‹ Mémories du Cte Valentin Esterhazy avec une introduction et des notesChapitre 160 sur 179 · CHAPITRE ONZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIEME

obtenir de la force. L'électeur, quoique sûr des dispositions de la Russie, trouvait qu'elles n'étaient pas assez positivement énoncées pour rassurer les princes de Tempire, exposés à être insultés par les Français si Tempereur et le roi de Prusse les abandonnaient. Il regfardait comme très essentiel que la reine s'expliquât sur ses véritables intentions, et qu'on obtint d'elle de ne pas écrire à son frère pour l'empêcher d'ag^ir ni par lui-même ni par ses alliés.

Les mêmes nouvelles se confirmèrent par les dépêches de Vienne ; l'ambassadeur constitutionnel y y avait été reçu ; ordre était donné dans les ports de respecter le pavillon national ; on jetait des soupçons sur les vues personnelles des princes; les émig^rés étaient mal vus dans les Pays-Bas, et on craignait qu'en peu de temps on ne les forçât de partir. L'agent des princes à Vienne avait toutes les peines du monde à obtenir des réponses aux mémoires qu'il remettait. La mauvaise volonté était sensible, et les princes ne pouvaient compter que sur la Russie, qui se bornait à des conseils.

Cependant l'impératrice me répétait qu'elle en ferait tant qu'il faudrait que l'empereur et le roi de Prusse se missent en mouvement. Son traité d'alliance avec la Suède était signé et le roi de Suède mettait le plus grand zèle à préparer la guerre pour le printemps ; le roi d'Angleterre s'était engagé à la neutralité de la manière la plus positive. Enfin, l'impératrice

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me chargea de mander aux princes que ce qu^il y avait de plus instant était leur réconciliation avec la reine: que le roi de Suède y travaillait aux Tuileries par les moyens de correspondance qu'il y avait conservés, et qu'elle-même venait de charg^er M. de Romantzov de voir le baron de Breteuil et de l'amener, s'il était possible, à cette réconciliation nécessaire. A la manière dont l'impératrice me parlait, il était aisé de voir que les dissentiments qu'elle s'efforçait en vain de faire cesser la refroidissaient beaucoup et qu'en tout les affeiires étaient dans une bien moins bonne position qu'à mon arrivée à Pétersbourg[.

Le 12 octobre 1791, le roi de France avait lancé une proclamation dont l'objet était d'arrêter rémigration et de rappeler les princes. Il était trop évident qu'il y avait été forcé pour que personne en fût la dupe. Mais elle fournit de nouveaux prétextes aux malintentionnés. Déplus, dans le conseil des princes, les divisions s'accentuaient: Jaucourt d'un côté, Galonné de l'autre (1), et ce qu'il y avait peut-être de pis, c'était que l'argent fondait. Les princes n'étaient plus en état d'agir d'une manière indépendante. Ils prirent l'occasion de la proclamation du roi pour demander à l'empereur une déclaration publique qui leur donnât ainsi qu'aux émigrés l'assurance de sa protection. Mais un avis que je reçus devienne me

(1) Jaucourt dirigeait la coterie de Monsieur; Galonné celle du comte d'Artois.

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