CHAPITRE ONZIEME
De son côté, le roi écrivit aux princes ses frères qu'ayant accepté librement et volontairement la Constitution, il leur demandait de rentrer dans le royaume, et regarderait cette démarche comme une preuve d'attachement pour leur frère et de fidélité pour leur roi. Les princes lui répondirent, avec toutes les expressions du respect qu'ils devaient à leur souverain, que mal(j[ré l'écriture de Sa Majesté, ils étaient persuadés que celte lettre n'étant pas l'expression libre de sa volonté, leur honneur, leur devoir, et même leur tendresse leur défendaient d'y obéir ; qu'au surplus, ils s'en référaient aux sentiments, aux principes et aux résolutions qu'ils avaient manifestées dans leur lettre du 10 septembre. Cette correspondance ne changfea rien aux démarches de la cour de Pétersbourg.
Mais celle de Vienne en tira cette conséquence que les intérêts du roi étant devenus distincts et différents de ceux des princes, l'empereur était dég^agfé, par le fait, des engag[ements qu'il avait pris avec eux, à Mantoue et à Pilnitz. Une lettre que le comte de Vaudreuil écrivit à l'empereur finit par donner de l'humeur à ce souverain, et l'impératrice Catherine elle-même, quand elle en eut connaissance , m'observa « qu'avec des têtes couronnées toute vérité n'est pas bonne à dire v .
Une autre lettre que je reçus de la reine de France me prouva que l'opinion des princes était fondée, que l'adhésion du roi à la Constitution avait été forcée.
Mais il conservait beaucoup d'espoir dans un meilleur ordre des choses, pourvu que les démarches des princes n'y missent pas d'obstacle. La reine s'en fiait à cet égard avec confiance à la manière de voir de rimpératrice de Russie et à son influence sur les frères du roi. Je fis à la reine une longue réponse (j'ignore si elle la reçut) que je soumis à l'impératrice et où elle introduisit quelques changements. J'insistais sur la nécessité de réconcilier la cour des Tuileries avec les princes, et, si une fois ce principe était établi, d'y tenir avec une fermeté inébranlable, en écartant tout ce qui pourrait y nuire; j'étais chargé de la part de l'impératrice d'assurer le roi et la reine du désir qu'elle avait de cette réconciliation et qu'elle n'aurait eu aucune liaison avec les princes, si elle ne s'était convaincue de la pureté de leurs intentions; enfin je faisais part à la reine du bruit qui se répandait que les jacobins se vantaient d'avoir acheté le ministre Spielmann, et que je croyais très important qu'elle en avertît l'empereur.
L'électeur de Mayence, très bien disposé pour la cause, fit dire dans le même temps qu'il était instruit que l'empereur avait fait part à plusieurs souverains d'Allemagne des intentions positives de la cour des Tuileries. Elle Tavait prié non seulement de ne pas agir, mais d'engager les autres souverains à ne pas se mêler des affaires de France, espérant obtenir du temps et des circonstances ce qu'elle ne voulait pas