée, l'incendie Tut découvert. Il ne paraissait pas d'abord être alarmant, •< et l'on pensait qu'il pouvait avoir été causé par de* soldats, en allumant

■ leurs feux trop près des maisons, qui étaient presque toutes en bois. Je « donnaides ordres extrêmement sévères à ce sujet aux commandants des » régiments. I.e lendemain le feu s'était accru, pas pourtant de manière

■ à donner de sérieuses craintes. Cependant, craignant qu'il ne vint jus- « qu'à nous, je sortis à cheval et donnai tous les ordres possibles pour m l'éteindre. Le jour suivant, un vent violent s'étaut élevé, l'incendie se • propagea avec la plus grande rapidité. Des centaines de misérables se «dispersèrent dans différents quartiers de la ville, et, au moyen de mè-

ehes qu'ils cachaient sous leurs manleaux, mirent le feu aux maisons « qui se trouvaient sous le vent; l'incendie trouvait des aliments dans les « matières combustibles qui formaient leur bâtisse. Celle circonstance. « jointe à In violence du vent, rendit Inutiles tous les efforts pour élein-

«sourcils brûlés; mes habits furent brûlés sur mou dos. Les efforts

• furent vains, parce que les Russes, avaut de s'éloigner, avaient détruit •> les pompes. Les incendiaires payés par Rostopchin couraient de tous ' eôlés, rallumant partout le feu avec leurs torches ; un vent furieux les < secondait. La ville fut détruite. J'étais préparé à tout, mais pus ù cet

- événement. Qui aurait pu le redouter raisonnablement? I,es habitants

- lirent beaucoup d'efforts pour l'éteindre, et ils amenèrent devant nous « un grand nombre d'incendiaires munis de torches; car nous n'aurions

• jamais pu les reconnaître au milieu de cette immense populace. Je « fis fusiller deux cents de ces misérables. J'avais, sans cet incendie, « toute*1 qui était nécessaire ù mon armée: les meilleurs quartiers d'h i-

• ver, des approvisionnements complets ; et la cumpugne suivante eût « tout décidé. Alexandre aurait fait la paix, ou j'aurais été à Pélers- •< bourg. » Je demandai ù Napoléon si sa pensée était de réduire toute la Russie. « Non, non ; seulement j'aurais obligé la Russie à faire une

• paix favorable aux intérêts de la France. Knsuite je quittai Moscou cinq

- jours trop tard. Plusieurs des généraux ont été arrachés de leurs lits « par le feu. Je restai moi-même dans le Kremlin ' jusqu'à ce que je « fusse environné de flammes. Le feu gagna les magasins chinois et in- « diens, et plusieurs entrepôts d'huile et d'esprit, qui s'eullummèrent.

• Je me retirai alors dans une maison de campagne appartenant à l'em-

- pereur Alexandre, à peu près à une lieue de Moscou ; et vous pouvez

- juger vous-même de l'intensité du feu, lorsque vous saurez qu'on pou-

• vait ù peine tenir les moins sur les murs ou les fenêtres du côté de 1 « Moscou, tant elles étaient échauffées. C'était le spectacle d'une merde

•• feu ; des montagnes de flammes rouges et tournoyantes comme les va- <• gues, s'élançaient tout à coup vers un ciel embrasé, et retombaient « ensuite dans un oeéan de feu. Ce sjieetocle est le plus grand, le plus ! « sublime et le plus terrible que j'aie vu de ma vie. «

î». — J'ai causé |>endaiit quelques instants avec l'Kmpereur sur la j religion. Je lui ai dit qu'il y avait en Angleterre bien des versions sur su croyance religieuse, et qu'on y présumait actuellement qu il était catholique romain. - Ebbene, répliqua-t-il, credo lutin quel rhe errda la j ; « chiexa | Je crois volume l'Église.)

