‹ Mémories du Cte Valentin Esterhazy avec une introduction et des notesChapitre 156 sur 179 · CHAPITRE DIXIEME 3Î · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIEME 3Î

la cour de Vienne, qui se refusait à tout ce qu'elle avait promis, et la conduite de TEspag^ne confirmaient ridée que j'avais des intrigues de Breteuil. La cour de Vienne n'envoya plus les dix mille hommes en Brisgau et se refusa à reconnaître le régent. Celle de Berlin assurait de ses bonnes intentions, mais ne voulait agir que subordonnément à celle de Vienne. En résumé, Fadhésion du roi à la Constitution servit de prétexte aux puissances pour ne pas remplir les conditions de Pilnitz. L'impératrice engagea les princes à ne pas se décourager. Elle écrivit à l'empereur et au roi de Prusse, reconnut Monsieur comme régent, mais ne fut pas plus écoutée qu'imitée.

J'appris bientôt que l'empereur avait fait remettre aux différentes cours, excepté cependant celle de Russie, une note, qui portait qu'il se croyait d'autant plus autorisé à devenir passif dans les affaires de la France, que si son indignation contre la persécution qui menaçait les jours de sa sœur avait déterminé la résolution qu'il avait fait connaître le 6 juillet précédent, aujourd'hui que le roi avait accepté la Constitution, la politique devait reprendre ses droits, et qu'il était décidé à préférer les moyens qui le compromettaient le moins, et à n'entrer dans la coalition qu'en liant sa cause à celle de l'empire. De plus, il reçut le marquis de Noailles comme ambassadeur de France et ses ministres dirent hautement à Vienne que le roi ayant accepté la Constitution, les puissances

étrangères ne devaient plus se mêler de nos affiaires. Le roi de Prusse s'en référa absolument à ce que ferait son nouvel allié Tempereur.

Il n'y eut que le roi de Suède qui tint bon; il renvoya, à la fin d'octobre 1791,1e général de Pahlen {l) à Pétersbourg avec l'exposé des projets à entreprendre au printemps. Le ministre d'Espagne à Stockholm lui avait donné l'assurance que son maître regardait l'acceptation du roi de France comme forcée et par conséquent comme nulle, qu'il venait de faire connaitre à l'empereur ces dernières résolutions, et que dès qu'il serait possible d'agir, le roi de Suède pouvait compter sur des secours de sa part. Galvez, son ministre à Pétersbourg, ne tenait pas tout à fait le même langage ; il parlait toujours de la possibilité des négociations et, en tout, il semblait penser que le vœu du roi son maître était que dans le cas où on agirait hostilement, les princes et les émigrés n'y fussent pour rien.

L'impératrice pensait absolument différemment, mais voyant que les puissances, même les mieux disposées ne les emploieraient pas, ou les emploieraient mal , et que même tel paraissait être le vœu du roi et de la reine de France, son opinion plus que jamais était que les princes, en vivant avec la plus sévère économie.

(1) Officier de fortune qui sut gagner la faveur de Catherine et celle de Paul I*' sous lequel il occupa de hautes fonctions ministérielles. Il fut l'organisateur du complot de 1801, où ce malheureux prince perdit la vie.

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