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n'ai point peur de cette apostasie, mais il me plaît d'acclamer une fois de plus le Dieu qui, par ses bénédictions et son esprit, a fait notre prospérité au dedans et imprimé son impulsion à notre génie d'eipaasion au dehors.
Jacques Cartier travaillait donc pour la France quand il s'en allait au loin avec le dessein de rendre les contrées qu'il découvrirait au Christ mort pour les hommes de toute langue et de toute couleur.
C'est par l'exemple qu'il émut d'abord les tribus qu'il rencontra, il leur apparut non point seulement comme le champion de la civilisation naturelle, mais comme le serviteur de Dieu, il leur donna le spectacle de la prière et de l'adoration. Dans les récits qu'il nous a laissés de ses voyagea et de ses travaux, il raconte à chaque instant que les dimanches et jours de fête tout son équipage assistaità bord ou sous les arbres au saint-sacrifice de la messe, peut-être célébré par un prêtre, peut-être récité par un matelot ; puis on chantait des psaumes, des litanies et des invocations à la Vierge devant les sauvages recueillis. Quand le scorbut vint frapper dans les rangs des rudes explorateurs, immédiatement les yeux du pilote se levèrent du côté du ciel, une procession fut organisée, un pèlerinage promis à Notre-Dame de Rocqamadour. Quand les habitants d'Hochelaga amenèrent à Jacques Cartier leurs malades pour qu'il les guérît, celui-ci ne se posa point en thaumaturge, ni en sorcier, il ne couvrit point les infirmes de rites ridicules, mais il prononça sur les douleurs l'Evangile de S'-Jean, il lut à haute voix la passion de N.-S., révélant ainsi à ces malheureux de quelle puissance est pour la vie et pour la mort le Dieu que nous adorons.
La religion catholique n'est pas faite pour les anges, elle est faite pour les hommes. Or les hommes ont besoin de signes qui servent à résumer en eux les vérités qu'il faut croire et les amours qu'il faut pratiquer. Le signe qui est l'abrégé de l'Evangile, c'est la croix. C'est - pourquoi il faut partout des croix, il en faut sur les poitrines héroïques pour les exalter, sur les poitrines fragiles pour les soutenir, il en faut dans les champs, au détour des chemins, au sommet des montagnes, au bord des abîmes de la mer et des précipices, au milieu des cités, aux faites des édifices ot des monuments, afin que partout domine l'idée de la Rédemption qui éclaire le monde et l'embrase. Cartier distribua aux sauvages des croix qu'il leur recommanda de vénérer comme des talismans précieux, puis il éleva des calvaires gigantesques destinés à publier sans cesse le mystère ineffable dont la terre a été, il y a deux mille ans, le témoin. Ces barbares adoraient des dieux méchants comme des démons, des dieux occupés de
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vengeance plus que de pardon, maudissant au lieu de bénir, livrant au supplice et au trépas au lieu de conduire à l'éternité. Quels sentiments inconnus n'éprouvèrent-ils pas en face de cette croix révélatrice d'un Etre souverain qui par amour pour nous s'est livré au tourment, et pour nous plonger dans le torrent de la vie, s'est jeté dans les bras de la mort !
Enfin, Jacques Cartier parlait. Jaloux d'initier ces générations à la connaissance détaillée de la foi, il racontait avec attendrissement riiistoire du Christ, les épisodes de l'enfance, de la vie publique, les miracles, il mettait en relief l'amour de Jésus pour les pauvres, pour les pécheurs, pour les affligés. Puis, autant que le permettait la difficulté dans la communication des langues, il représentait devant leurs yeux les scènes dramatiques de la Passion et du Golgotha, il rappelait les transes, les cris de douleur et de miséricorde qui avaient retenti à l'heure de l'agonie et du crucifiement.
