‹ Mémories du Cte Valentin Esterhazy avec une introduction et des notesChapitre 138 sur 179 · CHAPITRE NEUVIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIEME

Mme de Villeroy avait été obligée de partir, et il n'y avait plus espoir de ce côté.

La reine me fit dire en même temps que cette espérance détruite, il en restait d'autres ; que les Pays-Bas allaient rentrer dans Fobéissance de Tempereur, et que ce serait de ce côté que le roi pensait à partir; que ce que j'avais de mieux à faire était de revenir sur le continent par la Hollande, afin d'être à portée de mon commandement en cas d'événements favorables. Ces avis nous déterminèrent à quitter l'Angleterre, et, en attendant les événements, à aller nous établir à Aix-la-Chapelle, où ma femme pourrait faire ses couches d'autant plus commodément qu'il s'y trouvait alors plusieurs de ses amies. Nous nous séparâmes avec beaucoup de regret de la famille de lady Spencer, et nous quittâmes Sàint- Alban, le 2 septembre 179 1, pour aller â Londres, où nous logeâmes chez lord Spencer. Le 3, nous nous mimes en route pour Harwich, port de mer où l'on s'embarque pour la Hollande. Nous y arrivâmes le lendemain ; mais les vents contraires nous y retinrent jusqu'au 17. Nous primes place ce jour-là sur le paquebot le Prince d'Orange. Le 19, à onze heures du matin, nous débarquions dans les Pays-Bas, et après nous être reposés quelques jours à Rotterdam et à Maastricht, où nous apprîmes que ces contrées étaient rentrées dans l'obéissance de l'empereur, nous arrivions le 28 à Aix-la-Chapelle.

J'écrivis de là à Yalenciennes pour en faire venir mes chevaux et mon valet de chambre) à qui j^avaî> mandé de s'y rendre. On était persuadé dans celte ville que le roi de France allait y arriver, et les dispositions y étaient telles alors qu'il y aurait été en sûreté, et très bien reçu. Mon aide de camp en était si convaincu qu'il se refusait à m'envoyer mes chevaux, assurant qu'ils me seraient plus nécessaires à Valenciennes qu'à Aix-la-Chapelle. La ville, de son côté, me dépèchaitM. Mouillard, lieutenant de la maréchaussée et commandant la cavalerie de la g^arde à cheval, afin de m'assurer de la bonne disposition des habitants, de la g;arde nationale, et du désir que la ville avait de posséder son souverain. J'envoyai mon valet de chambre à Paris sous quelque prétexte pour en informer le roi et la reine. Cette dernière répondit à un assez long mémoire en chiffre que je lui envoyais, que le projet de départ existait toujours, que le baron de Vioménil était charçé des arrangements, et son frère de l'exécution, mais que le moment n'en était pas encore venu, et que je serais averti à temps.

Par une occasion qui se présenta, je fis savoir qu'il n'y avait pas de temps à perdre, que la municipalité et les chefe de la garde de Valenciennes commençaient à être suspects à la Convention, et qu'une fois changés, il était à craindre que leurs successeurs ne pensassent pas de même; que plusieurs d'entre eux, craignant

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