DISCOURS DE H. RENÉ BRIOE
Mesdames, Messieurs, En m'offrant ia prûsidence de cette cénimonie, MM. les membres u Comité Jacques Cartier ont voulu associer plus étroitement à leur iuvre le Conseil Général d'IUe-et- Vilaine, nous leur en adressons )us DOS remerciements.
Il y a deux ans à peine, en donnant place sur un de ses quais à une :atue de Surcouf, la ville de Saint-Malo honorait, dans la personne 'un de ses illustres enfants, l'intrépidité et l'audace de l'homme de uerro.
Aujourd'hui, c'est le navigateur habile et tenace qu'attire l'injnnu, le vaillant qui rêve de planter sur les terres ignorées, dont !S travaux et son génie lui ont révélé l'existence, le drapeau de sa atrie que nous venons célébrer avec elle.
Nouveau Christophe Colomb, moins d'un demi siècle après la déluverte de l'Amérique méridionale, Jacques Cartier découvrait le anada, en prenait possession au nom de François l"'" et lui donnait ! nom do Nouvelle-France.
Admirable colonisateur, ne parlant que de paix à des populations imables et douces, bien accueilli partout, il ouvrait la voie à toute ;tte jeunesse française qui devait bientôt s'élancer dans ces con- 'ées nouvelles et y fonder les premiers édifices des deux grandes illes qui s'appellent Montréal et Québec Jusqu'au traité de 1763, le anada noua a appartenu. Et la France, Messieurs, notre esprit, 3tre nom, notre race l'ont pénétré à ce point, qu'après des siècles, y demeure, par centaines de mille, des liommes qui se glorifient ! leur origine française, qui parlent notre langue, qui ont conservé
POUR l'Érection du monument de jacques cartier SI
la religion et les mœurs que noua leur avons transmises, qui nous demeurent unis par des liens d'une tendre affection.
Cependant à Saint-Malo, seuls, le nom d'une rue et dans un musée de la ville, les débris de la « Petite Hermine », de ce navire témoin des peines, des douleurs, des enthousiasmes et des joies de Jacques Cartier, rappelaient son existence, lorsqu'en 1898, un comité s'est forme pour lui rendre un tardif et nécessaire hommage. Ce comité avait à sa tête un de nos poètes les plus délicats et les plus aimés ; un rennais, l'auteur applaudi des « Stances à Corneille u et du « Rire de Molière », celui-là même qui dans * la Mort de Brizeux », a chanté si délicieusement la Bretagne...
... Avec ses fleurs, ses arbres.
Avec ses granits bleus polis comme des marbres, Ses plaines, ses rochers, ses étangs, ses taillis.
Son ciel est doux, son sol est fort, sa mer est belle. Et puis c'est la Bretagne, et puis c'est mon pays.
En même temps il s'est trouvé un barde breton, qui, avec sa « Douce 1 si courageuse et si cliarmante, alla vers nos frères d'outremer évoquer près d'eux le souvenir de Cartier et qui, chantant ses chansons de Bretagne et « les Gas de Saint-Malo », toujours matelots et la ■ Basse Bretonne • avec ses coiffes mignonnes et ses devantiers à jour, et les * Sabots de Jésus « les petits sabots de Mne. et « la Patrie •< puis, tendant son escarcelle, en a reçu les premières sommes destinées à perpétuer la mémoire de notre compatriote, du ffts glorieux. Monsieur le Maire de Saint-Malo. de votre ville, de cette cité féconde qui enfanta plus de grands hommes que, dans son étroite enceinte, elle n'aurait de place pour leur (élever à tous des monuments dignes d'elle.
Puis le comité de toutes parts a sollicité des souscriptions. La ville de Saint-Malo et le département d'Ille-et- Vilaine ont tenu à honneur de lui apporter leur concours et voici qu'enfin, grâce à son dévouement et à ses efforts, la statue de Jacques Cartier, du haut des remparts de la ville d'où il est parti pour ses premiers voyages, domine la mer.