• Aux Tuileries, j'avais l'habitude, quand je les avais devant moi.de « faire discuter le pape et l evêquede .Nantes. Le pape désirait rétablir les j

' l.c généra) CoorgaiHl m'a rarnnté i|ite, |«ti«Uiit «.vite bagarre, nue troupr «le orlx'.nix «lr |>lu«i«-urk militer*, arriver a Mcm-oii, ne |H>rrlia «tir I*» loumla Kranllo, «Tuu il» *'aiul lirait IrtSiurauiiriit en j vuliliciMiit aiitimr dr* wilil.il* fi aurai*, m luttant «lr* aile* cl eu rrooMMlil. Il m'a «lit i|ii<' lit ««Mal» I furent fr^jn» s |«ar <vt imiilent .|iiïl* r.ni«i,li'r< rent e«win>e «le *lni*lrr aii'iirr.

« moines. Mon évèque avait coutume de lui dire que je trouvais naturel « qu'on fût moine par le cœur et les habitudes, mais que je ne voulais « pas qu'aucune société de ce genre fût rétablie. — Le pape cherchait à « me faire confesser, ce que j'évitai toujours en répondant : Santo pa- > « dre, je suis occupé à présent; quand je serai vieux. J'avais beaucoup « de plaisir à m'entretenir avec le pape ; c'était un bon vieillard, ma ■ testardo (mais tenace).

« Il y a tant de religions différentes, ou de modifications dans la reli- « gion, qu'il est difficile desavoir laquelle choisir. Si une religion avait « existé dès le commencement du monde, je la croirais la véritable. « Mais dans l'état où sont les choses, je pense que chacun doit conserver

la religion de ses pères. Qu'èles-vous? — Protestant, lui dis-je. — « Votre père l'était-il aussi ? — Oui. — Eh bien, continuez de vivre dans «cette communion.

« Je recevais les catholiques et les protestants à mon lever. Je payais « les ministres de ces cultes sur le même pied. « Je donnai aux protestants, à Paris, une belle église qui avait appar-

tenu aux jésuites. Pour prévenir les querelles de religion, dans les « lieux où se trouvaient des temples protestants et catholiques, je leur « défendis de sonner les cloches pour appeler le peuple au service dans « leurs églises respectives, à moins que les ministres de l'un et de l'uutre

- ne fissent une demande particulière à cet égard, en établissant que

- c'était d'après le désir des membres de chaque communion. On don-

• naît alors une permission pour un an; et si, à l'expiration de celte « année, la demande n'était pas renouvelée par les deux parties, celle « permission expirait. J'empêchai ainsi les discussions qui avaient « existé auparavant, parce que les prêtres catholiques ne pouvaient « sonner leurs cloches à moins que les prêtres protestants n'eussent un « pareil privilège.

• Il existe un lien entre l'animal et la Divinité. L'homme est sim- " plement un animal plus parfait que le reste ; il raisonne mieux, mais 1 « savons-nous si les animaux n'ont pas un langage propre? De notre » part il y a orgueil, fatuité à dire non : ils n'en ont point, et la raison « c'est que nous ne pouvons pas le démêler. Un cheval a de la mé-

• moire, du jugement et de l'amour. 11 distingue son maître entre les

» domestiques, bien que ceux-ci soient plus constamment avec lui. I « J'avais un cheval qui me reconnaissait parmi tout le monde, et qui, « lorsque j'étais sur son dos, manifestait, par ses sauts et sa marche <• hardie, qu'il portait un personnage supérieur à ceux dont il était or- ;

il. 7.-5

; 1 v.n NAPOLÉON I I

dinairement entoure. Il ne voulait permettre à personne autre que , » moi de le monter, excepté à un palefrenier qui en prenait constant ! « ment soin; et lorsqu'il était monté par cet homme, ses mouvements î « étaient si différents, qu'il semblait dire qu'il portait mon domesti- ! ■ que. lorsque je perdais ma route, je le laissais aller, et il la retrou- I | « vail toujours dans des endroits où, avec toute mon observation et « une connaissance plus partieulière des lieux, je n'aurais pu le foire. « Nul ne nie aussi l'intelligence des chiens? Il existe une chaîne entre j « les animaux ; les plantes sont autant d'animaux qui mangent et boi- « vent ; et il y existe des degrés jusqu'à l'homme, qui est seulement le j « plus parfait de tous les êtres. Il me semble que le même esprit les « anime plus ou moins. »

Il me dit dans un autre moment : • Votre gouverneur a fait fermer « le sentier qui conduit aux jardins de la compagnie, où je me prome-

