‹ Mémorial des fêtes franco-canadiennes pour l'érection du monument de JacquesChapitre 13 sur 61 · HËHORIAL DES FÊTES FRANCO-CANADIENNES · texte numérisé non relu

HËHORIAL DES FÊTES FRANCO-CANADIENNES

tous les lieux communs, et la mâle simplicité de sa diction acceatue encore tout ce qu'il y a de juste et de sincère et de noble et de grand dans son panégyrique.

Nous sommes heureux de pouvoir l'offrir à nos lecteurs. Ceux qui ne l'ont pas entendu pourront comprendre, en lisant ces pages, sous quelle impression puissante l'orateur a laissé son auditoire et jusqu'où s'est élevée cette évocation patriotique et religieuse.

DIS0OUB8 DE H. LE OHAHOIHE JAHVIEB

* l\ exhorta les siens à tenir bon jusqu'à la mort pour le temple, la cilé, la patrie, t II. MiKhab. 1111-14.

ËmineBce, mes Frères,

Le patriotisme et la religion sont les deux seotiments qui ont imprimé les plus sublimes transports à l'activitô humaine. L'inspiration des poèmes immortels, l'audace sacrée des héros, la constance miraculeuse des martyrs sont nées de ce double amour. Aussi, partout où ces deux passions s'exaltent, on voit monter le génie, les efforts, la dignité morale ; partout où elles succombent, les énergies s'étiolent, la générosité meurt, les nations croulent dans la décadence et dans la honte.

L'âme bretonne a été saisie dans ses fibres suprêmes par la foi en Dieu et par le culte du pays. Epris d'idéal, nous heurtant sans cesse aux étroitesses des horizons de la vie, mal à l'aise dans une société pleine de rires et de scepticisme, nous nous sommes attachés par instinct et par grâce à l'autre monde, et nous y avons jeté l'ancre de notre rêve et de notre espérance avec l'intensité d'une ardeur dont la violence et la fausse sagesse n'auront Jamais raison. Enfantés et nourris dans les entrailles d'un sol dont les éléments sont plus résistants, les parfuma plus âpres, mais plus purs et plus incorruptibles aussi, nous avons aimé éperdument notre coin de terre, et en même temps cette nation â la fortune de laquelle notre cœur est rivé

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par des liens forts comme le granit qui unit notre presqu'île à son continent: la France.

; De l'amour au dévouement le passage est rapide : les fils de Bretagne ont travaillé sans compter leurs jours, sans mesurer l'effusion de leur sang à la glorification de leur Patrie et de leur Evangile; aux heures de crise, la mélancolie brûlante do nos banlas émouvait les courages, la France et le catholicisme recrutaient en notre sein des soldats qui ne les ont jamais trahis. Dans les annales générales de la Bretagne, Saint-Malo a. sans contredit, la page la plus originale et la plus illustre. La vie de votre cité est une épopée si extraordinaire qu'elle a commandé l'admiration du monde entier; vos grands hommes sont si nombreux qu'il est difficile de les compter. Evoques, moines, pii^tres, guerriers, marins, littérateurs, poètes, se pressent dans une phalange qui, de Saint-Aaron et de Saint-Malo à Duguaj--Trouin, Robert Surcouf et Chateaubriand, ont rendu témoignage au pays, à Dieu, à la liberté, fille de la France et fille de Dieu. Parmi ces noms dont vos archives et vos monuments ont gardé la mémoire en ineffaçables traits, celui de Jacques Cartier brille d'une splendeur qu'aucune ombre n'est venue ternir; sous l'intluence du patriotisme et de la foi, ce marin a accompli des prouesses d'une portée impérissable. Quand nous aurons étudié la force d'âme avec laquelle le. capitaine breton a triomphé des obstacles, vous jugerez de sa volonté de servir la France ; quan(^ nous l'aurons suivi dans ses efforts pour répandre l'Evangile, vous aurez une idée de son dévouement à la religion ; en même temps quelque chose vous aura apparu de cette grande œuvre et de cette belle vie et j'aurai contribué pour ma modeste part et de mon mieux à l'exaltation de celui que nous célébrons.