Au nom du Conseil Général, je salue les représentants de cette fête de la marine et de l'armée, écoles toutes les deux d'abnégation, de patriotisme et de dévouement, gardiennes de notre territoire, de notre honneur et de nos lois.
Au nom du département d'IUe-et-Vilaine, je souhaite la bienvenue au jeune et distingué homme d'Etat et aux délégués Canadiens qui ont tenu à venir glorifier avec nous la mémoire de Jacques Cartier,
Notre histoire. Monsieur le Ministre, s'est trouvée en divers temps si profondément, si intimement liée à la vCtre qu'il nous serait impossible de ne pas avoir une même manière de seutir et d'aimer.
Fils de communs ancêtres, ni le temps, ni la distance n'ont pu
. nous faire oublier cette même oriinne. Vous êtes restes pour dous
comme des Français que seul l'ëloignement sépare de la mëre-pàtrio
et nous savons quelle place, avec votre îimour pour le Canada et
votre loyalisme pour l'Angleterre, vous noua réservez dans vos cœurs.
Lorsque vos poètes disent comme Louis Fréchette dans un de ses plus charmants sonnets :
Chez nous, un sentiment qui ne saurait périr, C'est l'amour du vieuï sol qu'à bénir on s'obstine. Du vieux Bol poétique où chanta Lamartine, Sol maternel pour qui noua voudrions mourir.
Ou comme William Cliapman dans les Aspiralions : Et nous l'aimons toujours, parce que c'est la France, Parce que notre sang dans ses veines coulait. Et parce que son sein nous a versé son lait.
La France 1 c'est pour nous la mamelle féconde Où, dans sa soif sans fln, boit la lèvre du monde, L'œil qui dans les brouillards du temps voit tout venir.
Le bras qui guide au port la nef de l'avenir.
Le doigt qui fait tourner les feuillets du grand livre
Où, cherchant l'idéal, l'Esprit humain s'enivre-
Nous sommes saisis d'une douce et violente émotion et notre Académie française, bien que des français seuls puissent concourir pour les prix Montyon, décerne uiprixMontyonàFréchetteetàCliapman.
J'ai entendu Sir Wilfrid Laurier parler chez nous de votre pays et du nôtre avec cet abandon, cette éloquence simple et forte, ce tour heurcuï d'expression que nul ne pourrait oublier. Je l'entends encore nous racontant les charmes de votre terre hospitalière, votre terre faite de contrastes. ■ Le pays des rigoureux hivers et des étés pleins de soleil, le pays des grandes forêts et des plaines fertiles, le pays de l'ordre, de la liberté, des fiertés nationales et de la prospérité de toutes les races.
« Je me souviens qu'un jour, à Montréal, à la fln du mois de décembre 1870, à l'inauguration d'un cercle d'ouvriers, un des orateurs s'écriait au milieu des acclamations de la foule : ■ Et si quel-
POUR L'ËRECnON DU MONUMENT DE JACQUES CARTIER 59
qu'un veut savoir à quel point nous sommas français, je lui dirai : « Allez Jana les villes, dans les campagnes ; adressez-vous au plus humble d'entre nous et racontez-lui les péripéties de cette lutte gigantesque qui fiie l'attention du monde; annoncez-lui que la France a ôté vaincuel puismettez la main sur sa poitrine et ditesmoi ce qui peut faire battre son cœur aussi fort, si ce n'est l'amour de la patrie ! »
Qu'ajouterai s- je, messieurs 1 Comment ne pas aimer ceux qui vous aiment ainsi I
En votre nom â tous, j'envoie par delà l'Atlantique, â nos frères du Canada, notre Maternel salut!
Ce discours, d'un tour si élégant, où brille toute la bonne grâce de l'aimable orateur et où son patriotisme vaillant et enthousiaste s'est heureusement exprimé, plusieurs fois interrompu par les bravos, s'achève dans une acclamation unanime.
Le Président du Comité prend la parole ea ces termes ;