• nais quelquefois, parce que c'est le seul endroit à l'abri du vento agro; » il a regardé cette liberté comme une trop grande faveur. Sun cerio che •• ha qualche caltivo oggetto in visltr. Tout cela ne me chagrine pas

• beaucoup, car lorsque l'heure d'un homme est venue, il doit partir.» Je me permis de lui demander s'il ne croyait pas à la fatalité. « Sicuro, « répondit Napoléon, autant que les Turcs. J'ai toujours été de même. Il

• faut obéir à l'ordre du destin. Quamlo lo tuole il destino, bisogna

• ubbidire. »

Le lendemain je pris la liberté de lui adresserquclques questions sur Blùcher. « Blùcher, dit-il, est un très-brave soldai, un bon tabreur. Il « est comme un taureau qui ferme les yeux, et, sans voir aucun dan- « ger, se précipite en avant. 11 a commis mille fautes, et, sans des circonstances inouïes, j'aurais pu, différentes fois, le faire prisonnier, » lui et la plus grande partie de son armée. Il est obstiné et infatigable, « ne craignant rien, et très-attaché à son pays. Comme général, il est

• sans talent. »

Voici ce qu'il disait de l'armée anglaise : « Le soldat anglais est brave, \ ■ et les officiers, en général, véritables gens d'honneur. — Cependant -je ne les crois pas capables d'exécuter de grandes manœuvres. Je ne I « Icsconnaispasassezbienpoureiiparlerdéfinitivemeut.J'aieu unecon- | « versa lion avec Dingham à ce sujet, et bien qu'il ne soit pas de mon avis, j ; « je voudrais changer votre système. Au lieu du fouet, je voudrais les \ « conduire par le point d'honneur '. Je voudrais éveiller en eux I emu-

• Yi|n)Ii»ihi avait ral«on. Il .Tirait |<n rlifr à M. Ilingham le rlgiiiM'M angtai* (' t Sco'rh-Grny ( Ét»v <ut« jsrN >. n-filntf ut «u le ««Mat nVM \m |uwllilr <ln foori.

DANS l.'EXIK. 393

« lation des Fronçais. J'avancerais, comme je le Taisais en France, tout « soldat qui se serait fait remarquer par une action d'éclat. J'assemblais <> alors officiers et soldats, et je demandais : Quels sont ceux qui se sont « distingués? Quels sont les braves ? Je mettrais dans les grades vacants « ceux qui sauraient lire et écrire ; je dirais à ceux qui ne le sauraient » pas d'étudier jusqu'à ce qu'ils fussent suffisamment instruits, etqu'alors « je les ferais également monter en grade. Que ne pourrait-on pas at- « tendre de l'armée anglaise, si chaque soldat espérait devenir général

■ en se comportant bravement! Ringham dit cependant que la plus « grande partie de vos soldats sont des brutes, et qu'il faut les conduire

* à coups de bâton. Cependant nombre de vos soldats doivent avoir les « sentiments assez élevés pour vouloir 6e placer au rang des militaires - qui se sentent la dignité de l'homme. Abolissez vite ce qui dégrade « vos jeunes concitoyens. Ringham m'a dit qu'il n'y a que la canaille

* qui s'enrôle; c'est cette position avilissante du soldat qui en est la « cause. Jo la ferais cesser si j'étais le premier de vos ministres; je « voudrais que le titre de soldat anglais fût véritablement honorable.

* Je voudrais faire ce que j'ai fait en France : j'encouragerais les « jeunes gens bien élevés, les fils de marchands, les nobles mêmes, « toutes les classes, à me fournir des soldats, de simples soldats que j'a- « vancerais ensuite suivant leur mérite ; je remplacerais le fouet par la « prison, le pain et l'eau, par le mépris du régiment. Quand» il soldai»

■ è avt ilito t disonorato n lle fruste, poco gli preme fa gloria e l'onore <> d'ellasua patria \

« Peut-il rester à un soldat fustigé en présence de ses camarades jus- « qu'à l'ombre de sa dignité ? Il perd l'amour de sa patrie ; plus tard il « se battrait contre elle, s'il était mieux payé ! !... Lorsque les Autri- « chiens possédaient l'Italie, ils cherchaient inutilement à faire des sol- « dais des Italiens : ceux-ci désertaient dès qu'ils étaient réunis; ou