Eminence,

11 m'est doux de prendre la parole devant vous, de vous remercier publiquement d'une bienveillance dont vous m'avez tant de fois donné des preuves. Sur la mer agitée de ce siècle, vous gouvernez cette vaste barque du diocèse de Rennes avec la sagesse que Jacques Cartier mettait à diriger ses vaisseaux, et vous maintenez parmi nous l'inappréciable bien de la paix; par la vérité et la profondeur d'une bonté faite d'actes plus que de paroles, vous nous avez montré ce qu'est le pasteur évangélique, et ainsi vous avez gagné le cœur d'un peuple qui ne se donne jamais à moitié.

Qu'il me soit permis, Kminence, à l'hommage filial que je vous devais, d'en ajouter un autre et de saluer le noble ministre qui apporte à nos fêtes l'honneur et la joie de sa présence. Je voudrais qu'il fût notre intermédiaire auprès de ses compatriotes, que ma

[ËMOR[AL DES FÊTES FRAMCO-CANADIENF

à les flots, retentit en accents d'ardc I bords du Saint -Laurent, jusqu'au sein ie de notre sang et qui ne l'a jamais t

■tier naquit-il à Saint-Malo, à Saint-Seï ëme dans lequel je me garderai bien que je neveux faire tort â personne; exposerai pas aux coups d'une critique î s'égare elle-même plus souvent et its échecs. Quoiqu'il en soit, par sa fam rdi pilote est malouin ; c'est à Saint-Ms d'aller à la découverte, et le jour oui jour de naissance à l'action et à la gloi Colomb, Coctez, Almagro. Pizarre, o is à l'Espagne ; Gorte-Real et Gabot tra rr le Portugal et l'Angleterre ; Jacques < mission confiée à Verazzano par France pays extrêmes du Nord-Ouest des terrei 7iter à l'ombre de notre drapeau, des p dans le sillog de notre civilisation et d< exploitations capables d'augmenter not veaux susceptibles de nous mettre ei ipide avec la Chine dorée.

nt pas à des idées vagues, â des velléité e se perd pas dans des imaginations (loi des conceptions positives, de l'initiative iR dessina avec netteté et sa résolution r tous les obstacles.

non pas à Saint-Malo, toujours prêt à s : dans les dangers, — mais en France i

difficultés. La science borgne qui nie t( lans le cadre étroit de sa vision, l'indiff , le scepticisme dont le rôle est de dé(

la jalousie et l'ambition brûlant de.l

pas conduit elles-mêmes, les hésitation du pouvoir, en un mot, ces mille opj me un mur devant tous ceux qui tentent it entraver la mission de Jacques Cartit

POdR l'érection du MONCMENT de JACQUES CARTIER 3S

portioa gardée, elles avaient entravé l'inspiration de Christophe Colomb.

Les UDS se déclaraient hostiles aui expéditions lointaines; les autres représentaient qu'aucun intérêt n'était engagé dans la conquête de ces contrées inabordables, toujours ensevelies sous la neige, qui ne contenaient ni les tréaora des épices, ni les trésors de l'or ; ceux-ci se plaignaient qu'on songeât à dépenser dans de pareils hasards des hommes dont la France avait tant besoin pour se défendre en Europe ; ceux-là enfin rappelaient les vains essais, le découragement et la mort do Verazzano.

