CHAPITRE DIXIEME
On apprit alors Tarrivée du roi à Paris, la conduite révoltante de M. de La Fayette, qui avait défendu qu'on ôtàt le chapeau à son passag^e, et tous les détails que vous lirez dans les mémoires du temps.
Le roi fut, dès ce moment, prisonnier aux Tuileries. Les magistrats de Valenciennes furent d'avis que, vu la captivité du roi, Monsieur prît le titre de régent, l'annonçât aux puissances étrangères et restât le plus près de la frontière possible, en attendant qu'il lui fût possible de solder des troupes pour faire un établissement en France. A Bruxelles, on assembla un espèce de conseil, où l'on discuta les avantages et les inconvénients de ce parti. Celui d'attendre prévalut; on décida qu'on enverrait demander les avis de l'empereur, du roi de Prusse, de ceux d'Angleterre, d'Espagne et de Sardaigne, et qu'en attendant, Monsieur, Madame et le comte d'Artois retourneraient à Goblentz. Je ne pensais pas de même : je croyais qu'il était important de profiter du moment d'horreur que devaient produire l'arrestation et la captivité du roi pour prendre un parti vigoureux qui en imposât à la Convention, et réunit aux frères du roi les partisans de ce malheureux prince. Les puissances auraient de la peine dans le premier moment à se refuser de reconnaître le titre de Monsieur à la régence, au lieu qu'en leur donnant le temps de se consulter entre elles, il y en aurait certainement qui trouveraient des prétextes ou des raisons pour le dissuader de le prendre.
Pendant ce temps, le baron de Breteuil avait quitté la Suisse et Be rendait à Bruxelles, pour se réunir au roi et y former son conseil. L'évêque de Painiers (1), qui devait être du nombre, y était déjà arrivé. A la nouvelle de l'arrestation du roi, ît envoya un courrier au baron pour l'arrêter à Aix-la-Chapelle. Breteuil avait aussi intérêt que Monsieur ne prit pas le titre de régent, et, munis des pouvoirs du roi, ses agents dans les cours établirent que le roi n'approuvait pas que son frère prit le titre.
Fâché de voir qu'on perdait du temps à une époque où il était si important de profiter de l'impression du moment, plus ftché encore qu'on s'éloignât des frontières pour retourner s'enterrer à Coblentz, je demandai aux princes la permission d'aller rejoindre ma famille à Tournay, oi^, pendant mon voyage de . Coblentz, ma femme avait été joindre sa mère, qui ne voulait pas aller jusqu'à Aix-la-Chapelle, pour ne pas s'éloipner de France, où elle espérait et désirait rentrer. Je dis aux princes que je restais toujours à leurs ordres, s'ils avaient besoin de moi, mais qu'ayant beaucoup de monde avec eux, je leur étais inutile, lis n'insistèrent pas, et je partis. Us me chargèrent sous de Montboissier de recueillir les émigrés qui laient tous les jours de France; on m'envoya des ours pour ceux qui en avaient besoin, et je passai
1} Mgr (l'Agoull, qui tiégcail i CobleoU dani le codhïI dei princes.