LA LIGNE DE COMMUNICATION PROJETÉE
Après avoir cherché à faire voir qu’elles sont les prétentions et les vœux des habitants
de la Rivière Rouge; après avoir démontré la nécessité politique qu'il y a de prendre aussitôt que possible les mesures les plus propres à ouvrir une ligne de communication facile entre cet Etablissement isolé et le Canada, et var ce moyen contrecarrer la tendance inévitablement produite par l'obligation de redevoir à un pays étringer les seules relations commerciales qu'iis possèdent ; et après avoir prouvé par les autorités les plus respectables qu'il y a une immense région de l'Amérique Britannique centrale qui ne saurait être plus propre à la colonisation où serait confectionné le grand chemin na‘ional du Canada à la Colombie Anglaise, il nous reste maintenant à considérer l’entreprise au point de vue du rénie civil.
k Dans un autre écrit l’auteur a fait allusion à la constrnction d’une ligne continue de chemin{de fer partant du Canada ct allant à l'Océan Pacifique sur le territoire anglais. Les différents projets antérieurement mis à l'étude pour ouvrir une grande route entre les deux océans y sont brièvement passés en revue, et malgré les proportions gigantesques d’un pareil chemin de fer, et l’impossibilité de le construire sans délai, une entreprise de cetie nature est considérée comme le seul moyen possible d'ouvrir une ligne de communication à travers le continent. L’on prétend que bicu qne le chemin de fer doive être considéré à proprement parler comme une chose de l'avenir, il serait bon de regarder cette entreprise comme l’objet final que l’on aurait en vue dans toute tentative actuelle d'établir la contrée, et que l'œuvre de relier, par une ligne de communication, Ja vaste région actuellement ivculte dans l’intérieur, progresserait de manière à ce qu’à mesure que les chemins s’umélioreraient, en harmonie avec la colonisation et le développement graduel du trafic, l'on pourrait y établir une grande ligne continue de chemin de fer d’un océan à l’autre.
L’auteur n’a pas eu de raison de modifier les opinions qu’il entretenait autrefo's au sujet des meilleurs moyens à employer pour coloniser la contrée ; d’un autre côté, le système de voirie propre aux nouveaux territoires et qui a déjà été developpé, a été si bien accueilli par la presse, et approuvé par les principaux citoyens de la province, qu’il croit plus fermement que jamais que c’est un système très acceptable. Bieu plus, l’on ne saurait se cacher le fait que les mémorialistes de la Kivière Rouge ont virtuellement accordé leur préférence au système en question en choisissant l’avocat de ce système comme leur député chargé de faire voir au gouvernement l'importance et la nécessité d'ouvrir des lignes de communication par toute la contrée.
Ces observations semblent nécessitées par le cachet de nouveauté attaché au système des communications territoriales ” dont nous naus occupons ici, et qui constitue une objection puissante à tout projet auquel viernent se lier des intérêts aussi considérables. Le système actuellemeat soumis au gouvernement n’a pas encore été mis en œuvre, c’est là la grande raison pour laquelle son avocat doit chercher à en démontrer toute la valeur. Ce plaidoyer est corroboré par le témoignage des autorités possédant la vlus haute confiance. *
Dans l’article annexé à cet écrit, traitant d’un système de communications territoriales en rapport avec la colonisation et l'établissement du centre de l’Amérique Britannique du Nord, il est dit qu’une grande ligne de chemin de fer traversant le continent par le territoire britannique devrait être immédiatement commencée en traçant la “ ligno des communications territoriales,” ainsi appelée pour la distinguer des autres. L’on se propose d'ouvrir sur cette ligne, qui de fait serait la plus favorable à la construction d’un chemin de fer partant du Canada, longeant la région fertile et aboutissant à la Colombie Anglaise, une large route à travers les bois, d’y placer le télégraphe tout le long et d’y construire les ponts et les autres travaux propres à en faire une route postale. L
L/on ne prétend pas que les travaux préparatoires se feront sans difficultés, et c'est réellement une grave erreur de tenter de cacher celles qui sont connues, ou de fermer les yeux sur celles que l’on peut raisonnablement anticiper. Nous savons qu’i! sc présente des obstacles formidables à l’ouest de la région de la Saskatchewan, ainsi qu’à l’est de la vallée du Lac Winnipeg, tandis que plus de la moitié de la longucur de la route qui traversera en toute probabilité cette dernière partie de la contrée, c'est-à-dire celle située entre le Lac
* Voir appendice.