Le capitaine ne se déconcerta pas, il propagea son idée, il tlt appel & ses compatriotes et aux marins des côtes françaises, il mutiplia les démarches, et pour avoir le droit de recommencer ses voyages, de poursuivre ses découvertes, il fut obligé à trois ou quatre reprises d'insister avec la même persévérance, mais sa constance fut couronnée de succès. Le 31 Octobre 1533, il obtint de Philippe de Chabot. amiral de France, l'autorisation < de voyager, découvrir, conquérir à Neuve-Terre ainsi que trouver par le Nord-Ouest le passage à la Chine dorée. > Une première fois, le 20 Avril 1534, après avoir juré fidélité à Messire Charles de Mouy, vice-amiral de France, il partit à la tête de deux navires chacun de soixante tonneaux et de trente hommes. Une seconde fois, le 16 Mai 1535, jour de la Pentecôte, on vit les explorateurs, « du commandement du capitaine et du bon vouloir de tous >, se confesser, recevoir ensemble * leur créateur en l'Eglise Cathédrale de Saint-Malo ; se présenter au chœur de la dite Eglise... devant Monsieur de Saint-Malo, lequel en son estât Episcopal leur donna sa bénédiction » (1). Puis !10 hommes s'embarquèrent le mercredi suivant sur trois vaisseaux, la Grande-Hermine, la Petite- Hermine et VEmerilhn.

Enfin, le 23 Mai 1540, cinq bateaux quittèrent Saint-Malo, commandés par votre compatriote, portant des gentilshommes, des soldats, des matelots, et suivis par un vice-roi, le sire de Robertval-

Le second obstacle affronté par Cartier fut la mer. La mer n'est

point toujours celte vaste surface d'azur ou d'émeraude ai belle à contempler, c'est une puissance brutale qui réserve des surprises à ceux qui ont le plus parcouru et le plus sondé ses flots, qui se joue cruellement de ses plus passionnés amants. Sur l'océan, sans cesse la mort rôde, passe, repasse, faisant le guet sur les récifs, se déguisant sous les eaux les plus bleues, nous menaçant du sein de la

(I) Dlacotirs da voxagefait par le capitaiTie J, Cartier, page 20.

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foudre, accourant éehevel<?e. frémissante avec les montagnes d'ondes amères, nous entraînant et nous précipitant dans les abîmes entrouverts. Aujourd'hui, Dieu sait ce que le génie a tiré du fer et du feu pour dominer les tempêtes, quelle connaissance nous avons des côtes, des rochers, des chemins, des courants ! A voir nos vaisseaux grands comme des cités, protégés comme des places fortes, on dirait qu'ils sont invincibles. Illusion I la mer se rit de notre puissance, elle soulève au sommet de ses lames Ocumantes de colère, elle abime au fond du vaste tombeau qu'elle a creusé dans son propre sein les monuments de notre science. Pas une de ces vagues, déferlant sur nos grèves, qui ne se soit ruée à l'assaut de nos navires, pas un do ces flots jouant et tressaillant à nos pieds, qui n'ait servi de linceul à un de nos marins! •

A quels dangers Cartier nu s'exposait-il pas avec des nefs plus fragiles que nos moindres bateaui de Terre-Neuve ! Qu'il fallait peu de vent pour affoler ses voiles, peu de tempête pour démonter son mât, ensevelir à jamais sa flotte et sa fortune I Puis, on naviguait dans l'inconnu, sous des climats violents, au milieu de courants que personne n'avait traversés ! Plus d'une fois, la mer fut clémente ; une brise, cohiplice de leurs projets, emportait comme par enchantement et en quelques semaines les navigateurs malouins des ports bretons aux rivages du Nord-Ouest. Mais souvent aussi l'Atlantique opposa à leurs efforts des résistances irritées. Tantôt, un ouragan dispersait les voiliers, les isolant les uns des autres, sans qu'aucun pûfsavojr ce qu'étaient devenus ses compagnons, les ballottant à son gré, les condamnant à errer de l'est à l'ouest, du nord au midi, obligeant nos matelots à une lutte épuisante, pleine des angoisses de l'agonie et du trépas'; tantôt les ténèbres d'un brouillard venaient désespérer les calculs et arrêter la marche ; tantôt des glaces emprisonnaient les vaisseaux; un jour, dans le désert des océans, l'eau potable manqua et l'on fut contraint, pour les empêcher de mourir, d'abreuver les animaux avec les boissons destinées aux hommes. A ces heures de détresse tragique où la mort semblait si près, on ne vit jamais fléchir l'énergie de Jacques Cartier ; par son sang-tVoid, il garda toute son autorité sur ses hommes et je ne sache pas que ceux-ci, imitant les équipages de Christophe Colomb, se soient mutinés contre leur chef ; par son habileté, il triompha des vents et des orages. 11 visita les îles, il entra dans les baies, il étudia les caps, il passa les détroits, il sonda les abîmes, il nota les écueils et les lieux de refuge, il aborda les terres tristes, arides, pareilles à l'hérilage de Cfliî;i, comme les plaines opulentes; remarquant qu'ici on pourrait établir de riches pêcheries ; là, trouver des oiseaux, du gibier, des foururos, des arbres, des fruits; remontant le Saint-Laurent, se li-

