NAPOLÉON DANS L'EXIL
« Je laisserai une grande réputation malgré l'immensité de mes re- » vers. J'ai eombattii dans einquanle batailles que j'ai presque toutes « gagnées. J'ai écrit et fait appliquer un code de lois civiles digne du « siècle. Je suis devenu par mes œuvres le premier souverain du monde. " L Kurope a* été à mes pieds pendant dix années. J'avais une immense h ambition, je l'avoue; mais elle était froide, toute logique, toute na- « tionale. Les événements et l'opinion des masses me la donnaient.
Comme j'ai toujours pensé que la souveraineté réside dans le peuple, «et que je pense qu'on ne doit gouverner que pour lui, et sous son « action immédiate, mon gouvernement impérial était une espèce de a république. Appelé à sa tète par la voix de la nation, ma maxime fut, « carrière ouverte aux talent», sans distinction de naissance ou de for- « tune : c'est pour ce système d'égalité que les oligarchies m'ont fait « une guerre implacable. La postérité méjugera dans les millions « d'hommes qui ont vécu sous mes lois et dont l'assentiment et l'en- « thousiasme m'appuyaient.»
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f. n'aurais jamais cnnsenti à ce que « la Russie fil simplement de la Po- .. logne une de ses provinces ; quand i les belles contrées du sud de l'Eo- ■ rope seront gouvernées par les «Barbam du Nord, on verra que • ma |K>litique était prévoyant!-. Ma faute, c'est d'avoir laissé la cou- * ronneau rôi de Prusse. Après Friedland, j'aurais iû lui enlever la « Silésie et la Pologne prussienne, et faire passer ces provinces sous le
< iiouvcrnement saxon. Ces provinces conservées intactes au roi de « Prusse, il devait arriver qu'il se sentirait trop abaisse pour ne pas « chercher à se venger à la première occasion. »
En lui lisant Y Observer, il m'a interrompu plusieurs fois pour lui expliquer exactement un article dans lequel on racontait que Marie- Louise était tombée de cheval dans le Pô, et qu'on avait eu grand' peine I ù la sauver. Cette nouvelle l'a vivement affecté.
Le général Gourgaud a reçu une lettre de sa sœur : elle lui écrit que sir Georges Cockburn lui a rendu visite à Paris; elle lui apprend encore que madame Dillon, mère de la comtesse Bertrand, se porte mieux. La famille du général est dans lu joie de ces nouvelles. Moi, qui suis errant, courant les mers depuis des années, je n'avais pas celte idée de ; l'ivresse que peut produire dans l'âme d'un exilé une lettre de parents | ou d'amis éloignés. Il était facile de distinguer, à la joie des physionomies des habitants de Longwnod, ceux qui avaient reçu des lettres du continent. Les traits des autres étaient affectés. Tne lijme venue d'Europe est sans prix sur ce rocher de Longwood.
L'Empereur m'a reparlé de Wright. « Il y a bien certainement qucl- » que chose de grand dans l'action de cet officier qui se tua pour ne pas « compromettre son gouvernement. »
L'Empereur a vu dans quelques articles du Times et du Morning Chrvnicle, que ces deux journaux le défendent.
« Rappelez-vous que je vous ai dit que les Anglais changeraient d opi- « nion sur mon compte, qu'ils verraient en voyageant en France et en « Italie que vos ministres m'ont lâchement calomnié ; je n'ai laissé que < « des institutions et des regrets. Mes actes y parlent haut. Eh bien ! ce
» changement arrive Avant peu il sera complet, ils diront de retour
« au continent : Trouvons-nous une belle route, un pont élégamment | « construit, et demandons-nous quel souverain a fait cela ; on nous ré- « pond : Napoléon! Il a donc encouragé les arts, les sciences, l'instruc- •< lion publique, celle des classes les plus pauvres pendant sa puissance. »
Il m'a reparlé de Talleyrand
Voici quelques nouvelles explieulions sur ce personnage : « Cesi un » eoqum, un homme ril, mats un homme d'un esprit eminent. Lorsque «j'eus marié le prince Eugène, je dus le destituer par suite des plaintes « que m'adressèrent les rois de Bavière cl de Wurtemberg. Il leur était » impossible de faireni traité ni convention pour le commerce, sans l'a- « voir acheté à un prix exorbitant de ce ministre. Ces sortes d'affaires « dans ce temps-là étaient nombreuses. Louis XVIII a uni sagement eu
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« l'éloignant du pouvoir; a la iii'i'inicrt' occasion, il n'aurait pas manque •< de le trahir. Pendant les Ceut-Jours, ne m'en a-t-il pas tait faire In « pro|M>sition? - Napoléon m'a dit iei :
« Pourquoi donc vos ministres ne font-ils pas des efforts directs pour « opérer la séparation des colonies de l'Amérique méridionale espa- •• gnole, de la mère-patrie ? Vous trouverez, dans cette combinaison, •< l' occasion d'ouvrir avec les Américains du Sud un commerce trè>- « étendu et très-lucratif. 8i vous ne vous pressez pas, les Américains j « vous préviendront. Si vous commence/, à présent, ils accepteront la < concurrence : il faut que vous leur fermiez toute communication .