Les efforts de son zèle ne furent point stériles, les lèvres malhabiles apprirent à prononcer le nom de Jésus, bientôt ce nom béni retentit dans les huttes misérables, sur les lacs, dans les forêts, dans les îles, sur le Saint-Laurent ; on se répéta de proche en proche ce qu'on avait entendu, le récit du Calvaire hanta les pensées et les souvenirs, l'image du Sauveur passa devant les âmes impressionnées, la foi se préparait un terrain et traçait ses sentiers. Un jour même, â Hochelaga, une foule supplia Cartier de lui administrer le baptême. Le capitaine refusa, sachant que non -seulement l'Eglise répudie les conversions forcées, mais encore les abjurations hâtives que n'ont pas précédées une instruction sérieuse et une réflexion suffisante. Bientôt, ici-même, le héros eut la joie de voir plonger les premiers indigènes dans les eaux de la régénération, de servir de parrain aux premiers-nés de l'Eglise canadienne. "Dans la terre qu'il avait découverte, la croix pénétrera à d'indéracinables profondeurs. Une civilisation à jamais catholique fleurira sur les rives du Saint- Laurent," En face du génie .anglo-saxon se perpétuera un progrès auquel donneront tout son éclat l'esprit d'Athènes et de Rome, la sève et la vertu du pur évangile. Des universités enseigneront la philosophie la plus raisonnable du monde et la littérature la plus brillante ; le langage et la pensée se mettront au service d'un dogme qui est jeune, car il s'harmonise avec toutes les initiatives, qui est immuable car il est éternel, au service d'une morale qui sauvegarde ensemble l'ordre, la beauté, les intérêts. Au sommet de l'Amérique du Nord, le Canada sera le témoin fidèle du vrai Christ et de la véritable Eglise. Pendant que ses voisins se pencheront vers la matière pour
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en tirer les trésors qu'elle contient, le Canada fera jaillir de l'esprit l'étincelle sacrée qui éclaire la marche du monde ; pendant que le protestantisme jettera aux quatre vents du ciel les pierres du foyer, permettant de changer d'épouse quand on change d'Etat, le Canada maintiendra avec une fermeté inflexible l'unité de l'amour, l'indissolubilité du lien conjugal, l'honneur et la aolidité de la famille ; pendant que dans la grande Démocratie le moindre hallucinft se fera suivre et acclamer comme s'il était Elle ou Isaie, le Canada ne donnera son suffrage qu'aux anciens prophètes, seuls inspirés de Dieu ; pendant que la théorie du libre examen entraînera dans une anarchie sans contrepoids tes intelligences et les âmes, te Canada, par son attachement au siège de Pierre, gardera la même foi et la même discipline. La race de nos colons envahira la puissante République, fondera partout des Catholicités qui répandront la langue des ancêtres et la religion de Rome, et ainsi la Nouvelle France jouera vis-à-vis de l'Amérique, le rôle de la vieille France vis-â-vis du monde- Les moines qui avaient pétri l'âme des Malouins trempèrent de christianisme pur ta famille canadienne ; les (ils de Saint-Ignace, de Saint-François travaillèrent avec une énergie admirable et le succès dépassa leurs espérances. Mais avant eux, le capitaine breton avait planté des croix, répandu des prières, fait connaître Jésus et germer la toi sur ces terres lointaines ; Jacques Cartier fut le premier inventeur des bords du Saint-Laurent, il en Mit aussi le premier apôtre et le premier missionnaire.
Rentré dans notre pays, le héros partagea sa vie entre la cité de Saint-Malo et le domaine de Limoilou. Il avait servi sa patrie sans s'enrichir, sans faire profiter la fortune publique à sa fortune privée, sans même sortir de sa modeste aisance.