poun l'érection dp monument de JACQCES CABT[EH 37

vrant à ces longs voyagea do reconnaissance* à ces recherches compliquées sans perdre ni un vaisseau, ni ud marin, tant il sut maîtriser avec prudence les événements et les choses, gouverner les âmes dans la sagesse et dans la bonté.

Ce que la mer, la glace, le vent, la tempête n'avaient pu faire, la ipaladie l'accomplit. Le froid cKcessif et perpétuel affaiblit d'abord les navigateurs qu'avaient déjà exténués les fatigues et les privations ; puis un mal étrange s'abattit soudain sur les équipages. Dès les premiers jours, les victimes du fléau s'ahimaient dans une prostration profonde, les jambes endaient, des taches noires couvraient toute la surface du corps, les nerfs se contractaient, les dents ébranlées finissaient par tomber, la bouche endolorie devenait fétide, s'en allait en lambeaux: c'était le scorbut. Les infortunés, en proie à d'affreuses souffrances, appelaient la mort avec impatience ; la mort parut, frappant sans pitié cette jeunesse et cette vaillance. En quelques semaines vingt-six hommes succombèrent ; le 10 Février 1536, il n'y avait plus que dix marins debout ; bientôt, il n'en resta que trois. Personne n'était "^sez fort pour creuser des tombes, on ne put qu'ensevelir les cadavres sous la neige.

Ah I je ne puis m'empêcher d'envoyer à ces flls de nos rivages un souvenir vibrant, de répandre à 400 ans de distance des larmes brûlantes sur la douleur de leurs derniersmoments. Mourir sur le champ de bataille, rapidement, d'une balle, quand les drapeaux frissonnent d'enthousiasme, quand les clairons sonnent la charge, chantent la Patrie, promettent la victoire; mourir dans la tempête, après avoir lutté avec acharnement contre la fureur des éléments, succomber après l'avoir déliée, sous la montagne des flots en rage, c'est grand, c'est glorieux, c'est facile, le trépas est environné de tout ce qui peut le rendre séduisant ; mais s'étioler lentement, sur un grabat hideux, de la fièvre, du typhus, du choléra, sans pouvoir se défendre contre les coups d'un ennemi insaisissable, c'est odieux ; la mort est environnée de tout ce qui la rend inacceptable. Marins de France et de Bretagne, victimes sacrées du patriotisme et de la colonisation lointaine, salut à vos tombeaux de neige ; plus votre agonie a été dure, plue vous nous Otes chers; nous versons sur vos âmes nos prières chrétiennes, nous ensevelissons dans une mémoire éternelle vos noms et votre intrépidité I

Il y avait de quoi perdre courage, Cartier vil le jour où tout son équipage allait périr de l'épidémie. Loin de s'abandonner, notre compatriote lutta avec une énergie qui ne se démentit pas. D'abord, par sa force morale, il échappa lui-même au mal, et pendant toute