■ bien, lorsqu'ils étaient obligés de se battre, ils lâchaient pied et

■ fuyaient au premier moment du feu. Il était impossible de retenir un « seul régiment. Lorsque j'eus conquis l'Italie, et que je commençai »à faire des levées, les Autrichiens se moquèrent de moi, et disaient « que cela ne me réussirait pas ; qu'ils avaient essayé bien des fois à le « faire, et qu'il n'était pas dans le caractère des Italiens de se battre el

* de former de bons soldats. Malgré ces objections j'enrôlai plusieurs « milliers d'Italiens, qui se battirent comme les Français, et ne m'ahan-

' Quam I nu soldat a rte fcMri par coup» <to Court, rbonnvnr tl« m patrie i'intrre»w fort pou.

« donnèrent pas, même dans l'adversité. Il vous est facile d'en voir « la cause. J'avais aboli le fouet et le bâton, que les Autrichiens avaient « adoptes ; j'avançai ceux des soldats qui avaient des'lalents ; plusieurs « généraux furent choisis parmi eux. Je substituai l'honneur et l'émula- •• tion à la terreur et au fouet. »

Je demandai h Napoléon ce qu'il pensait du mérite comparatif des lî usses, des Prussiens et des Allemands. « Je pense que les soldats

• changent quelquefois; ils sont braves un jour , et lâches l'aulre. » J'ai vu les Russes faire des prodiges de valeur à Eylau ; c'étaient alors

• autant de héros : ù la Moskowa, retranchés d'une manière inexpu- ; « gnable, ils me laissèrent battre cent cinquante mille hommes avec

• quatre-vingt-dix mille. A Iéna, et dans d'autres batailles de cette

• campagne, les Prussiens s'enfuirent comme des moutons ; depuis ces << derniers temps ils se sont battus bravement. Je crois qu'aujourd'hui » le soldat prussien est supérieur au soldat autrichien. Les cuirassiers « français sont la meilleure cavalerie du monde pour enfoncer l'infan- « terie. Individuellement, il n'est pas de cavalier supérieur, ni même « comparable au mameluk ; mais ils ne peuvent agir en corps. Les - Cosaques sont fort bons, comme partisans, pour harceler, et les Polo- » nais comme lanciers. »

Je lui demandai aussi quel étaiteelui qu'il préférait parmi les généraux autrichiens. « Le prince Charles, bien qu'il ait fait beaucoup de fau-

• tes. Quant à Schwartzemberg, il ne peut pas commander six mille « hommes. »

Napoléon nous parla aujourd'hui du siège de Toulon, et ajouta que là, le général O'Hara était tombé en son pouvoir. « Je puis dire que je « l'ai fait prisonnier moi-même. J'avais établi une batterie masquée de « huit pièces de vingt-quatre et de quatre mortiers, pour attaquer le fort « Malbosquet, qui se trouvait occupé par les Anglais : cette batterie fut » achevée dans la soirée, et j'étais dans l'intention d'attaquer le lendemain malin. Tandis que je donnais des ordres sur un autre point de . l'armée, quelques députés de la Convention nationale arrivèrent. Dans j •< ce temps-là, ils prenaient quelquefois sur eux dediriger les opérations . militaires ; et ces imbéciles ordonnèrent à la batterie de commencer < son feu : on obéit à cet ordre. Dès que je vis ce feu prématuré, je pensai que le général anglais attaquerait la batterie et l'enlèverait « probablement, parce que toutes mes dispositions n'avaient pas encore | - été prises pour la soutenir. Fn effet, O'Hara, voyant que le feu de la I « I Mit te rie chasserait ses troupes de Malbosquet, et que je finirais par