N'ayant point d'enfant, il aimait à s'occuper de ceux des autres, il fut grand compère à vingt-sept baptêmes, il assista a plus de cinquante en qualité de témoin. En 1557, la peste éclata à Saint-Malo, Jacques Cartier se dépensa sans compter au service des malades, il mourut le 1" septembre, probablement victime de son dévouement. Ses compatriotes voulurent honorer sa mémoire, il fut inhumé sous les voûtes de cette antique cathédrale ; c'est ici que les générations bretonnes et les générations canadiennes sont venues vénérer ses cendres ; c'est ici que le Dieu du jugement et de la gloire viendra les toucher et les ranimer pour les transfigurer dans la vie éternelle
H était utile, mes Frères, à l'heure où la déroute des pensées et l'égarement des volontés jettent la France et le monde dans une crise redoutable, de faire apparaître l'héroïque physionomie de
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Jacques Cartier. Uoe doctrine infernale a osé se produire au milieu dea sociétés, doctrine qui, si elle triomphait, jetterait les peuples dans une anarchie sans remède et rendrait bientôt la vie impossible. Des sectaires, — au moyen de quelle propagande, de quels mensonges, de quelles violences I — se sont efforcés d'arracher du cœur les deux vertus qui noua conduisent & la plus haute valeur ; l'amour de Dieu et l'amour de la Patrie, Nous réagirons, Messieurs, contre le torrent de l'erreur et de l'impiété, nous graverons plus profondément que jamais dans le sol de notre âme le double sentiment qui a fait notre valeur et notre victoire dans le passé. Je suis à l'aise pour tenir ce langage au milieu de cette fête de la gloire et de la fraternité, devant cette grandiose assemblée dont j'essaierais en vain de compter les flots frémissants. Tous ont contribué â donner à cette solennité son cachet de splendeur, le curé de Saint-Malo, le Maire et la MunicipalitË ont rivalisé de zèle ; un comité intelligent et organisateur a tout ordonné et tout prévu sous la direction d'un président dont le bras est aussi actif que sa lyre est harmonieuse; la vois de notre cher et illustre barde a enthousiasmé la générosité de la Nouvelle- France, l'or du Canada s'est mêlé à l'or français ; nos députés au Parlement se sont assis aux côtés de nos officiers et de nos marins ; les canons de nos escadres ont uni leur note prolongée aux allégresses de nos cloches ; puis, sur la Hollande, en face de l'océan si beau et si tournientë, un artiste puissant a fait émerger de l'airain une statue à la flére attitude, à la poitrine dilatée, au regard plein de pensée, de mélancolie, d'espérance. Le môme souffle. Messieurs, nous a tous poussés sur ce rocher, à l'ombre de ces voûtes séculaires, le même sentiment a inspiré le prêtre et le magistrat public, le barde et l'artiste : le culte de la France et le culte du Christ. Loin de le laisser s'étioler dans nos âmes, nous l'obligerons à monter encore. A l'école de Jacques Cartier, nous apprendrons que l'on doit préférer son pays à la tranquillité de son foyer, à la sécurité de sa vie, à l'étroitesse de son bonheur ; pour le servir, nous n'hésiterons jamais à voler sur les champs de bataille, à braver les tempêtes, â marcher au premier rang, à nous exposer avec transport aux coups, aux blessures, à la mort ; vos marins continueront à sillonner les mers, à visiter le monde, à nous conquérir des sympathies, à faire connaître partout le nom et la langue de la France. A l'école de Cartier, nous saurons que la religion est la base de toutes les autres vertus, que c'est par elle que les esprits se trempent, que les courages se soutiennent et se divinisent. Nous la respecterons, nous la pratiquerons, nous souvenant que les fronts ne sont pas moins hauts parce qu'ils s'élèvent vers le ciel, que les coups de barre ne sont pas moins audacieux parce qu'ils ont été mis
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SOU3 la protection de Dieu; nous lapropagerons.coDvaincusquesans elle, non seulement la vie éternelle Dou8 échappe, mais encore que la paix, la prospérité, l'ordre du présent s'en vont en lambeaux. Suyoz-en sûrs, l'avenir n'appartient ni à l'impiété, ni à l^nteroationalisme, maia à la Toi et au patriotisme. Que toutes les énergies s'unissent donc dans un élan pour donner un nouveau prestige aux deux vertus auxquelles la Providence réserve encore de si beaux jours, que votre cité demeure à jamais l'éeole de la religion et de la vaillance, que lo spectacle de la vie de Jacques Cartier soit dans ces régions malouinea un stimulant de plus, que le cri qui a gonflé tant de voiles, embrasé tant de cœurs, suscité tant d'eiîorta et tant d'héroîsmes, ce cri banal à force d'être répi^té, redevienne notre devise : pour la France et pour Dieu, jusqu'à la mort I — Ainsi soit-il.
Et pcii(iaDtque la foule s'inclinait une dernière fois vers le chœur, que le Cardinal Archevêque venait de quitter, et ■ se dispersait, emportant dans son cœur la semence de la parole sainte et le souvenir d'une grande émotion patriotique et religieuse, les voûtes de la cathédrale retentissaient au chant du cantique :