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la durée Je l'épreuve, il flt face, debout, au dâsospoir de la situation. 11 importait, avant tout, de cacher aux indigènes de Stadaconé l'état lamentable de la mission ; par des manœuvres bruyantes commandées aux quelques hommes dont il disposait encore, le capitaine donna le change aux sauvages, et jusqu'à la flu, leur dissimula le drame qui se passait à bord. Puis il soigna les malades, remonta les volontés défaillantes, prépara les agonisants à la mort, enterra les cadavres. Pour arrêter le fléau, il l'étudia de son mieux, alla jusqu'à faire l'autopsie du jeune Rougemont d'Amboise, une des premières victimes, se rendit compte de l'effet du scorbut sur le cœur, sur le sang, sur le foie, sur les entrailles, et, à bout de ressources, finit par surprendre, sans trahir sa propre angoisse, le secret des remèdes au moyen desquels les indigènes se guérissaient eux-mêmes. En un instant, l'arbre précieux fut dépouillé de ses feuilles, des infusions administrées aux mourants, des compresses appliquées aux membres flétris ; la vie et l'espérance commencèrent à renaître, les couleurs reparurent; Jacques Cartier avait sauvé son équipage du fléau comme il l'avait sauvé des tempêtes.

J'ai prononcé le nom des Indigènes qni habitaient ces contrées. Ces peuples n'étaient point sans intelligence, mais ils offraient un mélange inouï des qualités que Dieu a déposées au commencement dans la nature humaine et des vices que la barbarie développe à un si haut degré. D'une naiveté, à certains égards, enfantine, ils passaient de la plus grande IVanchise aux procédés les plus retors de la fourberie ; aux renseignements exacts, ils ajoutaient les conseils d'une perfidie consommée ; doux par tempérament, ils se livraient aux représailles d'une cruauté féroce; d'une mobilité incapable de se fixer, ils alternaient sans cesse entre les témoignages de l'amitié et les manifestations d'une hostilité subite autant qu'inexplicable. A peine avaient-ils prodigué au capitaine leurs hommages et leurs présents qu'ils appelaient les tribus voisines, ourdissaient des complots, poussaient le cri de guerre. Au moment où l'on se croyait le plus en sOreté, tout à coup des liurlements farouches se faisaient entendre, des légions armées de flèches apparaissaient sur le rivage, des multitudes de pirogues couvraient les environs des navires et menaçaient les étrangers.

Jacques Cartier inaugura vis-â-vis de ces nations primitives le système d'humanité qui devait faire l'honneur de la colonisation française. Jamais il ne les traita comme des races d'une espèce inférieure qu'on peut sans scrupule dépouiller de leurs droits, de leurs biens, de leur liberté, qu'on est autorisé à chasser de leur pays, à

POUR L'ÉRECnON DU HONIIHE^fT DE JACQUES CAHTIER 39

courber sous un joug écrasant, à persécuter sans pitié, à tuer sans remords. Le pilote de Saint-Malo oe fut ni un messager d'esclavage, ni un messager de mort, mais au contraire, héraut de la lumière, c|e la civilisalion, de la charité, il mit tous ses efforts à faire luire sur ces côtes farouches et perdues dans les ténèbres, l'aurore de la vérité et de la paix. Il se plut & discerner les ressources cachées de ces âmes sans culture, à deviner le parti qu'on en pouvait tirer, à éveiller en elles des idées, à adoucir leurs mœurs. Plus tard, des geas sans aveu armeront les Algonquins contre les Iroquoia, changeront en luttes sanglantes les efforts de colonisation. Jacques Cartier ne connut point ces criminels procédés ; sa venue au milieu des fleuves, des forêts, des pauvres hameaux fut l'apparition d'une puissance bienfaisante et d'une affectueuse compassion. Sans doute, il dut se mettre en garde pour ne point tomber Vans des pièges, employer la peur pour échapper aux dangers, bâtir des forts pour protéger son personnel contre les attentats, mais il s'évertua à gagner par la bonté ceux qu'il était décidé à ne point subjuguer par la violence. Il sourit de leurs appareils de sorcellerie, il ne s'en irrita pas, il démasqua leurs complots, il n'en tira point vengeance; à la prudence qui veille, il sut allier la confiance qui gagne ; A la générosité qui donne, la dignité qui en impose. Autant que possible, il s'assura leurs sympathies, au point que les tribus voulaient le retenir au moment de ses départs, les chefs lui conflaient leurs flls. les malades s'adressaient â lui comme à un miraculeux guérisseur, et aux applaudissements de tous, les vieillards déposèrent sur sa tête l'esurgui qui était l'ornement le plus précieux du pouvoir.

