‹ Mémorial pour les travaux de guerre (volume 2)Chapitre 21 sur 22 · CHAPITRE QUATORZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATORZIÈME

Démolitions .

( 264.) A. la guerre , on trouve fréquemment l'occasion de démolir des revêtemens , de renverser des bâtimens , de crever les arches d’un pont ; il est donc essentiel de dire un mot de ces différentes opérations, qui se font toujours par la force de la poudre.

Et d’abord nous indiquerons comment on fait une brèche à un ouvrage par le moyen de la mine. Quoique nous ayons supposé dans le Chapitre douzième , que l’on ouvrait la brèche avec le canon, ce qui est en effet le meilleur moyen; cela n’empéche pas qu’on ne le fasse quelquefois avec la mine , et principalement dans le cas où le fossé est étroit, comme sont ceux des retranchemens intérieurs, et où l’on veut éviter des transports pénibles d’artillerie.

Pour faire brèche par la mine, on attache le mineur sur les deux faces du saillant en A et en B ( Fig. 86.*) , en ayant soin de couvrir l’œil de la mine , c’est-à-dire son entrée dans le revêtement, de forts madriers, mis à l’abri de l’incendie par des feuilles de tôle ou de fer-blanc, clouées dessus. De plus, l’entrée de la galerie , doit être couverte du côté de la place par un bon épaulement. On s’enfonce perpendiculairement au revêtement, et quand on est à une profondeur suffisante on retourne le rameau, à droite et à gauche , pour faire un T. De cette manière , on a sous l’angle saillant quatre fourneaux D , qui doivent conserver entre eux des distances égales. Ces fourneaux sont ordinairement disposés de manière, que ces distances soient de 10 mètres.

Quelquefois on pousse un troisième rameau à 5 mètres plus avant dans les terres, afin de former un trèfle sur chaque face.

Les feux doivent être compassés de telle sorte que le troisième fourneau, dans chaque trèfle, joue un instant après les deux premiers. Il en résulte un double avantage : d’abord, son explosion entame le parapet, lance des terres sur les débris du revêtement et rend la brèche praticable ; en second lieu, ce four-

«eau assure le logement sur la brèche, contre les fourneaux que l’ennemi aurait pratiqués lui-même pour faire sauter le logement.

La charge des premiers fourneaux D se détermine en prenant la ligne de moindre résistance égale h la moitié de la hauteur du revêtement, c’est-à-dire, en les tenant enfoncés d’une quantité égale à la moitié de la hauteur du mur d’escarpe. On calcule ensuite la charge d’après celte ligne de moindre résistance par la formule du numéro ( 248 ) , et en supposant le fourneau construit en terrain ordinaire. Cette charge qui doit paraître faible au premier coup - d’œil , est suffisante pour renverser l’escarpe sans la pulvériser, et jeter ses éclats sur les logemens de l’assiégeant.

On compte, qu’un mineur diligent doit mettre tin jour pour percer la queue du T; deux autres mineurs, une journée, pour faire les branches du T; ou trois mineurs, si l’on fait un trèfle. Cela fait deux jours; il faut ensuite un troisième jour , ipour le bourrage. Ainsi, la mine peut jouer trois jours ou au plus quatre jours, après avoir été commencée.

(a65.) Le tableau du numéro (a48.), ne donnant pas les charges pour toute espèce de

maçonnerie, le plus sûr quand on a de grandes démolitions à faire , est de construire un fourneau d’épreuve qui indiquera la charge nécessaire à l’espèce de maçonnerie qu’il est question de renverser.

Nous avons dit dans le numéro précédent , qu’il fallait placer les fourneaux du T, à une distance de la face du revêtement , indiquée par la moitié de la hauteur de ce même revêtement. Cela est nécessaire quand on veut faire une brèche praticable ; mais quand on ne veut que démanteler l’ouvrage , il sufGt de s’enfoncer aux trois quarts de l'épaisseur du revêtement, parce qu’alors le fourneau A, (Fig. 87 *.), ainsi enfoncé, se trouvant en arrière du centre de gravité B de la portion de revêtement supérieure à l’entonnoir, cette partie ne manquera pas de tomber quand elle sera ébranlée par l’explosion. Il résulte de celte remarque un moyen d’économie qu’il ne faut pas négliger.

Si le mur avait a™, 5o d’épaisseur ou moins que cela, il faudrait établir les fourneaux derrière le revêtement et non dans son épaisseur; sans cela, ces fourneaux ne produisant que de très-petits entonnoirs, il en faudrait construire beaucoup , en sorte que la main-

d’œuvre emporterait le bénéfice, résultant do l’économie de poudre. Nous disons qu’il faudrait beaucoup de fourneaux, parce qu’il est nécessaire que leurs entonnoirs se touchent pour que le revêtement soit coupé par sa base dans toute sa longueur.

