CHAPITRE CINQUIEME
lonei, commandant en mon absence, qui avait un peu négligé les formes à remplir pour constater juridiquement le suicide. Je demandai à le prendre avec moi. J'y joignis un secrétaire qui avait été au maréchal de Bercheny. J'acbetai une berline et nous partîmes. Je pris Kleinenberg à Strasbourg en passant. Je me doutais bien que toute cette commission et ce voyage avaient été arrangés par la dame qui avait à cœur de m'éloigner de Paris. L'absence effectivement produisit sur moi Teffet que ses rigueurs n'avaient pu produire : j'en pris mon parti et revins à la raison. Mais jamais je n'oublierai ce que je lui dois. Je désire que vous vous attachiez un jour à quelqu'un qui sache rendre la vertu aussi aimable et qui puisse vous inspirer comme elle le goût des bons livres et de l'application.
Je parcourus en quittant Francfort les lieux où j'avais fait la guerre. Je m'arrêtai deux jours à Giessen, autant à Marbourg, et de là j'allai m'établir à Cassel. Il y avait plusieurs étrangers, entre autre le prince Alexandre Kourakin (1). Les deux comtes Mniszech y passèrent aussi venant de Paris. La sœur du landgrave d'alors (2), abbesse d'Hererden, me traita à merveille. La princesse de Soubise y avait aussi une
(1) Vice-chancelier de Tempire russe sous le règne de Paul I*' et ambassadeur en France sous celui de Napoléon. Né en 1752, il devint centenaire. Il état assez nul, prétentieux. Il se fardait jusqu'à prêter à en rire.
(2) Frédéric II, landgrave de Hesse-Casscl.
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petite cour, et celle du landg^rave était ég^alement très brillante. Il était le singe du roi de Prusse. Maréchal au service de celui-ci, il avait attiré plusieurs officiers prussiens. Au nombre près, Tarmée hessienne imitait la prussienne. Jusqu'aux uniformes, tout était pareil. Mais les hussards étaient peu nombreux. Le colonel Dahlwig[, qui les commandait, me communiqua tout le règlement. Mais il n'y avait rien en grand, et c'est là ce qu'il m'importait de savoir.
Au bout de quinze jours je partis pour Berlin, chargé de lettres de recommandation de la princesse de Hesse pour sa sœur la princesse Henri (1), de tous les officiers qui avaient servi en Prusse pour leurs amis ou parents. Arrivé à Potsdam, j'écrivis à M. Anhalt(2), alors favori du roi, qui me répondit une lettre fort polie, dans laquelle il me mandait de m'adresser directement au roi. Je le fis, et le même jour je fus prié à souper par le prince royal, aujourd'hui roi (3). La princesse était fort agréable; elle avait été très jolie. Le ménage était fort mal logé dans le quartier assigné au mari comme colonel, et faisait très mauvaise chère.
Le lendemain, à la parade, à laquelle j'assistai, je vis le général de Sedlitz et le général, aujourd'hui
(1) Femme du général, frère du grand Frédëric.
(2) Prince régnant d'Anhalt-Dcssau. Son père avait été feld-maréchai en Prusse.
(3) Frédéric Guillaume II, qui régnait à l'époque où furent écrits ces Mémoires.