CHAPITRE DEUXIEME
Déchiré entre le plaisir et Tambition, je ne laissais pas d'être mécontent, quand un incident survint qui changea mes projets : à la seconde marche de détachement^ M. Preny, qui le commandait, ayant reçu ordre de renvoyer une femme qui était avec ses équipages, s'y refusa, disant qu'il l'avait épousée. Comme il n'en avait pas eu la permission, il envoya sa démission au maréchal de Bercheny qui l'accepta en me désignant pour le remplacer. Je ne quittai pas sans peine un village où je me trouvais fort heureux. Je ralentis tant que je pus les préparatifs de mon départ. Mais il fallut bien se mettre en route. Je passai par Lautern, Mayence, où un accès de fièvre me retint deux jours et Francfort, où le maréchal de Broçlie avait son quartier général. Il me traita fort bien, et en le quittant, je gagnai Giessen.
Le détachement que j'y relevais, avait été malheureux depuis quelque temps. Outre une désertion assez considérable, qu'il avait essuyée par l'effort des embaucheurs qui s'étaient glissés dans son quartier, on lui avait enlevé plusieurs fois des patrouilles que M. du Blaizel envoyait tous les matins jusqu'à une position qui était sur une montagne assez éloignée de la ville, et qui en était séparée par un ravin, dans lequel les ennemis se glissaient pour enlever ces patrouilles à leur retour. Instruitde ces détails, je m'occupai de ne pas éprouver les mêmes désagréments. Grâce à un bas officier nommé Lakatos, je pus tenir la main à ce qu'il
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ne se g^lissàt pas d'embaucheurs parmi les hussards. Quant aux patrouilles, je vis qu'il était difficile de les g^arantirtantque le g^énéral exigerait qu'elles allassent jusqu'au point qu'il leur avait désig^né. Je tentai vainement de l'ençaçer à ne pas les envoyer aussi loin. Voyant que je ne pouvais rien gagner sur lui à cet égard, je lui demandai la permission d'aller moimême en patrouille avec la moitié de mon détachement. Il me le permit. Je sortis de Giessen après la fermeture des portes et j'allai me cacher avec vingt hommes au village Ellar, ou plutôt dans un petit bois qui est près de ce village, Lakatos, avec le reste, restant à ma portée, tandis que, suivant l'habitude, une patrouille allait faire la tournée exigée par M. du Blaizel. Vers quatre heures du matin, j'entendis des chevaux. Je me couchai par terre le long d'une haie qui borde le chemin, et je comptai vingt-cinq chevaux qui entraient dans le village. J'attendais que Lakatos tirât sur eux quand ils sortiraient. N'entendant rien et entraîné par mon impatience, j'avançai, et vis les chevaux attachés à la porte d'un cabaret. Les cavaliers buvaient et chantaient. Je pris quatre hommes avec moi, et imprudemment, le pistolet à la main, nous entrâmes dans le cabaret. Un de mes hussards en tua un, et en promettant bon quartier aux autres, nous les fîmes tous prisonniers, excepté Tofficier, qui, n'étant pas dans le même poste, eut le temps de se cacher.