‹ Mémorial de SaintHélèneChapitre 33 sur 89 · Le mauvais temps a continué · texte numérisé non relu

Le mauvais temps a continué

J'ai demandé quelques renseignements à Napoléon. Ces renseignements le concernent. « A votre départ pour l'Egypte, étiez-vous aussi « mince qu'on le disait?— Oui, très-fluet, mais d'une constitution ner-

• veuse et solide, qui avait supporté des épreuves qui aurait abattu des «. hommes vigoureux et trempés : à trente-six ans j'ai pris de l'erabon- - point. J'ai travaillé souvent quinze heures sur vingt-quatre, sans « prendre ni nourriturè ni repos. Dans quelques circonstances même,

j'ai travaillé sans relâche pendant trois jours et trois nuits. » M — J'ai demandé au major de brigade Harrison, dont le poste est à Hul's-Gate, s'il avait précédemment eu quelque changement dans les

DANS L'EXIL. r,27

urd res donnés; si Napoléon pouvait dépasser le piquet plante à iftle porte, et Taire, sans être suivi d'un officiel' anglais, le tour de lu maison «le miss Mason et de Woody ltuu\e. Le major Ilarrison m'a r« pondu qu'il n'avait point reçu de nouvelles instructions, et que, si Napoléon voulait dépasser les limites, les sentinelles l'arrêteraient. Voilù la probité du gouverneur!

« Ou m'a imputé la mort de Pichegru, Wright, etc., mais pourquoi I « je n'avais aucun besoin de ces actions sanglantes ; j'uvuis l>esoin uu

- contraire de son témoignage, pour prouver que Pitt gageait di s scélé-

- rats chargés de m'ussussincr. Je pense que Wright s'est tué pour ne |his compromettre son gouvernement ; et, quant a Piehegru , sxi cul|>ahilité était trop évidente pour qu'il put échap|>er a une eondainnation copi-

« laie; peut-être qu'après cela je lui aurais pardonne. Si on eût fait « mourir .Moreau secrètement, alors, oui, on aurait pu «lire que je l u- •• vais fuit assassiner, toutes les apparences m'eussent accusé, car c'était

- le seul homme que je pusse redouter ! il fut reconnu innocent ! Hélait hlru connue moi, Pichegru était blatte: on savait qu'il était payé par

• Pill, et sa condamnation était immanquable.

• Mal autre que moi n'a su monter si haut de lui-même, sans abattre Amis le sang les han ieres et les rivaux. Un parent du duc de Bedford, lniiint Bfec moi à l'île d'Elbe, m'a dit qu'on pensait en Angleterre que

• le duc d'Enghien n'avait pas été juge, mais assassiné |>endunt la nuit dans sa prison, et fut surpris quand je lui dis qu'on lui avait fait un

» procès en règle, et que la sentence avait été publiée a vaut l'exécution. >• Je saisis l'occasion pour demander ù Napoléon s'il était vrai que .M. de Tulle\ rend eût retenu une lettre que le duc d'Enghien lui écrivit, laquelle ne lui eût été remise que deux jours après lu mort de ce jeune prince. ■ Hien n'est plus vrai, me n-pondit-il ; le «lue m'offrait ses services, me « demandait un commandement. Talleyrand ne me remit celte lettre « que deux jours après l'exécution du jugement.

< (Coupable d'avoir porté les armes contre ses concitoyens, le duc « d'Enghien fut jugé, condamné, fusillé, comme le commandaient les « lois en vigueur.

- Vos ministres ont dénature ces faits. Ouand il est question de la « France, ils se rappellent toujours ce que disait le grand < .lia t. mi : • Si

- nous agissions de bonne foi avec la France, l' Angleterre n'aurait pas nu « ijuarl de siècle à vivre. »

Il revint ù Talleyrand : « C'est, me dit-il, un bricunne capable de tous « les crimes.

Ayant parlé ensuite à Napoléon d'objets traités dans une nouvelle dépêche du gouverneur, il me dit :« J'ai été vivement nffli^i; de voir refuser « ii l^s Cases la faeullé de me faire ses adieux de vive voix ; c'est un acte •< sii|H>rilu de barbarie ; il a augmenté, il est vrai, ma peine. »

L'Empereur m'a demandé le catalogue des livres de la bibliothèque de James Tooirn, el m'a prié de lui communiquer les renseignements que je pourrais recueillir dans l'île sur l'Egypte.