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Nipissing et le Fort William, cst aussi peu connue que les coins les plus reculés de la Terre de Rupert. Même sur cette pue étendue de prairies unies de l’intérieur, bien ue l'établissement d’une route postale pourrait se faire bien facilement dans toutes les irections voulues, la construction d’un chemin de fer entraînerait la confection d’un grand nombre de ponts sur les ruisseaux et les vallées inégales ; il faudra donc exercer un grand discernement dans le tracé d’une ligne par cette région aussi bien que par les régions boisées de la contrée.
Du Lac Supérieur à la Rivière Rouge, la partie de la route qui se trouve entre les eaux navigables dn Lac Supérieur et l'Etablissement de la Rivière Rouge, est celle qui commande la plus grande attention. L'établissement d’une ligne de communication facile dans ceite direction sera salué avec acclamation par les mémorialistes, leur ouvrant tout auseiiôt un débouché vers ces vastes étendues de terre arable qui, sans moyens d’y arriver, sont condamnées à toujours rester incultes.
L’apparence physique de la contrée entre le Lac Supérieur et la Rivière Rouge, est ainsi décrite par M. Daw:cn :
‘“ Elie est généralement onduleuse, accidentée et coupée de rivières aux courants rapides ct par de grands lacs. Les montagnes, cependant, à l’exception de celles qui se trouvent sur les bords du Lac Supérieur, ne sont pus bien hautes, et l’on y voit plusieurs belles vallées d’alluvion, dont la plus considérable est celle de la Rivière-la-Pluie, dont il a été très souvent question dans les rapports précédents. Les lacs et les rivières sont navigables sur de grandes distances, dont la plus longue est de 158 milles, s'étendant depuis le Fort Francis jusqu’à l'extrémité Ouest du Lac Plat. D'épaisses forêts couvrent toute la région et l’on y trouve cu divers endroits et en grande quantité des bois de la meilleure espèce. Il se trouve aussi de l’orme sur la Rivière-la-Pluie et du pin blanc de belle grosseur et de bonne qualité en abondance sur les bords des rivières qui descendent la pente rapide de la côte Kst pour se jeter dans le Lac Supérieur ; mais il est encore plus abondant sur lu côte Ouest, le long des rivières qui se dirigent vers le Lac-la-Pluie. Sur les rivières Sageinaga, Seine et Maligne, il y a de vastes forêts de pin rouge et de pin blanc. 1l se trouve aussi çà et là du pin blanc dans la belle vallée de la Rivière-la-Pluieet sur les îles du Lac des Bois; mais en gagnant à l’ouest, il devient de »lus en plus rare, et arrivé près du Lac Wionipeg, il ne s’en voit plus du tout.
“ Si l’on met les forêts de pin du voisinage du Lac-la: Pluie en regard avec les fertiles régions qui s’étendent à l’ouest de la Rivière Rouge, —où il n’y a que peu de bois propre aux objets domestiques, —et si on les envisage sous le rapport de ce que peuvent devenir plus tard les besoins de cette immense contrée, clles prennent alors une importance qu'il ne faut pas se dissimuler en estimant les ressources de cette partie du pays.”
Trois routes canotables à partir du Lac Supérieur à la Rivière Rouge ont déjà été explorées sous les auspice. du gouvernement Canadien ; deux de ces routes ont été sans interruption fréquentées pendant nombre d'années par les compagnies de pelleteries du Nord-Ouest et de la Baie d'Hudson. L’une d'elle longe la frontière de l'Amérique Britannique et des Etats-Unis, et connue sous le nom de ‘‘ la route de la Rivière au Pigeon. ” L'autre, appelée ‘la Kaminisiiquia,” suit en partie la rivière de ce nom. L'autre, par le Lac des Chiens, le Portge de la Savane, les Milles Lacs et la Seine jusqu’au Lac-la-Pluie, a été reconnue supérieure aux autres par M. Dawson, et il la recommande comme telle dans son habile rapport adressé au gouvernement Canadien.
De ces trois routes, la moins défavorable est indubitablement celle que nous mentionnons en dernier lieu ; une grande partie en est aujourd’hui éloignée d’uue distance considérable de la frontière internationale, ct en apportant quelques modifications au plan de M. Dawson, on pourrait fort bien l'utiliser dans la confection du grand chemin territorial traversant la contrée.
