‹ Mémorial du peuple de la rivière Rouge aux gouvernements anglais et canadiens [microforme]Chapitre 14 sur 28 · RENE · texte numérisé non relu

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Franklin et Richardson, dans leurs expéditions, découvrirent au Lao Winnipeg une magnifique pierre de roche ressemblant beaucoup à la porcelaine, et“ des dépôts ot rochers arénacés ayant une grande analogie avec ceux de la Baïe du Pigeon, Lac Supérieur, où l'on a constaté la présence de veines argentifères” ; au comptoir Cumberland, sur la Saskatchewan, des sources salées et sulfureus:4 et du charbon ; à la rivière Elk, du bitume en quantité tel qu’il coulait en ruisseaux des fissures du roc; sur les rives du Lac Athabasca, de la plou: bagine et du schiste chlorité de la plus bello espèce.

Dans une lettre adressée à Sir R. Murchison, Sir John L. Richardson,'dit, en parlant de la contrée baignée par la rivière à l’Esclave : ‘“ La grande quantité de gypse à proximité de sources salées extrêmement puissantes et riches, ef {a grande abondance de pétrole dans cette formation, aiosi que les couches arénacées, molles, marneuses, brecciolaires de dolomic, mais surtout le fait que cette dernière espèce de roche est la plus commune, m'ont induit à croire que la pierre calcaire des rivières Elk et à l’Esclave équivaut au sechstein des géologues du continent.” Les sources salées, un peu plus loin vers le sud, qui déposent de grandes quantités de sel commun pur, sont classées par Sir John Richardson dans la catégorie du célèbre groupe salé Onondaga de la série Helderberg de New-York. D'après le rapport de Sir William Logan, il appert qu’à ces dernières sources ‘“ l’on a fabriqué pas moius de 3,134,317 minots de sel avec profit en 185!” L'on pourrait, des magnifiques sources salées qui existent sur tout le territoire de la Baie d'Hudson, retirer le sel de la meilleure qualité, article qui de lui même deviendrait une source considérable de richesse, si la contrée venait à se coloniser, et si les pêcheries si importantes et si variées de ses côtes et de ses rivières étaient exploitées sur un pied respectable.

Sir Joha Richardson parle dans les termes suivants de la richesse minérale d’une grande partie du territoire dans une lettre publiée dans le journal de la société géographique en 1845 : “ La contrée, comme l'ont fait voir les expéditions de Sir John Franklin et du capitaine Back, est riche en minéraux ; des terrains houillers inépuisables bordent les Montagnes Rocheuses à douze degrés de latitude : des couches de charbon apparaissent à la surface à plusieurs endroits de la côte arctique ; des filons de minerai de plomb traversent les roches du golfe Caronation, et la rivière Mackenzie traverse une étendue de terre bien boisée, qu’environnent des chaînes métallifères de montagnes, ct n'offre aucun obstacle à la navigation à vapeur l'espace de plus de douze cents milles.”

Les découvertes d’or récemment faites dans l'Amérique du Nord-Ouest, qui ont, à si juste titre, occupé l'attention publique, et qui ont une graude importance envisagées au point de vue de la colonisation, ont été si amplement discutées par la presse, qu’il est inutile d’en parler plus au long dans cet écrit.

IMPORTANCE COMMERCIALE ET POLITIQUE DE L'ÉTABLISSEMENT D'UNE LIGNE DE COM- MUNICATIOY A LA RIVIÈRE ROUGE SUR LE TERRITOIRE BRITANNIQUE.

Les habitants de la Rivière Rouge, isolés comme ils le sont en grande partie du reste du monde, qui, jusqu’à tout dernièrement, a semblé inguorer leur existence, occupent aujourd’hui leur bonne part de l'opinion publique. JLes colons de la Rivière Rouge sont restés paisibles daos leur solitude tant que les vastes étendues de terre au sud de la frontière internationale sont demeurées aussi sauvages et aussi désertes que les plaines qui les environnent de tous côtés. Mais les progrès qu'ont faits leurs voisins de la République Américaine dans l'établissement et l’organisation de nouveaux territoires leur ont ouvert les yeux sur leur véritable position. Ils ont été les témoins muets de la marche de la colonisation vers l'Ouest à partir du Lac Michigan à travers les Etats du Wisconsin et du Minnesota jusqu’au Dacotah ; ils ont vu uno population industrieuse, que l’on pouvait compter par centaines de mille, s'établir presque à côté d'eux, pendant que leur propre colonie s’accroît à peine; ils esyent qu'il n’y a rien dans leur sol ni dans leur climat qui puisse faire obstacle à leur

prospérité ; ils sont convaincus de la fertilité de l’un et de la salubrité de l'autre ; mais ils: he peuvent s'empêcher de rougir quand ils comparent les progrès de leurs voisins avec la: décadence qui caractérise leur contrée. A tort ou à raison ils attribuent leur peu desuccès à l'influence de la compagnie de la Baie d'Hudson, et ils protestent de manière à. être compris contre l'existence d’une puissance qui au fond est bien le principal obstacle : : | à leur prospérité. A