* avec la France cl avec l'Espagne.
» Si la guerre eût duré encore deux ou trois ans, la Fi ance serait nrri-
• véeau point de |Htuvoir se passer de colonies, par suite des prime» " que j'accordais à ceux qui appliquaient la chimie à la confection du " sucre, surtout par le moyen de la betterave. Avec quelques pcrfccliou- «nementsde plus, j'aurais fait fabriquer du sucre qui n'eût pas coûte
<■ plus cher que par l'importation des Indes occidentales. El le café ? les j
Français ne peuvent pas s'en passer. Je voulais le faire cultiver dans « les départements du midi de In France. «
gouverneur a fait demander à Longwood, par lettre ministérielle, pourquoi, dans la dernière semaine, la consommation du poisson avait été dépasnée de quatorze scheUings. Il a trouvé aussi fort mauvais l'emploi de quarante livres d'orge pour l'usage de madame la comtesse Bertrand. Il a défendu expressément cette générosité.
Il a fait d'autres observations sur les dépenses faites à Longwood pendant la quinzaine; mais il y a de quoi mourir de bonté et de dégoût.
Le gouverneur déclare le comte de Ijis Cases coupable d'impudence. Il a osé adresser aux prisonniers de Longwood, du cap de Bonnc-Fspérance, de l'huile de Florence, du vin de Madère !
I /Empereur m'a parlé ce matin des troubles qui agitent l'Angleterre. Il regarde la réduction des taxes comme urgente. « Il est impossible, « a-t-il ajouté, qu'une nation consente à payer de sang-froid, en temps » de paix, des impôts presque aussi forts que ceux qu'elle payait en « temps de guerre. Il y a alors ce stimulant, cette irritation d esprit, qui « font regarder ces impôts comme nécessaires; nul ne veut que son pays - soit envahi par une armée étrangère. L'Angleterre est actuellement « duns une fausse position; il faut que quelque changements' y opère.»
On m'avait dit que l'Empereur avait manque de tomber dans les
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mains des alliés autour de Briennc, je lui en parlai. « En effet, je me « rappelle qu'à la bataille de Brienne, vingt-cinq nhlans ou cosaques « environ se pincèrent sur les ailes de mon armée et s'efforcèrent d'en- « lever un parc d'artillerie. C'était à la chute du jour, l'horizon com- « mençait ù s'obscurcir. Je ne sais par quel nccident ils tombèrent sur « moi et sur l'état-mnjor ; notre présence les déconcerta. Ils ignoraient « qui j'étais ; dans le premier moment je ne les reconnus pas, je pensais « qu'ils faisaient partie de mes troupes. Mais Caulaincourl s'aperçut
• que celaient des ennemis, et me le dit. Dans ce moment ces soldais «effrayés s'enfuirent. Mon état-major faisait déjà feu sur eux. Un de
• ces soldais galopa si près de moi qu'il me poussa rudement, lorsque - je le reconnus et voulus faire feu sur lui, il était hors de mon atteinte. «Je tirai l'épéc ce jour-là, ce qui ne m'arrivait presque jamais, car je « n'ai gagné mes batailles qu'avec des calculs '. »
Je demandai encore à Napoléon s'il n'avait pas été nu moment d'être pris par les Cosaques dons In retrnitc de Moscou. « Non, j'avais toujours •< avec moi une forte garde; avec elle je pouvais repousser un parti, i»t ! « même l'attaque d'un petit corps. »
14. — L'Empereur était gai. Les journaux de Londres publient que M. deMontchenu, invité à dîner par Napoléon, lui aurait répondu qu'il avait été envoyé à Saiute -Hélène pour garder sa personne, et non pour diner avec lui. C'est une pure invention. Napoléon a levé les épaules en disant : - Ces messieurs ne changent pas. Il est assez sol « pour avoir menti comme cela. »
\jc gouverneur communique avec empressement à l'Empereur h* libelles contre lui qu'il reçoit de Londres. Il est peu sensible à ces flots ' d'outrages.