Une ligne de communications territoriales, partant d’Outaouais ou de quelqu’autre point en Canada, où il serait possible de la relier facilement au réseau actuel des chemins de fer, et allant jusqu’au Fort Garry, sur l'Etablissement de la Rivière Rouge, passerait Guns que nous pouvons en juger par nos connaissances locales) par le Lac Supérieur à la
aie Nipigeon, où, selon Bayfield, il existe un bon havre;'se dirigerait alors vers l’ouest, et déviant un peu vers le sud, elle passerait ensuite par le Lac des Chiens et le Portage de la Savane, se maintenant au nord du Lac des Mille Lacs, et frapperait la Seine aux Petites Chutes ; de là, elle longerait la Seine jusqu’à un point au nord des eaux navigables de cette
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rivière sur le niveau du Lac-la-Pluie, au pied des Douze Portages ; de là, elle traverserait le Portage au Rat, et se prolongeant vers l'ouest dans la direction du Fort Garry, elle frapperait la limite nord-ouest du Lac Plat. Ainsi donc, en suivant la direction générale de la route canotablo recommandée par M. Dawson, ct en ÿ substituant des parties d’un chemin territorial aux endroits où la navigation est très interrompue, nous aurions la ligne suivante de communication par terre ct par eau :—
Milles.
Terre. Eau Baie Nipigeon jusqu’au Lac des Chiens (chemin territorial)........,.... en nonnseooe con000 voco0e .. EURE Res . Lac et Rivières des Chiens (bateau à vapeur)... PR TT TEL A PRTUL 35 Portage jusqu’à la Rivière Savane (chemin territorial}... IUT ess srsenses desesooce C2 PTS soopoe Rivière Savane et Lac des Mille Lacs jusqu’au Petites Chutes (bateau à vapeur)... 65 Petites Chutes jusqu’au niveau du Lac-la-Pluie (chemin territorial 30 milles) et 0 Q (Embranchement 30 milles.) 4 °****""*"""" Pate Rivière Seine et Lac-lu-Pluie (bateau à vapeur)... sos sosssssse sonesoone EPPEETECELETELEZIEETS ÉPLLCECITELEE 60 Portage du Fort Francis, (300 verges).......…, RE EI os none ponnooone sococones conne losoosconsosse sors ooonee Rivière-la-Pluie et Lac des Bois (bateau à vapeur)... ennos see CPECIOEE ENT . fosses 158 Lac Plat jusqu’à Fort Garry (chemin territorial)... ss ttes AT 92 doses Do anne 197 | 308
. En construisant 197 milles de chemin et deux digues, l’une au débouché du Lac des Chiens, l’autre aux Petites Chutes, dans le but de rendre navigables les eaux au-dessus, nous ouvrons une ligne de communication par diligence et par bateau-à-vapeur du Lac
Supérieur à la Rivière Rouge. Cet arrangement serait surtout avantageux en ce sens qu'il .
comblerait l'interruption de la navigation de la Seine à partir des Petites Chutes à aller aux Douze Portages, distance d'environ 60 milles, qui ne pourrait être rendue navigable que pour de petits bateaux, et encore en construisant une succession de digues de 130 pieds de hauteur tout ensemble, avec un nombre égal de portages d’une longueur totale de près de sept milles et demi. Ce serait en même temps un moyen de limiter les dépenses à l’établissement d’un chemin territorial continue, dont 167 milles pourraient servir, s’il devenait nécessaire d'ouvrir un chemin par la voic de terre uniquement, car alors il ne resterait plus que 258 milles à terminer pour compléter le chemin du Lac Supérieur à la Rivière Rouge. Dans la proposition qui précède, l’on verra que les recommandations de M. Dawson sont adoptées, quand à l’établissement de ‘a ligne entre le Lac des Chiens et le Lac Winnipeg; la seule différence étant que nous proposons la construction d’un chemin de 60 milles de long pour éviter les interruptions de la navigation sur la Seine, à partir des Petites Chutes à aller jusqu’au pied des Douze Portages à l’est du Lac des Chiens ; au lieu de construire un chemin jusqu’au Fort William, l’on propose de le diriger vers le havre également avantageux de la Baie Nipigeon, ce qui nous assurerait une ligne de communication constante avec le Canada à toutes les saisons de l’année. Un chemin territorial passant par la ligne proposée ne se rapprocherait pas de plus de 50 milles d’aucun point de la frontière des Etats-Unis, avantage, qui au point de vue militaire, doit être d’une grande importance, surtout si plus tard l’on se décidait à construire un chemin de fer sur la même ligne.
