‹ Mémories du Cte Valentin Esterhazy avec une introduction et des notesChapitre 72 sur 179 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

Nous nous rencontrions quelquefois en chemin et nous allions ensemble. Un jour, nous fûmes dépassés par le duc de Ghoiseul, chez qui nous allions dîner à Marly. Il dit au comte de Boufflers qu'il était un vrai hussard. Celui-ci répondit qu'il était très disposé à le devenir, et demanda au duc de le faire colonel en second de mon régiment. Gela fut convenu, et nous partîmes ensemble pour F Auvergne au mois de juin.

Ma santé n^était pas parfaitement rétablie. Je ne me ménageais pas au régiment, et au moment où je me proposais d'aller voir ma mère, j'eus une fièvre double tierce très opiniâtre. Mes amis de Paris obtinrent un congé pour moi, et m'engagèrent à revenir pour changer d'air et consulter de meilleurs médecins que ne pouvaient fournir ma ville de province» Convalescent et encore très faible, je partis pour Paris. La cour était à Compiègne. Je m'y rendis. Les carabiniers y comparurent; le camp fut très brillant; je fus dispensé de retourner en Auvergne, et j'allai passer l'automne à Civry, où ma santé se rétablit. Nous revînmes de bonne heure à Paris. Le comte du Chàtelet fut nommé ambassadeur à Londres. Il s'en était défendu longtemps, mais il fut obligé de céder. Il avait obtenu le régiment du roi et l'avait emporté sur plusieurs con-

Boufflers. Il le quitta, se fit chevalier de Malte, et, comme on le voit ici, devint hussard dans le régiment d'Esterhazy. Il fut maréchal de camp, gouverneur du Sénégal, membre de l'Académie française, siégea aux états généraux et mourut en 1815.

currents ; il lui était difficile de refuser une commission que le roi lui demanda d'accepter par un billet de sa main.

Je désirais voir l'Angleterre. C'était une bonne occasion, et je me proposais d'y aller l'automne suivant, M. du Ghâtelet ayant tout l'hiver pour faire ses préparatifs, lorsqu'au mois de février, M. le duc de Ghoiseul me fit venir chez lui, et me dit :

— J 'ai envoyé en Prusse et en Autriche différents officiers pour me rapporter des notes sur les troupes. J'en ai reçu de très satisfaisantes sur l'infanterie et la cavalerie ; mais il m'en manque sur le service des hussards, et j'ai fait choix de vous pour cette commission. Vous irez d'abord à Gassel pour les détails, où ils sont les mêmes qu'en Prusse ; de là, vous irez à Berlin, et quand vous aurez vu là ce qu'il y a à voir pour l'objet que vous avez à remplir, vous irez à Vienne, d'où il vous sera aisé d'obtenir de l'empereur Joseph la permission de le suivre dans différents camps qu'il doit aller voir. Préparez-vous pour partir avant Pâques, pour être à Gassel au moment du retour des semestriers, et choisissez un officier de votre régiment pour vous accompagner.

Mon régiment était alors à Mirecourt en Lorraine. Le quartier-maître nommé Maréville avait perdu au jeu et s'était brùlé la cervelle. La justice était saisie de l'affaire et pour empêcher les poursuites, on avait donné un congé à M. de Kleinenberg, lieutenant-co-

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