Même état
29. — Lu maladie faisait des progrès rapides; je revins encore à la charge, et, au risque de lui déplaire, jesuppliui Napoléon de ne pas se refuser plus longtemps au secours de l'art II ne me répondit rien, resta quelques instants pensif, et inédit « Vous avez raison, je verrai ; pour le « moment, vos soins me sont inutiles : vous pouvez vous retirer. » Je m'en ulluis, il nie retint et se mit à discourir sur la destinée, dont toutes les facultés du monde ne peuvent arrêter ni suspendre les coups. J'essayai de combattre ces funestes doctrines ; mais il parlait avec force, revenait constamment à ses adages - Quod teriptum, scriplum. ■< Douteriez- vous, docteur, que tout ce qui arrive est écrit, que notre •• heure est marquée, que nul d'entre nous ne peut prendre sur le temps
• une |>artque lui refuse la nature? » J'osais le contredire, il s'emporta. Je me relirai; mais un instant uvuit suflî pour le rendre usa bonté naturelle. Je n'élais pas dans mu chambre qu'il me Ht chercher et me dit qu'il voulait être désormais plus respectueux envers la médecine, qu'il ne mettrait plus en doute son efficacité. « Mais, Sire, les remèdes! « Votre Majesté consentira-t-elle ù les prendre? — Ah! répliqun-t-il
• d'un ton qui peignait son excessive répugnance, cela est peut-être au- < dessus de mes force-; c'est une chose inouïe que l'aversion que je « porte aux médicaments. Je courais les dangers avec indifférence ; je . voyais la mort sans émotion, et je ne peux, quelque effort que je
fasse, approcher de mes lèvres un vase qui renferme la préparution « In plus légère: c'est que je suis un enfant gâté qui n'a jamais eu
- affaire de médecine. » S'ud cessant ù madame Bertrand : « Comment « faites-vous pour prendre toutes ces pilules, toutes ces drogues que vous " prescrit le docteur ? — Je les prends sans y penser, lui réjiondil- » elle, et je conseille ù Vo'.re Majesté d'en faire autant. - Il secoua la tèle, adressa la même question au général Montholon, ù ses valets de
chambra qui avaient tous été plot on moins malades, il reçut deeba* cun lu même réponse, et me dit : » Je suis doue le seul ici qui soit « rebelle à lu médecine; je ne veux plus l'être : donnez. » 30. — l,a sait a été extrêmement agitée.
Je cherche à faire diversion aux idées qui l'assiègent; je parle des hommes que je suis lui être chers, de Dugua, de Caffarelli, de Kléher. « Kléher! c'était le dieu Mars en uniforme. Courage, conception, il avait
< tout; il ne lui manqua que de disposer plus longtemps de son champ « de bataille. J'étais jaloux de nie l'attacher : je lui proposai de faire par-
DE NAPOLEON. Kl.'i
« lie de l'expédition dont nous menacions l'Angleterre. « Je le voudrais, <• roc dit-il ; mais si je le demande, les avocats me refuseront. — Je m'en « charge, lui répliquai-jc. — Eh hien ! si vous jetez un brûlot sur la Ta- « mise, mettez Klébcr dedans, vous verrez ce qu'il sait faire. »
31. — Les symptômes fâcheux qui avaient commencé à se manifester hier ont duré jusqu'à ce matin. Au point du jour, une sueur abondante a eu lieu, et la fièvre a beaucoup perdu de sa violence.
l,r avril. — Sueurs abondantes ; le malade est assez tranquille le reste de la nuit.
L'Empereur m'avait permis d'appeler le chirurgien du 20» en consultation. Il allait plus mal ; je lui demandai qu'il voulût bien me permettre de lui présenter ce praticien ; il y consentit. En conséquence j'introduisis le docteur Arnoll auprès de lui. Sa chambre n'était point éclairée; il se plaisait dans cette obscurité profonde; il ne voulut pas même qu'on apportât de la lumière, pendant que le médecin anglais était là. Il lui permit de lui tdter le pouls, d'explorer l'état du basventre dont il se plaignait beaucoup, lui demanda ce qu'il pensait de sa maladie, et le congédia en lui témoignant le désir de le revoir le lendemain matin à neuf heures.
