CHAPITRE DEUXIÈME
retirer et de prendre les quartiers d'hiver derrière la Wetter, qui se jette dans la Lahn au dessus de Marbourg. Le blocus de Giessen étant levé, on retira notre détachement de cette ville et il alla rejoindre le régiment à Saint-Ârald.
Le comte de Broglie se rappela alors de la promesse qu'il m'avait faite de me laisser aller à Paris voir la comtesse Paar, et me fit avoir un congé. Après avoir passé quelques jours h Lunéville chez le maréchal de Bercheny, je partis pour Paris, où j'allai pour la première fois dans le monde. Ma tante me mena chez le comte Starhemberg, ambassadeur de l'Empire, et dans quelques maisons, et le comte de Bercheny m'ayant recommandé aux parents de sa femme, je fus reçu chez Mme de Miromesnil, qui me présenta aux maréchaux de Coigny (1), d'Issinghen (2) à Mme de Polignac, à feu Mme la duchesse d'Orléans.
Ma tante écrivit dans ce temps-là à son frère, le comte François Esterhazy, en ma faveur pour l'en-
(1) Il y a eu deux maréchaux de ce nom. C'est du premier, oncle du second, que parle Esterhazy. Le second ne reçut le bâton qu'en 1817; il fut l'ami dévoué de la reine Marie-Antoinette. La mort de son oncle, chef de la famille, dont le fils unique avait été tué en duel, le fit duc de Coigny en 1759, et plus tard son duché fut ërigé en pairie. II était alors lieutenant général. II mourut en 1821, gouverneur géndral des Invalides. Son frère puind et son fils avaient été mêlés comme lui aux affaires de l'émigration, lis devinrent lieutenants généraux. Il était le grand-oncle de la célèbre Aimée de Coigny, duchesse de Fleury, dont M. Etienne Lamy a publié récemment les M(5moires, et dont s'est inspiré, dit-on, André Chénier dans la Jetin^ Captive.
(2) Officier originaire des Pays-Bas, qui avait pris du service en France. Promu au inaréchalat en 1741.
Si MÉMOIRES DU C" VAI.ENTIH ESTERHA2Y
gager à solliciter pour moi la levée de proscription que l'impératrice-reine avait accordée en 1756 au comte de Bercheny. Le comte François lui répondit que malgré le désir qu'il avait de m'obliger d'après le bien qu'elle lui mandait de moi, cette matière était trop délicate pour agir sans avoir consulté le reste de la Emilie. La demande devait être feite par le chef de la femille, ou plutôt par le plus vieux, qui était l'évéque de Neutra. Il se promettait de s'en occuper. Mais en même temps, il opposa à l'ambassadeur impérial à Paris, qui lui avait écrit en ma faveur, un refus absolu de se mêler des affeires d'un proscrit. L'ambassadeur me montra cette lettre. Voyant que j'avais peu d'espérance, et ayant mangé à peu près le peu d'argent que j'avais apporté, je me décidai à retourner au régiment, et de là à l'armée dès que je le pourrais. Ma tante approuva mon projet et je partis au mois d'avril pour Héline, en Lorraine allemande, où était ma compagnie. Ma tante me donna cent louis au moment de mon départ. Si elle m'eût fait plus tôt ce présent, j'aurais prolongé mon séjour; mais maintenant, il n'y avait plus moyen, et je partis.
Peu après mon arrivée à Héline, il fut question de nous envoyer en partie à Giessen, J'avais eu un rand désir d'y aller. Mais, j'avais trouvé des charmes ans mon quartier qui m'avaient fait changer d'avis, L je fis valoir mon tour de rester. Cependant j'en eus u regret au moment où je vis mes camarades partir.