CHAPITRE SEPTIEME
était toujours d'avis de céder. Il en résulta que le roi «e trouvait sans autorité, ce qui le détermina à renvoyer un ministre dont la conduite flattait toujours le peuple et qui, par le crédit que cela lui donnait, détruisait de fait toute l'autorité royale. Le roi se détermina à lui demander sa démission. Mais ceux qui devaient le remplacer ne prirent aucune mesure. Il n'y avait point d'argent à Versailles ; il était tout à Paris. Sous prétexte d'éviter les dépenses, le blé manquait. Les Gardes françaises étaient gagnées; l'armée, rassemblée autour de Paris, était par petits paquets, faible partout et aisée à être séduite par l'argent, le vin et les filles.
Les factieux ne négligèrent rien. Mirabeau, plein de talent et de génie, scélérat sans principes, échappé au fer des lois qui l'avaient deux fois condamné; Laclos, homme de beaucoup d'esprit, connaissant les hommes par leurs mauvais côtés, et sachant de quoi ils sont capables pour avoir de l'autorité ou des plaisirs, s'étaient emparé du duc d'Orléans, homme immoral, libertin, devenu ambitieux depuis que la cour l'avait traité avec trop peu de considération. Une Mme de Genlis, femme d'esprit, intrigante, sans principes, joignant l'hypocrisie la plus profonde à tous ses vices, avait pris un grand ascendant sur lui. Elle le poussait à la révolte. Mais son caractère pusillanime ne le rendait pas digne du rôle qu'elle voulait lui faire jouer. Il avait encore dans son conseil d'ini-
tu MEMOIKES DO C" VALENTIN ESTERHAZY quité un abbé sansaucune religion, sans aucun besoin, détestant toute autorité par principe, etayant Tamourpropre de renverser toutes les monarcbies, et de détruire toutes les religions.
Ces différents acteurs ne s'aimaient pas; ils méprisaient le duc d'Orléans, Mais son nom et son argent leur étaient nécessaires pour corrompre les troupes, pour avoir toute la France, deux objets sans lesquels la révolution de Paris ne pouvait qu'être partielle. Depuis l'biver, on avait préparé une explosion. La cberté des grains avait donné au duc d'Orléans les moyens de se rendre populaire, par des générosités au peuple. Necker avait poursuivi le même but aux dépens du roi, en établissant des travau.x de charité, qui réunissaient à Paris un grand nombre de bras étrangers, à la disposition du ministre ou de tel autre qui voulait les payer.
Des mouvements populaires qu'on avait excités pour tàter la cour avalent déterminé à faire marcher des troupes autour de Paris. Mais Necker, qui blâmait cette mesure, n'avait pris aucun moyen pour assurer leur subsistance. 11 s'était toujours refusé à ce que le roi convoquât les États généraux à Tours ou à Heims et le roi avait cédé à son ministre, quoiqu'on lui eût foit voir le danger de les réunir au milieu d'une ville immense et d'une populace à qui pouvait être donnée une force incalculable. Necker comptait sur ce peuple en cas qu il en eut besoin; il comptait surtout sur