Quand il partit pour regagner définitivement la Bretagne, non seulement Jacques Cartier avait découvert des mondes inconnus, tracé les chemins à ses successeurs, exploré les littoraux du Labrador et de Terre-Neuve, mais les baies; les caps, les détroits, les îles, les rivières po talent des noms de France ; sur les bords du Saint- Laurent on acclamait notre roi, le grand navigateur avait fait aimer une nation que Dieu a faite pour porter aux confins du monde le bien et la prospérité.

Plus tard, notre race émigrera jusqu'en ces pays perdus, on verra s'élever des cités opulentes, Québec et Montréal rivaliseront avec les centres les plus civilisés de l'Europe, notre sang se perpétuera avec une fécondité et une rapidité Inouïes, notre langue et nos traditions se propageront jusqu'au sein des Etats-Unis, une vertueuse population sortira de nos efforts et de nos travaux. C'est Champlain qui aura l'honneur de cette première organisation, mais celui qui avant tous a touché et charmé ces rivages, le créateur de la Nouvelle- France, c'est Jacques Cartier,

Jacques Cartier ne rêvait pas seulement de conquérir des territoires  la Fraoce, une autre ambition hantait son esprit : il youlait donner â l'Eglise de nouveaux fldéles, porter à des âmes ensevelies dans l'erreur l'Evangile de la vérité. Sa lettre à François I" est pleine de ce désir, elle s'arrôte longuement à la nécessité dans laquelle nous sommes de répandre jusqu'aux extrémités de la terre la nouvelle du salut, au miséricordieux dessein qu'a Dieu de faire luire à la fois le soleil de son ciel et la splendeur de son verbe sur tous les hommes, au devoir qui incombe au roi de France de rivaliser de zèle avec le roi d'Espagne, d'opposer l'apostolat catholique à la propagation luthérienne. En agissant ainsi, le capitaine servait encore son pays, car les jouPs où nos lèvres ont été plus éloquentes, où notre patriotisme a eu de plus héroïque? coups d'aile, où notre générosité a créé des œuvres plus bienfaisantes, ont été inspirés par la contemplation et l'amour de Celui qui concentre en sa personne toutes les perfections de l'homme et toutes les perfections de Dieu : Jésus-Christ. Si notre drapeau s'est fait honorer d'un bout à l'autre de l'univers, c'est qu'il enveloppait la croix, c'est qu'il enveloppait dans ses plis l'incomparable civilisation catholique ; si les peuples se sont attachés à nous par les liens d'une affection unique dans l'histoire des siècles, c'est qu'après leur avoir montré les chemins de la France, nous leur apprenions les voies du ciel et de l'immortalité. Dans cette union, dans cette pénétration réciproque de notre âme et de notre toi, est tout le secret de notre puissance. A partir de l'heure où nous aurions apostasie par un acte définitif, nous aurions perdu avec noti'o faculté de vivre, notre faculté de conquérir, car nous aurions perdu l'âme de notre nation ; la religion catholique.

La science, le pouvoir, le culte emphatique de l'humanité eussent arrêté Cartier comme ils avaient arrêté Christophe Colomb ; c'est le souffle de la foi qui enfla leurs voiles et les lança sur les chemins des flots. Si je parle ainsi, ce n'est pas que je craigne cette apostasie. je sais trop l'histoire de mon pays, j'ai trop souvent senti son cœur, le Christ nous a trop aimés, son sang s'est trop mêlé au nôtre. Malheur et anathéme à quiconque tentera de rompre les fiançailles contractées dans l'adoration, perpétuées dans les luttes, dans les triomphes, dans la vie, dans la gloire, entre notre race et la Divinité. Ennemi de sa patrie, il verra se retourner contre lui les énergies saines et irritées qui fermentent en notre sein, crouler à jamais dans la banqueroute et dans la bonté les théories et les œuvres de mal édifiées par sa folie, et sur les décombres s'embrasser dans une étreinte plus brûlante que jamais la croix et le drapeau. Non, je

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