L'Empereur se promène à deux reprises en calèche
A. — Napoléon essaye deux fois de monter en calèche, mais il est obligé bientôt de se mettre au lit.
La conversation s'est ouverte sur les beaux-arts. Un des interlocuteurs faisait assez peu de cas de la musique. « Vous avez tort, lui « a dit l'Empereur ; c'est de tous les arts libéraux celui qui a le plus « d'influence sur les passions, celui que le législateur doit le plus « encourager. Une cantate produit plus d'effet qu un ouvrage de « morale. »
5. — L'Empereur a passé la nuit assez tranquillement, quoiqu'il n'ait presque point dormi; il est livide, ne présente plus que l'aspect d'un cadavre.
ti. — La nuit a été assez bonne. L'abattement est extrême.
L'Empereur témoigne sur le soir l'envie de manger. On lui sert deux côtelettes d'agneau ; il me les fait goûter, me demande si elles sont nutritives, de digestion facile, et quand il m'a adressé toutes les questions • d'usage, il y goûte et les laisse la. « Que vous en semble, docteur?
- n'est-ce pas une bataille perdue? — Gagnée, Sire, pour peu que Votre « Majesté le veuille. — Comment cela? des remèdes? — Mais —
j « Chacun se bat avec ses armes; c'est bien, docteur, j'aime votre téna- | I « cité. — Votre Majesté est donc d'intelligence avec la latitude? — Je
800 UERNIERS MOMENTS
- ne m'abuse plus, In vie m'échappe, je le sens ; c'est pour cela que je » renonce aux médicaments. «
7. — l/Empereur est moins faible que les jours précédents. Il élait debout, négligé ; je le priai de prendre soin de lui-même : il se mit à sa loilette. «Quand j'étais Napoléon, me dit-il d'un ton pénétré, je la faisais « promptement et avec plaisir; mais aujourd'hui, qu'ai-je à faire d'è- « Ire bien ou mai ? Cela me coûte d'ailleurs plus de fatigue que je n'en
- éprouvais à disposer un plan de campagne. Allons, cependant. • El il se fit la barbe, mais par temps, par intervalles; il fut obligé de se reprendre bien des fois. Il acheva enfin, se mit au lit, et n'en sortit pas de la matinée.
10. — l/Empereur a passé une nuit fort agitée. Il n'a pu fermer l'œil ; il est extrêmement faible. Il tenait un paquet de journaux à la main ; je craignais la fatigue, je lui en fis l'observation. « Non, doe-
- leur, c'est une scène de gaieté; j'en suis au dévouement du roi de Na-
• pies pour le régime constitutionnel. Tous ces légitimes sont d'une
■ bénignité que rien n'égale. Ce M accaronaio voulait aussi me donner
- le change, venir à Rome, et nous susciter une guerre de religion ; je pénétrai sa manœuvre, je lui notifiai qu'il eut à rester dans ses États ;
« il se le tint pour dit. Mais les prédicants, les madones allaient d'autant
• mieux; les sept communes couraient aux armes, il devenait urgent « d'arrêter la croisade. Sévir? la légende est déjà assez volumineuse : « je ne me souciais pas d'envoyer ces mutins au ciel, je les fis prêcher. •> Je chargeai Joubert de cette affaire. Exigez, lui dis-je, de l'évéquede « Vicence qu'il envoie des missionnaires dans ce pays-là pour leur prô-
■ cher tranquillité, obéissance, sous peine de l'enfer. Faites venir chez
• vous les missionnaires, donnez-leur quinze louis à chacun, et pro- « mettez-leur-en davantage au retour. Vous verrez que tout sera bien- » tôt calmé. En effet, dès que les hommes de Dieu furent aux prises, » la population étonnée, incertaine, ne se soucia plus de guerroyer. ■
1 1 . — La nuit a été moins mauvaise, Napoléon se trouve mieux; son humeur est moins sombre, son pouls plus naturel.