En apportant à ce plan la modification suivante, l’on pourrait de beaucoup simplifier l'établissement d’une ligne de communication à la Rivière Rouge, et en augmentant les frais que d’une somme comparativement très-faible. Au lieu de se servir des eaux du lac et de la Rivière-des-Chiens, en construisant une digue au débouché, le chemin de la Baie Nipigeon jusqu’au Lac des Chiens pourrait être continué jusqu’à la rivière Sovane. Le seul obstac!s à la libre navigation du Lac-la-Pluie et du Lac des Bois pourrait être enlevé en construisant une paire d’écluses en bois au Fort Francis. Par ce moyen, la communication du Lac Supérieur à la Rivière Rouge 8e verrait, par l'ouverture de treis parties séparées du grand chemin territorial, la construction d’une paire d’écluses et une simple digue, réduite aux proportions suivantes :
CCELEE
De 1a Baie Nipigeon au Portage Savane (chemin territorial)... CEOPEPTE EEE 80 |...
Rivière Savane, Mille Lacs aux Petites Chutes (batetu-à-vapeur) ....ssesee este céne: dos ne0607006 6300 65 : Petites Chutes au niveau du Lac-la-Pluie, aux 12 Portages (chemin territorial 30 m.).., 60
(0 do (embranchement 30 m.) ess La Seine, Lac-la-Pluie, Lac-des-DBois jusqu’au Lac-Plat (bateau-à-vapeur)........., issues Lee corosee .. 208 Lac-Plat à la Seine (chemin territorial) ses oovocoe dues s ose s tons onu sci 00 ssééesse 92 ss,
Une ligne de communication telle que celle proposée ci-haut donnerait deux longs trajets par bateau-à-vapeur de 65 ct 208 milles chacun, avec un trajet intermédiaire de 60 milles de long. Il y aurait aussi deux termini, l’un de 80 milles, près du Lac Supérieur, l’autre de 92 milles, près de la Rivière Rouge. Il suffirait pour transporter le trafic, si ce plan étaitadopté, de deux ou trois petits bateaux-à-vapeur et d’un nombre suffisant de chevaux ei de voitures sur chucune des trois sections dont nous venons de parler. Les frais de construction seraient limités principalement à l’établissement d’une voie permanente, et il ne resterait plus à construire que 53 milles du Portage Savane aux Petites Chutes, et 170 milles de la Seine au Lac Plat, disons une distance totale de 223 miiles, pour compléter ua chemin territoriai du havre Nipigeon, sur le Lac Supérieur, jusqu’au Fort Garry, sur la Rivière Rouge.
Nous avons esquissé quelques-uns des projets propres à l’ouverture d’une ligne de communication entre la région des lacs du Canada et l’intérieur de l’Etablissement de la Rivière Rouge. Le but pour le présent est de faire face à un besoin réellement senti, à
eu de frais et sans perdre de vue l'établissement ultérieur d’une grande voie reliant le Canada à la Colombie Anglaise. L'ouverture d’une ligne facile de communication de la Rivière Rouge au Lac Supérieur cest plus spécialement traitée ici, pour la raison qu’elle est envisagée comme un ouvrage facile, qui ne saurait sans grandement préjudicier aux intérêts les mieux entendus de l'empire colonial, être ajournée à plus tard.
Une compagnie américaine a déjà ouvert une ligne de transport à la Rivière Rouge ; le temps est venu de constater jusqu’à quel point la route que l'on se propose d'établir sur le territoire britannique pourra supporter la concurrence de sa rivale américaine.
Prenant, dans ces deux cas, Toronto pour point de départ, et Fort Garry pour point de destination, nous avons les distances suivantes ; observons, en passant, que la longueur des voies ferrées a été puisée aux documents publiés par les compagnies elles-mêmes, et que les autres distances, quand nous n’avons pu les obtenir de sources plus authentiques, nous les avons mesurées sur la carte, tenant compte des sinuosités des rivières et des autres difficultés de la navigation.
Eo certains cas les chiffres ne sont, en conséquence, qu’approximatifs, mais suffisamment proches de la vérité pour les besoins du moment. Le tableau No. 1 donne les distances des chemins de fer les plus en droite ligne et les plus continus à partir de Toronto vid Chicago, jusqu’à la La Crosse, sur le Paca l'extrême limite vers le Nord-Ouest du réseau des hamioi de fer américain, de là par bateau-à-vapeur jusqu’à St. Paul, par diligence jusqu’à Georgetown, et par bateau-à-vapeur sur la Rivière Rouge jusqu’à Fort Garry.
TABLEAU No. 1.— Toronto à Fort Garry par Chicago.
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