I/Ëmpereur est sorti aujourd'hui pour la première fois; il est allé chez madame Bertrand pour la féliciter de son heureux accouchement.

« Slf», lui a dit madame Bertrand, j'ai l'honneur île présentera Voire » Majesté le premier Français qui , depuis notre arrivée à l.ongirood , s'y « soit introduit sans la permission de lord llathursl. »

27. — Dans son bain, l'Kin|>ereur s'est plaint de vives douleurs de tète; il n'a paade sommeil. Je l'ai encn?é à Faire plus d'exercice, car l'absence d'exercice est la cause de l'affaiblissement effrayant de sa constitution. Il pense comme moi à cet ésard, mais il lui est impossible de se décidera prendre cet exercice : nn découragement invincible le domine.

•l'ai parlé à .Napoléon de plusieurs conspirations tramées contre lui. VOÎei CC qu'il m'a dit pour celle de la machine infernale.

PANS L'KXIL. tn

i on était a l'approche de Noel.de belles fêtes se préparaient. Ce . jour-là on me pressa d'aller à l'Opéra, mais, épuisé par le travail de la •• journée , je Ciéti a un jures do sommeil, et restai sur un sofa : Jo- « sephine vint m 'éveiller, et insista pour que je me montrasse mu théâtre, car elle était a\idode popularité pour son é|>out ; je me lovai et montai

• M voiture, et tombai aussitôt dans un nouvel assoupissement : l'explosion m'en lira. I.a commotion «pie je sentis fut relie qu'eût produit

» le soulèvement de la voiture pour la lancer dans un courant trèsrapide; j'étais accompagné de Lan nés et de Itessièrcs. Los conjures axaient fait Taire une charrette comme celles dont on se sert |Miur porter de l'eau dans Paris, avec cette différence que le tonneau était placé ril travers. Un de ces conjurés, le nomme l.imoléan, remplit le tonneau de poudre, et le plaça au détour d une rue que je devais traverser. Je dus mon salut à cette circonstance, que In voilure de Joséphine étant « semblable à la mienne, et I une et l'autre se trouvant escortées de <• quinze hommes, l.imoléan ne put savoir d'avance dans laquelle je me trouvais; incertain, il s'avança pour recarder dans nos voitures, alin « de s'assurer de ma présence. I n de mes cardes, maillard grand et fort, « choqué ou inquiet de voir cet homme barrer le passage, et chercher « ainsi à me voir dans la voiture, poussa son cheval sur lui, et lui donna un coup de M hotte, qui le renversa. Pendant ce temps la voiture passa, l.imoléan relevé, et qui m'avait aperçu, courut à la charrette et y mit " le feu : l'explosion eut lieu cuire les deux voitures ; la détonation fut

■ olfroxnhlc. elle tua le cheval d'un de mes guides, hlessa le cavalier.

• démolit plusieurs maisons, et tua environ cinquante personnes.

On se mit sur la trace des coupables, l.a police lit alors rassembler

■ les débris de la charrette; tous les ouvriers île Paris furent up|M>lés

• pour les reconnaître : les renseignements qu'on recueillit, après cet » examen, ne furent qu'insignifiants ; on sut pourtant que les matériaux

• de cette charrette avaient été achetés par deux hommes ayant l'accent bas breton ; ce fut. dans le premier moment, tout ce qu'on put apprendre.

« On a dit alors que j'avais été sau\e par mon cocher, ce fait n'est i pas tout à faiLexacl, puisqu'il était gris, (l'est le cuide qui m'a sauvé.

Je ne dis pas que mon cocher ne m'ait grandement servi : son élan «eut là une rapidité extraordinaire. Mais remarque/ son peu de pré- « seuce d'esprit dans celle scène, puisqu'il prit celte détonation épou- « vantahle pour une décharge faite sur mon passage, en mon honneur;* » je vous l'ai dit, Paris allait entrer dans des fêtes.

il"»» napoléon

Los cochers do In capilaleoffriront un dîner an mien, quelques jours " après; on y but largement, on y porta plusieurs fois la santé de César. « Tout à coup un cocher dit haut : «César, je crois ù présent avoir vu « les hommes qui ont essayé d'assassiner le Premier Consul l'autre " jour. Dans telle rue A dans telle maison, j'ai vu unecharrette comme

• un tonneau à eau, sortir d'un passade; comme je n'en avais jamais " vu dans cette endroit, cela me frap|>n : je reconnaîtrais certainement

- h* cheval et les hommes. »

« Le ministre de la police interrogea cet homme, qui conduisit les agonis de l'autorité à la maison donl il avait parlé. Kn effet, on y trouva

• dos traces significatives, même la preuve de In préparati(»n du crime,

- des inslrumonts, un baril qui avait contenu la poudre, ete.