Il y a plus d’économie à démolir de petits murs à main-d’œuvre, qu’à les renverser par la mine. Le contraire a beu pour les gros revêtemens de 2 mètres d’épaisseur et audelà.

Les fourneaux peuvent être disposé en T, comme dans la figure 88.*, ou isolés comme dans la figure 8g e . Dans le premier cas, il y a moins de travail au milieu de la maçonnerie que dans le second , qui à son tour , apporte plus d’économie puisqu’il n’exige pas de bois de coffrage; et dans l’un et l’autre cas, il faut compasser les feux à l’extérieur, de manière à ce que tous les fourneaux jouent en même temps.

Quand les fossés sont pleins d’eau , on arrive à l’emplacement des fourneaux , en creusant des puits derrière le revêtement; en ayant soin de conserver de l’ouverture de ces puits au centre des poudres , une distance double de la Ugne de moindre résistance , si les four-

neaux ne sont pas engagés dans la maçonnerie, ou seulement d’une fois et demi cette même ligne, s’ils y sont beaucoup engagés; sans cette précaution la mine pourrait souiller par le puits.

S’il existe une galerie derrière le revêtement, on s’en sert pour enfoncer les fourneaux de toute leur épaisseur dans le pié-droit extérieur; on arc-boute ces fourneaux contre le pié-droit opposé; on bourre toute la galerie et l’on fait jouer les raines après avoir eu soin de compasser les feux , de telle sorte que tous les fourneaux puissent partir en même temps; et c’est là le point important.

Si l’on veut augmenter les charges de moitié en sus, on pourra supprimer le bourrage, pour gagner du temps; on se contentera d’arc-bouter les fourneaux, et de construire avec de la terre aux deux extrémités, un masque égal en longueur à deux fois la ligne de moindre résistance des fourneaux.

( 2GG.) Pour démolir une tour ronde, il est tout naturel de placer un fourneau dans son milieu , et de bourrer jusqu’à la voûte ou au plancher , en ayant soin de construire de bons masquer à la porte et aux fenêtres. Alors, pour

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évaluer la charge nécessaire, on imagine quV>rt a un entonnoir ordinaire à produire, et l’on prend pour ligne de moindre résistance , la distance du centre du fourneau à ia surface extérieure de la tour ; de plus, on suppose que la tour, est pleine et toute eu maçonnerie. L’effet delà mine se faisant eu tous sens , la tour, est sapée circulairement par ses fondemens et elle est entièrement renversée.

Quand la tour est adjacente à quelque autre muraille, il faut faire sauter la muraille en même temps que la tour, si l'on ne veut pas courir le risque de voir une partie de la tour rester sur pied*

Dans une tour carrée, on peut aussi placer un seul fourneau dans le centre , et prendre pour ligne de moindre résistance, la distance de ce fourneau à la surface extérieure ; oii bien en placer quatre aux angles , qui devront jouer ensemble j on prend également alors, pour ligne de moindre résistance de ces fourneaux , leur distance h la surface extérieure.

Quelquefois pour respecter des maisons voisines , on se contente de renverser une face ou deux de la tour carrée, ou une portion de la tour ronde. Pour cela, il faut miner dans 1 épaisseur du mur qu’on veut renverser , en

ai

plaçant les fourneaux dans les angles, autant que possible, et au milieu de l'épaisseur du mur. Si des voûtes ou des planchers forment une liaison entre la partie qu’on veut abattre et celle qu’on veut laisser intacte , il faut les couper avant que de faire jouer la mine.

Outre la tour , on peut avoir des bâtimens voisins à renverser, ou des maçonneries adjacentes ; il faut alors surcharger les fourneaux; en les portant au quadruple de ce qu’ils devraient être, on peut produire des effets prodigieux.

(267.) Pour renverser un magasin à poudre, il faut établir des fourneaux au milieu de ses pié-droits et de ses pignons ; mais si le temps ne permet pas de construire ces fourneaux , on met la poudre en tas au milieu du magasin sans bourrage , et l’on y met le feu au moyen d’un saucisson. Voici la manière de déterminer, dans ce cas, la quantité de poudre. On suppose, que la maçonnerie ait partout l’épaisseur qu’elle a aux pié-droits; on calcule ensuite par la longueur du développement , le nombre de fourneaux qu’il faudrait, pour renverser un revêtement de même épaisseur, et de même développement, en supposant ces fourneaux placés derrière le revêtement, et

par conséquent, en leur donnant son épaisseur, pour ligne de moindre résistance; la quantité de poudre qu’exigeraient ces fourneaux augmentée de moitié , est celle qui mise en tas, pourra renverser le magasin, quand on aura bien barricadé les portes et les fenêtres.

