‹ Mémories du Cte Valentin Esterhazy avec une introduction et des notesChapitre 46 sur 179 · CHAPITRE TROISIÈME 8d · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME 8d

poussées jusque sur les glacis. Une fois même, il envoya enlever les boeufs de la garnison, qui paissaient près de la papeterie. La cavalerie qui fut envoyée pour les délivrer eut un combat à soutenir, où un brigadier fut blessé à mort.

Les deux généraux faisaient à l'envi des détachements. Un jour M. de Belsunce m'envoya près de Seltz, à deux lieues d'Einbeck, et marcha avec un corps de cavalerie pour me soutenir. Jusqu'à Northeim je ne trouvai point d'obstacles et fus même très faiblement suivi. Là, M. de Belsunce renvoya mon détachement par le grand chemin, me garda près de lui et, avec le reste de sa troupe, il se proposa de remonter le Buhme, pour faire filer des chariots de grains qui avaient été demandés et que les paysans n'envoyaient pas. D'après les défenses de l'ennemi, nous étions postés sur une hauteur derrière laquelle filaient les chariots, lorsque nous vîmes de la poussière qui gagnait le pont de Kettlembourg pour couper notre convoi. Nous partîmes au grand trot, pour empêcher l'ennemi de s'emparer de ce pont. Nous y arrivâmes en même temps que les hussards de Luckner, par deux chemins différents. J'y reçus un coup de sabre à l'épaule gauche, et mon ordonnance avec plusieurs dragons furent pris avant de pouvoir passer le pont.

Quand nous nous fûmes reformés de l'autre côté de la rivière, l'ennemi ne nous suivait plus. Nous nous crûmes en sûreté et commençâmes à nous

84 MEMOIRES DU C" VALENTIN ESTERHAZY acheminer vers Gôttingen. MaU, tout d'un coup, il tomba sur le âanc droit. Un piquet de dragons chargé d'assurer notre retraite oe tint pas, et ce fut un pèle-méle affreux. Chacun allait où il pouvait. M. de Belsunce perdit son chapeau et ne dut son salut qu'à l'envie qu'eut le hussard qui te suivait de le ramasser. Son cheval eut un coup de sabre à la cuisse. Moi-même, qiii ne pouvais me servir que d'une main à cause de ma blessure, je dus à la vigueur de mon cheval de n'être pas pris. Il passa sur un petit arbre qu'il plia et qui en se relevant donna un coup si fort au cavalier qui me suivait que cela me donna le temps de gagner un endroit moins exposé. Nous perdimes les deux tiers de notre détachement et un grand nombre d'officiers. Je suis persuadé que nous n'aurions pas éprouvé de revers avec notre ancienne garnison, qui était aguerrie et commandée par de très bons officiers.

Cette aventure causa beaucoup de peine à M, de Betsunce. Depuis ce jour, il ne fit plus de détachement. Lorsque la campagne s'ouvrit, il eut le commandement d'une avant-^arde, M. le comte de Chabot une autre, et M. de Closen la troisième. Arrivé dans la plaine de Cassel, j'allai rejoindre le régiment, qui était aux ordres de M. de Chabot. Nous passâmes la Dymel sans trouver les ennemis, et lorsque le ma- 'échal de Broglie alla se réunir au maréchal de Soulise, du côté de Lippstadt, pour donner la bataille de

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