- Les déclarations du propriétaire delà maison liront connaître que, " depuis |K'ii de temps, dos hommes, qu'il soupçonnait se livrer à la » contrebande, étaient venus se loger chez lui, que le jour du crime, il •< les avait vus sortir jivoc unecharrette, qu'il avait supposée remplie de « marchandises prohibées; que l'un de ces hommes paraissait appar- » tenir à un rang plus élevé que les autres. De nouvelles recherches « furent faites : en lin Suint-Itégont et Carbon furent arrêtés, jugés, « condamnés, exécutés. »

L'Kmnercur poursuivit : « A Schœnbrun j'échoppai encore ù un péril

- imminent. C'était après la reddition de Vienne. Je passais mes lroii|*s en revue; un jeune homme s'approcha très-près de moi. Berlhier le

« repoussa en lui disant que s'il avait à me parler, il fallait qu'il choisit « un autre moment. « Adressez-vous au général Itapp, lui dit-il en « allemand, il vous répondra. » Le jeune homme, se tournant vers « celui-ci, lui dit qu'il désirait me remettre un Mémoire. Itapp lui fit

la même réponse que Herlhier, qu'il ne pouvait pas m'ahorder dans " ce moment ; le jeune homme parut insister, maison gardant le silence; •> il faisait semblant en même temps de chercher un placet dans sa « poche. Itapp, impatienté, le rej>oussa vivement, mais il revint ; son ■• insistance alarma le général Itapp qui avait déjà été frappe par sa « physionomie sombre et ses yeux ardents, et qui le suivait depuis «quelques minutes; il le fit arrêter pour le faire examiner après la « revue. Los gardes, en l'entraînant, remarquant qu'il tenait une main « cachée dans sa poitrine, le fouillèrent et trouvèrent sous son gilet un

long couteau. Interrogé tout de suite sur l'usage qu'il comptait en '« faire, il répondit : Tuer l'Empereur, et il releva la tète avec fierté. « On v int me parler de cet incident ; après la revue je me Us amener

DANS L'EXIL BjM

« ce jeune fanatique. Je lui demandai ce qu'il me voulait < Y ou» tuer. •< — Que vous ai-je fait pour vouloir attaquer ma vie? — C'est boM i qui avez ruiné, asservi ma pairie; j'ai cru que Dieu m'appelait à être

■ l'instrument de votre mort. » Il parla (le Judith, d'Ilolophernc, et HIC

- pirul guidé par le fanatisme (le religion. C'était le fils (Tua ministre protestant d'Lrfurlh; son |>ere ignorait son projet. Je lis venir Cor- \isart et lui dis de tàler l<- pouls de irl insensé. Apres l'avoir examiné et lui n\oir adressé diverses questions, Coivisart me dit que ce jeune homme était calme et dans tout son sens. Je dus donner l'ordre de

" renfermer immédiatement dans un lieu sur, où on ne lui donna uu-

• cune pourriture durant vingt-quatre heures, el seulement de Tenu.

■ Je voulais, en employant ce moyen, lui donner le temps de se calmer. « de réfléchir; qu'ensuite on l'examinât quand son estomac serait vide,

et dans un moment où rien ne pourrait échauffer ou exaller son imagination. Les vingt-quatre heures éeoulécs, je l'envov ai chercher, et je lui dis : « Si je vous accordais votre pardon, feriez-vous d'autres tentatives contre ma vie ? » Il hésita pendant quelques instants el enlin

- il me dit, avec un retire I visihle, qu'il n'en ferait pas parce qu'il |M'ii- » SOil que si son projet eût été ;ui e;ili|r a Dieu, il l'eût mieux seconde " dans sa première tentative. J'avais toute envie de lui pardonner, mais

• on me lit remarquer que l'extrême hésitation de m réponse, au bout « de vingt-quatre heures de jeûne, d'emprisonnement, était la preuve •< qu'il conserverait des inteulions contre moi ; je l'abandonnai aux tri-

hunaux.

