‹ Mémorial de SaintHélèneChapitre 58 sur 89 · Nuit assez tranquille · texte numérisé non relu

Nuit assez tranquille

L'Empereur avait fréquemment besoin de moi. Me taire chercher, aller, venir, entraînait dti temps; il ne le voulut plus. Vous devez ^élre accablé, docteur, me dit-il avec bonté; vous êtes dérangé sans

• cesse; vous n'avez pas un instant pour clore la paupière. Ce n'est pas

• encore fait de moi ; il faut que je vous ménage. Je vais vojis faire ten- | " dre un lit dans la pièce voisine •< Il donna ses ordres#-ct ajouta :

i Nous y sommes, docteur, en dépit de vos pilules; ne le croyez-vous « pas? — .Moins que jamais. — Bon! moins que jamais! encore une « déception. Quel effet croyez-vous que ma mort produise en Europe? « — Aucun, Sire. » Il ne me laissa pas achever. * Aucun! — Non:

«parce qu'elle n'arrivera pas. — Si elle arrivait? — Alors, Sire, « alors. — Eh bien ! — Voire Majesté est l'idole des braves ; ils seraient •■ dans la désolation. — Les peuples? — A la merci des rois, et la «cause populaire à jamais perdue! — Perdue! docteur. Et mon (ils! « supposeriez-vous?.. — Non, Sire, rien ; mais quelle distance ù frnn-

- chir! — Est-elle plus vaste que celle que j'ai parcourue? — Que ■ d'obstacles à surmonter! — En ai-je eu moins ù vaincre? Mon point « de dépari était-il plus élevé? Allez, docteur, il porte mon nom; je lui

- lègue ma gloire et l'affection de mes omis : il n'en faut pas tant pour

- recueillir mou héritage. •

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