CHAPITRE SEPTIEME 20î
nait des mesures rig^oureuses qu'il ne soutenait pas ; il en faisait prendre au roi d'imprudentes, telle qu'une séance royale au parlement, dont les suites furent Texil du duc d'Orléans et celui de plusieurs membres, qui furent arrêtés par les g^ardes françaises, et excitèrent l'intérêt de tous les ennemis de la cour. Les parlements avaient déjà prouvé leur haine contre Marie-Antoinette dans l'affaire du cardinal de Bohan, que la jalousie du baron de Breteuil avait envenimée sans raison, et qui avait compromis la reine. L'archevêque fit tenir ensuite un lit de justice au roi, pour suspendre la justice et établir les impôts. Il voulut y suppléer par une cour qui ne put jamais s'assembler.
Enfin, au mois d'août, voyant tous ses plans se détruire eux-mêmes, la paye des troupes prête à manquer, cet archevêque, toujours au-dessous de la réputation qu'il s'était acquise dans la société, ne sachant plus où donner de la tête, prit le parti de donner sa démission et de proposer M. Necker pour le remplacer. C'était faire remplacer un ignorant par un charlatan. Ces deux hommes seront sûrement peints par les historiens avec sévérité, puisqu'ils ont opéré le malheur du pays qu'ils ont gouverné. Mais comme je les ai connus tous les deux et qu'à l'époque dont je parle j'ai commencé à avoir part à l'administration par la création des états de Haynaut, dont je me suis trouvé, par ma place de commandant de la province,
le principal commissaire, je vais les peindre tels que je les ai jugés, sans prétendre à ne pas me tromper sur leur compte.
L'archevêque était un homme d'esprit, ayant brillé déjà alors qu'il était agent du clergé, par son éloquence et ses talents pour les affaires de son corps. Son orthodoxie n'était pas aussi reconnue. Il avait défendu un certain abbé de Pradt (1), dont la thèse avait été condamnée. Ses mœurs étaient aussi peu irréprochables que sa doctrine, et son attachement à la philosophie moderne, dont il se glorifiait, faisait douter sa foi. Il couvrait cela par un extérieur décent, de grandes charités, des établissements utiles dans son diocèse. Il était fort occupé de faire dire du bien de lui, et ses amis le citaient comme l'homme le plus instruit en finances et en administration, et le seul propre à rétablir le royaume.
Quanta moi, je l'ai toujours cru sans caractère et incapable de résister aux obstacles imprévus qui se présentent sans cesse dans les grandes affaires; d'ailleurs sans imagination pour créer, se traînant toujours sur les idées des autres et se les appropriant. Despote dans l'àme, il avait toujours dans la bouche
(1) Après avoir siëgd aux ÉlaU g(^néraux, aux côté» de l'abbï^ Maury, il (5migra. Rentré en France, il fut tour à tour aumônier do Bonaparte, évcque de Poitiers, archevêque de Malines; grand chancelier de la Légion d'honneur sous la première Restauration, et plus tard, députe. Il mourut en 1837, à soixante-dix-huit ans, laissant la réputation d'un homme sans convictions et sans caractère. La liste de ses œuvres est considérable, mais ne contient rien de saillant.