‹ Mémories du Cte Valentin Esterhazy avec une introduction et des notesChapitre 168 sur 179 · CHAPITRE ONZIÈME 34T · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIÈME 34T

avaient quitté Tournai, où je les avais laissés, pour se retirer à Aix-la-Chapelle. Depuis les succès de Dumouriez, cet asile n'étant plus sûr, ils s'étaient retirés à Nimèg^ue. Après la bataille de Jemmapes et la nouvelle de la situation malheureuse des princes, et de la dispersion des émigfrés, Timpératrice m'invita à faire venir ma femme et mes enfants à Saint-Pétersbourg. Elle m'assura que je pouvais compter qu'ils n'y manqueraient de rien, et me fit même des offres pour ma belle -mère. Je le leur mandai et reçus d'elles une réponse nég^ative. Mais lorsque Dumouriez s'avança dans le pays de Liège et de JuUiers, l'impératrice me fit dire que je ne devais pas les consulter et qu'il fallait les envoyer chercher. Elle m'en donna les moyens, et je fis partir l'abbé Chevalier qui se trouvait alors à Saint-Pétersbourg, celui qui a publié un ouvrage sur l'ancienne Troie, avec ordre de chercher ma femme et mes enfants où ils seraient, et de les amener tout de suite.

Vers la fin de l'année, j'appris qu'ils étaient partis de Munich, mais ma belle-mère n'avait pas voulu faire le voyage. Je me décidai donc à partir de Saint-Pétersbourg, le 31 décembre, pour aller à Riga, où j'avais mandé à ma femme de m'écrire, et où j'espérais qu'elle arriverait peu après moi. J'y trouvai une lettre d'elle, datée de Berlin, et ne pouvant résister à mon impatience de l'embrasser et mes enfants, je partis de Riga, espérant la rencontrer à chaque poste.

84t MÉMOIRES DU C" VALENTIN ESTERHAZY

J'allai en traineau jusque près de Memel, où la neige m'ayant quitté, je pris un chariot de pays et arrivai à Memel. Mais je n'osai aller plus loin, deux chemins existant pour aller de là à Rônigsberg, Tun par Tilsit, Tautre par le bord de la mer, et ne sachant celui qu'elle avait pris. Pendant que j'étais à Memel, le comte Litta, contre-amiral au service de Russie, y passa en allant à Berlin. Je lui donnai une lettre pour ma femme , qu'il devait naturellement trouver en route, et trois jours après son passag^e, je reçus une estafette de Kônig^sberg. Elle venait d'y arriver et m'y attendait. Je partis sur-le-champ en charrette, faute de mieux, et je fus, le 24 janvier au matin, à Rdnigsberg^. où j'eus le plaisir de trouver ma femille bien portante.

Nous y passâmes deux jours, tant pour lui laisser prendre du repos que pour y jouir du bonheur de nous retrouver après une si longue absence, et tant de tristes événements. Nous retournâmes ensemble à Riga où nous fûmes reçus par le prince Bepnin, gouverneur, qui nous prodigua toutes sortes de politesses et d'honnêtetés. Nous avions le projet d'y séjourner quelque temps, lorsque la nouvelle du crime commis à Paris le 21 janvier, sur la personne du roi, me détermina à aller tout de suite à Saint-Pétersbourg, pendant que ma famille y viendrait plus doucement. L'abbé Chevalier nous avait quittés A Kônigsberg pour aller à Varsovie, et le prince Repnin

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