CHAPITRE ONZIEME
foires. Après plusieurs conférences entre Monseigneur et le comte Zoubof, il fut arrêté que l'impératrice offrirait à TAngleterre d'envoyer quinze mille Russes sur les côtes de Normandie ou de Bretag^ne pour s'y joindre à ce que le prince pourrait réunir d'émigrés, et que pour cela l'impératrice demandait un subside pour la quotité duquel on pourrait négocier. Elle écrivit en conséquence au roi d'Angleterre une longue lettre de sa main, dont elle confiait les détails au comte Yoronzof, son ministre à Londres. De plus, elle fit équiper une frégate et une corvette pour transporter Monseigneur à HuU, d'où il devait écrire au souverain anglais pour lui demander l'autorisation de venir à Londres. Elle nomma le général Korzakof (I) pour l'accompagner, et s'occuper, dans le cas où ses propositions seraient acceptées , de l'achat des vivres nécessaires pour l'armée russe, et des moyens de la faire passer en France.
L'impératrice fit des présents à la suite du prince et me chargea de lui porter une cassette pleine de bijoux qui devaient être donnés en son nom aux per* sonnes en place et à ceux qui lui avaient été attachés pendant son séjour à Saint-Pétersbourg. Il eut pour sa part une épée d'or, bénie par le métropolite grec, avec un gros diamant en haut de la poignée, dix mille
(1) Il devint lieutenant général sous Paul I*^. Chargé du commandement des troupes russes sous les ordres de Souvarof, dans la seconde coalition, il perdit contre Masséna la bataille de Zurich.
ducats, une collection de médailles en or, un service de campagne en argent, et un crédit de trois cent mille roubles.
Pendant son séjour à Pétersbourg, nous apprîmes d'abord l'avantage remporté sur Dumouriez par M. de Gobourg, la retraite des Français jusque derrière TËscaut, et enfin la défection de Dumouriez et Temprisonnement des commissaires qui avaient été envoyés pour Tarrèter. Le prince partit le 26 avril pour Reval, où il devait s'embarquer. Je l'accompagnai jusqu'à ce port, où nous arrivâmes le 29. Le 30, il alla coucher à bord. Mais le vent étant contraire, il ne put mettre à la voile que le 2 mai, et je retournai aussitôt à SaintrPétersbôurg. On venait d'y recevoir la nouvelle de la défaite du général de Dampierre (1), républicain. Il avait été battu le l*' mai à Famars; on disait que le roi de Prusse allait commencer le siège de Mayence, et les Autrichiens celui de Valen-? ciennes.
Peu de temps après, nous sûmes que M. le comte d'Artois était arrivé à HuU. Mais les choses avaient tourné d'une manière bien différente de ce dont nous nous étions flattés. Sous prétexte de ses dettes, on ne lui avait pas permis de descendre en Angleterre, et après
(1) Le marquis de Dampierre, {jénéral resté au service de la République après l'abolition de la monarchie, reçut le commandement en chef après la trahison de Dumouriez, et fut blessé mortellement le 8 mai 1793, près de Valenciennet.