CHAPITRE DIXIEME 3Î
employassent les secours qu'ils avaient reçus et les fonds que leur crédit pourrait leur procurer à se mettre en état d'agir par eux-mêmes, avec la noblesse française, et d'une manière indépendante. Je mandai cela. Mais on se flattait à Coblentz de faire revenir l'empereur, dont on croyait les intentions bonnes au fond, et entravées seulement par ses ministres.
D'autre part, M. de Mercy avait laissé entendre que l'empereur ne se mêlerait des affaires de France qu'autant qu'il serait assuré de dédommagements. On parlait de l'Alsace et de la Lorraine; on croyait même que ces démembrements auraient bien pu être un des objets secrets de la convention de Pilnitz. Ces doutes et surtout ceux qui s'élevaient d'une correspondance secrète de la cour des Tuileries à l'insu des princes fut l'objet d'une dépêche qui fut expédiée de Coblentz le 28 octobre et que je mis sous les yeux de l'impératrice. Elle était l'expression des sentiments des princes émigrés. Ils s'étaient crus obligés de la publier, pour &ire taire les calomnies dont on les accablait, et dans l'intérieur du royaume et même dans les cours étrangères. L'impératrice approuva le fond de la chose, mais elle était fâchée qu'ils répandissent tant d'écrits, sans pouvoir se mettre en mouvement.
— Autant, disait-elle, les déclarations sont nécessaires quand on agit, autant elles sont nuisibles quand elles paraissent pendant l'inaction de ceux qui les publient.