La colonie fut d’abord fondée il y # ua demi-siècle par des immigrés de la mère-patrie; la population se compose aujourd’hui de sujets anglais par naissance ct de leurs descendants; ils vivent et ont toujours vécu sur le sol anglais, mais ne forment pas encore, au pied de la lettre, une colonie anglaise. Ils savent qu'ils sont sujets de la Reine ; c’est là 4 leur orgueii ; ils désirent être reconnus au bureau Colonial, c’est là leur ambition ; F ils veulent avoir voix délibérative que, en qualité de sujets anglais, ils prétendent avoir droit de vosséder dans l'administration des affaires locales. Eussent-ils seu-

lement les pouvoirs et les attributions d’un conseil de canton ordinaire, il sont persuadés qu'ils pourraient grandement contribuer à améliorer leur condition et établir leur avenir à sur des bases solides ; mais ces choses, ils ne les ont pas ; voilà leur grief, voilà leur humi- é liation ! Tandis que leur Etablissement date de 50 années, ils voient sous leur yeux le 4 Minnesota et le Dacotah, dont les frontières ne sont éloignées que de 60 à 70 milles, érigés 4 en Etats depuis hier seulement, mais ayant néanmoins le droit d'intervenir dans le gouver- d nement du pays.

Auvjourd’hui, les habitants de la Rivière Rouge sont actuellement dans l'impossibilité: : de communiquer avec la mère-patrie si ce n'est en passaat par un pays étranger. L’ancienne: À toute qu'ils suivaient il y a 50 ans, faute de quelques frais pour la tenir ouverte, a été 4 abandonnée; est-il donc étonnant qu’ils se prennent à murmurer à l’idée de l'indifférence: M

apparente du gouvernement impérial ? ‘“ Nous n’avous pas de ccnmunication postale, dit le L. Red River Nor’-Wester, avec aucune partie du monde civilisé si ce n’est par les Etats. Unis! Pendant deux ou trois ans avant 1860, le gouverne:nent canadien a établi une ligne de communication postale avec ceite contrée devant faire le service une fois par mois, par la voie du Fort William sur le Lac Supérieur. C'était un bon commencement, bien que les arrangements aient été très mal conduits. Malgré l’irrégularité dans le transport des imalles, nous avions néanmoins droit d'espérer que l’entreprise serait continuée et que graduel- \ lement, à mesure que la route serait micux connue, elle serait devenue plus prospère. Le gouvernement cansdien a néanmoins retiré la subvention, et à l’heure qu’il est c’estau gouverne- de ment américain que nous devons la faveur de pouvoirentrer en communication avee le reste du: monde. Il a, à grands frais, établi une route postale jusqu’à notre frontière, à soixante milles de cet Etablissement, et cela presqu'exclusivement pour notre propre bénéfice. Cette: considération ne pourrait-elle pas nous encourager à regarder le gouvernement anglais, d’un mauvais œil ? |

‘“ Si nous exceptons la route détournée, difficile et très-incertaine de la Baie d’Hudsou, il ne nous reste que la voie des Etats-Unis pour importer nos marchandises, et ce n’est que: par la ronte américaine que nous pouvons exporter nos fourrures, nos peaux, notre hétail.. tout notre surplus enfin ! Est-ce |à un encouragement à la loyauté? Un négociant qui importe d'Angleterre ne peut aujourd’hui recevoir qu’un seul envoi de marchandises par année, ct il peut se croire heureux encore s’il lui parvient, au milieu de tous les dangers qui l’accompagnent, tandis qu’un traficant de marchandises américaines pourrait recevoir 5 viogt envois dans le même temps, s'ille voulait. Presqu'à chaque semaine, de mai à # octobre inclusivement, un splendide bateau-à-vapeur peut être vu au Fort Garry, déchargant sa cargaison de marchandises, et prenant en échange des fourrures en destination de St. Paul, Boston ou New-York ; à qui appartient ce bateau ? A des citoyens américains.

‘ La seule route passable laisséo aux émigrants dans cette contrée est par les Etats- L Unis. La conséquence en est que les étrangers qui viennent s'établir parmi nous sont pour la plupart des citoye is américains ou des individus devenus de vruis yankees. Cette influence contribue-t-elle Damop à entretenir les sentiments de loyauté ?

