‹ Mémories du Cte Valentin Esterhazy avec une introduction et des notesChapitre 167 sur 179 · CHAPITRE ONZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIEME

au projet de diviser les émig^rés en trois camps. L'un resta sur le Rhin, aux ordres de M. le prince de Gondé ; un autre du côté des Pays-Bas, avec M. le duc de Bourbon, et le troisième devait joindre Tarmée aux environs de Trêves. On se mit en marche le 2 août 1792. Je ne détaillerai pas ce qui s'est passé dans cette funeste campagne, suivie de tant de malheurs. Peutêtre, le temps découvrira-t-il les motifs de jalousie, d'intérêt personnel, d'intrigues, qui la firent avorter alors que le succès en était certain, si l'on eût seulement voulu marcher sur un ennemi qui jusqu'alors avait été battu partout où il avait été joint el, peutêtre saura-t-on pourquoi on a mis un temps aussi considérable au blocus de Longwy; pourquoi Thionville a été attaqué sans une seule pièce d'artillerie de siège ; pourquoi Sedan ne l'a pas été au moment où les commissaires de l'Assemblée venaient d'être arrêtés dans cette ville, et que la garnison venait de renouveler le serment de fidélité au roi ; pourquoi les troupes du général Erbach ont été tirées de Spirebach, où elles couvraient l'empire, pour venir augmenter la disette de la gprande armée; pourquoi, après la prise de Verdun, on n'a pas fait occuper le poste des Islettes, qui assurait un débouché dans la plaine deChàlons; pourquoi, du 15 au 22 septembre, on a négocié au lieu de combattre ; pourquoi les émigrés ont été divisés en trois corps et tenus en arrière au lieu d'être placés en avant de l'armée comme les

princes Tavaient demandé ; pourquoi le titre de régent a été constamment refusé à Monsieur, quoiqu'il fut en France et que le roi fût en prison; pourquoi enfin la conduite de M. le duc de Brunswick, depuis son entrée en France, a été en contradiction perpétuelle avec ses différentes déclarations.

Le 22 septembre, les armées coalisées se retiraient à rimproviste sans combattre, et il n'y eut plus de troupes étrangères en France. Le 22 octobre, les princes se retiraient dans le pays de Liège, sans nioyens de subsistance pour eux ni pour les malheureux émigrés qui avaient épuisé toutes leurs ressources pour faire cette triste campagne, et bientôt après , la marche des Français en Allemagne les obligeait à se réfugier à Hamm en Westphalie , où le roi de Prusse avait consenti à leur donner un asile.

M. le comte d'Artois, à cette époque, me manda qu'il désirait venir à Pétersbourg, et me chargea d'en obtenir la permission de l'impératrice. Elle me dit qu'elle regardait ce voyage comme inutile, et que l'argent qu'il coûterait pourrait être mieux employé, mais que, cependant, si le prince tenait à le faire, elle serait fort aise de le connaître, et qu'il pouvait être sûr d'être bien reçu, ce que je m'empressai de lui faire savoir.

A l'époque de la déclaration de guerre de la France au roi de Hongrie, ma femme et mes enfants

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