Ces barricades se font en creusant dans les joues des portes et fenêtres, des rainures, dans lesquelles on fait entrer de force > les bûches qu’on place en travers.

(268.) La méthode précédente n’est plus applicable aux bâtimens, dout la surface intérieure horizontale , dépasse 1 5 o mètres carrés. Il faut y ajouter autant de fois la charge d'un des fourneaux qui ont servi à la détermination du tas de poudre, que l’aire du magasin, ou bâtiment quelconque a de fois

10 mètres carrés , au-delà de i 5 o mètres.

Lorsque le magasin est plus long que large,

11 convient de distribuer la poudre en deux ou trois tas, placés à des distances à peu près égales dans la longueur', et d’y mettre le feu simultanément par le moyen de saucissons compassés.

( 269. ) On peut encore détruire des bAti-

mens, en les sappant par la base, pour ne laisser que des piliers, de distance en distance, dans l’épaisseur desquels on pratiqua de petits fourneaux, qui, par leur explosion , font culbuter toutes les parties supérieures , que les piliers soutenaient encore.

Un baril de 1 00 livres de poudre , placé en plein air, contre un mur de o“,8o d’épaisseur, et h 2 mètres du sol, le renverse certainement sur une étendue de 5 à 6 mètres.

(270.) Enfin, qand on manque de poudre, on peut miner les murailles , à la manière des anciens ; on les sape , de distance en distance , en ménageant des piliers; on étançonne la muraille dans chaque ouverture ; et quand on est assuré qu’elle est suffisamment soutenue, on sape à leur tour, les piliers qu’on avoit conservés; après cela, on met le feu aux étançons et la muraille s’écroule sous son propr» poids. Pour que le renversement des murs s’opère sûrement, on fait les parties supérieure et inférieure de la sape, inclinées en sens opposé, comme l’indique la figure 90.*; parce qu’alors , ces plans inclinés venant à s’appliquer l’un sur l'autre , déterminent en avant, la chute de la partie AB.

( 271.) Une citerne, une colonne publique

tine petite tour , pourront être renversées par un seul fourneau construit sous le milieu de leur base, et auquel on arrive par le moyen d’un puits et d’un rameau. Le fourneau se charge de manière à produire un entonnoir qui embrasse toute la surface à la base , de l’objet qu’on veut renverser; la charge se calcule , comme si le fourneau avait à jouer dans des maçonneries ordinaires.

(27a.) On peut encore crever une citerne par un tas de poudre, dont la quantité est déterminée par la méthode du numéro (2G8). Ce tas de poudre , se place sur un petit radeau , ou dans une caisse qu’on fait flotter sur la surface de l'eau; on y porte le feu par un saucisson, renfermé dans un auget, ou dans un tuyau qui va sortir par l’ouverture de la citerne.

Un puits est mis hors de service par le moyen d’un baril de i 5 o à 200 livres de poudre , que l’on suspend «1 un étrésillon place en travers du puits.

Quand les puits sont creusés dans le roc , le meilleur moyen pour les rendre inutiles, est de les remplir de pierre et de terre.

( 275.) Pour couper un pont , on pratique dans l’épaisseur d’une des piles, un petit T dis-

Di-

posé de telle sorte , que les deux fourneaux A, divisent la pile en trois parties égales , dans le sens de sa longueur. Il suffit de faire sauter une pile, pour que deux arches s’écroulent, et quelquefois cette seule explosion les renverse toutes.

Si le temps manque , ce qui arrive presque toujours à la guerre, on peut sans creuser des fourneaux dans la pile , couper le pont ; pour cela , on construit une tranchée transversale sur le milieu d’une des arches , et aussi profonde qu’on le peut; on répand dans celte tranchée 3 à 4»o livres de poudre, dont l'inflammation , quoique en plein air, écrase l'arche ainsi préparée. L’expérience a été faite sur un pont en plein ceintre , de 8“, ia d’ouverture d’arche et i“, 3a d’épaisseur de voûte : elle a parfaitement réussi.

Il est présumable que , si l’on pouvait suspendre la poudre, sous l’intrados de la voûte, il en faudrait moins pour produire le même effet, parce que l'explosion écarterait les voussoirs , tandis que dans le premier cas , elle les serre les uns contre les autres j et si la charge u’est pas suffisante, la voûte reste intacte.

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