‹ Mémories du Cte Valentin Esterhazy avec une introduction et des notesChapitre 171 sur 179 · CHAPITRE ONZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIEME

beaucoup de pourparlers, il fut évident que les Angolais s'étant engagées à ne pas se mêler du g^ouvernement intérieur de la France, ne voulaient se prêter à rien qui pût tendre au rétablissement de la riionarchie. L'idée de subsides à la Russie fut rejetée sans même donner lieu à une nég[Ociation. Après avoir attendu plusieurs jours à HuU, le prince, convaincu qu'il n'obtiendrait rien, alla rejoindre son frère à Hamm.

Au commencement de 1796, je crus le moment favorable pour me retirer. Je demandai au roi Louis XYIII un congé pour conduire ma famille dans les terres que m'avait données l'impératrice et je vendis ma maison de Saint-Pétersbourg, sans renoncer à l'espoir d'y retourner comme particulier témoigner ma reconnaissance à l'impératrice. J'obtins du roi que le marquis de la Ferté (1) restât chargé de ses affaires pendant mon absence, d'autant qu'elles ne pouvaient être bien intéressantes dans l'état des choses . Après un long voyage, j'arrivai à Luka, et peu après j'y appris la mort de Timpératrice. Cette douloureuse nouvelle fut suivie d'une lettre du comte Bezborodko, qui me mandait de la part de l'empereur Paul P% de ne pas revenir à Saint-Pétersbourg, et qu'il traiterait lui-même les affaires de France dont j'étais chargé- Il ajoutait que Sa Majesté Impériale supposait que je devais savoir la cause de cette défense. Je répondis:

(1) Le marquis de la Ferté-Meun émigré en Russie où il fut employé par les Bourbons.

avec vérité que je Fig^norais. Je me consolais déjà d'avoir perdu une place devenue bien désagréable malgré les bontés de Timpératrice, vu la quantité de demandes qu'on me chargeait de lui présenter et la conduite imprudente de beaucoup de Français, lorsque je fus informé que Tempereur avait rendu aux anciens propriétaires les villages de Luka, de Mayanoff et de Wittava, confisqués du temps de Timpéralrice et qu'elle m'avait donnés. Cette nouvelle étant bien fâcheuse pour moi au milieu de Thiver, n'ayant aucun asile, très peu d'argent, ma femme grosse et mon fils Georges très malade. En outre, la perte de ces villages supposait 1 idée de disgrâce, surtout après la défense d'aller à Saint-Pétersbourg, et refroidit bien vite ceux de qui j'avais auparavant reçu tant de politesses et d'offres de services. Mais, la comtesse Branicka, que j'avais vue beaucoup à Saint-Pétersbourg, sans être cependant fort lié avec elle, me vint généreusement en aide. Non seulement, elle m'offrit encore de passer rhiver chez elle à Bialovskieff avec toute ma fomille, mais elle m'y engagea formellement, et je m'y installai dans les premiers jours de 1797.

Ma femme y accoucha de Ladislas; j'y perdis mon fils Georges et j'y appris le dédommagement que l'empereur m'avait donné des villages deGrodek, Cyrnoff et Kneazoffka en dédommagement de ceux de Luka. Au printemps, j'allai prendre possession de ces villages et vins rejoindre ma famille. A l'automne nous quit-

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