« Dous un autre temps, le roi de Saxe me prévint qu'un jeune homme « alluit partir de Slultgard pour se rendre à Paris, dans le but déclare •- de m'assassincr. Le roi m'adressait le signalement de l'individu. Il ne fut arrêté qu'a Paru dans la chapelle des Tuileries. Il a d'abord avoué « qu'il avait eu l'intention de me tirer un coup de pistolet; mais fue,

- craignant de ne pus m'atteindre, il avait préféré se servir du poi- •< gnard. On trouva cette arme SUT lui. Je 1 arrachai à la mort, et le lis •i enfermer ; il resta en prison jusqu'après ma chute, pui> il fut mi- BU » liberté. Il déclara queb|ue temps après que son dessein n'était plus

• de me tuer, parce que j'étais vaincu; mais de tuer le roi de Prusse, i pour avoir maltraité les Saxons et la Saxe. Après mon retour de l'île

- d'Klhe, lorsque j'allai faire llouvertUTC des chambres, je revis ce i même homme sur mon passage. C'était au cominen. eim nt de la « séance, dans la salle. On n'a pas su comment il s'y était introduit, t u «• accident l'y fit tomber, presque dans le même moment ; et un paquet.

ftSÎ .NAPOLÉON

« renferma ni quelques prépara lions chimiques, éclata dans sa |M>che cl « lui lit une blessure grave. Je n'ai pas su quelles étaient ses intentions « ee jour-là. Il fui arrêté. Cet accident répondit l'alarme dans l'asscni-

« blée. Il me semble avoir entendu dire que depuis, cet homme s'était « jeté dans la Seine. »

Je me permis d'adresser à l'Kmpereur une nouvelle question sur le projet qu'il avait conçu d'une descente en Angleterre. - Je me propo- « sais de diriger tout moi-même, m'a-t-il répondu. Deux Hottes auraient « été envoyées dans les Indes Occidentales. Mais elles en seraient rc-

- venues immédiatement en se dirigeant sur le Ferrol. Klles en au- « raient fait lever le blocus et auraient protégé à leur sortie les vaisseaux « de guerre qui s'y trouvaient renfermés. Avec ces renforts, ces flottes

- eussent trouvé, ù Brest, quarante bâtiments de ligne qui les atten- « liaient. Celle réunion effectuée, ces vaisseaux eussent fait voile ■ pour la Manche, d'où les forces anglaises cusscnl été chassées pur les « nôtres; ensuite, par des alarmes habilement répandues ; je complais

« bien vous forcer d'envoyer des escadres à la recherche de mes ilottes a dans les Indes orientales et occidentales, et dans la Médi terra née. « Avant que ces escadres eussent été de retour, j'aurais été le maître i du canal pendant deux mois, ayant à ma disposition environ soixante- « dix vaisseaux de ligne, indépendamment des frégates. J'aurais passé « en Angleterre avec un»' flottille et deux cent mille hommes; j'aurais « débarqué le plus près possible de Chatam, et de là, je me serais « dirigé sur Londres, où je pouvais arriver quatre jours après% J'aurais

■ proclamé la république! J'étais alors premier consul. J'eusse aboli « sans coup férir la noblesse anglaise, In chambre des lords; j'eusse « donné ù votre grand peuple les terres des gentilshommes opposés à « mes projets : la liberté, l'égalité, la souveraineté du peuple, ces belles « institutions établies en principes, m'eussent fait de nombreux parti- « saris. La chambre des communes lut demeurée, sauf des réformes « dans le mode électoral. Iji Grande-Bretagne eût \n alors que nous

venions, comme amis de la nation, pour l'arracher au joug d'une « aristocratie insolente, perverse, pourrie, et donner à son gouver- « nement les formes du siècle. Lo discipline de mes troupes eût Justifié

mes vues; j'eusse sévèrement puni les moindres , \< . s. En raisonnant i d'après le grand sens des Anglais, ces changements m'eussent valu un

■ parti formidable. J'eusse encore insurgé l'Irlande qui serait accourue <i ii moi. • Je combattis plusieurs de ces hypothèses, et je dis à Napoléon que son armée se serait incessamment affaiblie, qu'un million d'hommes se seraient levés contre lui : que la ville de Londres eût été brûlée. « Je ne craignais pas cela, dit-il, vous êtes trop opulents, trop

amis du luxe et des agréments de Ta vie pour brûler le théâtre de « votre civilisation. Les Parisiens n'ont-ils pas juré de s'ensevelir sous « les murs de leur ville plutôt que de souffrir la domination étrangère? « Paris, malgré cela, a été pris deux fois; on ne peut pas dire ce « qu'eussent été les événements; mais je reste persuadé qu'une meil-

leure division des fortunes eût produit un grand effet sur le peuple « anglais.