“ Des relations fréquentes avec les Américains, des visites à Chicago, Boston, New. York, ete., font bien vite naître l’impression qu’il n’y 8 pas un peuple comme celui de la Ÿ république voisiue, Nous voyons ses belles cités. ses chemins de fer, ses bateaux-à-vapeur ; | ses journaux nous apprennent avec quelle rapidité s’établisspnt ses nouveaux territoires, ct nous font conpaîtra }a législation libérale au moyen de lnquelle le développement soudain Le

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Il est indubitable que ces sentiments existent depuis assez longtemps, et rien d’étonnant à ce qu’ils gagnent du terrain; les relations postales et commerciales avec le Minnesota les stimulent, tandis que l'indifférence apparente de la rière-patrie ne leur est pas défavorable. Les sujets anglais établis à la Rivière Rouge tiennent toujours à vivre sous la domination britannique, il est vrai, mais cette idée même qui n’est autre chose que le souvenir de ce quiest grand et prospère, de tout ce qui est glorieux dans l'histoire, est à la Rivièrs Rouge bien souvent obscurcie par le fait qu’elle ne leur rapporte aucun avantage direct. Ils se plaignent amèrement qu’ils sont négligés ; ils aiment à rester sujets anglais aussi bien que de nom, mais n’ont pas encorc reçu la part des avantages commerciaux et autres que comme sujets ils ont droit d’attendre d’un gouvernement libéral et éclairé.

Les habitants de la Rivière Rouge ressentent bien les influences américaines de toute espèce qui les assiégent de toute part, et ils savent qu’il leur faudra s'américaniser si des mesures ne sont immédiatement prises pour contrecarrer cette tendance. Dans le mémorial cité plus haut, ils observent ‘“ que l’idée américaine fait rapidement des progrès ici, et que si l’on ne s’empresse de la contrecarrer, l’on ne tardera pas à voir surgir des complications bien graves,” et ils continuent à alléguer que la confection d’une grande route pationale qui traverscrait leur contrée, tout en développant les relatious commerciales avec leurs concitoyens en Canada ct ailleurs, sans être obligés de passer sur la terre étrangère, contribuerait encore grandement à leur prospérité, et leur gurantirait pour toujours une uoion politique qu'ils recherchent tant. “Si un bon chemin conduisant du Canada à la Terre de Rupert n'est pas ouvert sous peu, aui peu dire l’effet qu’aura sur l’esprit de la population l’indiflérence apparente de la mère-patrie et de la grande et florissante colonie qui nous avoisine, jointe à la nécessité dans laquelle elle se trouve placée, d’avoir constamment recours aux États-Unis, quand il s’agit d'entrer ea communication avec le reste du monde, ou de se procurer les choses les plus indispensables à la vie? Nous n’avons pas de haine contre les Etats-Unis. Nous admirons beaucoup leurs institutions, bien que tout naturellement nous leurs préférions les nôtres. Nous avons une haute estime pour leurs habitants avec lesquels nous vivons en bons voisins, et s’il arrive quelquefois qu’il s’en trouve quelques-uns qui nous insultent ou nous 1.enacent, nous prêtons à la grande majorité du peuple des sentiments plus justes ct plus raisonables. Mais il en est aux Etats qui ont l'ambition de l’azrandissement territorial, et qui non-seulement nous offriraient, mais nous forceraient d'accepter les institutions dont ils sont si fiers; ct si l'affection de nos concitoyens pour la mère-patrie venait à se refroidir par la négligence de cette derrière, ou s’il allait de ieur intérêt de passer sous un autre gouvernement, il n’est pas difficile de prévoir que l’on mettrait en jeu des influences qui, nous en sommes convaincus, ne leur ouvriraient certainement pas la voice du progrès et du bien-être, tout en compromettant sérieusement la prospérité du grand empire, dont cette contrée ne forme qu’une partie insiguificnte, comme pourraient probablement l’affirmer des hommes ignorants et sans jugement. A ce point de vue, nous ne saurions nous cacher toute l'importance que comporte la question de construire une :oute convenable du Canada à la Rivière Rouge.””* Rien ne saurait mieux démontrer le désir sincère entretenu par ces colons de continuer à vivre sous la domination de l'Angleterre, que l'offre qu’ils font dans leur mémorial de construire près de’ cent milles du chemin daus la direction du Lac Supérieur. L'esprit d'entreprise des Américains leur a déjà apporté le grand avantage commercial de pouvoir communiquer avec le Minnesota au moyen des bateaux-à-vapeur ; mais ils préféreraient de beaucoup avoir un chemin qui leur ouvrirait le Canada, et pour atteindre ce but, les habitants de la Rivière Rouge, bien que loin d’être riches, sont prêts, au moyen de contributions volontaires, à confectionner la partie qui forme réellement, si l'on tient compte de la navigation du Lac des Bois, environ la moitié de la ligne de communication on Lac Supérieur, à condition que le gouvernement anglais ou canadien entreprenne Île reste.

* (Canadian Journal.”

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