CHAPITRE DIXIEME
un mois à Tournay, où j'appris que la famille royale, prisonnière auxTuileries, y était assez tranquille, etque la Convention se hâtait de finir une constitution que le roi serait forcé d'accepter, sous peine de déposition.
Ce qui eût été, je crois, le plus sage alors eût été que le roi se considérât sans liberté, qu'il signât tout sans examen et comme quelqu'un aux fers, mais qu'alors, il laissât faire ses frères, sans les louer ou les blâmer, et que son nom ne parût dans les cours étrangères que par l'organe de ses geôliers. Il n'aurait pu être responsable de rien, et son acceptation de la Constitution eût été sans valeur. Les foctieux le craignirent, lui rendirent une liberté apparente, et pour l'engager à en faire usage selon leurs vues, ils joignirent une amnistie pour tous ceux qui avaient été arrêtés en même temps que lui, à l'acte de son acceptation volontaire.
Pendant que tout cela se passait à Paris, je reçus ordre de M. le comte d'Artois, le 2 août, de me rendre à Coblentz. J'y arrivai, après m'être arrêté un jour â Bruxelles et un jour à Aix-la-Chapelle, où je vis le baron de Breteuil, qui me dit qu'il ne voulait plus se mêler de rien et la pauvre Mme de Lamballe, qui avait quitté Paris le même jour que le roi, et que son affection y ramena, après l'acceptation de la Constitution, pour y être massacrée le 3 septembre de l'année suivante. A Coblentz, les princes me dirent qu'il avait été résolu que le comte d'Artois irait à Vienne soUi-
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citer l'empereur de lui permettre de se rendre à Pïloîtz, où devaient se rencontrer ce prince avec le roi de Prusse; que ce serait s'exposer à un refus que de demander la permission d'avance, et que l'occasion était très favorable pour former une coalition dont l'objet serait de rétablir la monarchie française sur ses anciennes bases et arrêter les progrès d'un système tendant à renverser tous les cultes et tous les trônes ; que les princes avaient jeté les yeux sur moi pour y accompagner le comte d'Artois, qui n'emmènerait avec I ui que M. de Galonné et son capitaine des gardes ; que je n'avais besoin ni de voiture ni de valet de chambre, et qu'en supposant même que nous allassions à Pitnitz, te voyage ne durerait pas plus de (rois semaines*
Je trouvai Coblentz très différent de ce qu'il avait été au premier voyage. Madame y était, ainsi que Mmede Balbi et sa sœur, qui logeaient à Schônbomstust; Mmes de Polastron, de Poulpry et sa sœur logeaient en ville avec plusieurs autre personnes, Mme de Galonné, sa belle-sœur et sa nièce. Beaucoup de jeunes gens, les gardes du corps, la gendarmerie se formaient aux environs de la ville. Le maréchal de BrogHe et M. de Rosière organisaient les émigrés comme si c'était une armée, oubliant qu'il n'y avait point de soldats. Les secours que plusieurs puissances flvnient donnés aux princes, les emprunts qu'ils foidisparaissaient promptement, et auraient pu