m'emparer du fort qui commandait la rade, se décida à m'attaqucr. Il se mit à la tète de ses troupes, fit une sortie, et emporta effectivement la batterie et les lignes que j'avais établies à gauche. (Napoléon a décrit sur le papier le plan de la position des batteries. ) Celles de droite furent prises par les Napolitains. Tandis que ceux-ci s'occupaient à encloucr les canons, j'avançai, sans être aperçu, avec trois ou quatre cents grenadiers, par un boyau couvert d'oliviers, lequel communiquait a la batterie, et je fis un feu écrasant sur les troupes d'O'IIara. Les Anglais étonnés crurent d'abord que les Napolitains, qui occupaient les lignes sur la droite, les prenaient pour des Français, et tous criaient : C'est cette canaylia de Napolitains qui fait feu sur nous (dans ce temps les troupes anglaises méprisaient beaucoup les Napolitains). O'IIara franebitsa batterie, et marcha sur nos troupes. Il fut blessé au bras par un sergent ; et, comme j'étais à l'entrée du boyau, je le saisis brusquement par son habit, et le poussai au mi-

« lieu de mes soldats, pensaut que c'était un colonel ; il avait deux épau- « lettes. Tandis qu'on l'emmenait, il s'écria qu'il était le commandant « en chef des Anglais. Il croyait qu'il allait être massacre, parce qu'il

« existait tin ordre de la Convention de ne point faire de quartier aux <• Anglais. Je courus à lui, et empêchai les soldats de le maltraiter. Il » parlait un très-mauvais français; et comme je voyais qu'il s'imaginait « qu'on avait l'intention de le fusiller, je fis tout ce qui était en mon 1 « pouvoir pour le rassurer, et donnai ordre qu'on pansât immédiate- j « ment sa blessure, et qu'on eût pour lui les plus grands égards. 11 me « pria de lui donner des détails sur les circonstances qui avaient déter- - miné sa capture, pour rendre compte de sa conduite à son gouver- « nement.

« Les députés de la Convention voulaient attaquer et incendier la « ville ; mais je leur démontrai qu'elle était très-forte, et que nous per- « drions beaucoup de monde; que ce qui était convenable était de s'enix parer des forts qui commandaient la rade, et que les Anglais seraient » pris ou forcés de brûler la plus grande partie de la flotte et de se ; « sauver. Cet avis fut suivi, et les Anglais, devinant quelle en serait la

•' suite, mirent le feu aux vaisseaux, et abandonnèrent lu ville. S'il était i

« venu un libeccio \ ils auraient été tous pris. CefutSidney Smith qui « incendia la flotte, et elle eût été entièrement brûlée si les Espagnols i « eussent fait leur devoir. Ce fut le plus beau feu d'artiûce possible « Napoléon m'a parlé de sir Sidney Smith. « Sidney Smith est un

j « brave officier. Il a montré une grande habileté dans le traité relatif « à l'évacuation de l'Égypte par les Français ; il sut profiter du mécon- » lentement qui existait parmi les troupes françaises en se voyant si \ » longtemps éloignées de la France. Il se fil honneur en envoyant im-

j - médiateraentà Kléber le refus que fit lord Keith de ratifier le traité, « ce qui sauva l'armée française; car, s'il eût tenu ce refus secret pen- ) « dant sept ou huit jours de plus, le Caire aurait été cédé aux Turcs, et j

i « l'armée française se serait vue forcée de se rendre aux Anglais. Il « montra également beaucoup de noblesse et d'humanité dans tous ses j

i « procédés à l'égard des Frauçuis qui tombèrent entre ses mains. Il

I " parait qu'il a débarqué au Havre pour la sotte gageure qu'il aurait !

1 « faite d'y aller au théâtre; j'ai cru plutôt que c'était pour examiner « la place. Quel qu'ait été son motif, il fut arrêté et renfermé au Tem-

■ pic comme espion : il fut même question, pendant un temps, de le « juger et de l'exécuter. Quelques semaines après, je revins d'Italie;

■ Sidney Smith m'écrivit de sa prison pour me prier d'intercéder en sa « faveur. Il est actif, intelligent, remuant et infatigable. »

' Vcnl du muI.

