DISCOURS DE H. LOUIS TIERCELIN
Monsieur l'Amiral, Monsieur le Ministre, Monsieur le Maire, Messieurs,
A Barcelone, se dresse le monument de Christophe Colomt ; à Gênes, est èrigâe sa statue ; ses deui patries, celle de sa naissance et celle do sa gloire, ont voulu honorer le grand navigateur, à qui le Vieux Monde doit d'avoir connu toute une autre moitié du globe terrestre.
Nous n'avons pas ici l'azur de cette Mediterrani^e, où scintillent les deux grandes villes maritimes, et nous n'avons pas eu Colomb, mais, sur la côte d'Emeraude, à Saint-Malo, nous avons eu Jacques Cartier.
Et si c'est une date mondiale, ce 10 octobre 1492, quand un 111s de notre Europe posait le pied sur une des îles de l'hémispbère atlantique, et une date espagnole, le 15 mars 1493. lorsque la Nina rentrait au port de Palos, apportant la certitude d'un Nouveau Monde, c'est une date malouine, le 5 septembre 1534.
Hors des murs de cette ville, vos ancêtres, Messieurs, couraient au-devant de celui qui avait vu les côtes du Labrador et les rivages
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n<:(jis [" pourtant 3e -e Tianaa la* ii"»* ie lai, i-jimne avaieiit miir CjUimii. le r^ii Feriinaaii ■?[ .a T^iae Isaôeûe. rai je levè- 1 son amvee. On ae lui lonaa pas, -.omme .1 .IjLopib, un rie ces as, aarciiarsés à la muae l'Espaï:!»'. m 1 j avait tant de 3 : un ciiâteau, an Ijua, me .■■jurtuiie, ies ancres, ta mer le, la terre des Iniies, des ;ii*s- {ue «iis-;e eucure ^ li a'obtint lëme ces armes srQii)i)iii[iies ^i bien ^^ees: ane nef d"c>r sur ler de sinople.
Dêcouvrear dii Canada ne ftit li amiriL ai v^.i.-e-pju ni g-iaTer-
dea terres it couvertes. K-a le titrait wjiement capitaine-
al et maître- pilote du r-ii. L'u moias. «? c!>^a-î-il, lui-mt^oie sa
?urie de Limoilou en Parame. et peut-être prit-il da vagues
I partantes.
iaas doute ses compatriotes le tr-juvaieot assez noble ainsi,
a'ils reo lie rc baient si sjuveat pour tetirs nouveau-nés t'iionaeur
1 parraina^re et. dans leurs procès, l'un partialité de son témoi-
■ juré.
s, si la reconnaissance rovale ne viat pas l'arracher à sa retraite,
cette bonne fortune d'écliapper à ta persécution, qui fit trop
■es et si tristes les dernières années Ju Découvreur de l'Ame-
Après que Jacques Cartier eut renoncé à ses voyantes, on ne ï plus son nom que dans queliues actes Je la vie civile. connaît la date de sa mort, mais le lieu précis de cette mort noré, comme le lieu de sa naissance.
rtanl, qaelles que soient les revendications concurrentes, et
en les acceptant, Jacques Cartier demeure un tils de ce pays. -Malo est sa vraie patrie, d'abord parce quelle est la ville la robable de sa naissance et de sa mort, et aussi parce que c'est tre rocher qu'il partit vers sa grande aventure et que c'est lotre port qu'il revint pour une impérissable gloire. it-Malo est sa patrie dëdoitive. parce que nous y Olevons sa
Heurs, c'est le long de ces grèves, de Cancale au joli Heuve nce, qu'il promena ses premières rêveries, avant- courrières
- POUR L'ÉRECTiOM DU MONUMENT DE JACQUES CARTIER 61
des belles entreprises. Ici que, tout jeane, il a'embarqua pourTerre- Neuve, pour le Brésil peut-être, en cet appi^en tissage de la vie de marin, tel que tous le faites encore et qui semble votre « Jeu pour la Patrie, u
C'est ici qu'il apprit à aimer la mer, la mer qui est votre point de départ naturel vers les exptMitions merveilleuses et sur laquelle d'autres Malouins ont au, comme lui, tracer un sillage inelTaçable.
Je le vois debout sur ce rocher, accoudé sur ce rempart, rêvant.
Quels rêves. Messieurs, que ceux d'un tel homme, dans ces premières années du seizième siècle, et de quels frissons devait être , secouée sa jeunesse.
