‹ Mémorial pour les travaux de guerre (volume 2)Chapitre 20 sur 22 · IV · texte numérisé non relu

IV

Charge et Bourrage. *

(260) Quand le fourneau est achevé, il faut procéder à la charge et au bourrage. On place dans la chambre des poudres le coffre cubique A (Fig. 8o«) , dans lequel les poudres doivent être renfermées pour les préserver de l’humidité. Cette caisse est trouée, pour donner passage à un saucisson ou boudin de toile b de o 1 ®, 02 de diamètre, rempli de poudre bien grenée ; c’est le saucisson qui doit communiquer le feu aux poudres ; on le retient dans la caisse par une cheville qui le traverse. Le saucisson est renfermé dans un auget BC formé de quatre planches , fixé sur les semelles des châssis contre les montans, et dont la capacité intérieure est seulement suffisante pour contenir le saucisson. Quand les poudres sont versées dans le coffre jusqu a la hauteur du saucisson.

on le dégorge , et on continue à Verser lea poudres ; on cloue le couvercle, et l’on pro, cède au bourrage.

Il y a beaucoup de précautions à prendre quand on charge la mine : d’abord, il ne faut éclairer le travail qu’avec les lanternes qui servent dans les magasins à poudre ; employer des marteaux de cuivre ou de bois pour clouer la quatrième planche de l’auget et le couvercle du coffre ; transporter la poudre dans des sacs de cuir bien fermés ; ôter ses souliers , do peur que les doux ne rencontrent du gravier, et ne produisent l 'étincelle; enfin, couvrir l’extrémité du saucisson , qui reste en dehors do l’auget et du bourrage, de quelques sacs à lerro vides , et d’un peu de terre sèche.

(a6i) Nous avons dit, qu’une terre déjà remuée n’offre qu’une résistance moitié d’une terre vierge ; il suit de là , qu’il faudrait donner au bourrage une longueur plus que double do la ligne de moindre résistance , si l’on n’employait à ce bourrage que des terres amoncelées; mais quand on fait usage des étrésillons ou arc-boutans, le bourrage peut n’avoir qu’une fois et demie la longueurde la ligne de moindre résistance , sons qu’on ait à

craindre que l'effet de la raine se fasse par le rameau, que la raine souffle. Voici comme on procède.

On dresse des plateaux contre le coffre aux poudres; on place des étrésillons entre ces plateaux et le côté opposé du rameau ; ils doivent entrer de force , afin de bien arcbouter les plateaux ; on bourre avec des sacs à terre et du gazon , le premier intervalle de châssis , ainsi que les vides autour des étrésillons ; on met ensuite quelques plateaux en travers , appuyés contre les montans du second châssis; puis, on remplit de terre un intervalle de deux châssis , pour faire ensuite un nouveau barrage de madriers, et l'on continue de la sorte jusqu’à l’extrémité du bourrage , où l’on établit un dernier masque de madriers , que l’on fortifie encore par des arcboutans guindés contre les montans du châssis voisin.

Il faut bien faire attention , pendant le travail du bourrage , de ne pas écraser ou déranger l’auget du saucisson.

Il n’est pas nécessaire de bourrer de terre l’espace qui reste entre le couvercle du coffre et le ciel de la chambre aux poudres, parce que l’air qui reste dans ce vide , dilaté par la

chaleur de la poudre enflammée, unit sa force élastique h celle de cette poudre, et augmente un peu l’effet du fourneau , pourvu toutefois que le vide ne soit pas trop considérable.

(aGa) On peut mettre le feu aux poudres à Textrémité du saucisson, qui sort du bourrage, par le moyen d’un morceau d’amadou ou moine, traversant une feuille de papier. On allume ^extrémité qui est au. dehors du papier; on se retire, et le feu se communique peti t— à-petit d’une des extrémités du moine à l’autre, arrive aux poudres , et la mine joue. Cette méthode est sans danger; mais l’amadou peut s’éteindre, et cet accident vous laisse longtemps dans l’incertitude, sans qu’on ose s’approcher pour remettre le feu au moine.

Le capitaine Boules a imaginé un moyen qui n’a pas cet inconvénient , et qui permet de faire jouer la mine à l’instant qu’on le désire. On construit une caisse (Fig. 81') ouverte par le haut, qu’on cloue sur- un plateau assez pesant , pour donner à cette caisse une assiette solide. La boite a la forme d’un parallélépipède à hase carrée , dont la hauteur est double des côtés de la base ; un de ses côtés est scié horizontalement de manière à recevoir une

planchette en coulisse , dont les bords glissent dans des rainures pratiquées dans les autres cèlés de la boite. La partie inférieure sous la coulisse est percée d’un trou, pour donner entrée à l’extrémité du saucisson. On met sur le tiroir un bout de mèche à plusieurs brins tous allumés ; puis , avec une ficelle , et par un mouvement brusque, le mineur tire à lui la planchette, et la mèche tombe sur la poudre fine , dont on a eu soin de couvrir le fond de la boîte. Le saucisson , dont l’extrémité plonge dans cette poudre, communique le feu au fourneau.

Pour éviter qu’aucun grain de poudre ne sa trouve sur le tiroir , ce qui pourrait être cause d’accidens très-graves, on ne met point l’amorce dans la boîte par son ouverture supérieure ; il y a dans le bas une petite porte faite exprès.

Une seconde précaution h prendre , est de couvrir la partie supérieure par un couvercle troué, pour qu’il laisse pénétrer l’air, et que la mèche ne s’éteigne pas. Ce couvercle est nécessaire , pour empêcher la mèche de sortit» de la boîte quand on tire la coulisse.

Compassement des feux.

(a65) Quand on a une grande étendue de terrain à faire sauter , on emploie plusieurs fourneaux , qu’on fait jouer simultanément. La disposition la plus ordinaire de ces fourneaux est en T ou en trèfle (Fig. 82 ' et 83* ). Pour que tous les fourneaux reçoivent le feu en môme temps , il faut que les saucissons soient exactement de môme longueur. L’opération de disposer les augets de manière à remplir cette condition , se nomme compassement des feux.

Cet arrangement des augets exige beaucoup de soins , à cause de l’exactitude qu’il faut y apporter pour être sûr que tous les fourneaux joueront ensemble.

Le point « est un foyer commun , d’où le feu se distribue pour aller à tous le fourneaux ; et c'est à partir de ce point, que la longueur développée de tous les saucissons doit être exactement la môme.

Il faut observer que quand il y a dans le développement des saucissons plus de coudes d’un côté que de l’autre , chaque coude excé-

dant se compte pour une augmentation de o“,o8 en longueur, parce que le feu arrivé à ce coude , y éprouve un ralentissement qui équivaut a une augmentation de chemin h parcourir, égale à o œ ,o8.

S’il était question de faire jouer h la fois quatre fourneaux disposés sur une même ligne» comme cela peut arriver lorsqu’il est question de renverser une grande portion do revêtement, on employera le compassement indiqué par la figure 84 * ; et si les quatre fourneaux doivent être placés sur deux lignes , ou en double T; il faut compasscr leurs feux comme l’indique la figure 85.*

Les compassemens peuvent être variés à l’infini , mais étant tous établis sur les mêmes principes , ce que nous venons de dire suffit à cet égard.

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