CHAPITRE TROISIEME
Villinshausen, nous restâmes avec Tavant-garde de M. de Chabot du côté de Paderborn pour couvrir la communication en avant du corps de M. le comte de Lusace. Nous étions avec la Légion royale, les volontaires de Flandres, les régiments de dragons du roi et de la Ferronnays, campés à Sander, sur la rive droite de la Lippe. Nous fûmes attaqués par le corps de Luck^ ner; nos camps étaient séparés par des petits bois et des champs. Nous reçûmes ordre de rester à la tête de nos camps respectifs et de charg^er tout ce qui se présenterait. Cet ordre, le meilleur à donner dans les circonstances, fut ponctuellement exécuté : les enne* mis furent repoussés partout, laissant leurs morts, et perdirent quelques prisonniers. Le lendemain nous apprîmes la perte de la bataille et eûmes ordre d'occuper les hauteurs de la Lippe près de Paderborn. Mais à peine y étions-nous établis que nous y fûmes attaqués et obligés de les évacuer. Nous bivouaquâmes à une portée de canon de Neuhaus, et Tennemi fut content de nous avoir dépostés et ne passa pas la Lippe.
L'armée de Broglie se rapprochant de nous, je fus envoyé avec trois cents chevaux à Hôchsttâd. Je n'y trouvai que quelques chasseurs qui se retiraient; je m'emparai d'un magasin de foin; j'en rendis compte et je reçus la nuit suivante un renfort commandé par le ducde Gossé (1) , aux ordres de qui je restai jusqu'au
(1) LieutenaQt-général et duc de CoMé-BrÎMac. Il fut promu au maréchalat en 1768. Son fils aîné avait été tué à Rosbach. Le secondr
passag^e du Weser par l'armée de Broglie, après que M. de Beauvau eut manqué Horn. De là, je joignis le régiment, et M. de Chabot alla camper avec son avantgarde derrière la forêt de Solingen.
Il y avait une maison de chasse dans cette forêt, sur une hauteur d'où on voyait le camp ennemi sur la rive droite du Weser. Il occupait cette maison par un poste qu'à trois reprises je dus attaquer, pour voir s'il n'y avait pas de changement à la position ennemie. M. de Sombreuil, colonel à la suite du régiment, eut aussi la même commission plusieurs fois, et la remplit parfaitement. Les ennemis, ennuyés d'être chassés de ce poste, y établirent un camp de douze mille hommes que M. de Garaman (1) attaqua quelque temps après sans pouvoir le forcer, et où M. de Vignôles, colonel des volontaires du Hainaut, fut tué. M. de Chabot changea sa position, et fut placé avec son corps à l'entrée de la gorge d'Oldendorf. Il fit un détachement pour enlever un camp de hussards de Bauer et de Brunswick. Cette tentative aurait réussi si un brigadier de dragons, qui commandait l'avantgarde de la droite, eût été aussi déterminé que M. de
iluc (le Brissac, colonel des Ccnt-Suisses et de la garde du roi, périt massacre à Versailles, pendant les tragiques journées de septembre. (1) Riquet, comte de Garaman, lieutenant général. L'un de ses fils, devenu plus tard duc de Caraman, joua un rôle important dans l'Émigration. Il a laissé des mémoires inédits dont j'ai dû la communioa* tion à ses descendants et que j'ai utilement consultés pour mon His^ toirc de VÉmigration. Lé frère de celui dont parle Esterhazy fut prince de Chimay et épousa la veuve de Tallien.