• Quelle résistance eût pu faire une armée improvisée contre la « mienne, dans un pays qui, comme l'Angleterre, abonde en plaines? « Tout ce que vous venez de m'objecter, j'y avais songé; mais j'avais « aussi calculé l'effet qu'aurait produit la prise d'une ville grande et « aussi opulente, de la banque, de toutes vos richesses, de vos bâtiments •• dans la Tamise et ù Chatam.

« Je pensais rester maître du canal dunftt deux mois. Ce temps

se

« m'eût suffi pour agglomérer et disperser mes régiments, si bien * qu'au retour la flotte britannique eut trouvé l'Angleterre hors de " lutte, conquise, vaincue. Mes proclamations eussent eu en vue les « opinions, les besoins du peuple, les matelots, les soldats, les moins « favorisés de toutes les classes, etc. ; j'abolissais les coups de garcette. « Ces proclamations contre une aristocratie avare et tyrannique, s'en-

richissant du sang du |>euple, rétablissement de la république, l'abo- « lition de la monarchie, de la noblesse, le juste partage des biens, « m'eussent gagné l'affection du peuple de Londres, de tous les mécon- « tents ; je n'avais besoin que de ces incidents pour établir la supré- « matie de la France. «

A quelques objections sur l'esprit de nationalité des Anglais, Napoléon m'a répondu : « Il existe plus d'esprit national chez vous « qu'en France ; cependant^ je ne puis croire que vous eussiez » consenti à brûler Londres. L'incendie de la ville de Moscou, bâtie •■ presque entièrement en bois, était d'une exécution facile. Celui de « Londres n'eut point réussi sans des préparatifs impossibles et qui « eussent trouvé des opposants. Je ne vous eusse pas attaqués comme à « Rosette ; mais en vous portant précipitamment des coups terribles, je « fusse arrivé, avec la rapidité du tonnerre, aux portes de Londres'. « Mon héroïque armée eût brisé toutes vos barrières !... Je sais bien « que des objections pour et contre mon projet ne manquent pas;

- mais une fois maître de Londres, un succès complet suivait l'in- « vasion.

« Après le traité d'Amiens,, une bonne paix avec l'Angleterre était « possible. Quoi qu'en aient dit vos ministres, j'ai toujours été disposé

- à reconnaître sincèrement des conditions avantageuses aux deux « nations.

« Pitt et vos ministres ont menti en disant que j'avais refusé la paix « Je. vous l'ai offerte, établie sur la réciprocité dans les avantages. Je « vous ai offert un traité de commerce. Je demandais l'échange des » produits des deux nations, des valeurs respectives; mais la fierté de «vos ministres se révolta » cette proposition, et depuis ces mêmes « hommes ont crié partout en Europe que je ne voulais pas la paix ! « Je la voulais, mais équitable. Je ne les craignais pas ; je n'ai jamais « violé les conditions de la paix d'Amiens. «

« On vous a beaucoup accusé d'avoir cherché la monarchie univer- « selle. Aviez-vous donc un si grand but?osai-je lui demander. — Non, « mon projet était de rendre la France la plus grande des nations, je

DANS 1/fiXII..

« n'ai eu que ce dessein, mais je l ai eu dix ans. Je ne voulais point « aller au delà des Alpes; je me proposais, en incorpora ni Naples, la . Sicile et toute l'Italie en un royaume, oyaut Koiue pour capitale, de - donner cet étal ù u» second (ils que j'étais fondé d'espérer. J'aurais « retiré IVaples à Murât. »

Je lui ai demandé s'il lui aurait donné un nuire royaume. « Oh! n- < l-il répondu, tout cela se serait arrangé aisément.