La conquête de l'Italie avait ouvert un idéal d'élégance et do grâce; l'imprimerie avait libéré la pensée; Colomb avait agrandi la terre ; Copernic ouvrait le ciel. On entendait de tous côtés craquer les limites trop étroites et tomber les bornes tatales. Un grand espoir' brillait sur le monde et c'était bien la Renaissance !
Cartier savait les noms des Colomb, des Cabot, des Vespuce, des Cortez, des Magellan, des Verazzano, ces découvreurs de terres, et le jeune Malouin songeait à des pays inconnus qu'un Jour, il irait conquérir pour la France !
Ce jour vint et les syllabes françaises tombèrent sur ces bords sauvages pour y germer plus tard et fleurir en ce parler francocanadien, qui a maintenant ses fiers écrivains, ses nobles orateurs et ses bons poètes.
Et si, par une désolante ingratitude envers l'œuvre de Jacques Cartier, comme envers la fidélité canadienne, un de nos rois crut pouvoir abandonner l'héritage de François Premier, les Français de Là Bas se sont entêtés dans l'amour de leur première patrie, malgré Choiseul et malgré tout. A côté de ces forces et de ces fiertés qui leur sont propres, sous ce Dominion qu'ils entourent d'un respect loyaliste, ils ont voulu sauver, dans la tendresse de leur cœur, toutes les reliques françaises de leur passé. Aussi Jacques Cartier est-il une de leurs gloires les plus chères et les plus fêtées.
En 1835, le t4 septembre, trois siècles jour pour jour, depuis le débarquement, ils élevaient à Québec le premier monument de leur fidélité â cette grande mémoire.
En 1843, ils arrachaient au lit de vase où ils étaient enfouis, les débris de la Petite Hermine et les partageaient fraternellement avec Saint-Malo.
Le 23 septembre 1885, ils solennisaient le septième cinquantenaire de l'arrivée de Cartier.
En 1889, au confluent des rivières Saint-Charles et Lairet, à la place même où le Découvreur séjourna pendant l'hiver de 15^-1536,
ils ont élevé ud cippo, illnstrô d'ioscilptioDS commémoratives et dressé uoe croix monumentale.
En 1901, à Québec, encore, à Québec, ce cœur du Canada ni-ançais, dont je sentais les pulsations dans la belle lettre du Maire de cette ville, que je lisaia hier â notre Comité, à Québec, ila donnaient à une nouvelle paroisse ce joli nom : Notre-Dame de Jacques Cartier.
Cependant Saint-Malo, dès (839, imposait à une place et à une rue le nom de son enfant illustre. Son portrait prenait rang dans la salle de nos grands hommes.
11 fallait davantage à Jacques Cartier et à sa patrie. Nous lui devions une statue. Nous voulions que son pays natal s'bonorât par une juste commémoration et s'y associât tout entier.
Et nous voulions les Canadiens-français présents à cette fête, témoins et participants de cet hommage et de ce souvenir, puisque 'notre part d'une dette commune, vieille bientôt de quatre siècles, nous la payons aujourd'hui.
Ce nous est une grande joie !
Un statuaire ëminent a pris, dans nos archives et dans nos cœurs, tout ce qui survivait du grand navigateur, pour donner â sa figure .la beauté de l'œuvre d'art dans la pérennité du bronze. Par lui, l'homme de rêve et l'homme d'action, les yeux pleins de sa pensée anxieuse, le bras tendu dans son effort suprême, -iacques Cartier est debout, magnifiquement, au bord de cette mer qu'il lit sienne, en lui arrachant ses secrets ; désormais plus vivant, sur ces remparts, où il doit demeurer comme un parfait exemplaire des marins d'autrefois, l'orgueil et le modèle de ses compatriotes, aujourd'hui.
Aussi, après avoir loué l'artiste qui a su réaliser notre espérance, et la dépasser, je dois, au nom du Comité, dont j'ai le grand honneur d'être le préaident, eiprimer toute notre reconnaissance à ceux dont le concours nous a permis d'élever cette statue.
Aux Canadiens d'abord, dont les apports généreux ont enrichi notre souscription ; dont la contribution royale nous a permis de croire en notre œuvre, au moment où nous doutions du succès peutêtre. Aux remerciements sincères que nous leur adressons, il n'est que juste d'associer celui qui fut, entre eux et nous, le plus chaleureux interprète et le plus désintéressé des intermédiaires, Théodore Botrel, que nous leur envoyions comme un messager de patriotisme et de poésie et qui nous revint, les mains pleines de leurs dons magnifiques, le front couronné de leurs feuilles d'érable.