« Pensez-vous, lui demendai-je, que sir Sidney ait montré beaucoup « de talent et de courage à Acre. — Oui : la principale cause de la nou- » réussite» c'est qu'il prit tout mon train d'artillerie à bord de plusieurs « petits vaisseaux. Sans cela, j'aurais pris Acre malgré lui. Il se con- « duisit vaillamment, et fut bien secondé par Philippeaux, Français de » talent, qui avait étudié avec moi comme ingénieur. Il y avait aussi un « major Douglas qui 6e Comporta bravement. L'acquisition de cinq ou « six cents matelots, comme canonnière, devint un puissant secours « pour les Turcs, dont le courage se releva, et à qui ceux-ci apprirent à « défendre leur forteresse. Mais Sidney commit une grande faute en « faisant des sorties où deux ou trois cents braves perdirent la vie sans

• aucune chance de succès. Il était impossible qu'il réussit contre le

- grand nombre de Français qui étaient devant Acre. Je parierais qu'il « perdit la moitié de son équipagé. Il répandit parmi mes troupes des " proclamations qui ébranlèrent plusieurs corps ; je publiai en consé- « quence un ordre par lequel je le déclarais fou, et défendais toute com-

i munication uvec lui. Quelques jours après, il m'envoya un cartel, ou I

I moyen d'un parlementaire, lieutenant ou garde-marine. Je répondis « que je me rendrais à l'invitation quand il amènerait Marlborougli ■ pour me battre. Malgré le passé, j'aime ce caractère chevaleresque.» Comme je lui faisais observer, dans le môme entretien, que l'inva-

| sion d'Espagne avait été pour lui une entreprise fatale, j'en reçus cette réponse: « Si le gouvernement que j'avais établi fut resté, c'eût été la

I « meilleure chose qui eût jamais pu arriver à rKspagne. J'aurais régé- « néré les Espagnols, j'en aurais fait une grande nation. Je leur aurais « donné une nouvelle dynastie qui n'aurait eu de droit sur l'E6pagne

• que par le bien qu'elle y aurait fait. Us auraient eu un monarque ca- « puble de relever la nation courbée sous le joug de la superstition et « de l'ignorance. Pent-être a-l-il mieux valu pour la France que ce plan « n'ait pas réussi, car l'Espagne aurait été une rivale dangereuse. J'au- » rais détruit la superstition et aboli l'inquisition et les monastères de « ces paresseux bestie <li frati. J'aurais détruit l'influence dangereuse « des prêtres. Les guérillas, qui se sont battus contre moi avec tant de

• bravoure, déplorent mointenant leurs succès. Dans les derniers temps

- que j'étais à Paris, je reçus des lettres de Mina et de plusieurs uulres

• chefs de guérillas, qui me priaient de les aider à chasser les moines.» Il s'est plaint de nouveau du gouverneur. Il a comparé su conduite

mystérieuse et défiante aux procédés francs et ouverts de sir Georges Cockburn. « Si je ne regardais pas le suicide comme un acte de pol- ,

« tronnerie, qui d'ailleurs plairait à vos ministres, je m'en débarrasse- « rais. Mais je pense qu'il y a un véritable courage à supporter une exis- j « tence comme lu mienne; je ne veux pas la quitter. Ce gouverneur a

■ une double correspondance avec vos ministres, semblable à celle que «tous vos ambassadeurs entretiennent avec ceux-ci : les uns écrivent

• comme pour tromper le monde, dans le cas où on les obligerait i « jamais à publier leurs lettres ; l'autre leur fait un récit sincère, mais j

• pour eux seuls. » Je lui dis que je pensais comme lui que les ambassadeurs et les personnages éminents de tous les pays faisaient toujours | deux récils différents, l'un pour le public, et l'autre pour le silence du ! cabinet. « Il n'y a pas dans le monde, dit Napoléon, un ministère aussi

« machiavélique que le vôtre. Et cela tient à votre système. Ce sys- « lème et la liberté de la presse mettent vos ministres dans l'obligation j « de donner quelques détails à la nation, et, par cela même, les forcent « à tromper le public dans plus d'une circonstance; mais, comme il

leur est aussi nécessaire de connaître la vérité, ils ont une double « correspondance : une officielle et une fausse, pour tromper la nation, « lorsque le parlement veut en prendre connaissance et la publier ; l'uu- « Ire particulière et véritable, pour la tenir enfermée ; et ne pas la dépo- « ser dans les archives. »

J'ai écrit de nouveau au gouverneur; je lui ait dit quelles seraient les conséquences du refus d'exercice fait par Napoléon ; il lui sera mortel.