» Si j'étais appelé à conduire les affaires de l'Angleterre, dit Napo- « léon dans un autre moment, je ferais consacrer les revenus de l'É- <• glise, hors un dixième environ, à la liquidation de la dette nationale. « J'excepterais les établissements peu Tentés; mais je ne voudrais pas « que le plus haut revenu des ecclésiastiques s'élevât au-dessus de mille « livres sterling. Quels besoins ont donc les prêtres? pourquoi veulent- » ils ces richesses immenses? Jésus-Christ leur a recommandé, comme » pasteur de la multitude, l'exemple de l'humilité, du désintéressement •< et de la pauvreté; il ne leur a prescrit ni ce luxe iusoleiil, ni de pas- « ser leurs jours dans une honteuse oisiveté. J'affecterais encore au « payement de la dette publique le revenu des sinécures. Je ne laisserais «ces charges que comme récompenses des services rendus; .et là, «j'eusse demandé aux titulaires des services, du travail dans l'intérêt

«sommes pour acquitter la dette publique. Qui peut donc empêcher ! «cette mesure dans vos conseils? Quand toutes les nations sacrifient ; « leurs préjugés, vous conservez les vôtres; vous défendez de vieilles

« lois couvertes de rouille qu'anime l'esprit des siècles intolérants!

• Lorsque la question de l'émancipation, demandée chez vous, fut •• gravement agitée, j'eusse donné de grand cœur cinquunte millions » pour être assuré que vous n'accepteriez pas cette proposition.

« Par cette mesure, unis miriez ruiné mes projets sur l'Irlande, ceri " tain q'ue si vous émancipiez les catholiques, ils seraient devenus des " sujets aussi loyaux que les protestants. ÎMaitre de ces affaires, j'eusse

• mis une taxe sur les absents, et peut-être que j'eusse réduit l'intérêt » »le lu dette; ces questions sont graves ; il faut oser les aborder. »

Je lui parlai de quelques actes d'intolérance des catholiques nngluis ; il me répondit :

« Affranchissez-les, donnez-leur le rang politique, laissez-les venir « au parlement, et ils ne seront plus intolérants, lui persécution des i •' opinions produit le fanatisme. Cette intolérance dont vous vous plui- <• gnez découle de vos lois oppressives : modiliez-les, et l'esprit d'into-

« lérance s'éteindra chez les' catholiques; agissez envers eux, comme « j'ai agi envers les protestante de France. >»

50. — Napoléon s'est plaint de nouveau de l'hypocrisie d'Hudson. « Dites-lui que sa conduite, en acceptant la médiation de l'amiral et en « la déclinant ensuite, est celle d'un homme mua parolaesenza fide » (sans parole et sans foi). Il a manqué au devoir le plus simple, rompu » un traité que les Bédouins envisagent, d'homme à homme, comme - sacré, mais que les agents des ministres anglais ne respectent pas! »

31. — Je suis allé chez le gouverneur, et lui ai fait part, avec une grande modération, du message dont j'étais chargé. Il m'a répondu qu'il s'effrayait peu des plaintes que le général Bonaparte pouvait adresser en Angleterre.

L'amiral Malcolm, lady Malcolm, et le capitaine Meynel sont venus chez Napoléon.

1er février. — Les discussions avec le gouverneur reprennent une nouvelle vivacité.

Il a rompu le cachet d'une lettre que le général Bertrand écrivait à son père, pour lui annoncer qu'un nouvel enfant lui était né; cette lcttre«e terminait par ces mots : « Nous écrivons à M. de La Touche pour « lui donner d'autres renseignements. » Ces motseffrayèrenHè gouverneur, qui pensa qu'on avait déjà écrit; il dépêcha aussitôt un message au comte Bertrand, pour se plaindre. 11 fallut lui expliquer que cette lettre n'avait point encore été écrite.

J'ai rencontré Hudson Lowe sur les hauteurs de Hut's-Gate. Je lui ai dit que Napoléon se plaignait encore de la surveillance sévère dont lui et les siens étaient l'objet. Je ne déguisai rien de l'aigreur des paroles de Napoléon : Hudson Lowe pâlit. Je lui rappelai qu'on ne pouvait pas trouver à Longwood de l'eau en quantité sufûsante pour procurer à Napoléon quelques bains. «Je ne savais pas, dit-il, que le général « Bonaparte eût besoin de se faire bouillir pendant un si grand nombre « d'heures dans l'eau chaude! »

2. — J'ai vu Napoléon, il était au bain. Bertrand a reçu une lettre du gouverneur; c'est un tissu d'inepties et de lâchetés.

Page 1