11 faut remercier aussi nos souscripteurs français, ceux de Saint- Malo et ceux d'ailleurs : le Conseil général d'Ilie-et- Vilaine, plusieurs Conseils municipaux de l'arrondissement, le Ministère des Beaux- Arts ; par dessus tous et plus spécialement, le Conseil municipal de
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Saint-Malo, sans lequel nous ne pouvions rieD et par qui nous avons pu faire notre œuvre; la Socii^tcï Historique et Arcliéologique de Saiut-Malo qui, demain, â Paramé, dira le deruiep mot de ces fêtes par la pose d'une plaque commémora tive sur le manoir des Portes- Cartier et par le discours de son Cminent Président ; tous nos compatriotes et nos amis du dehors qui, pi généreusement, nous ont aidés dans notre entreprise.
A M. le Maire de Saint-Malo nous devons plus que nous ne pouvons le dire. Soi) nom est inscrit sur te socle de la statue et c'est un hommage de reconnaissance au concours incessant et à l'appui vainqueur qu'il nous a prodigués.
Nous devons remercier encore tous ceux dont la présence contribue à l'éclat de «es tïites auxquelles le Gouvernement, et nous en sommes profondément reconnaissants, a voulu s'associer par l'envoi dans les eaux de Saint-Malo d'une division de noire escadre du Nord. Nous sommes heureux et fters de voir, nombreux ici, des représentants de cette armi^e et de cette marine qui portent notre pavillon si loin et si haut. Nous remercions M. le Président du Conseil général qui a bien voulu accepter la présidence de ces fêtes et qui, comme me l'écrivait un académicien illustre (1), était bien choisi pour saluer • l'image de Cartier avec toute la chaleur de son cœur et l'élévation de son esprit », un esprit et un cœur que, plus que tous autres, ses compatriotes d'Ille-et-Vilaine ont pu apprécier et qu'ils savent aimer.
Merci à nos présidents d'honneur, M. le Sénateur Garreau et MM, les Députés de Saint-Malo, si dévoués toujours et qui, pour nous, le furent plus que jamais.
Merci à ces Canadiens éminents qui ont accepté de venir à cette fête, à M. le Ministre des terres, mines et pêcheries de la province de Québec, qui va vous faire entendre la voix chère du Canada, rythmée à l'envol de son âme française ; à M. le Commissaire général du Canada à Paris, qui m'a permis de m'appuyer souvent sur son expérience et sa bonne grâce ; aux membres de cette grande famille Cartier, dont sir Georges, premier ministre du Canada, a su raviver l'illustration encore ; aux représentants des villes de cette Puissance qui nous aime et que nous aimons, à tous ceux qui nous appelaient des cousins et que nous voulons nommer des frères.
Merci à nos orateurs, à nos poètes, à nos artistes, à cette foule, dont les flots viennent battre respectueusement le navire de bronze qui porte Cartier et sa gloire.
Grâce à tous ces concours, dans la sympathie de ces présences,
(1) Le vicomte E.-M. de VogQé.
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avec le regret de quelques absences dont l'une, celle de notre premier secrétaire, encore convalescent d'une longue maladie, nous est particulière ment pénible, nous avons la fierté d'avoir élevC, sur le bastion de la Hollande, une œuvre d'art, un témoignage de reconnaissance, un monument d'immortalité.
Au nom du Comité, j'ai l'honneur de i-emettre cette statue à la Ville de Saint-Malo ; je la confie à sa garde et je roAte au culte de tous ceux qui seront flers de saluer, en elle, un Découvreur audacieux, un Conquérant pacifique, un vrai Français, un bon Breton, un fVanc Malouin, Jacques Cartier.
C'est au tour do Brémont maiulenant. qui a bien voulu accepter si gracieusement de nous prêter l'appui de son grand talent et de son impeccable diction. Il a dit comme i( sait dire, avec une perfection que nul ne peut égaler, les belles strophes de W. Chapman, que les Canadiens appellent leur poète lauréat (1). Ce vibrant poème, écrit à ma demande, a vivement impressionné l'auditoire par sa radieuse envolée et sa cordialité si cliaude. Bien des assistants ont cru entendre l'auteur lui-môme. Pourquoi faut-il que l'auteur n'ait pu entendre les bravos qui ont salué son œuvre ? Qu'il sache du moins qu'il a été niorveiUoii sèment interprété et merveilleusement compris.