L'officier d'ordonnance chargé de constater la présence de Napoléon, obligé de faire chaque jour son rapport au gouverneur et d'attester qu'il l'avait vu, n'avait pu remplir cette partie de sa mission, l'Empereur gardant le lit depuis le 17 mars. Hudson s'imagina qu'il était trahi. Il vint à Longwood avec sa suite, lit le tour de l'habitation, n'aperçut rien, menaça l'officier des peines les plus sévères, s'il ne s'assurait de la présence du général Bonaparte.
L'officier était fort embarrassé; car d'un côté il connaissait les intentions de l'Empereur, et de l'autre il n'es|»érait pas qu'il sortit jamais de l'habitation. Il s'adressa au général Monlholon et h Marchand, qui, touchés de sa position, lui ménagèrent les moyens de sortir de peine et de calmer les fureurs d Hudson. Il fallait éviter que Napoléon aperçut l'agent du gouverneur, qu'il ne se doutât de sa présence ; la chose n'était pas facile : ils y réussirent cependant.
La chambre à coucher de l'Empereur se trouvait au niveau du sol, et les fenêtres étaient assez basses pour qu'on vit tout ce qui s'y passait, tandis que le général Monlholon et moi nous nous tenions à côté du malade, Marchand entrouvrit légèrement les rideaux comme s'il eût voulu regarder dans le jardin : l'officier, qui était posté eu dehors de la fenêtre, vit et put faire son rapport ; mais le gouverneur ne fut pas sa-
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tisfait, il ne rêvait que fuite, qu'évasion, et ne petsaîl pas un jour qu'il Recherchât à surprendre le seuil «le son prisonnier. Enfin, le ôl mare, il déelara que si dans la journée, ou au plus lard le lendemain, son agent n'avait pas la faculté de voir le général Bonaparte, il arriverail avec son étal-major el forcerait l'entré»', sans é^anl pour les suites fâcheuses que son irruption pourrait avoir. Le général Montholon chercha à le détourner de ce dessein, lui représenta le trouble, le désordre où son apparition jetterait l'Empereur : il ne voulut rien entendre. Il s'inquiétait fort peu qu'il vécût, qu'il mourût; son devoir était de s'assurer de sa personne, il le remplirait. J'apercevais le tigre rôdant autour de l'habitation ; j'étais suffoqué, je sortis, il me saisit au passage : « Que fait le général Bonaparte? — Je l'ignore. — Où
- est-il? — Je ne sais. — Il n'y est pas ! - Il montrait la cabane. Il ■ n'y est pas ! — Disparu ? — Tout à fait. — Comment ? quand ? — Je ne « sais pas au juste. — ((assemblez vos idées. Depuis quelle heure? — « L'heure! la dernière bataille qu'il a commandée est, je crois, celle » d'Aboukir. il combattait ponr«la civilisation, vous défendiez la barba-
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« rie; il jelo vos alliés à In mer; sa victoire fut complète. Je n'en ni pns
« entendu parler depuis. — Docleur! — Excellence! — Tout ici
. — Non ! — Qui ? — Moi. —Vous?- Moi.— Soldat* ! — Soldnts ! ac- « courez; mettez le comble à vos outrages; arrachez un reste dévie à » l'Empereur. — L'Empereur! quel empereur? — Celui qui ût trembler l'Angleterre , montra à la Franco le chemin de Douvres, et « mit aux mains du continent la massue qui tôt ou tard donnera le «coup de grâce à votre aristocratie. » Son Excellence s'éloigna, je
restai avec Rende. « Ce n'est pas ainsi — Non, sûrement, ce n'est
« pas ainsi ; il faut avoir l'âme pétrie du limon de la Tamise pour venir « épier le dernier soupir d'un moribond ; son agonie vous tarde, vous « voulez la presser, en jouir. Le Cimbre chargé d'égorger Marius « recula devant le forfait qu'il devait commettre ; mais vous! ...Allez, « sire, l'opprobre se mesure à l'attentat : nous sommes bien vengés. »
La résolution était trop ferme et le Calabrais tropsauvage pour qu'on pût compter sur les bienséances. Le comle Bertrand et le général Montholon cherchèrent un autre moyen de conjurer l'orage. Ils représentèrent à Napoléon que sa santé exigeait des ménagements, une pratique éclairée,et le déterminèrent à prendre un médecin consultant.il choisit le docteur Arnott que le gouverneur rendit responsable de l'existence de l'Empereur, et qui fut obligé de faire chaque jour à l'officier d'ordonnance un rapport que celui-ci était chargé de transmettre a Plantntion- House.