CHAPITRE SEPTIEME
tous les banquiers et ag^ioteurs qui pullulaient dans la capitale. Enfin, pour avoir Tair de céder en quelque chose, il consentit que les États g^énéraux s'assemT blassent à Versailles. Le roi crut avoir tout g[agné. Mais les factieux s'occupèrent à corrompre le peuple versaillais, ce qui ne fut pas difficile.
Paris était dans cette situation quand on apprit le renvoi de M. Necker. La populace aussitôt s'assemble, va prendre son buste etcelui du duc d'Orléans chez un marchand de fig^ures en cire, et les porte en triomphe* Le tocsin sonne; les Gardes françaises prennent les armes ; on fait avancer des troupes pour s'opposer à la destruction des barrières et à l'ouverture des prisons. Les Gardes françaises tirent sur les troupes et se rang[entdu côté du peuple; on arbore des cocardes, d'abord vertes, ensuite tricolores, qui sont les couleurs de la livrée d'Orléans. Le maréchal de Bro^lie ne bouge pas de Versailles. Voulant être à la fois ministre et g^énéral, il n'est ni Tun ni l'autre, entouré de traîtres à la tête desquels est son fils et un nommé Dumas (1) qui a toute sa confiance. Les ordres n'arrivent pas ou sont falsifiés. La cour tremble : l'Assemblée et les factieux triomphent.
(1) Le général Mathieu Duuias, ami de La Fayette, dëputë à In Législative, et qui, ju9qu'à sa mort, en 1837, a rempli une brillante carrière. Membre du côté droit, il dut émigrer après le 10 août. Maiit il rentra après la chute de Uobespierre. Pas plus que le prince do Broglie, qui, moins heureux que lui, fut guillotiné^ il ne mérite l'épithète de traître qu'Ksterhazy accole à leur nom.
Le lundi, le peuple, échauffé par des pamphlets et l des craintes absurdes, s'arme de piques, de haches, dépave les rues, s'ag[ite sans savoir pourquoi ; on lui persuade que Paris est miné; les uns disent qu'on va le faire sauter, les autres qu'une armée est cachée dans les caves et va livrer Paris au pillage. Ce jour-là, deux mille hommes eussent suffi pour rétablir Tordre. Mais tout fut dans Tindécision à la cour ; les factieux seuls ag[irent. Le mardi, le peuple marche sur les Invalides, s'empare des armes qui y sont déposées et, déjà vainqueur, attaque la Bastille. Le gouverneur perd la tête : il fait baisser le premier pont-levis, et tirer des coups de canon sur la foule qui entre dans la cour. On en tire du dehors sur la Bastille. Une chaîne du pont-levis est brisée; le pont ne peut plus se lever; on arrête le gouverneur, on le mène à rHôtel de Ville, où on le massacre, et une forteresse où il eût été difficile de pénétrer si ses défenseurs se fussent tenus tranquillement enfermés dans ses murs, est prise parune populace mal armée, mais pleine d'audace. Les partisans du roi sont dans la terreur. Le peuple, toujours cruel, se livre à des horreurs sur les cadavres des malheureux qu'il a égorgés, et les foctieux l'excitent d'une manière invincible.
Le mercredi, le roi va à l'Assemblée, promet le renvoi des ministres, le rappel de Necker, la retraite des troupes, d'aller le surlendemain à Paris. L'Assemblée en corps le reconduit. Dès ce moment, la monar-