13. — Je demandai à Napoléon, pendant qu'il était au bain, ce qu'il j pensait de Talleyrand. « C'est, me dit-il, le plus vil et le plus corrompu « des hommes : il a trahi toutes les causes, mais il est très-habile, très-

■ prudent. Talleyrand traite même, sans doute, ses ennemis comme <• s'il devait un jour se réconcilier avec eux, et ses amis comme s'ils « devaient devenir ses ennemis. Il a un talent élevé incontestable , mais

• il est trop vénal ; on ne peut rien faire avec lui qu'en le payant. Les « rois de Wurtemberg et de Bavière m'adressèrent tant de plaintes sur « ses extorsions, que je fus contraint de lui retirer des mains le porte- « feuille des affaires étrangères. Il a divulgué encore à des intrigants un «secret de la plus haute importance et que je n'avais confié qu'à lui - seul. Quand je fus de retour de l'Ile d'LIbe, Talleyrand m'écrivit pour « m'offrir ses services à la condition d'oublier le passé. 11 argumentait «d'après une de mes proclamations où j'avais dit qu'il était des cir-

• constances qu'on ne pouvait dominer. Lorsque j'y réfléchis, je pensai j que je devais faire des exceptions, je le refusai ; si je n'avais puni per-

GOI

« sonne, j'eusse encouru l'indignation de la France. » Je demandai a ! Napoléon s'il était exact que Tallej rand lui eût conseillé de détrôner i le roi d'Espagne. Le duc de Rovigo m'a dit, ajoutoi-je, que Tûlleyrand vous avait tenu ce langage : « Sire, vous ne serez jamais en sûreté 6ur « le trône de France tant qu'un Bourbon en occupera un autre.— Je ne j « me le rappelle pas, me dit-il ; ce dont je me souviens, c'est qu'il m'a « sans cesse conseillé de nuire aux Bourbons. »

Napoléon m'a fait voiries traces de deux blessures. Il a reçu l'une pendant sa première campagne d'Italie ; elle faillit nécessiter l'amputa* lion : elle a laissé une cicatrice profonde au-dessus du genou gauche; l'autre était sur l'orteil, il l'avait reçue à Eckmiihl; son usage, me dit-il, était, lorsqu'il était blessé, de le tenir secret, afin de ne pas effrayer les soldats. « Au siège d'Acre, une bombe vint tomber a mes pieds. Deux « soldats, qui étaient à mes côtés, me saisirent et m'embrassèrent étroite tement, l'un par devant et l'autre de côté, et me Grent ainsi un rem- « part de leur corps contre les effets de la bombe, qui, en faisant explo- « sion, les couvrit de poussière. Nous tombâmes tous trois dans le trou « formé par son éclat : un des deux fut blessé. Je les fis officiers. L'un « a depuis perdu une jambe à Moscou, et commandait à Vincennes « lorsque je quittai Paris '. Lorsque, en 4814, les Russes le sommèrent « de rendre la place, il répondit qu'il ne leur rendrait la forteresse que <• lorsqu'ils lui rapporteraient la jambe qu'il avait perdue à Moscou. « J'ai dû plusieurs fois la conservation de ma vie à des soldats « et des officiers qui se précipitaient au-devant de moi. Lorsque je « m'élançai sur Arcole, le colonel Muiron, mon aide de camp, se jeta « devant moi, me couvrit de son corps, et reçut le coup qui m'était

* destiné. H tomba mort à mes pieds, et son sang me jaillit au « visage : il avait donné sa vie pour sauver la mienne. Les soldats <• étaient admirables pour moi. Dans mes revers ils n'élevèrent jamais »la voix contre moi. Aucun général n'a été servi plus fidèlement; « mes soldats versaient leur dernière goutte de sang au cri de : Vive

• l'Empereur! •

J'ai dîné à Planlation-House, la société a été égayée par le marquis de Montchenu qui nous a fait connaître quelques circonstances liées, «lit-il, à sa grande naissance. |«e marquis est bien bouffon pour un ambassadeur.

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